par Fabien Girard, envoyé à La Besace des
unitariens le 22 décembre 08.
Certains mouvements, issus du protestantisme, ne se disent plus " protestants ", même si des observateurs extérieurs les mettent toujours dans cette catégorie. Il en est ainsi d’une
façon générale pour les Témoins de Jéhovah, mais aussi pour des chrétiens unitariens (même si l’Eglise unitarienne de Transylvanie, fondée en 1568 continue, elle, à se considérer comme
protestante). En plus de son argumentation historique, l'intérêt de l'article qui suit est qu’il est écrit par un Témoin de Jéhovah.
L'histoire des Témoins de Jéhovah commence à la fin du 19ème siècle lorsque Charles Taze Russell, alors encore jeune homme, élevé dans la religion
de ses parent protestants presbytériens et membre de la YMCA (1) se lance dans une quête spirituelle. Après avoir rejoint l'Eglise congrégationaliste dont il préférait les idées, il étudie
la plupart des religions orientales avant de reprendre sa bible.
(1) La Young Men's Christian Association (YMCA) fut fondée à Londres en 1844 par Sir Georges Williams
(1821-1905), un commerçant en textiles anglais. Cela correspond en France, aux Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG), qui sont d’inspiration protestante.
Il fondera en 1870 un groupe d'étude avec quelques uns de ses amis de Pittsburgh et d'Allegheny (c'est ce groupe qui prendra le nom d'Étudiants de la Bible dont il sera le premier président ainsi
que de la société qu'il fondera, la Watchtower Bible and Tract Society. En 1931, les Etudiants de la Bible rattachés à la société Watchtower prendront le nom de Témoins de
Jéhovah pour se démarquer d'autres groupes schismatiques qui répondaient au nom d'Etudiants de la Bible mais s'étaient séparés de la dite société.
C'est en prenant connaissance des croyances d'un jeune mouvement d'inspiration protestante millérite,
l'adventisme, que C. T. Russell avait retrouvé sa foi en la Bible (il écrira plus tard qu'il se sentait redevable à l'adventisme sous ce rapport). Il deviendra co-rédacteur du Herald
Magazine en compagnie de Nelson Barbour, pasteur de cette Eglise, sans cependant se joindre aux adventistes. En 1879 il quittera Barbour et publiera son propre magazine du
nom de Zion's Watch Tower & Herald of Christ's Presence.
A l'aube du 20ème siècle les Étudiants de la Bible d'Allegheny et sa petite société de diffusion de Bibles et de tracts ne sont qu'une secte de plus au milieu des nombreuses
confessions que compte le monde protestant. Celui-ci était très confus et ses Eglises étaient sans cesse en proie à des querelles intestines. Mais elles étaient cependant réunies autour
d'éléments communs à la plupart des mouvements évangélistes auxquelles souscrivaient les Étudiants de la Bible tel que le canon biblique de 66 livres, le salut par la foi ou le rejet des images
mais aussi autour de certaines doctrines rejetées par ces derniers parmi lesquelles figuraient l'enfer, l'immortalité de l'âme, la prédestination ou la Trinité.
A sa naissance la vague protestante avait déjà rejetée certains des siens dont les enseignements ne
correspondaient pas à ce que les principaux initiateurs de la réforme considéraient comme acceptable. Anabaptistes et unitariens avaient ainsi été déclarés hérétiques et frappés d'anathème par
ceux qu'ils pensaient être leurs frères dans la foi.
Les Etudiants de la Bible ont rapidement soulignés ce qu'ils considéraient être des faiblesses dans le
processus de réforme de l'Eglise au sein du protestantisme. Par exemple C. T. Russell écrira en 1886 dans son premier ouvrage d'étude, Le divin plan des âges : " De nombreuses âmes fidèles marchèrent aux jours de la Réformation dans la lumière, telle qu'elle brillait alors. Mais depuis, les protestants n'ont fait que peu de progrès,
parce que, au lieu de marcher dans la lumière, ils firent halte autour de leurs conducteurs préférés, ne voulant voir que ce que ceux-ci voyaient et pas davantage ".
Mais à l'heure où les écrits de C. T. Russell et ses collaborateurs trouvaient de plus en plus de lecteurs et
surtout au moment où les idées défendues par les Étudiants de la Bible se frayaient un chemin parmi non seulement les fidèles mais aussi parmi certains ministres religieux, il est évident que le
divorce était sur le point d'être consommé. Jusqu'ici et en dépit de ses conclusions entourant le protestantisme Russell continuait d'appeler les protestant ses " frères ". Russell
visitait toutes les communautés religieuses issues de la réforme qui acceptaient de le recevoir, il visita même des temples maçonniques dont la grande majorité des membres étaient protestants. Il
était lui-même baptisé comme tel et avait peut-être imaginé, comme l'avait pensé à tort Luther de son temps, que ses idées seraient entendues par le clergé protestant et, qui sait, avec l'aide de
Dieu, intégrées.
Les années qui suivirent lui prouvèrent que non seulement le monde protestant n'était pas décidé à intégrer ses
idées mais aussi que celui-ci allait déployer des efforts considérables pour l'empêcher de nuire. Ainsi en 1903, un comité de pasteurs protestants de l'0uest de la Pennsylvanie représenté par le
révérant Eaton, a proposé à Charles Russell de débattre en public des enseignements diffusés par son groupe d'étudiants. C'était la première fois que le clergé s'organisait en vu de faire barrage
aux Etudiants de la Bible. Il me semble que 1903 marqua un tournant dans le processus de rupture entre ce groupe et le monde protestant, non pas que les Etudiants de la Bible aient spécialement
voulus cette rupture mais qu'elle est apparue de fait sous l'impulsion de l'opposition des représentants des différentes Eglises.
