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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 16:56

Introduction à des Journées organisées à Paris les 8-10 avril 2014 (lien) et comportant des visites de musées et lieux historiques, lue dans le bulletin du mois de mars 2014 de l'Unitarian Universalist Fellowship of Paris (UUFP) et traduite en français par Jean-Claude Barbier

 

Leurs vies furent toutes humaines et complexes ; ils connurent les doutes et les peines, mais aussi l’excitation, l’amitié et l’amour. Ils ont contesté les statu quo ; ils ont ré-imaginé la religion, l'éducation et la politique. Emerson, avec ses idées clés sur la confiance en soi, sur la recherche du divin en dehors des Eglises, dans la nature, et son éternelle question « où est ton [véritable] pouvoir ? ". Sa visite au Jardin des Plantes a été une révélation pour lui et provoqua une passion durable pour la science. Margaret Fuller, qui voulait faire de sa vie " une recherche extraordinaire et généreuse " , selon les mots de son idole, Goethe, et dont la rencontre avec Sand l’a confirmé dans le fait que les femmes pouvaient être des créatures à la fois pleinement sexuelles et intellectuelles. May Alcott, une femme seule à Paris entrain d’étudier les arts - une femme aventureuse, courageuse et talentueuse, amie avec Mary Cassatt et à l’époque où le mouvement impressionniste émergeait à Paris dans les années 1870. Elle contribua à faire que le Paris de 1870 - "un vaste atelier d'art ", disait-elle - s'animent pour nous et nous plonger dans le monde des Cassatt, Degas et Renoir. Nous allons marcher dans leurs traces, lire leurs journaux et leurs correspondances, et essayer de pénétrer dans leurs vies ; parcourir les mêmes rues de Paris …


Ralph Waldo Emerson (1803-1882), pour sa première visite à Paris en 1833, était jeune, le cœur brisé par la mort de sa première femme, pas encore sûr de sa vocation, confus et perdu, lorsqu’il mit le pied dans le Jardin des Plantes, le jardin botanique des anciens rois de France. C’était au mois de juillet de cette année. Qui aurait pu prédire que là, en regardant les armoires remplis d’oiseaux empaillés, d’insectes, d’animaux et de fleurs, il commencerait à avoir des idées sur la science et le monde naturel, lesquelles l’accompagneront toute sa vie ? Qui aurait pu prévoir qu’une révélation se passe dans ce petit jardin antique d’un coin de Paris, laquelle affecterait non seulement Emerson, le jeune homme troublé, mais le nouveau pays d'Amérique où il reviendra ?

Margaret Fuller (1810-1850) est une auteur publiée récemment, établie critique littéraire et premier correspondant étranger de sexe féminin quand elle est arrivée à Paris en décembre 1846. Agée de 36 ​​ans, elle avait eu envie de se rendre en Europe depuis son enfance. A Paris, ses jours seront bien remplis à visiter les galeries d'art, à suivre des débats à l'Assemblée nationale, à aller à des conférences à la Sorbonne (mais seulement pour constater qu’il ne lui était pas permis d’y assister !) et à travailler avec un tuteur sur son français. Ses rencontres avec George Sand (1804-1876) et avec le révolutionnaire polonais Adam Mickiewicz (1798-1855) aideront à façonner Margaret en la personne qu'elle est devenue lorsqu’elle quitte Paris pour Rome, afin de s'aventurer plus loin encore dans cette nouvelle aventure européenne.

 
Louisa_May_Alcott.jpgLouisa May Alcott (1832-1888) était une jeune femme qui, dans ses années 30, faisait des choses qui n’étaient pas conventionnels et pas très courantes à l'époque : elle était une femme, seule, et faisant des études d'art. Elle a appris si bien qu'elle a écrit un livre pour aider d'autres jeunes femmes ayant des aspirations similaires : Studying Art in Europe and How to do It Cheaply (Etudier l'Art en Europe et comment le faire à moindre coût). Elle a passé un an à Paris, de 1876 à 1877, vivant près de la place Pigalle et Montmartre, à prendre des leçons avec un nommé Krug [ndlr - sans doute Edouard Krug, 1829-1901, peintre français qui ouvrit une Académie de peinture à Paris en 1876] dans son atelier du boulevard de Clichy. Elle se lia d'amitié avec Mary Cassatt (1844-1926), une artiste américaine qui commençait tout juste à percer dans le monde des Indépendants comme on les appelait alors, groupe qui allait devenir les Impressionnistes.

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 01:22

Notes de lecture de Jean-Claude Barbier à partir du Dictionnaire de philosophie de Christian Godin, 2004, Fayard / éditions du Temps, 1534 p.

 

Le transcendantalisme (ou transcendentalisme) met l'accent sur le pouvoir qu'a l'esprit de connaître indépendamment de l'expérience. En cela il s'oppose à l'empirisme. Le transcendant dépasse l'ordre naturel (physique) et ordinaire (humain) des choses ; il est à la fois extérieur et supérieur. La métaphysique est la science des transcendantaux.

 

Dans la philosophie médiévale, chez les scolastiques, le transcendantal est une entité qui, par-delà les catégories d'Aristote et antérieurement à elles, s'applique à tous les êtres : l'Être, le premier des transcendantaux, puis les "convertibles" que sont l'Un, le Vrai, le Beau, etc. La signification de ces termes dépasse toutes les catégories, ceux-ci sont transgénériques et universels.  

Leibniz (1646-1716) parle des nombres transcendants (comme pi) et des fonctions transcendantes lorsque celle-ci ne peut être exprimée par un nombre fini d'opérations algébriques effectuées sur la variable.

G. Berkeley (1685-1753) parle de maxime transcendantale lorsque celle-ci domine les sciences particulières.

Kant (1724-1804) qualifie de transcendant tout ce qui dépasse les limites de l'expérience, donc d'une connaissance possible. Le criticisme kantien est un transcendantalisme qui, contrairement à la tradition médiévale, est centré sur le sujet.

