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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 15:02

extrait de son livre "Dieu, ma mère et moi" (janvier 2012, éd. NRF Gallimard).

 

« A la maison, il n’y avait pas de livre de Spinoza (1632-1677). Non pas qu’il fût interdit : ce n’était pas le genre de ma mère d’interdire des lectures. Elle le considérait simplement comme un philosophe secondaire. Un panthéiste, ce qui, dans sa bouche, n’était pas à proprement parler une insulte mais voulait dire dépassé, sinon ringard.


Très porté sur le panthéisme, j’ai donc acheté L’Ethique de Spinoza chez un libraire d’Elbeuf et sa lecture fut un des grands chocs de ma vie . A dix-huit ans, je découvrais dans un livre tout ce que j’avais toujours cru sans le savoir. Je lisais mes propres pensées, que j’aurais été bien incapable de formuler. J’étais bouleversé.

Contrairement à Descartes, Spinoza réintègre l’espèce humaine dans la nature. C’est l’anti-Narcisse. Le déconstructeur de l’anthropomorphisme qui conçoit Dieu à l’image de l’homme. Le mauvais esprit ricanant d’une Humanité qui, jusque-là, s’encroyait. Aujourd’hui encore, il y a quelque chose de délicieusement sulfureux dans son œuvre pour qui prend la peine d’entrer dans sa prose monotone.

Mais Spinoza est une sorte de miracle philosophique : avec sa pensée humble et lente en cercles concentriques, il tourne, jusqu’à la toucher par moments, autour de cette vérité du monde qui s’éloigne dès lors qu’on croit l’avoir trouvée. Descartes construit son système en regardant le monde avec ses yeux d’homme. Spinoza fait l’inverse : il regarde l’homme avec les yeux de Dieu dont notre espèce n’est qu’une infime parcelle ?

En quelques jours de lecture compulsive, Spinoza est devenu un ami et son Dieu Univers, le mien. Je ne peux pas affirmer que ce Dieu est celui des chrétiens mais je ne peux pas dire non plus le contraire.

Spinoza a tranché avec une formule qui résume toute son œuvre : Deus sive natura (« Dieu, c’est-à-dire la nature »). Le Très-Haut n’est plus le créateur du monde mais la substance et la cause immanente de tout. Il est nous et le reste. Il n’y a plus d’ordre ni de hiérarchie, mais une dynamique et, pour les êtres humains, une quête de la perfection, chacun étant mû par une nécessité naturelle. L’homme n’est plus un Etat dans l’Etat ; c’est un rien, mélangé à l’univers.

Pour Spinoza, le monde est une sorte de grande soupe où tout se fond. S’il a prouvé Dieu, dans la foulée d’Anselme, Spinoza l’a liquidé en même temps : étant partout, Dieu n’est nulle part ; on ne peut pas l’identifier. Il est à la fois cosmopolite, œcuménique et protéiforme. Il est moi, il est toi, il est l’air que nous respirons et le gazon sur lequel nous marchons.

Descartes n’a jamais essayé de prouver sa propre existence qui, après tout, pouvait être sujette à caution. Pourquoi, alors, s’est-il échiné à prouver celle de Dieu ? Les philosophes se sont ridiculisés chaque fois qu’ils ont essayé de prouver l’existence de Dieu. Une hécatombe qui a fauché les plus grands d’entre eux, de Descartes à Hegel, en passant par Leibniz.

Dieu ne se prouve pas : comme je l’ai déjà dit, il se vit, il se respire, il se boit. Pour le vérifier, il n’y a qu’à regarder plus loin que le bout de son nez, se pencher ou s’agenouiller, on tombera toujours sur lui. Il est donc heureux que la philosophie ait abandonné la métaphysique et la question de Dieu pour des sujets plus triviaux, laissant le Tout-Puissant aux saintes et aux saints, laïcs ou pas, qui en parlent si bien, avec une force et une poésie de l’autre monde. Avec eux, au moins, on n’est jamais déçu. La philosophie a perdu en majesté ce qu’elle a gagné en crédit. Elle est retournée aux sources ; elle ne se mêle plus que de ce qui la regarde : il y avait quelque chose de pathétique à l’observer se tortiller pour percer des mystères qui la dépassaient comme ils dépassent encore aujourd’hui les scientifiques de toutes obédiences.

Quand, en 1882, dans Le Gai savoir, Nietzsche claironne la mort de Dieu, il a évidemment raison. Mais il s’agit du vieux Dieu chrétien des philosophes. Pas du vrai. Nuance. C’est pourquoi ce n’est pas un événement si considérable.

L’autre Dieu, celui qui nous habite, celui de toutes les religions, est, pour sa part, plus vivant que jamais. Il se mélange au vent, secoue les forêts, s’insinue sous les mousses, s’égaie dans les rivières, rit dans les fontaines et remplit nos veines. Il ne cesse de nous donner des preuves de son existence, au point que nous croulons sous celles-ci, de la nuit veloutée qui nous appelle au brin d’herbe en train de s’étirer, tout tremblant, vers le ciel. Ne courez pas, regardez sur quoi vous marchez, vous risqueriez de l’écraser. Ne criez pas et tendez vos oreilles, vous entendrez, derrière les bruits de la civilisation, un bourdonnement d’échos et de murmures, cette rumeur du monde que j’appelle la voix de Dieu et qui nous arrive par une infinité de bouches.

Dieu n’est pas un concept, mais une expérience, du vécu, du brutal qu’on a moins de chances de trouver dans les livres que n’importe où sur la terre, au milieu de grands hêtres gonflés de soleil et débordants de joie ou devant un étang, gorgé de vie grouillante qui, tout en fumant de brume matinale, frémit sous le passage des libellules. C’est une vérité que notre monde a fini par oublier, mais je ne me lasserai jamais de la répéter : pour voir la lumière de Dieu, il suffit d’éteindre les néons, les lampes halogènes et les éclairages urbains. Sans oublier de fermer le poste de télévision. Après ça, le ciel, la mer ou la nature nous sont moins étrangers ».

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Published by Franz-Olivier Giesbert - dans CU 2013 - articles
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 14:56

dans le recueil "Rebelles, pourquoi pas ?", publié en juin 2013 aux éditions Provence-poésies (Pp).

 

Au dix septième siècle, fuyant le Portugal,
La tribu Spinoza menée par le Grand-père
S’installe aux Pays-Bas, un pays amical
Refuge pour les Juifs traqués par les saints Pères …

Il naît à Amsterdam, Baruch, dit « Le Béni ».
On l’envoie tout petit à l’Ecole biblique ;
Plus tard il s’est lancé dans la philosophie,
Etudie Germonide, Descartes et sa critique …

Au nom de la Raison, il condamne les dieux ;
Et les révélations engendrant les croyances,
Les prières vénales pour exaucer des vœux
Que l’on dédaigne adresser à la Toute-Puissance …

Pour ce libre penseur, pas de surnaturel,
Pas non plus de miracle, ni de cause finale.
Il groupe autour de lui des jeunes d’Israël ;
Mais pour les responsables çà frôle le scandale …

On prononce sur lui la mesure suprême :
Le « herem » qu’on traduit : « excommunication ».
Que ce soit un « maudit » dans les cieux, sur la terre ;
Ses proches le rejettent ; c’est un vrai abandon.