Finalement, c'est un an plus tard, en 1904, que la séparation définitive d'avec les autres confessions se fera
lors de la parution du livre de Charles Russell, La nouvelle création. On peut y lire : " Nous mettons sur le même pied tous les systèmes qui comprennent
des cérémonies et des enseignements de caractère religieux, etc., et nous les considérons tous comme des parties de Babylone, dont certains quartiers sont plus propres et d'autres moins propres,
mais qui tous, néanmoins, sont pleins de confusion, d'erreur, contrairement à l'intention divine telle que la révèle l'organisation de l'Église primitive, et aux instructions que leur ont
données, par la parole et par l'exemple, le Fondateur inspiré et ses douze apôtres ". Nous conseillons à La Nouvelle-Création de n'avoir absolument rien à faire avec l'une quelconque
de ces sociétés, clubs, ordres, Eglises à caractère semi-religieux, mais de " Sortir du milieu d'eux, d'être séparée et de ne pas toucher à ce qui est
impur " (2 Cor. 6 : 17). "
Tout chez les Témoins de Jéhovah, canon biblique, doctrines de base, pratique cultuelle et fonctionnement
interne des congrégations correspond à un modèle de type protestant. Sous ce rapport on ne saurait nier qu'au sein du christianisme et à l'échelle internationale ils font partie de fait du
paysage protestant. A titre d'exemple il est impossible de classer leur traduction de la Bible ailleurs que dans les versions protestantes car elle ne s'apparente en rien aux traductions de type
œcuménique, littéraire ou libérale tant dans la forme que dans l'usage pour lequel elle a été réalisée.
C. T. Russel en visite en France, à Denain
en 1912. Première congrégation des Etudiants de la Bible dans le Nord de la France ; elle était composée en majorité de familles ouvrières polonaises issues de l'Eglise baptiste.
Mais se considèrent-ils eux mêmes comme des " protestants " ? Force est de constater que non ou du moins, s'ils ont pleinement conscience que la Réforme fit partie du processus dans
lequel s'inscrit l'œuvre mondiale d'évangélisation dont ils sont participant, il ne se reconnaissent plus dans le monde protestant. Ils en ont été exclus avant de s'en exclure eux-mêmes. Ils se
placent dans la position non plus de " réformés " mais de " réformateurs " en poursuivant une tâche qu'ils avaient vu abandonnée par leurs frères
protestants.
C'est un paradoxe mais leur travail semble trouver un écho bien plus fort chez les premiers réformés que celui
fournit par ceux qui se réclament de la Réforme historique dont une des devise était : " Ecclesia semper reformanda ", Eglise se réformant toujours. N'oublions
pas qu'à l'origine le but de la Réforme était de renouer avec les principes fondateurs de l'Eglise primitive, par opposition aux doctrines de l'Eglise romaine dite " papale ", et la
formule " Ecclesia semper reformanda " s'inscrivait alors dans une démarche de retour et non d'adaptation au temps présent, à ce détail près que les grands chefs de la Réforme
ne jugeaient pas nécessaire de remonter dans la doctrine au delà du temps de saint Augustin.
Les Témoins de Jéhovah veulent allez plus loin et renouer avec le modèle primitif tel que l'a transmis le
Nouveau Testament. Ils ont trouvé des héros de la défense de la vérité évangélique en la personne de réformateurs jugés hérétiques et persécutés de leur temps (2).
(2) Fabien Girard est éditeur d’un site intitulé " liberté de
croyance ", consacré à la liberté de croyance et l’anti-trinitarisme autour de Michel Servet et Sébastien Castellion ". http://libertedecroyance.blogspot.com
Pour toutes ces raisons ils n'ont de protestant que les racines mais la souche a produit une nouvelle sève.



site anti-trinitaire américain
L’auteur a soutenu une thèse à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes sur les Témoins de Jéhovah, laquelle a été publiée par les éditions L’Harmattan. Il est enseignant à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) à Brive-la-Gaillarde.
Pourchassé par l’Inquisition, Socin partit en direction du nord. En Pologne, il rencontra un petit groupe d’anabaptistes [ndlr. plutôt des calvinistes en rupture de ban et influencés par l’anabaptisme] qui se faisaient appeler "Les frères (...) qui ont rejeté la Trinité". Cette religion apparut clairement à Socin comme étant la plus proche de la vérité biblique. Il s’installa donc à Cracovie et commença à écrire pour défendre la cause de ces hommes. […] Illustration, page 21 : Michel Servet. Ses livres prouvaient que la Trinité est une fausse doctrine.
affiche pour le 450° anniversaire de la mort de Michel Servet, en 2003. Instituto de Estudios Sijenesnses Miguel Servet, Villanueva de Sijena, Aragon.
Hans Denck
A Genève, en Suisse, fut dédié en 1912 un monument avec l’inscription suivante : A la mémoire de Michel Servet – victime de l’intolérance religieuse de son temps et brûlé pour ses convictions à Champel le 27 octobre 1553. Erigé par les disciples de Jean Calvin, 350 ans après, en tant d’expiation pour cet acte et pour rejeter toute contrainte en matière de foi. Les disciples de Jean Calvin ont donc démontrés au monde qu’ils avaient été au-delà des enseignements de leur maître dans l’esprit du vrai christianisme - l’esprit de justice et d’amour. Les calvinistes reçurent des félicitations pour leur progrès de la part de tous chrétiens – catholiques et protestants – de tous ceux qui ont fait de bon progrès similaires durant les quatre derniers siècles. Aucun maintenant ne justifierait la décision de Calvin de condamner Servet à être brûlé.