Ralph Waldo Emerson (1803-1882), philosophe américain, fonde un système un système idéaliste, mystique et panthéiste qu'il nomme le transcendantalisme.

Henry Thoreau (1817-1862), fut aussi un transcendantaliste américain qui prôna un retour à la Nature.

H. Cohen (1842-1918), néokantien, a adopté et pratiqué la méthode transcendantale qui consiste à rechercher les conditions de possibilité de la connaissance scientifique.

Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), philosophe allemand, est connu pour son idéalisme transcendant et absolu qui influença ses compatriotes Schelling (1775-1854) et Hegel (1770-1831). Disciple émancipé de Kant, il conçut un idéalisme absolu où le moi justifie l'existence du monde et son sens (Théorie de la science, 1801-1804).

Husserl (1856-1939) qualifie l'ego lui-même, la subjectivité, de transcendantal, lorsqu'il a opéré la réduction et modifié son regard naturel sur le monde. Par l'expérience transcendantale, la conscience saisit sa propre réalité transcendante par un retour sur soi, faisant abstraction de toutes les donénes empiriques.

Bergson (1859-1941) utilise le verbe "transcender" dans le sens de surmonter, surpasser, outrepasser les cadres naturels et ordinaires

Heidegger (1889-1976) renvoie la transcendance au caractère propre à l'existant dont la conscience est hors de soi, non définie par une essence

d'une façon générale, la phénoménologie qualifie de transcendant ce vers quoi la conscience se projette, mais elle ôte à la transcendance toute dimension métaphysique en l'assimilant à l'extériorité ; dès lors, pour la conscience, l'objet et autrui sont transcendants.

Jean-Paul Sartre (1905-1980) désigne par transcendance le mouvement de la conscience qui la conduittoujours au-delà d'elle-même et de ce qui est, cet au-delà restant dans le cadre immanent de notre monde. Ainsi la conscience totalisatrice ne saisit-elle pas l'objet tel qu'il est mais l'apréhende dans son incomplétude en le dépassant vers ce qu'il n'est pas (détotatlisation totalisatrice). D'une façon générale, chez les existentialistes, la transcendance dénote l'intentionalité de la conscience, son surgissement, sa puissance négatrice.

Jean Wahl (1888-1974) propose le terme de "transascendance" (au-delà de ce qui est ascendant) pour désigner le mode d'être propre de la conscience qui, d'un point de vue phénoméménologique ou existentialiste, atteint un être autre d'une puissance supérieure et dépasse le monde tout en ne lui échappant pas. L'individu peut ainsi s'arracher à sa finitude. Inversement, il forge aussi le concept de "transdescendance" pour désigner le mouvement de transcendance vers la naturalité et la corporéité, l'humus de l'existant humain.

 

ralph_waldo_emerson_bis.jpegLe transcendantalisme américain (avec Ralph Waldo Emerson - portrait ci-joint - et  Henry Thoreau) est influencé par la pensée allemande (Hegel, Schelling), en réaction contre le matérialisme et l'utilitarisme des Lumières, déjà très présents aux Etats-Unis à cette époque. Elle est une forme d'idéalisme intuitionniste pensant le divin, la nature et l'homme dans leur unité panthéiste. L'univers est conçu par Emerson comme le corps de l'esprit divin infini, une "surâme" (oversoul) qui partout se diffuse et le vivifie. Dans le domaine de la philosophie pratique, le transcendantalisme se présente comme un individualisme libertaire rejetant le conformisme social au profit de valeurs idéales.

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Published by Jean-Claude Barbier d'après Christian Godin - dans (hist) EMERSON Ralph Waldo
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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 19:44

Ralph Waldo Emerson – « Discours aux étudiants en théologie de Harvard » suivi de « Le dernier repas », traduction en français par Raphaël Picon du célèbre discours « Divinity School address » (1838) et d'un sermon, aux éditions Cécile Defaut dans la collection « La chose à penser », 137 p., sorti le 15 octobre 2011, vendu à la Fnac et à Amazon.fr (13,30 euros avec livraison gratuite) ( lien)
 
Présentation par l’éditeur de l’auteur :

 

ralph_waldo_emerson_discours_aux_etudiants.jpgEmerson, figure fondatrice de la culture américaine, dresse ici un violent réquisitoire contre un christianisme engoncé dans le carcan dogmatique d'un temps révolu. Il lui oppose un hymne à la nature, à la confiance en soi, à l'âme humaine devenue parcelle de Dieu et de l'univers. Publié pour la première fois en français, Le discours aux étudiants en théologie est une pièce maîtresse de l'oeuvre d'Emerson ; il peut en être une magnifique introduction.


Conférencier, essayiste, poète, prédicateur, Emerson nous a laissé une oeuvre riche, singulière et marquante. Il est considéré comme l'une des figures fondatrices de la culture américaine. Ses textes en ont profondément influencé la littérature et la philosophie, de Walt Whitman à Allen Ginsberg, de William James à Stanley Cavell. Le rayonnement d'Emerson traverse l'Atlantique pour marquer de manière durable des auteurs comme Carlyle, Wordsworth ou encore Nietzsche. Emerson a influencé les grandes figures intellectuelles de son temps. Père de ce que l'on appelle déjà de son vivant le "transcendentalism" (en français : le transcendantalisme), un mouvement intellectuel et culturel d'hommes et de femmes qui partagent nombre de ses idées, et notamment celle sur le "Dieu en nous" qui est aussi l'âme de la nature et de l'univers, Emerson n'est pourtant pas l'homme d'une école. Il n'aura de cesse d'exhorter ses contemporains à fuir les modèles et à marcher seuls, et fera sa vie durant preuve de l'indépendance de pensée qu'il appelle de ses voeux.