Il reprend son métier : polisseur de lunettes.
Un Juif fanatisé voulut l’assassiner ;
Il évita le coup ; mais pour sauver sa tête,
Il quitte le pays, refuse d’enseigner …

Malgré tous ses échecs et ses vicissitudes
Baruch aimait la joie de vivre pleinement,
Avec tous ses amis ou dans la solitude,
Plongé dans ses études ou bien en promenant …

Ce fut un précurseur, bousculant les Eglises,
Les dogmes et les tabous de toute religion.
Douceur et fermeté, indomptable franchise,
C’est pour ces qualités que nous le saluons …

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Published by Emile Mihière - dans CU 2013 - articles
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 14:49

Jean-Jaurès : « Enlever à la divinité de Jésus le seing exclusif que lui donne le dogmatisme catholique », message de Yves Lecornec au sein du groupe Unitariens francophones sur Facebook , le 2 juin 2013, publié dans les Libres propos de la Correspondance unitarienne n° 129, juillet 2013.

Je suis plongé depuis quelques temps dans la lecture des œuvres de Jean Jaurès, ce grand tribun assassiné quelques jours avant le déclenchement de la grande boucherie de 1914. On y trouve s’agissant de la figure du Christ, des lignes que ne désavouerait pas, à l’évidence, un chrétien unitarien. Qu’on en juge plutôt :

« …..il est absurde qu’un individu particulier, concret, soumis à la loi du temps et de l’espace, soit l’Absolu. En quel sens dit-on que Jésus est Dieu ? Si l’on entend simplement que Dieu est en lui, que sa conscience participe à l’absolu, Jésus est Dieu, mais comme le sont toutes les consciences et tous les êtres, comme l’est l’Univers lui-même, en qui Dieu respire et agit. Si l’on entend avec le dogme catholique, qu’il ne participe pas seulement à Dieu, qu’il est Dieu lui-même, on confond un fragment de l’espace, de la durée et de la conscience universelle avec l’absolu qui est supérieur à l’espace, à la durée et à la conscience particulière. Veut-on dire qu’à force de sainteté, de tendresse et de sacrifice, l’âme de Jésus s’est dépouillée de toute particularité étroite, de toute individualité exclusive et égoïste et qu’elle s’est ainsi substantiellement unie à l’infinie bonté, c’est-à-dire à Dieu lui-même, au point de ne faire qu’un avec lui ? Mais c’est reconnaître que les êtres finis peuvent, par la perfection intérieure s’élever à la vie divine : c’est ouvrir le chemin de Dieu à toutes les âmes qui sauront briser le cercle étroit où l’égoïsme les enferme. C’est donc enlever à la divinité de Jésus le seing exclusif que lui donne le dogmatisme catholique, et les chrétiens eux-mêmes sont obligés de reconnaître que, dans les hauteurs et les profondeurs de l’univers affligé du péché, mais tourmenté de l’idéal, d’autres âmes ont pu, s’agrandissant elles-mêmes, convertir la perfection en leur propre substance et se diviniser au même sens que Jésus. La philosophie admet que tous les êtres finis peuvent aspirer à l’infini et à l’absolu ; elle n’admet pas qu’un seul être ait pu accaparer l’infini et monopoliser l’absolu….Pour moi, j’incline à penser que la critique des Evangiles découvrira dans les conceptions et les paroles du Christ la cause du malentendu d’où est sortie la théologie catholique, mais qu’en même temps l’Humanité pourra corriger ce malentendu et ruiner la théocratie, tout en s’appropriant pour sa vie intérieure et idéale, ce qu’il y a de divin dans l’œuvre et la personne du Christ. »

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Published by Jean-Jaurès - dans CU 2013 - articles
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 13:58

Article à la Une : Comment j'ai découvert mes sympathies pour les unitariens, par Emile Mihière, mis en ligne le 5 juin 2013 dans La Besace des unitariens (lien).

Libres propos : Emile Mihière, l'unitarien par Jean-Claude Barbier, idem (lien) ; A propos de son livre "Tous les chemins ne mènent pas à Rome" par Jean-Claude Odier (présentation aux éditions L'Harmattan), Olivier, Marc et Simone V., Vincens Hubac, Roger Parmentier, Mme G., Pierre A. , Alain C., Marcel et Mireille, idem (lien).

Bibliographie : publications récentes d'Emile Mihière (lien).

Message d'envoi par Jean-Claude Barbier, le23 mai 2013

Nous poursuivons notre présentation des auteurs unitariens francophones et sympathisants avec cette fois-ci Emile Mihière que les membres de notre réseau connaissent déjà bien car il a publié dans nos derniers bulletins. A Gradignan où j’habite, j’ai le plaisir de l’avoir comme voisin à 1 ou 2 kilomètres de distance. Ses enfants l’y ont fait venir afin de bénéficier de sa présence et nous avons rapidement fait connaissance. Je peux témoigner de sa vitalité de sportif : ancien pratiquant de l’alpinisme, mais aussi randonneur continuant chaque jour ses promenades du côté du prieuré de Cayac près duquel il habite et tout le long de l’Eau Bourde. A la mi-octobre, nous irons ensemble aux prochaines Journées annuelles du protestantisme libéral organisées par Evangile et Liberté (lien) en espérant vous y rencontrer pour le plaisir des rencontres.

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Published by la Correspondance unitarienne - dans CU les sommaires
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 13:49

Article à la Une : " Comment j'ai découvert mes sympathies pour les unitariens " par Emile Mihière

 

Depuis que j’ai pris contact avec cette mouvance, je m’y sens à l’aise et je voudrais dire pourquoi. Je vais donc extérioriser mes engagements, mes rencontres, mes échecs et des moments merveilleux qui tissent le fil de l’existence.

Mes parents, commerçants, travailleurs et pieux, à Droite naturellement, m’ont fait macéré dans un milieu clérical et protégé. J’allais dans une école catholique : c’était un point d’honneur dans la famille, même si l’on devait se « saigner aux quatre veines » pour payer la pension. Dans ce milieu bien pensant, il n’y avait qu’une vérité incarnée dans les dogmes immuables enseignés par un clergé bardé de certitudes. J’y adhérai volontiers sans me poser de question, dans ce milieu ultra protégé en restant dans un certain infantilisme par rapport, en particulier, à la sexualité et à la politique. A 20 ans, je n’avais jamais embrassé de fille et j’ignorais ce qu’était un syndicat.

Désireux d’être utile, la voie royale (pensez au Sur-moi !) qui s’offrait, c’était le sacerdoce … et j’entrai au séminaire. Je commençais à me poser quelques questions sur la Bible, les sacrements ; puis vint en 1943 le Service obligatoire du travail (STO) en Allemagne et la consigne de l’évêque de Marseille : « Votre devoir est de vous soumettre au gouvernement du maréchal Pétain ». Là-bas, en Silésie, libéré de la soutane et du cocon clérical, en contact avec le monde réel, quoique naïf encore, j’ai appris la critique du « devoir d’obéissance » et confronter mes soi-disant certitudes dogmatiques ou autres avec les copains.