Présentation par l’éditeur du traducteur : 

 

Raphaël Picon est théologien. Il est doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris et rédacteur en chef du mensuel Evangile et liberté. Il a notamment publié Le Christ à la croisée des religions (van Dieren édition), Le protestantisme, la foi insoumise (avec Laurent Gagnebin, éditions Flammarion, collection Champs), Dieu en procès (éditions de l'Atelier). En plus de la traduction, Raphaël Picon a annoté le texte et l’a préfacé.
 
Présentation de la collection « La chose à penser » des éditions Cécile Defaut (lien)

 

Chaque volume de la collection « La Chose à penser » aborde une problématique actuelle doublement traitée à travers un texte d’hier et à la lumière de son commentaire d’aujourd’hui. Ces textes signés d’auteurs célèbres s’articulent à une réflexion philosophique esthétique ou littéraire et sont introduits par un auteur d’aujourd’hui.

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Published by éditions Cécile Defaut - dans (hist) EMERSON Ralph Waldo
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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 18:21

"Ralph et moi", par Adrian Abrahm, texte reproduit du site des unitariens-universalistes de La Corogne (La Coruña), Espagne (site fermé depuis). Traduit de l’espagnol en français par Jean-Claude Barbier.


" Le jour des jours, le grand jour de la fête de notre vie est celui où l'œil intérieur s'ouvre à l'unité des choses, à l'omniprésence de la Loi, et voit ce qui doit être ou ce qui est le mieux. Cette béatitude descend sur nous et nous voyons. Elle n’est pas en nous autant que nous sommes en elle. Si l'air emplit nos poumons, nous respirons et nous vivons, sinon, nous mourrons. Si la lumière arrive à nos yeux, nous voyons, mais pas d’une autre manière. Si la vérité vient à notre esprit, nous nous déploierons soudainement dans toutes ses dimensions, comme si nous nous accroissions à plusieurs mondes.

 

Nous sommes des législateurs, nous parlons par la Nature, nous prophétisons et nous divinisons (...). Un vent de volonté souffle sans cesse dans l'univers des âmes vers ce qui est juste et nécessaire. (...) La relation et la connexion ne s’établissent pas en des endroits particuliers ni à certains moments, mais toujours et partout. L'ordre divin ne s'arrête pas où il s'arrête la vue des hommes. Ce pouvoir de convivialité [ndlt = poder amistoso, amistar = rendre ami, réconcilier] fonctionne avec les mêmes règles à la ferme la plus proche que dans la plus proche planète. (...). La fortune d'un homme est le fruit de son caractère."


Commentaire personnel


La première fois que j'ai lu un extrait de Ralph Waldo Emerson, ce fut au travers de citations que le rabbin Chaim Stern avait sélectionné pour son livre de Day by Day ("De jour en jour") un répertoire des textes, de prières et de poèmes pour chaque jour de la semaine, en consacrant chaque semaine à un thème central tirée de la lecture de la Torah qui correspond. Ce furent les éditions Beacon Press Co., dont les presses sont au service de l’unitarisme, qui en assumèrent la publication vu qu’il était conçu pour un public très large [ndltr = donc au-delà du seul public juif]. Le plus curieux est que, dans un premier temps, mon intérêt pour Emerson en tant que penseur tarda à surgir et que, si je supportai plus ou moins sa poésie, ses discours me semblaient complexes et fastidieux


Lorsque j'ai terminé le livre de Chaim Stern, qui m'a accompagné durant toute cette année, j'ai décidé d'approfondir l'étude d’auteurs juifs contemporains, restant impressionné par le professeur Mordecai Kaplan. Son approche m'a semblé (et me semble toujours) tout simplement génial : Dieu n'est pas une personne ni un individu, mais un processus, traduit en prédicats. Dieu est cette force qui opère dans, à travers et au-delà de la Nature, non seulement dans un état physique mais aussi morale, et qui aide l'être humain à réaliser des progrès et une auto-réalisation personnelle et social. Son travail a été précurseur de toute une théologie, le transnaturel, à savoir la croyance en Dieu en tant qu’énergie inhérente à l'amélioration de l'activité humaine, comme agissante par l'intermédiaire de l'être humain et en harmonie avec la nature. C’était exactement ce que je pensais de Dieu. Kaplan m'a tant impressionné que j’ai dévoré son livre à plusieurs reprises.


Puis une autre année s’est passée. Dans la congrégation unitarienne avec laquelle je suis entrée en contact pour la première fois [ndlr. la Sociedad Unitaria Universalista de España  SUUE], on parlait beaucoup d’Emerson en le citant souvent. J'ai décidé de lire plus à son sujet, à partir de "La conduite de la vie" et "Platon". J’ai découvert un complice en Emerson, parce que j'ai vu que sa vision du monde ressemblait beaucoup à la mienne. De la lecture de ses livres, j'ai extrait un grand nombre de réflexions, non seulement sur la façon dont, lui, il a vu la nature, mais aussi sur la façon dont je la vois moi-même, ceci m’aidant aussi à mettre de l’ordre dans un certain nombre d’idées.


Le résultat est un tas de pages en vrac, en deux colonnes, dans lesquelles je marquai un extrait avec, en face, des annotations souvent d’ailleurs indéchiffrables, et que j’ai intercalées entre les pages du livre.


Je suppose que beaucoup d'entre vous qui êtes entrain de me lire s’attendent à une introduction sur la vie et l'œuvre de Ralph Waldo Emerson, ou sur le transcendantalisme. Il m’a semblé plus agréable (et peut-être plus approprié) de sauter les deux pour une conclusion directe, où vous pouvez peut-être répondre aux deux à la fois sans mon aide.


Pour comprendre l’œuvre d'Emerson nous devons partir d’une polarité non résolue : le destin face à la liberté. Le destin, tel qu’Emerson le décrit, est le « dictat irrésistible » ou « le poids de l’univers ». La liberté est l’autre face, comme « l’existence particulière de l’individu, la grandeur du devoir, la force du caractère ». Nous devons tenir compte l’époque à laquelle Emerson écrivit : la révolution agraire et industrielle était en pleine ébullition et le calvinisme s’affaiblissait – et avec celui-ci l'idée de la prédestination, c'est à dire la croyance que l'homme naît avec un destin marqué comme un signe indestructible, comme un " jour donné " auquel vous ne pouvez échapper.