Re-rentré au séminaire (j’avais de bons restes catholiques), je commençais à fortifier mes doutes quant aux dogmes, celui de l’infaillibilité papale entre autres. Nommé en paroisse ouvrière (quartier Nord de Marseille). Je me suis rapidement aperçu combien notre religion était superficielle par rapport à la vie des gens ; seuls les prêtres ouvriers partageaient pleinement les souffrances et les espoirs de ce peuple. Puis vint le décret mortifère de 1954 qui supprimait cette catégorie de prêtres sans discussion possible : la machine d’obéissance romaine était en route écrasant tout sur son passage. Mon curé, qui avait pris partie a été limogé ; il fut nommé aumônier d’hôpital et réduit au silence.

Je suis resté pour étudier de plus près ces dogmes romains inviolables et partir en connaissance de cause. J’ai pu le faire en étant aumônier de lycée et d’étudiants. Finalement, n’étant plus d’accord avec mon Eglise, j’ai quitté le sacerdoce et repris un emploi dans une fonderie, jusqu’à ce qu’un ami, pasteur protestant, me dise : « Tu peux faire autre chose que charger un four, et on aurait besoin de toi chez les protestants ! ». Je suis ainsi devenu ministre de l’Eglise réformée de France.

Dans le milieu protestant libéral, animé par la revue Evangile et Liberté, j’ai pu étudier, confronter, approfondir ma foi et finalement connaître les unitariens où on accepte ces chercheurs de Dieu, de sens, sans être prisonnier d’une Eglise doctrinale. A tout âge on peut s’engager (mais non pas s’encager !).

Ainsi, j’ai reçu et lu volontiers la Correspondance unitarienne. J’ai puisé dans La Besace des unitariens, le site documentaire de cette mouvance, et trouvé des points de vue différents mais convergents tous vers une recherche sincère du vrai. Il ne s’agit pas d’unité (qui serait celle des cellules cancéreuses !) mais d’union dans une diversité reconnue, véritable vivier de richesses, d’expériences, de vécus, de pensées. J’ai rencontré des amis comme Pierre Bailleux, Roger Parmentier, Pierre-Jean Ruff, surtout Jean-Claude Barbier … et j’espère en rencontrer d’autres qui m’enrichiront de leurs idées et expériences.

J’ai aussi écrit en donnant mon point de vue en respectant celui des autres. J’essaie avec eux de lutter pour un monde plus juste et plus fraternel sans se sentir prisonnier d’une « boutique cléricale ». Il n’y a pas d’âge pour cela ; j’ai maintenant plus de 90 ans et je voudrais dire aux personnes âgées comme moi de ne jamais désespérer : « A tous ceux qui se plaignent ou qui se résignent/ A la guerre, au racisme, aux pauvres méprisés / Qui disent « C’est trop tard » … une seule consigne : / Me copieront cent fois « Mieux vaut tard que jamais » !

Libres propos : "Emile Mihière, l’unitarien" par Jean-Claude Barbier

N’est-il pas abusif de qualifier un auteur d’unitarien dès lors qu’il contribue, par des textes, aux bulletins de la Correspondance unitarienne ? Il convient en effet de rappeler d’abord qu’Emile Mihière fut prêtre du diocèse de Marseille et particulièrement proche de ses collègues prêtres ouvriers, puis pasteur protestant frayant avec ses collègues libéraux ; sans oublier ses contributions écrites pour la Libre-Pensée. Nous maintenons toutefois ce qualificatif d’unitarien pour les raisons suivantes :

Dans la mouvance protestante libérale, c’est vers des anti-trinitaires connus qu’il a eu manifestement le plus d’affinité, le « coup de foudre » pour reprendre sa propre expression ; citons Pierre Jean Ruff, Pierre Bailleux et Roger Parmentier. En plus, sans être lui-même franc-maçon, il est de cette génération des unitariens francs-maçons (Albert Blanchard-Gaillard, Pierre Bailleux, Jacques Cecius, etc.) qui firent beaucoup pour le développement de cette mouvance en France et pays voisins. Il en a l’âge mais aussi ce regard critique sur les religions qui fait la marque de l’unitarisme français. Je dirai même que, dans cette mouvance unitarienne, il est en sympathie avec l’unitarisme-universalisme avec son ouverture à toutes les religions et aussi à l’athéisme.

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Published by la Correspondance unitarienne - dans CU 2013 - articles
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 13:40

à propos de son livre "Tous les chemins mènent à Rome", Paris, L'Harmattan, 2012

 