Chez Emerson, la prédestination est conservée, mais transformée en prémisse. Non que l'homme soit décrit dans le livre de sa vie, sans pouvoir d’en déplacer une virgule ou un tildé, mais il est vrai que la personne est limitée par ses conditions physiques, son éducation, les circonstances de sa vie, sa nature ou, pour reprendre Emerson, par "ce que vous ne pouvez pas faire." Ainsi, "la population du monde est une population conditionnelle ; elle n’est pas la meilleure possible, mais la meilleure que nous puissions vivre maintenant". L'habitat, le climat, la culture, agissant en qualité de prémisses, contre lesquelles (surtout lorsqu’on est plus jeune), vous ne pouvez pas lutter.


Mais la liberté est un fait fondamental et qui peut être prouvé. Ensuite, ou c’est un contrepoids et, par conséquent, elle est aussi forte que la contrainte ou l’aspect de la nature que nous devons compenser, à la recherche de l'équilibre, ou bien elle fait partie de la Nature elle-même, est le fruit de la même nécessité, et alors les êtres humains peuvent "confronter destin contre destin". Et puis, "dans l'âme jaillit toujours l’impulsion de choisir et d'agir."


La relation entre les circonstances et la liberté de l'homme n'est pas posée comme un conflit, mais comme une tension. Nous ne pouvons même pas dire que l'approche de Emerson serait dualiste, mais une défense absolue de l’unité et de l’interrelation des choses. C'est la raison pour laquelle il existe à la fois un lien entre l'homme et l'univers et une possibilité de relâcher cette relation. " Les limitations de toute sorte nous affinent tandis que l'âme est purifiée, mais l'anneau de la nécessité englobe tout ", dit Emerson.


Comme le disait Emerson, je crois que l'être humain est immergé dans la Nature, et je crois que, en dépit de ne pas pouvoir clairement percevoir ces relations, tout l'univers est régi par un déterminisme atroce.

 

Toutefois, peut-être que l’incapacité toute humaine à comprendre les causes et les effets des événements qui nous entourent, génère dans notre espèce cette capacité à explorer et à créer, et que à la fin, c’est ce qui nous fit sortir de nos cavernes et éclaire nos esprits . Quand l'espèce développe le langage jusqu’au dedans de nous, en notre intérieur, elle en gagne une vision de ce qui est particulier. Sa façon de voir le monde, se convertit alors en vision unique, et les signes, naguère automatiques, dépendent désormais de sa volonté idiolecte, enchantée (ndlt : « maravillosa ») et transformatrice.


Le monde intérieur nous amène à la réflexion. C'est pourquoi je pense que l'approche émersonienne est vraie : la nécessité, pour l'espèce humaine, de transformer la nature, le "destin" ; notre indescriptible capacité à croître dans la liberté. La pensée agit comme une turbine libératrice. Dans les mots du philosophe américain, " la révélation de la pensée sort l’homme de la servitude et l’entraîne dans la liberté ". Mais nous n’en cessons pas pour autant de rester attachés à la nature, de dépendre d’elle.  Ou peut-être à cause de tout cela, précisément, notre liberté est-elle possible, et à l'intérieur précisément de ces limites invisibles que marque la nature.


L'idée qui attire le plus mon attention chez Emerson est la croyance en la nature comme une source de morale et d'éthique, comme indiqué dans les travaux de Kaplan. L'univers n'a pas seulement laissé des lois physiques bien établies, mais aussi des lois sociales. Ces lois élèvent la Nature au niveau de l'éthique qu’elles nous révèlent : une source d'expériences et de leçons de morale. La nature veut la justice, la création humaine, la paix et l'ordre, pas la guerre, la dévastation des ressources ou ce qui est préjudiciable, " réclamant justice à l'homme et le frappant, avant ou après, lorsqu’il ne pratique pas la justice ( ... ). Lorsqu’un chemin est bon, le héros le voit et avance avec cette intention (de justice), pendant que le monde lui sert de racine et de soutien. »

 
Nous devons agir dans le monde, mais ne pas le dévaster. Cela permet sa transformation, mais aussi pose la limite de nos activités.


Ce n'est pas l'obsession de la vérité, mais par notre caractère, il s'agit de trouver ce qui caractérise la vie bonne. Bien sûr, la vérité est inaccessible, comme le soleil de Platon dans le mythe de la cave : tout au plus, nous pouvons la contempler et la montrer, mais non pas la toucher ni l’atteindre, ni la comprendre profondément. La vérité se comporte comme un oiseau qui est sorti de sa cage. Vous être perdu, ne sachant quoi faire ; vous pouvez essayer de l’attraper, le reprendre dans vos mains, mais d’un saut, il a repris la fuite.

 

Ainsi, la mémoire ou la pensée en collision avec un univers perpétuel, mais qui est aussi en transformation continue, et qui en un millionième de seconde, est tout à fait un nouvel univers, comme s’il n’y avait pas eu un avant ni un après qui adviendra. La pensée et la nature rompent [le cours des choses] par un choc constructif : la pensée se met en forme, et la nature se laisse comprendre. Les œuvres humaines comprennent l'âme humaine de l'individu, l'individu dynamique, en action, l'expression de son caractère. « L'événement, c'est l'impression de votre marque », a déclaré Emerson.


Mais si nous sommes assujettis à la nécessité, notre vie concrète en est-elle pour autant prédéterminée ? Bien sûr que non. La liberté nous permet de transcender les contraintes ; elle nous permet de surmonter ou de contourner la nature (ce qui ne permet pas d'éliminer ses limites, parfois même de les transformer en possibilités nouvelles de nous améliorer). […] Votre héritage dépend, en grande partie, de vos actions, et donc votre caractère. Votre salut dépend, dans une large mesure de votre caractère [ndlt : volonté]. Cela signifie : travaillez avec ce qui vous a été donné, et essayez d’en sortir le mieux possible, agissant librement et de façon responsable, en respectant aussi les autres. Une grande partie dépend de vous, et non seulement des circonstances, de la force physique, ni la chance.