Jean-Claude Odier, présentation aux éditions L’Harmattan -  
Notre collègue a écrit sa biographie à la demande de ses enfants et de ses amis. Né à Marseille en 1922, « quel con ! », lui dit un camarade quand il entra au séminaire. Le ton est donné au livre. Il ne restera pas longtemps « fonctionnaire de Dieu ». Rome supprime les prêtres-ouvriers en 1954. C’en est trop pour cet homme ancré à Gauche [ndlr – plutôt ayant évolué vers]. Il s’éloigne des dogmes de l’Eglise. Dénoncé à Rome, c’est la rupture. Il épouse une de ses catéchistes et part pour Genève et sa faculté de théologie protestante ? Naissance des deux premiers de leurs trois enfants. Après une paroisse en région parisienne, ce sera la Mission populaire à Saint-Nazaire puis à Marseille. Aumônier de prison aux Baumettes, il en sort au bout de 9 mois. C’est un contestataire. Le voici en paroisse à Pau et Oloron. Pour 17 ans. Sa femme meurs. Retour à Marseille et Aubagne. […].
On découvre ensuite Emile Mihière à travers des articles qu’il a publiés. Son pacifisme militant l’a poussé à écrire entre 1990 et 1994 dans « L’Union pacifiste de France ». Thèmes : césaro-papisme, élaboration de la théorie de la guerre sainte, phénomène de la violence et soif de pouvoir. « Face à l’obéissance inconditionnelle qui maintient le désordre établi, nous proposons non la simple désobéissance un peu trop négative, mais l’imagination », écrit-il. Il présente des personnages comme Constantin, Napoléon, Jean Jaurès. Dans « Evangile et Liberté » et « Ensemble », c’est le tenant de la théologie libérale qui s’exprime entre 1970 et 1985. Phrases chocs : « La question du sacré me pose une sacrée question », « Nous sacrifions l’homme pour sauvegarder la religion », « Méfie-toi toujours de l’homme qui a son Dieu dans le ciel ».
Pas anodin, ce livre décapant se termine avec le testament spirituel d’une amie agnostique : « Je n’écris sur ce Mémorial que la seule parole de Jésus qui peut faire notre unité : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’ ».
Olivier le 2 février 2011 – Quelle joie de mieux connaître ton parcours si exceptionnel et si bien raconté. Je me suis régalé en le lisant non stop en ce qui concerne le récit de ta vie. Et en plus, je m’y suis parfaitement retrouvé bien que tu sois plus âgé que moi ! Toute ma jeunesse, j’ai entendu les mêmes discussions sur le qu’en dira-t-on. Je peux te dire que chez les protestants c’était bien la même chose que chez les catholiques ! En plus, j’avais des ami(e)s juifs, le comble ! La terreur de ma mère, certainement très influencée par les campagnes antisémites de l’époque contre lesquelles je m’insurgeais. Si j’écrivais mes mémoires aujourd’hui, je pourrais faire un plagiat parfait en remplaçant catho par parpaillots ! Bon quoi, je me suis régalé …
Et quel parcours ensuite : bravo !
Marc et Simone V., Le Fleix, 8 avril 2011 - Quelle bonne idée as-tu eue de retrouver et d’exhumer ces « vieux » écrits qui continuent à nous interpeller !
Vincens Hubac, pasteur ERF au Foyer de l’âme à Paris, recension du livre dans Evangile et Liberté, n° 258, avril 2012 – Un livre assez court mais un moment de fraîcheur, d’histoire, de « parler vrai ». En quelques pages, à travers sa biographie qui se lit comme une aventure, Emile Mihière nous transporte du catholicisme au protestantisme en passant par les calanques de Marseille, les Alpes, le séminaire, les camps de prisonniers de guerre, les engagements politiques, et toujours l’action en faveur des plus démunis. Emile Mihière est devenu pasteur protestant au service d’une Eglise qui témoigne et s’engage, prend des risques, celle qui est vivante, joyeuse, pleine d’espérance. C’est ce que développe la deuxième partie du livre qui regroupe une collection de ses articles. Tous les chemins ne mènent pas à Rome est un vrai témoignage que l’on dévore facilement.
Roger Parmentier, le 24 avril 2012 – Sois chaleureusement félicité pour les beaux textes de ton livre et d’avoir vécu pareil itinéraire. Il t’a fallu le cran d’un montagnard chevronné pour y parvenir et pour continuer sans baisser les bras. Je viens de le relire soigneusement d’un bout à l’autre et je me suis régalé comme on dit ici… […] En toute amitié solidaire.
Mme G. – J’apprécie beaucoup certains passages, tellement vrais.
Pierre A. – J’ai appris par ton livre un tas de choses sur toi que je ne connaissais pas, bien que nous nous rencontrions souvent. Ta modestie vraie ! Ta « conclusion » avec ton évocation de Mlle E. , cette belle figure qui nous a marqué, est éminemment symbolique de ton rapport aux autres et à la vie. Merci encore.
Alain C. – Eh bien, jamais je n’ai eu sous les yeux un cheminement de pensée, une hiérarchie des valeurs, des prises de position, aussi proches de ce que je ressens depuis toujours. En effet, dès mon adolescence, j’ai bien compris que la trace commune de tous les peuples colonisés était l’humiliation et que le statut de colonisé n’était pas éternel. Aussi, dès l’âge de 16 ans, je participais au soutien des objections de conscience ayant leur procès au fort Saint-Nicolas à Marseille. Et cela s’est poursuivi par pas mal d’engagements et notamment de nombreuses années au conseil d’administration de Terre des Hommes, association d’aide au développement.  […] Je regrette vraiment de te redécouvrir bien tardivement, mais la lecture de ton livre reste pour moi un grand moment d’harmonie intellectuelle partagée.
Marcel – Emile Mihière … déclinaisons (poème) : Emile Mihière / Emile, c’est Milou / Mi-loup, mi hère / quel est donc cet être curieux, unique / résultant assurément d’un croisement diabolique ? / (tant pis pour la religion) / ce ne peut être qu’un original, un inclassable / de toutes façons, ne faisant pas les choses à moitié, / un « mi » ne lui convient guère / sa vie témoigne d’une longue errance / errance ? errer ? hère ? / le pauvre hère a longuement erré / d’aventures en aventures / agrandissant toujours son aire d’action au fil des ans / jusqu’à ce qu’elle devienne universelle. / Si par chance vous croisez sa route / vous aurez mis dans le mille. / Et mille (encore lui) bravo pour ton bouquin.
Mireille -  […] Comme tu le préconises dans ton livre, je te livre, avec une sincérité totale, toutes mes pensées et sentiments, engendrés par sa lecture. Je ne savais pas qu’il m’apporterait autant. Parfois, entre amis, tu fais part de certaines pensées justes et bien exprimées, mais souvent l’heure est à la rigolade et nous passons à autre chose ; c’est une erreur, tu peux nous apporter beaucoup. Comme tu aimes nous parler de ton côté provocateur, je t’imaginais en « bon petit diable » (un comble !), empêcheur de tourner en rond, avec peut-être un léger sentiment d’orgueil pour ton personnage, sentiment tout de suite apaisé par l’humour et l’ironie que tu portes à ta personne. J’ai compris à la lecture de ce livre qui tu étais vraiment […]. Enfin, j’ai pu relier entre eux les différents épisodes de cette vie peu banale.
Entrée dans tes pensées et convictions ; elles naissent d’une curiosité, d’une intelligence vive, et d’une analyse juste des faits, et sont argumentées par des citations qui montrent une grande culture et qui sont toujours bien choisies. Certaines m’étaient connues, mais d’autres non, et m’ont ravie.
Intéressant pour moi, l’historique que tu as fait sur la position de l’Eglise vis-à-vis de la guerre, ton analyse et tes conclusions […].
Ton livre se lit rapidement, non pas parce qu’on survole, mais au contraire parce que l’on est porté par un grand intérêt du début à la fin.

 

Ajout du 23 juillet 2013 :

Présentation de son livre « Tous les chemins ne mènent pas à Rome » par Antoine Nouis dans l’hebdomadaire « Réforme » n° 3251 du 11 juillet 2013 : "Un pasteur haut en couleur".
Emile Mihière, dit « Milou », est un pasteur retraité haut en couleur et en impertinence. Il propos un petit livre qui croise des éléments de son parcours avec des textes qu’il a rédigés pour Evangile et Liberté, mais aussi pour l’Union pacifiste de France et La Libre pensée. Il introduit cette série d’articles par ce bel avertissement : « Ami lecteur, si par chance tu existes, merci d’être là ; sinon, ma bouteille à la mer continuera à tanguer sur les flots de l’Humanité au milieu des galères ».
Revenons à sa biographie. Né à Marseille d’une famille qu’il décrit ainsi : « Mes parents étaient des commerçants travailleurs, économes et pieux. De Droite naturellement, et même surnaturellement », il raconte une enfance marquée par le décès de son père mort de la tuberculose après avoir été gazé dans les tranchées de la Grande guerre, puis son entrée au séminaire : « Je restais dans l’infantilisme par rapport à la sexualité et à la politique. La voie ouverte, la meilleure pour un gars généreux et désireux d’être utile, était le sacerdoce ».
Marqué par de longues années de captivité, il devient prêtre après la guerre mais sa foi en l’Eglise s’est trouvée écornée par l’interdiction des prêtres-ouvriers en 1954 : « Rome admet des prêtres-militaires, des prêtres-escrocs, des prêtres-espions, des prêtres-patrons, mais des prêtres-ouvriers, pas question ! ».
Il quitte l’Eglise [catholique] et rencontre un ami qui lui parle de la faculté de théologie protestante. Il se marie et devient pasteur … à la Mission populaire à Saint-Nazaire, puis à Marseille où il réussira l’exploit d’être limogé de son rôle d’aumônier des Baumettes. Il finira son ministère à Pau. Un pasteur original et attachant … un témoin.