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Published by Adrian Abraham - dans (hist) EMERSON Ralph Waldo
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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 10:06

image002.jpgNote du révérend Rex Styzens, ancien ministre UU, membre de l’Eglise unitarienne par correspondance (Church of the larger fellowship CLF)  (lien), et qui a soutenu une thèse sur Emerson dans le cadre d’une maîtrise de philosophie. Voir son site. Cette note a été traduite en français et transmise à la Correspondance unitarienne par Richard Brodesky, membre de l’Unitarian Universalist Church of Tucson (UUCT), en Arizona. Voir la présentation de cette Eglise sur le site des unitariens français (lien).

 
Puisque Emerson vécut une longtemps, sa relation avec l’universalisme fut une longue histoire. Après avoir démissionné de son poste de pasteur en 1832, il ne rompit pas pour autant ses liens avec les unitariens, et ceux-ci, pour la plupart, ne l’abandonnèrent point. Après son discours surprenant, mais maintenant très célèbre, « Harvard Divinity School Address » en 1837 (lien) quelques professeurs de cette faculté le traitèrent d’ «infidèle». Il resta cependant très apprécié par la plupart des ecclésiastiques unitariens.


A mon avis, les unitariens-universalistes américains ne lui ont pas accordé suffisamment d’attention. Dans la mesure où Emerson subit l’influence du romantisme de son époque, il est généralement considéré comme un romantique. Ainsi, tomba-t-il dans l’oubli philosophique et théologique de la fin du XIXe siècle jusqu'à la fin du XXe. Comme excellent écrivain, il resta néanmoins reconnu comme auteur américain par ceux qui étudient cette littérature.


La réaction contre le positivisme logique et contre le réalisme scientifique qui eut lieu dès le milieu du XXe siècle créa une renaissance des études sur Emerson. A vrai dire, ces deux philosophies restent toujours des disciplines actives mais, pour beaucoup d’entre nous, elles ont perdu de leur autorité et leur position d’avant-garde. Ce qu’on redécouvre maintenant, c’est l’apport initial de cet auteur. A mon avis, on n’a pas pu comprendre le message d’Emerson jusqu'à ce que Nietzsche contesta le christianisme. Ce développement ouvrit de nouvelles portes pour les Husserl, Heidegger, les existentialistes, Merlau-Ponty et ce qu’on appelle maintenant la philosophie "continentale" * et la phénoménologie. On peut mieux comprendre l’importance d’Emerson au vue de ces nouvelles disciplines qui n’existaient pas à son époque.

 

* ndlr - Les Américains  appellent "continentale" la philosophie européenne principalement axée sur le sujet pensant (phénoménologie) ou vivant (existentialisme) et sur l'histoire des textes, par opposition à la leur, dominée par la conception analytique (Christian Godin, 2004 - Dictionnaire de philosophie, éd. Fayard / Editions du temps, p. 257)


Ceci en ce qui concerne sa philosophie. Comme théologien, Emerson reste inconnu et encore à découvrir. On étudie rarement ses essais les plus difficiles. On est souvent perdu par son langage d’inspiration et d’extase. J’ai même lu que beaucoup de gens se perdent dans les phrases mêmes d’Emerson car elle sont parfois difficiles à interpréter clairement. Les Essais sont des recueils de telles phrases prononcées lors de ses conférences et Emerson les y mis ensemble avec ses notes.


On est loin de comprendre l’essentiel du transcendantalisme. A l’époque d’Emerson, le clergé unitarien lutta contre lui à propos de sujets comme les miracles et l’autorité biblique. Ces ecclésiastiques eurent peur de perdre le respect des chrétiens protestants d'autres dénominations bien établis. Théodore Parker, contemporain d’Emerson, resta ecclésiastique mais il lui fallut fonder sa propre Eglise à Boston [ndlr - en fait un auditoire régulier, mais non une Eglise dissidente] après sa condamnation par l’alliance officielle des ecclésiastiques [ndlr - de Boston]. On les accusa, Emerson et Parker, d'être des non-chrétiens et des déistes de bas étage [deistic scumbags : scum = l'écume, donc sacs contenant des rebuts].

 

Tous deux réussirent très bien à leur époque, mais la révolution industrielle et les vagues d’immigration allèrent bientôt rendre les versions conservatrices du christianisme plus dominantes. Et puis, "la controverse unitarienne *, comme on l’appela, bien qu’elle attira l’attention des citoyens ordinaires, fut essentiellement une bataille pour le pouvoir parmi les ecclésiastiques. Plus le clergé perdit de son influence, plus les Etats-Unis s’étendirent, plus on ignora ces controverses. Et voilà la situation aujourd’hui pour la plupart des gens.

* à la fin du XIXème siècle, des voix s'élevèrent pour ouvrir les Eglises aux gens vertueux, mais pas forcément croyants (agnostiques et non théistes), ce que les Américains appellent les "humanistes religieux".

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Published by La Besace des unitariens - dans (hist) EMERSON Ralph Waldo
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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 09:03

Jean-Claude Barbier à Pierre Bailleux, le 20 janvier 07


Finalement, nos universitaires parlent d'Emerson en tant que philosophe, mais PAS DU TOUT en tant qu'unitarien. Ce sont seulement les UUistes qui s'excitent avec Emerson. Celui-ci avait pourtant jeté sa robe de pasteur aux orties en 1832. C'est plutôt Théodore Parker qui a fait tout le boulot si j'en crois l'historien Earl Morse Wilbur. Albert Blanchard-Gaillard le considère comme suffisant et infatué de lui-même, ce qui est une bonne part de vérité. L'individualisme seul, en rupture avec le passé, donne effectivement des personnes imbues d'elles-mêmes, considérant qu'elles peuvent à elles seules repenser le monde et être géniales ! Or la pensée humaine c'est, à mon humble avis, un ensemble de continuités et de ruptures, mais non l'une ou l'autre.

Pierre Bailleux


Ce qui m’intéresse chez Emerson, c’est pas spécialement qu’il ait été pasteur, c’est le 68tar [soixante-huitard], l’anar, celui qui dérange parce qu’il secoue les bourgeois. Ne te trompe pas de cible, Jean-Claude, Emerson a influencé beaucoup de chercheurs de sens... hors des Eglises à la différence de Parker.

 

Il est en effet impossible et peut-être néfaste de vivre continuellement “en rupture”. J’aborderais Emerson comme je l’ai fait pour Nietzsche : avec admiration et reconnaissance mais aussi avec recul et critique, critique pas plus sévère qu’à l’égard de Martin Luther (or je le suis, critique à son égard) ; reconnaissance comme je peux en avoir pour Schweitzer, tout son contraire apparemment.

 

Remarque qui n’a aucun sens. Les historiens ont un point de vue, un angle de regard, très différent que celui d’un théologien ou d’un philosophe : plus pragmatique sans doute mais myope du point de vue spirituel. Enfin, c’est ce que je pense.

Jean-Claude Barbier


Je t'envoie mes documents sur Emerson. Les réflexions dont je t'ai fait part l'étaient par rapport à l'histoire de l'unitarisme et non pas par rapport à l'oeuvre d'Emerson en elle-même. Bonne étude de cet auteur.

 

Un intervenant *  dénonce le consensus fraternel au sein des Eglises

* dans le cadre du forum des Unitariens francophones (janvier 2007)

 

Il rappelle les propos prêtés à Jésus : "Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive" ; "Le royaume appartient aux violents qui savent s'en saisir" ; etc. Puis, il cite Emerson.


"Il faut que votre bonté ait quelque tranchant, sinon elle n'est point. Il faut que la doctrine de la haine soit prêchée, en contre-approche de la doctrine de l'amour lorsque cette dernière ne fait que piauler et geindre. […]

 

Ce que je dois faire est tout ce qui me concerne, non ce que pensent les gens. Cette règle également ardue dans la vie pratique et la vie intellectuelle peut servir à mesurer toute la différence entre la grandeur et la bassesse. Elle est d'autant plus ardue que vous trouverez toujours des gens pour penser qu'ils savent ce qu'est votre devoir, mieux que vous ne le savez vous-même. Il est facile, étant dans le monde, de vivre selon l'opinion du monde ; il est facile, dans la solitude, de vivre selon la nôtre ; mais il a de la grandeur, celui qui au milieu de la foule garde avec une suavité parfaite l'indépendance de la solitude. "

 

"L'objection à formuler quant au respect d'usages devenus pour vous lettre morte repose sur le fait que cela éparpille vos forces. Cela vous fait perdre votre temps et estompe l'empreinte de votre personnalité. Si vous soutenez une Église morte, si vous adhérez à une société biblique morte, si vous votez pour un grand parti, qu'il soit pour ou contre le Gouvernement, si vous dressez votre table comme de vulgaires maîtresses de maison — derrière tous ces écrans, j'ai du mal à cerner l'homme que vous êtes, et bien sûr c'est autant d'énergie retirée de votre vie propre. Mais accomplissez votre tâche et vous en serez fortifié. "

 

Quelques citations de Ralph Waldo Emerson *

* source : site "Proverbes et citations" (lien)

 

Il n'existe pas de défaite, si ce n'est de l'intérieur.

Il n'existe réellement aucune barrière insurmontable

si ce n'est votre propre faiblesse naturelle quant au but poursuivi.

La plus sublime révélation, c'est que Dieu est en chaque homme.

Le savoir-vivre, c'est la façon heureuse de faire les choses.

Partout, la société conspire contre l'humaine nature de chacun de ses membres.
Rien de grand n'a jamais été accompli sans enthousiasme.
Tout Gouvernement est une théocratie impure.
Tout héros finit dans la peau d'un raseur.


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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 08:49

Emerson, Ralph Waldo (1803-1882), essayiste, philosophe et poète américain.


Il naquit à Boston le 25 mai 1803, dans une famille de pasteurs. Dipômé de l'université Harvard à l'âge de dix-huit ans, il commença à enseigner avant d'entrer à la Harvard Divinity School pour y devenir pasteur de la seconde Église unitarienne (c'est-à-dire niant la Trinité) de Boston (1829). La même année, il épousa Ellen Tucker, qui mourut dix-sept mois plus tard.

 

Dès 1832, Emerson renonça à sa charge de pasteur pour cause de divergences dogmatiques [ndlr à propos du lord supper, la communion chrétienne] et quitta les États-Unis pour l'Europe. En Angleterre, il fit la connaissance de Samuel Taylor Coleridge, de Thomas Carlyle et de William Wordsworth. Sa rencontre avec Carlyle scella une amitié qui allait durer toute sa vie.

 

De son séjour à l'étranger, Emerson tira aussi un très beau livre de voyage, les Traits du caractère anglais (1856).


À son retour aux États-Unis en 1833, Emerson commença à Boston le cycle de conférences qui le rendit célèbre. Ses conférences s'inspiraient de ses Journaux (publiés après sa mort, entre 1909 et 1914), qui lui servaient de recueil d'observations et de notes. Le premier livre qu'il publia, Nature (1836), contenait sa déclaration de foi la plus détaillée. Il publia encore deux volumes successifs d'Essais (1841 et 1844), puis écrivit pour The Dial, la revue du transcendantalisme de la Nouvelle-Angleterre, fondée en 1840, dont il devint le rédacteur en chef en 1842. Plusieurs de ses conférences furent réunies dans le volume Représentants de l'humanité (1850), et des essais furent regroupés dans la Conduite de la vie (1860), qui connut un succès immédiat.