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 13:26

a) Livres

2011 - « Tous les chemins ne mènent pas à Rome », Paris, L’Harmattan, collection « Graveurs de Mémoire », 160 p.
2012 – « A bâtons rompus », Aubagne, éditions Provence-Poésie (Pp), 80 p.
2013 - « Rebelles, pourquoi pas ? », Aubagne, éditions Provence-Poésie (Pp), 42 p.
 

sommaire :
Hors d’œuvre : Pourquoi pas ? / Les pirates de la Volga / Il pleut, bergère ; un présage / Le Bon roi Dagobert / Le temps des cerises  / Deux négations valent une affirmation / Mistral
Les rebelles : Antigone, symbole de fermeté / Amos l’intrépide / Socrate le penseur libre / Jean Huss / Les cathares / Sébastien Castellion, le petit Savoyard / Thomas More / Baruch Spinoza / Parpaillots / Marie Durant, la rebelle / Giordano Bruno, le chevalier errant / Flora Tristani / Louise Michel, la Vierge rouge / Inde Bell West, la mulâtre sans peur / Les trois sœurs intrépides / Edith Margareth, l’indomptable / Rosa Luxembourg, une vraie communiste / Simone Weil, l’insoumise / Henri Curiel, soi-disant terroriste.
Le renouveau : Un jour au cimetière / Les fêtes / quand même / Les couleurs / Le chemin / Vacances et voyages / Au pied du mur / Au printemps / Le hasard / Ô toi Homme, honneur au … /

 

b) articles ou libres propos dans la Correspondance unitarienne

b1 – articles de l’auteur
CU n° 116, juin 2012 – « J’ai rencontré Pierre Bailleux … ce fut le coup de foudre », article à la Une.
CU n° 117, juillet 2012 – « Roger Parmentier : un prophète qui comme Jésus reste bienveillant envers ses ennemis ; un témoignage », article à la Une.
CU n° 119, septembre 2012 - « Parpaillots » poème (inscrit dans le recueil édité en juin 2013)
CU n° 119, septembre 2012 - « Août 2012, une semaine de stage chez Roger Parmentier ; un compte-rendu », article à la Une
CU n° 121, novembre 2012 - Libre propos en hommage à Roger Parmentier
CU n° 123, janvier 2013 - « L’Esprit souffle où il veut et les institutions ne sont pas infaillibles », libre propos.
CU n° 126, avril 2013 - Libre propos sur le mariage dans le débat sur une cérémonie religieuse à usage des couples quelque soit leur orientation sexuelle
CU n° 127, mai 2013 - « Charles-Henri Matile : son plaidoyer pour une religion d’avenir »

b2 – articles sur l’auteur
CU n° 116, juin 2012 - Jean-Claude Barbier sur l’anarchisme chrétien à propos du livre d’Emile Mihière « Tous les chemins ne mènent pas à Rome »
CU n° 116, juin 2012 –Jean-Claude Barbier : « Un homme de caractère libre : Emile Mihière »

autres publications
Mis en ligne sur le site de l’Eglise unitarienne francophone le 10 juillet 2012, dans la rubrique « prières et méditations » du poème « Le clown » (publié dans « A bâtons rompus », 2012).

 

L'auteur a un site personnel en construction (lien).

 

 

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 13:36

La Révocation de l'édit de Nantes (1598) fut l'acte de naissance d'une seconde Réforme, en 1685. Je l'ai expliqué lors du troisième centenaire en 1985 dans la Revue des études théologiques et religieuses de Montpellier. Elle s'est faite autour de l'idée symbole, inscrite dans l'édit violé par la Révocation, de la  Liberté de conscience. Ce n'était plus l'héritage des Réformateurs. Théodore de Bèze, je l'ai déjà dit, considérait la liberté de conscience comme un "diabolicum dogma". C'est lui qui présidait en 1571 le confession_de_foi_de_la_rochelle_medaillon_commemoratif_15.jpgsynode où fut officialisée la confession de foi de La Rochelle, et, avec celle-ci le symbole d'Athanase et des articles 39 et 40 que bien des calvinistes sincères voudraient effacer de nos mémoires. Parlons plutôt des Psaumes, notre plus véritable patrimoine, dû lui aussi en grande partie à Théodore de Bèze, connus, traduits et chantés dans l'Europe entière. Avec la Bible qui servait aussi comme manuel de lecture élémentaire, ils ont accompagné les familles pendant un siècle dans le silence de la clandestinité, un silence médiatique brisé rarement par quelques procès retentissants. La communauté protestante n'a pas témoigné envers Voltaire d'une gratitude à la mesure de son engagement dans l'"Affaire Calas". Aujourd'hui encore cette "Affaire" est bien moins connue que l'"Affaire Dreyfus".
Illustration : médaille commémorative en 1859 du tricentenaire du synode de la Rochelle (1559), premier synode des Réformés en France.

Voltaire passe pour antireligieux, comme les encyclopédistes, même dans l'opinion protestante. Nous avons vu comment travaillait Louis de Jaucourt, dans une cave, et d'ailleurs ses articles de religion dans l'Encyclopédie ne scandaliseraient nullement un lecteur unitarien, ou, mieux encore, un lecteur non prévenu. Quant à Voltaire, que connaissait-il du protestantisme de France ? Certes pas l'humble pratique de la Bible et des Psaumes, mais bien l'héritage des querelles de synode sur la prédestination. Quel tort ne nous ont-elles pas fait ! Et pourtant, il est vrai que la confiance en la prédestination, la vraie, donna le courage indispensable, et parfois surhumain, qui sauva l'existence même de la communauté protestante. Qu'est-ce que la prédestination, sinon un regard vers le passé. Voyez l'Histoire, la grande, ou la vôtre, l'intime. Comptez les bienfaits de Dieu ! Vous abandonnerait-il MAINTENANT ? Tenez bon ! REGISTER. Ce mot gravé de la Tour de Constance, attribué à une modeste Ardéchoise qui fut détenue pendant 38 ans, a pris valeur de symbole dans nos mémoires, et parfois de mot d'ordre dans nos comportements.


Avec la Liberté retrouvée, il convient de garder, au moins pour nous, ces souvenirs du passé. Mais une ère nouvelle commence, et nous ne souhaitons à personne d'autre de vivre un tel passé. Tel est le témoignage que va rendre le protestantisme à l'aube du XIX°siècle. La société française le découvre enfin tel que la seconde Réforme l'a durement sculpté. C'est une Réforme par le peuple, sans réformateur. On n'ose imaginer ce que nous serions devenus sans les terribles coups de fouet que furent les dragonnades. Mais les circonstances vont encore nous servir, par un nouveau coup de fouet : l'abbé de La Mennais, et son Essai sur l'indifférence en matière de religion (1817). Cette brochure ouvrait une série qui révélait un beau talent d'écrivain, mais contenait des attaques aussi venimeuses qu'adroites, et pour tout dire un portrait caricatural du protestantisme. L'avocat de la défense fut le pasteur Samuel Vincent, de Nîmes.

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 13:16

A vrai dire, Samuel Vincent n'avait aucune envie de livrer bataille. C'était un esprit que nous dirions aujourd'hui oecuménique. S'il parla, ce fut à la suite de sollicitations nombreuses, et non sans mainte précaution de langage, dans ses Observations sur l'unité religieuse (1820). «  En général, tous les raisonnements de M. de la Mennais se réduisent à ceci : il serait fort avantageux d'avoir une religion fondée sur une autorité permanente et infaillible » (préface, p. IV). Tout est dit, et s'annonce déjà tout le débat du siècle, aussi bien pour le protestantisme de France que pour l'Eglise catholique. Il s'achèvera avec Auguste Sabatier, que nous verrons plus loin. De même, il écrit : « En terminant cette préface, j'éprouve le besoin d'exprimer mon admiration pour l'ouvrage que j'ai combattu. Il y a des chapitres entiers que j'ai lus avec ravissement. Ah ! pourquoi faut-il qu'un talent si beau se consacre aussi souvent à diviser et à aigrir, au lieu de réunir, d'adoucir et d'instruire ! » (p. VIII).


Samuel-Vincent.jpgPortrait de Samuel Vincent (1787-1837). A lire : « Le Pasteur Samuel Vincent À L'aurore De La Modernité 1787-1837 : Actes du colloque Samuel Vincent, 21-22 septembre 2003 » publiés en 2003 par la Société d’histoire du protestantisme de Nîmes et du Gard, 355 p.


Après cette brochure à la dimension d'une controverse, on attendait l'oeuvre. Elle sera double. D'abord, lancement d'une revue théologique d'une étonnante modernité, dès 1820 : les Mélanges de religion, de morale et de critique sacrée. Le centre de la publication est Nîmes. Mais il y a des représentations en librairie à Paris, Genève, Lausanne, Neuchâtel, Londres, Strasbourg, Leipzig, Hambourg, Francfort, Montauban, Lyon, et Valence. Autrement dit, c'est une revue d'envergure européenne. A lire le programme, on se croirait - format d'impression à part - devant les actuelles revues de Strasbourg et de Montpellier. Et il faut saluer, en particulier, l'énorme et remarquable travail constitué par la revue des livres à chaque livraison. Toute la littérature théologique européenne, allemande en particulier, est offerte à la connaissance d'un peuple protestant français terriblement isolé jusqu'ici.


L'autre partie de l'oeuvre viendra en 1829. Du Protestantisme en France. Le ton est donné d'emblée. « Une ère nouvelle commence pour les protestants français. Solidement établis sur les bases mêmes de la constitution de l'Etat ; protégés par un roi religieux mais tolérant ; possédant déjà les principaux établissements nécessaires à leur culte ; pouvant légitimement espérer que les autres ne se feront pas longtemps attendre ; voyant des temples s'élever partout et de nouveaux pasteurs accordés à leurs églises, les protestants, rassurés sur leur avenir, peuvent et doivent reprendre cette vie intellectuelle et religieuse que tant de persécutions avaient arrêtée. Jamais, depuis l'édit de Nantes, époque ne parut plus favorable... » (p. 1 ; nous citons d'après la réédition de 1860).

 
Ainsi, dans le cadre des lois nouvelles, nous avons la liberté, et cette Loi, de par notre tradition même, signifie La liberté. Nous pouvons nous montrer publiquement tels que nous sommes dans le fond. Certes, nous n'avons pas l'égalité politique. Mais ce n'est plus l'arbitraire du pouvoir. Nous pouvons vivre et travailler, et la seule vraie difficulté sera de nous y habituer, d'avoir confiance. Cette difficulté est en nous-mêmes, (p. 2) et des ferments de discordes intérieures sont semés çà et là par le mouvement religieux, auquel nous devons d'être réveillés enfin de notre longue léthargie.


Les attaques de La Mennais ne seront pas oubliées, mais pour mesurer le retentissement de ce livre, rien n'atteint l'effet produit sur La Mennais lui-même. La Mennais a changé. En 1834, il publie les Paroles d'un croyant, qui seront condamnées par la Hiérarchie. Le talent reste, le succès de librairie également, et c'est par ce dernier livre, si "hérétique" soit-il, que toute une aile marchante et sympathique du catholicisme se réclamera de lui.

 
Où sont les unitariens ? Samuel Vincent en est un sans le savoir, ou sans le dire. Mais ce serait, dans un peuple forgé sous la persécution, une parole de scission. Tout est dit dans la formule adressée à La Mennais : « réunir, adoucir, instruire ». Les mots arien, ou unitarien, viendront de l'autre camp, celui qui réclame les confessions de foi du XVI°siècle. Mais laissons parler Vincent lui-même : (p. 13) C'est notre amour pour l'Eglise protestante qui seul est notre mobile. Nous allons exprimer nos vues, avec franchise et simplicité. D'autres sont mieux placés que nous pour bien voir. S'ils avaient parlé, nous nous serions tu. Et maintenant encore nous sommes prêt à redresser nos opinions sur les avis qui nous seront donnés avec bonne intention et sincérité (...) (p.14) Pour moi, et pour beaucoup d'autres, le fond du protestantisme, c'est l'Evangile ; sa forme, c'est la liberté d'examen. (...) On a violemment reproché au protestantisme d'être ce que je viens de dire : et quelquefois ses amis ont la faiblesse de l'en défendre. Pour moi, j'accepte le reproche, et j'avoue qu'il m'est difficile de concevoir autrement le protestantisme. Et non-seulement, j'ai peine à le concevoir autrement, mais encore, c'est parce que je le conçois ainsi que je l'aime.(...)

 

(p. 15-16) Le protestantisme excite aujourd'hui un haut degré d'intérêt dans tous les pays de l'Europe et de l'Amérique. De grands talents s'y rattachent. Ceux qui ne passent pas dans son sein le respectent ; beaucoup l'aiment et voudraient l'embrasser. Mais d'où viennent cette considération et cet intérêt ? Quelle en est la véritable source ? Est-ce la confession d'Augsbourg ? Est-ce la formule de Concorde ?* Est-ce la confession de foi de La Rochelle ? Personne n'y songe ; et les protestants eux-mêmes connaissent à peine ces pièces dès longtemps oubliées. C'est comme  les défenseurs et souvent les martyrs de la liberté de conscience et d'examen que l'on aime et que l'on respecte les protestants. C'est quand ils se sont montrés tels, qu'ils sont honorés aux yeux des hommes, dont ils ont accru les lumières, relevé la dignité et préparé le bonheur. S'il prenait fantaisie aux protestants de n'être plus que les champions de la confession d'Augsbourg, de celle de La Rochelle, et de tant d'autres qu'ils ont faites, tout le monde leur tournerait le dos, et eux-mêmes ne seraient plus qu'un corps imperceptible, privé de chaleur et de vie.(...)
* Note de Samuel Vincent : la formule de Concorde (1580) est l'expression la plus scolastique du luthéranisme le plus étroit.