 

Emerson publia plusieurs recueils poétiques, parmi lesquels Premier Mai et autres poèmes (1867) —un recueil des textes publiés auparavant dans The Dial et dans Atlantic Monthly — et Parnassus (1874), le recueil de ses poèmes favoris.

 

 

Orateur réputé, penseur progressiste et intègre, Emerson milita pour la spécificité culturelle des États-Unis: le transcendantalisme fut pour lui un moyen de faire prendre conscience aux Américains qu'ils pouvaient, en suivant leur énergie et leur créativité spontanée, construire un monde sans référence au Vieux Continent. Il milita en outre pour la cause abolitionniste en donnant de nombreux discours contre l'esclavage.

 

Emerson mourut le 27 avril 1882 à Concord dans le Massachusetts.

 

source : site "proverbes et citations" (lien)

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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 10:30
Revue-fran--aise-d---tudes-am--ricaines.jpg2002 LAUGIER Sandra (sous la direction), " Ralph Waldo Emerson : l'autorité du scepticisme ", Revue française d’études américaines (aux éditions Belin), no91 –2002/1



à lire intégralement sur le "wiki" du site du Regroupement francophone unitarien universaliste (RFUU)

http://wikirfuu.editme.com/Home

http://www.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2002-1.htm


Un grand merci à nos amis du RFUU pour cette mise en ligne.

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 10:06

ralph_waldo_emerson_bis.jpegHarangue prononcée le soir du dimanche 15 juillet 1838 devant les élèves de dernière année de la Faculté de théologie à Havard, en Nouvelle-Angleterre, par Ralph Waldo Emerson (1803-1882) après qu’il eut quitté le ministère unitarien en 1832.

Ce discours, qui prônait la réflexion par soi-même et de ne plus être à la remorque des théories antérieures, a été considéré comme un manifeste de la philosophie transcendantaliste appliquée au religieux. Il constitue une référence majeure pour les unitariens-universalistes (dont la plupart ont effectivement rompu les amarres d’avec le christianisme en tant que religion).
 

Les extraits ci-dessous ont été choisis par Olivier Abel, dans une traduction en français de Christian Fournier, pour les besoins d’une Journée du
Fonds Ricoeur organisée à Paris le 1er octobre et intitulée "Emerson, une théologie de la dissidence" (information reproduite dans nos Actualités unitariennes du samedi 29 septembre 07).

(…) Ces traits moraux qui sont tous concentrés dans chaque acte et chaque pensée vertueux, - dans le discours il nous faut les dissocier, les décrire ou les suggérer par l'énumération pénible de nombreux détails. Pourtant, comme ce sentiment est l'essence de toute religion, permettez-moi de guider vos yeux sur les objets précis de ce sentiment en énumérant certaines de ces catégories de faits dans lesquelles cet élément apparaît visiblement.


(…) Si un homme a le cœur juste, alors dans cette mesure il est Dieu ; la sécurité de Dieu, l'immortalité de Dieu, la majesté de Dieu pénètrent en cet homme avec la justice. Si un homme dissimule, trompe, il se trompe lui-même et perd connaissance avec son propre être. A la vue de la beauté absolue, un homme adore en totale humilité. Chaque pas fait si bas est un pas vers le haut. L'homme qui se renonce revient à lui.


(…) un seul esprit est partout actif, dans chaque rayon de l'étoile, dans chaque vaguelette de l'étang ; et tout ce qui s'oppose à cette volonté est partout entravé et bafoué, parce que les choses sont faites ainsi et pas autrement. Le bien est positif. Le mal n'est que privatif, pas absolu : il est comme le froid qui est privation de chaleur. Tout mal n'est que mort, ou non-entité. La bonne volonté est absolue et réelle. Un homme a autant de vie qu'il a de bonne volonté.


(…) La marée descendante est semblable à la marée montante. Que cette foi s'en aille, et les paroles mêmes qu'elle prononçait, les choses qu'elle effectuait, deviennent fausses et nuisibles. Alors c'est la chute de l'Eglise, de l'Etat, des arts, des lettres, de la vie. Une fois oubliée la doctrine de la nature divine, une maladie infeste et rapetisse la constitution humaine.


(…) Le christianisme historique est tombé dans l'erreur qui corrompt toutes les tentatives pour communiquer la religion. Tel qu'il nous apparaît, et tel qu'il apparaît depuis des siècles, ce n'est pas la doctrine de l'âme, mais une exagération du personnel, du positif, du rituel. Il a insisté, il insiste avec une exagération néfaste sur la personne de Jésus. L'âme ne connaît pas de personnes. Elle invite chaque homme à s'étendre jusqu'au cercle complet de l'univers,


(…) Mais l'homme qui vise à parler comme le permettent les livres, comme en ont l'habitude les synodes, comme l'indique la mode et comme l'ordonne l'intérêt, babille. Qu'il reste silencieux.


(…) Nous avons envie de nous envelopper de nos manteaux et de nous assurer du mieux que nous pouvons une solitude qui n'entende pas. Il m'est arrivé d'entendre un prédicateur qui me soumettait terriblement à la tentation de dire : Je voudrais ne plus aller à l'église.


(…) Le peu de vie que conserve le culte public, il le doit à la troupe clairsemée d'hommes pieux qui exercent ici et là dans les églises et qui, acceptant parfois avec trop de douceur le credo des anciens, n'ont pas accepté d'autrui mais de leur propre cœur les instincts authentiques de la vertu et ainsi commandent encore notre amour et notre respect pour la sainteté de leur caractère.


(…) Je pense que nul ne peut rentrer dans l'une de nos églises en toute connaissance sans ressentir que l'emprise que le culte public avait sur les hommes est morte, ou en train de mourir. Il a perdu son influence sur l'affection des bons et la peur des méchants.