(p. 20) ; à propos des discussions dogmatiques [ndlr – entre autres sur le nestorianisme lors du concile d’Ephèse de 431 et sur le monophysisme lors du concile de Chalcédoine de 451] : On commence par disputer sur la nature divine du Sauveur des hommes, sujet bien légitime d'une généreuse curiosité ; mais quand il est décidé qu'il est Dieu, l'on songe qu'il a paru sur la terre avec la forme humaine, et l'on se demande si cette forme n'était qu'un corps habité par la divinité, ou si c'était un homme tout entier auquel Dieu s'était joint. Quand il est statué que les deux natures étaient complètes en Jésus, et quand les partisans de l'autre système sont exclus à leur tour, on se met à réfléchir encore, et l'on commence à craindre que ces décisions ne fassent de Jésus deux êtres distincts. Entraînés par ces craintes bien naturelles, quelques uns pensent et disent qu'en Jésus se trouvent bien en effet les deux natures, mais qu'entre elles deux, elles n'ont qu'une volonté. Nouveaux débats terminés par une nouvelle décision qui amène une scission nouvelle, et par laquelle il reste réglé qu'en Jésus les deux natures étaient complètes, et qu'il avait par conséquent deux natures et deux volontés ... Arrêtons ici. Le lecteur peut savourer la spirituelle ironie de l'auteur, qui n'ira pas plus loin dans ce sens.

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 12:41

Nous ne nous étendrons pas sur les débats dogmatiques. Ils ont provoqué des disputes parfois féroces entre les orthodoxes, partisans des confessions de foi du XVI° siècle, et les libéraux qui contestaient leur autorité, les trouvant dépassées. Lucien des Mesnards, évangéliste résolument orthodoxe, émettait le voeu, dans son journal Le Témoin de la Vérité, qu'on pût être un "orthodoxe aimable"...

 
Pour la plupart, l'identité protestante ne repose pas sur des doctrines, mais sur un ensemble de souvenirs respectés dans les familles, souvenirs souvent douloureux. Parmi bien d'autres, le souvenir de Louise Morin surnommée la Maréchale à cause de sa distinction, de Beaufort-sur-Gervanne, près de Crest. Surprise dans une assemblée dénoncée par le curé de Beaufort, elle ne put s'enfuir, car elle tenait un bébé dans les bras. Détenue pendant 15 jours à la Tour de Crest, elle fut condamnée à être pendue devant sa maison, à Beaufort. Etant au pied de l'échelle, elle demanda la permission de donner le sein à son enfant, pour une dernière fois, et l'obtint. Quand ce fut fini, elle remit le bébé à une nièce qui était là, dans l'assistance, puis elle monta sur l'échelle "en chantant les louanges de Dieu"... Passé 1900, on montrait encore, à Beaufort, la poutre qui sortait du mur, devant sa maison. L'essentiel de cette Eglise, pour Samuel Vincent, c'est qu'il l'aime. L'essentiel n'est pas d'en détenir les clés du pouvoir, mais la liberté reconnue, pour chaque individu ou communauté qui s'y rattache, d'exprimer sa foi comme il l'entend. On dira de lui qu'il est un libéral.


Cela dit, le courant libéral français fut bien représenté, et tout d'abord dans un domaine capital, celui de la haute culture théologique. Albert Réville a compté, dans le fichier de la Bibliothèque nationale à Paris, plus de 600 références. Dans la recension de la biographie d'Ernest Renan écrite par M. Van Deth, que le lecteur peut trouver dans La Besace des unitariens ( lien), sont indiquées ses relations érudites avec Renan, et l'estime témoignée par ce dernier pour son Commentaire de l'Evangile selon saint Matthieu. La science a progressé depuis 150 ans, mais la datation vers les années 80 de cet évangile par Albert Réville reste dans les ordres de grandeur admis.

 

Il faut mentionner aussi les rédacteurs de la Revue de théologie de Strasbourg : Edouard Reuss, Michel Nicolas, Timothée Colani, pour s'en tenir aux principaux. On ne leur a pas toujours témoigné une estime à la mesure de leurs mérites, pour une raison simple : c'est que s'ils admiraient les théologiens de l'Allemagne, la réciproque n'existait pas.


auguste_sabatier_par_bernard_reymond.jpgAuguste Sabatier - Un Théologien À L'air Libre (1839-1901), par Bernard Reymond, 2011, Genève, Labor et Fides,

 

Il faut enfin une mention spéciale pour le dernier d'entre eux, Auguste Sabatier, généralement considéré comme libéral, un peu malgré lui. Son livre le plus connu est l'Esquisse d'une philosophie de la religion (1897, réédition en 1911). Il eut un temps de célébrité en France et à l'étranger, notamment aux Etats-Unis et en Italie, grâce en partie à son homonymie avec Paul Sabatier que l'on croyait être son parent proche. Un admirateur éminent fut Nathan Söderblom, futur archevêque d'Upsal, qui le traduisit en suédois. Ce livre a suscité divers travaux d'analyse parmi lesquels on doit retenir ceux de Jean Deprun (1966) et de Bernard Reymond (1976). Les lecteurs unitariens y trouveront leur miel avec l'évolution du dogme trinitaire dans l'Histoire. Malgré toutes ces références, je ne pense pas que ce livre nous donne la trace la plus novatrice d'Auguste Sabatier dans l'Histoire religieuse. Son dernier grand livre, posthume, est Les Religions d'autorité et la Religion de l'Esprit (1904, réédition en 1956). Auguste Sabatier y déploie une immense érudition qui ne se trouve pas dans Samuel Vincent, et l'initié peut même y voir, entre les lignes, l'écho des disputes du siècle qui ont divisé les protestants. Mais la  thèse fondamentale sur la frontière qui existe entre La religion de l'Esprit et Les religions d'autorité est tout aussi clairement exposée chez Samuel Vincent.


L'ouvrage le plus novateur d'Auguste Sabatier reste pour nous sa thèse de 1870 soutenue à Strasbourg, L'apôtre Paul, esquisse d'une histoire de sa pensée. Le mot important, c'est l'histoire, avec sa notion d'évolution. La pensée de Paul a évolué sous l'effet des circonstances. Les conséquences de cette découverte étaient dévastatrices pour l'édifice dogmatique de la théologie chrétienne, et sans doute dépassait-elle même en cela les intentions de l'auteur. D'autres s'en chargèrent pour lui. On en fit une "théologie de l'évolution", comme s'il s'agissait d'un système à la mode, pris dans l'air du temps. La notion même de Parole de Dieu était atteinte. Il ne serait donc plus possible au prédicateur de s'appuyer sur une parole biblique, prise comme texte de la base révélée, pour s'adresser à l'assemblée des fidèles. Pour un dogmaticien, c'était aussi grave que Newton excluant Dieu des lois de la Nature. Sans entrer dans les péripéties parfois douloureuses de cette contestation, résumons quelques faits de cette évolution dans la pensée de saint Paul.


- Le premier problème théologique de l'Eglise chrétienne fut que le Jugement dernier, plus ou moins lié au rétablissement du royaume d'Israël sur la terre, tardait à se manifester. (Actes I, 6) Paul n'est pas encore là.
- Le retard se confirme, et les premiers chrétiens meurent. Or, tous espéraient éviter cette épreuve. Là, Paul répond que, au son de la trompette annonçant le Messie et le Jugement, les morts monteront les premiers. Après quoi nous, les vivants, nous nous envolerons sur les nuées pour les rejoindre auprès du Seigneur (1 Thessaloniciens 4, 16-17).
- Encore des retards, et des morts, des malades... Mais c'est aussi votre faute. Quand vous célébrez le repas du Seigneur, chacun mange ses provisions à part, sans se préoccuper des autres. C'est à cause de cela ! J'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné : c'est que le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré (1 Corinthiens 11,17-23). Et c'est l'inoubliable passage que tout chrétien entend lors de la communion.
- Un drame s'est produit. Paul a compris qu'il devrait, lui aussi, mourir un jour. Peut-être lorsqu'il a été livré aux bêtes (1 Cor 15, 32). Mais l'essentiel, alors, c'est la foi à la Résurrection. Pas évident... Difficile à croire ! Mais enfin, Grecs, vous y croyez plus que vous ne le dites. La preuve, c'est que vous vous faites baptiser pour les morts (v. 29). (Comprenons que des convertis, voyant des êtres chers disparaître sans avoir obtenu le baptême, demandaient des procurations pour le ciel) Mais sous quelle forme, dites-vous ? C'est vrai qu'il faut un corps, mais il y a différentes sortes de corps : les corps à quatre pattes, les corps d'oiseaux, les corps de poissons, les corps terrestres, les corps célestes, et finalement les corps ressuscités qui ont la propriété d'être incorruptibles et spirituels, comme celui du Christ. Tout cela nous arrivera d'un seul coup au son de la dernière trompette (C'est dur.  Paul prend les arguments qu'il peut, dans tout ce chapitre 15 de 1 Corinthiens). A ce drame s'en est joint un autre : ses fidèles ont failli l'abandonner. Cette épreuve traverse toute la 2ème aux Corinthiens.
- Paul s'est habitué à cette idée qu'il allait mourir. Mais après tout qu'importe. Christ est bien mort lui aussi. Si son esprit est en moi, j'ai l'essentiel, que je sois vivant ou que je meure. Chrétiens, nous sommes déjà citoyens des cieux.


Tout cet achèvement se développe au cours de la dernière épitre sûrement authentique de saint Paul, l'Epître aux Philippiens. On voit qu'elle n'a rien d'une spéculation dans un bureau et devant sa feuille de papier. Chacun de nous fut jeune un jour, et vieillira jusqu'à ce que vienne la mort, après des joies et des douleurs. C'est l'exemple même de Paul, de sa lutte pour faire partager à d'autres sa foi, qui sera désormais notre Parole de Dieu. D'une petite communauté groupée autour d'une illusoire fin du monde libératrice à Jérusalem, Paul a tiré pour les Juifs et les non-Juifs, donc à la dimension de l'Humanité entière, une manière de donner un sens à la vie qui traversera les siècles.


Auguste Sabatier a tenté une analyse du même ordre concernant la vie de Jésus, avec moins de succès, mais aussi des sources moins abondantes. Albert Schweitzer eut une opinion très négatives sur les essais de Vie de Jésus. Pourtant, le procès et la Passion de Jésus sont accessibles à l'analyse historique. D'autre part, les connaissances relatives au contexte palestinien contemporain font régulièrement des progrès. La difficulté majeure est, pour les passages qu'on peut dire historiques, de les situer dans une chronologie, et de situer des paroles d'enseignement dans cette chronologie.

 
Mais, cela dit, deux évènements autres que la Croix peuvent être considérés comme bornes milliaires dans la vie de Jésus. L'un, apparemment quand il vient de choisir ses douze apôtres, et que sa famille l'a cru fou (Marc, 3, 21). L'autre quand il chasse les marchands du Temple à coups de fouet (Jean 2, 15). On a le droit de penser, pour l'un, que Jésus agissait pour la première fois en tant que Messie. Quant à l'autre, il apparaît aux autorités romaine et juive comme un scandale public, à réprimer. Donc ce scandale doit être le point de départ de l'Affaire Jésus. Vouloir nier tout essai de classement chronologique par rapport à ces deux faits, cela paraît surtout lié à la volonté de privilégier deux évènements qui, eux, n'entreront jamais dans aucune chronologie : la conception virginale et les scènes au Sépulcre sur la Résurrection - auxquelles saint Paul ne fait jamais la moindre allusion. Autrement dit, même si les données sont insuffisantes pour une biographie en bonne et due forme, les recherches historiques sur la vie de Jésus restent bel et bien à l'ordre du jour. D'ailleurs, vulgarisation ou érudition pointue, voire farfelue, elles suscitent toujours le plus vif intérêt dans le public.


A. Sabatier reçut un renfort idéologique de grand poids dans sa vision de la Révélation par le témoignage de l'Histoire, avec son illustre homonyme Paul Sabatier. Celui-ci, avec sa Vie de saint François d'Assise (1893), et plus encore avec les trouvailles qui suivirent et confirmaient la base documentaire de la biographie du saint, apportait aussi le même témoignage d'une biographie scientifique. Là encore, le fait nouveau est que le message est porté non par les reliques, les récits de miracles, ou quelques paroles isolées, mais qu’il est contenu dans l'aventure entière d'un homme voué à l'imitation du Christ, à travers des épreuves qui l'ont partiellement brisé, voire mené aux limites de l'hérésie, mais finalement tenace jusqu'à la mort. Les deux Sabatier n'étaient pas d'accord en tout, mais ils se sont compris et aimés.


Je ne suis pas surpris, écrit Auguste à Paul, mais très heureux de la découverte que vous m'apprenez, et de la nouvelle confirmation que les archives viennent de donner de l'excellence de votre méthode historique. Les faits littéraires, une fois constatés, sont aussi positifs que tous les autres, et ils se relient avec d'autres faits qui finissent par se découvrir quand la chose est possible. Cela me donne du courage et de la joie dans la même méthode de critique littéraire que j'applique aux premiers documents du christianisme (14 janvier 1899, arch. Urbino).


Un chemin nouveau se dessine à l'approche du XX°siècle : nous arrivons au temps des biographies. Voyez comme elles fleurissent aujourd'hui, et comme elles intéressent. Le fait nouveau, c'est que les saints ne sont plus parfaits. Paul ne l'était pas. Newton eut ses petitesses. C'est le triomphe des archivistes !


Et le débat sur la Trinité ? il n'en est plus question. C'est un débat d'arrière-garde. Samuel Vincent le croyait déjà, trop tôt peut-être. Mais le temps des libéraux pourrait revenir avec quelques rééditions. Je rappelle cette autre grande biographie, de Sébastien Castellion par Ferdinand Buisson, 1892. Il suffit de tomber sur les écrits d'un Coquerel, par exemple, pour constater à quel point il a peu vieilli, et en tout cas beaucoup moins que ... d'autres. Ils sont tous unitariens de fait, sans le dire.

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