(…) Et quelle plus grande calamité peut accabler une nation que la perte du culte ? Alors toutes choses tombent en décadence. Le génie quitte le temple pour hanter le sénat ou le marché. La littérature devient frivole. La science est froide. L'œil de la jeunesse n'est point éclairé de l'espérance d'autres mondes, et le grand âge est privé d'honneur. La société vit pour des babioles et, quand les hommes meurent, nous ne les mentionnons pas.


(…) L'immobilisme de la religion ; l'hypothèse acceptée que les temps de l'inspiration sont passés, que la Bible est close ; la peur de rabaisser le caractère de Jésus en le représentant comme un homme ; tout cela indique avec une clarté suffisante la fausseté de notre théologie. C'est la charge d'un prédicateur véridique de nous montrer que Dieu existe, non qu'Il a existé ; qu'Il parle, non qu'Il a parlé.


(…) Permettez-moi de vous recommander tout d'abord de marcher seuls ; de refuser les bons modèles, même ceux qui sont sacrés dans l'imagination des hommes, et d'oser aimer Dieu sans médiateur ni voile. Vous trouverez assez d'amis qui proposeront à votre émulation des Wesley et des Oberlin, des Saints et des Prophètes. Remerciez Dieu pour ces hommes vertueux, mais dites : "Moi aussi je suis un homme".


(…) On peut s'assurer à peu de frais les louanges de la société, et presque tous les hommes se contentent de ces mérites faciles ; mais, l'effet instantané d'une conversation avec Dieu sera de les balayer. Il y a des personnes qui ne sont ni des acteurs, ni des parleurs, mais des influences ; des personnages trop grands pour la renommée,


(…) toutes les tentatives pour projeter et établir officiellement un culte avec de nouveaux rites et de nouvelles formes me semblent vaines. C'est la foi qui nous fabrique, et non pas nous qui la fabriquons, et la foi fabrique ses propres formes.


(…) Le christianisme nous a donné deux avantages inestimables ; premièrement ; le sabbat, un jubilé pour le monde entier, dont l'aube luit aussi bien venue dans le cabinet du philosophe, dans la mansarde du labeur et dans les cellules de la prison, et suggère partout, même aux infâmes, la dignité de l'existence spirituelle.


(…) Et deuxièmement, l'institution du prêche, - le discours qu'un homme adresse aux hommes, - qui est essentiellement le plus flexible de tous les organes, de toutes les formes. Qu'est-ce qui empêche qu'à présent, partout, en chaire, dans les amphithéâtres, dans les maisons, dans les champs, partout où vous mènent l'invitation des hommes ou vos propres occasions, vous disiez la vérité pure, telle que vous l'enseignent votre cœur et votre conscience,


(…) Les Ecritures hébraïque et grecque contiennent des sentences immortelles qui ont été le pain de la vie pour des millions d'hommes. Mais elles n'ont pas d'intégrité épique ; elles sont fragmentaires ; elles ne se présentent pas à l'intellect dans l'ordre. Je cherche le nouveau prédicateur qui poussera si loin ces lois brillantes qu'il les verra revenir à leur point de départ ; qu'il verra leur entière grâce circulaire ; qu'il verra que le monde est le miroir de l'âme ; qu'il verra que la loi de la gravitation est identique à la pureté du cœur ; et qu'il montrera que le Devoir, que l'Obligation, ne fait qu'un avec la Science, la Beauté et la Joie.

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Published by Ralph Waldo Emerson traduit par Christian Fournier - dans (hist) EMERSON Ralph Waldo
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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 05:57

Ralph Waldo Emerson (1803-1882) suivit la lignée de pasteurs qui était celle de sa famille, mais il ne dura que 3 ans dans le ministère puis jeta sa robe aux orties, préférant s’adonner à la philosophie trancendantaliste où il excella. Ses biographes universitaires ne s’arrêtent d’ailleurs pas sur ce passé unitarien. Il est donc assez surprenant de constater l’engouement dont il jouit de la part des anglo-saxons unitariens d’aujourd’hui. En fait, c’est surtout de la part des unitariens-universalistes, lesquels ont rompu les amarres d’avec le christianisme.


Quoi qu’il en soit, il était inconnu au bataillon des unitariens si l’on en croit le catéchisme de Minot Judson Savage (1841-1918) (1). Sans doute, un écho de la bataille qui fit rage aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle entre les unitariens qui voulaient maintenir l’identité chrétienne de leur Eglise et ceux qui désiraient l’ouvrir à tous les hommes vertueux - croyants, agnostiques ou non croyants.


Voir, à propos de cette problématique, l’article à la Une de la Correspondance unitarienne n° 65, mars 2007 " Christianisme d’ouverture et post-christianisme. Faut-il inviter les autres à faire partie de nos communautés chrétiennes ? "

 

(1) Chap. VIII – Eglise

 

32L’unitarisme date de quand ? - Les Juifs étaient unitariens [sic !], donc Jésus et les apôtres

33Que voulons-nous dire par là ? - Qu’ils croyaient à l’unité de Dieu et non à la Trinité. Mais nous ne voulons pas dire par là qu’ils croyaient déjà ce que nous pensons aujourd’hui.

34Et l’unitarisme dans sa version moderne ? - Il y eut beaucoup d’unitariens lors de la Réforme. L’Eglise unitarienne en Hongrie [l’Eglise de Transylvanie, aujourd’hui en Roumanie] a duré depuis ce temps.

35Et sous sa version encore plus moderne ? - En Angleterre et en Amérique à partir du XVIII° siècle.

36Quels furent les premiers prêcheurs unitariens en Angleterre ? - Le révérend Dr. Lindsey, Milton, Newton, Locke et Priesley furent unitariens.

37Et les premiers unitariens en Amérique ? - Le Révérend Dr. James Freeman, de la King’s Chapel, Adams, Franklin, Jefferson et d’autres qui étaient pratiquement unitariens et qui comprenaient peut-être parmi eux Washington.

38 – Quels ont été les plus célèbres leaders dans ce pays ? Channing et Parker.

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