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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 16:25

Les anabaptistes sont des protestants radicaux du XVIème siècle qui considèrent que les réformes de Luther et de Zwingli sont trop lentes et timorées par rapport aux exigences évangéliques contenues dans les textes : ceux-ci affirment en effet la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat (rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu), le baptême demandé dans un acte de foi (et non le pédo-baptême imposé aux enfants), le pacifisme (ne pas porter d’épée, ne pas entrer dans les institutions militaire ou judiciaires – car les juges sont amenés à prononcer des condamnations à mort !).

 

Le théologien Conrad Grebel (1498–1526) a rejoint Ulrich Zwingli en 1521, à Zurich, et il y anime un cercle d’étude de la parole comprenant une quinzaine de personnes, mais le 10 janvier 1523, la rupture est consommée entre les deux hommes lorsque le réformateur confie l'autorité religieuse au Conseil de la ville de Zurich ; et, le 17 janvier, lorsque le Conseil décide d'exiler les parents qui attendaient plus de huit jours pour faire baptiser leurs enfants, visant précisément ce premier cercle d’anabaptistes. Le 21 janvier 1525, le Conseil des 200 sénateurs de la ville de Zurich somme Conrad Grebel et Félix Mantz de cesser leurs réunions. Le même soir, le cercle de Grebel se réunit à Zurich au domicile de la mère de F. Mantz. Georges Blaurock, premier prêtre marié dans le cadre de la Réforme luthérienne, demande alors à Grebel de le re-baptiser …
 

La Confession de Schleitheim (au nord de Zurich, en frontière avec l’Allemagne), rédigée en 1527, est le texte fondateur de ce groupe d'anabaptistes que l'on appelle les Frères Suisses. La Global anabaptist-mennonite encyclopedia online (GAMEO) estime que l'auteur en fut Michael Sattler. Elle comporte sept points, qui sont :
1 interdiction du baptême infantile
2 "meidung" : mise à l'écart du frère ou de la sœur -chrétien(ne)- "tombé(e) dans l'erreur". Ceux qui tombent dans le péché devraient être avertis deux fois dans le secret, mais au troisième délit ils devraient être excommunié(e)
3 "unité de cœur" lors de la Sainte Cène (comprendre que des exclusions ont précédé la communion)
4 séparation d'avec le Mal: comprendre une séparation complète d'avec toutes les institutions politiques et toutes les églises "de la multitude"(catholique et protestante)  ; interdiction de faire la guerre
5 nomination de pasteurs qui peuvent prononcer des admonestations et des exclusions
6 interdiction d'"user de l'épée", c'est-à-dire de participer à l'institution judiciaire à quelque titre que ce soit (juge, témoin, plaignant)
7 interdiction du serment

 

La répression s’abat sur les anabaptistes. Conrad Grebel est emprisonné fin 1525, parvient à s’enfuir en mars 1526 mais meurt de la peste en juillet ou août de la même année. Felix Manz est exécuté par noyade le 5 janvier 1527. En mars 1526, le conseil de Zurich signe un édit rendant le baptême d'adulte punissable de mort par noyade : de nombreux anabaptistes périront ainsi dans les eaux glacées du Lima.

 
anabaptists_1525-1550.png
Le mouvement connaît un bel essor aux Pays-bas, d’abord avec les Melchiorites en Frise, adeptes de l’Allemand Melchior Hoffman (1498-1543), lequel, venant de Strasbourg, re-baptisa quelques 300 adultes vers 1530-1531 ; puis avec le Frison Menno Simons (1496-1561) (dessin ci-joint) qui donna son nom aux mennonites. Il écrit La Résurrection Spirituelle en 1534, puis un pamphlet intitulé Le Blasphème de Jan van Leyden (Jean de Leyde, un prédicateur anabaptiste hollandais qui avait été baptisé en 1533), contre les anabaptistes fanatiques de Münster qui s’emparèrent de cette ville allemande (de mars 1534 à juin 1535) pour y établir une théocratie musclée visant à établir une « Jérusalem céleste » sur terre en commençant par exiler tous ceux qui ne voulaient pas obtempérer (en avril 1535, plusieurs centaines d’anabaptistes, inspirés par des messagers venus de la cité anabaptiste de Münster, avaient pris le monastère d’Oldeklooster, en Frise). Prêtre catholique, il quitte ses fonctions ecclésiastiques en janvier 1536 et se fait re-baptisé ; un an plus tard, il est ordonné ancien par le dirigeant melchiorite Obbe Philips. Il préconise une voie résolument pacifiste. En 1544, la régente de Frise expulse les Anabaptistes, mais tolère les Mennonites.

En 1693, Jakob Amman, un des principaux leaders de l'anabaptisme, en divergence théologique avec la branche suisse des Mennonites, fonde le mouvement Amish, dont une partie se retrouvera aux Etats-Unis où ils sont connus pour leurs communautés traditionnelles opposées à tout progrès techniques.

Le mouvement baptiste n’est pas en continuité historique avec ces communautés anabaptistes, mais il en reprend le baptême adulte en tant que témoignage volontaire et acte de croyant. John Smyth (1570-1612) était un pasteur anglican, ordonné en 1594 en Angleterre, mais peu de temps après il entra en dissidence. Il pensait que le vrai culte devait venir du cœur, que prier, chanter et prêcher devait être uniquement spontané et qu’il n’y avait pas besoin de lire la Bible durant le culte car la Parole de Dieu (inspirant directement le prêcheur) était plus importante. A ce rejet de la liturgie habituelle, il ajoutait une double direction à l’Eglise, avec le pasteur et le diacre. Il part en Hollande, à Amsterdam vers 1608-09 avec un groupe avec lequel il fonde la première église baptiste. Il se rebaptisa lui-même, avant de rebaptiser ses ouailles. Puis il se rapprocha des Mennonites et invita ses fidèles à le faire, ce que la plupart firent après sa mort. Toutefois son coreligionnaire et compagnon Thomas Helwys (1550- 1616) maintint l’identité baptiste qui est celle aujourd’hui de la dénomination General Baptist (baptistes ‘généraux’) et il ramène le groupe des restants en Angleterre en 1611-12, il y publia Une courte déclaration sur le Mystère de l'iniquité qui fait l’apologie de la liberté religieuse pour la première fois en Angleterre et pays de Galles.


Une première branche dissidente Particular Baptist (aujourd’hui les ‘Baptistes réformés’) se formera en 1638 à partir des dissidents d’une paroisse londonienne se référant aussi la prédestination calviniste. Elle se développera avec les confessions de foi de Londres de 1644 et 1689.


En 1639, Roger Williams (1603-1683), protestant non conformiste, permet l’installation de la première Eglise baptiste d’Amérique dans sa colonie du Rhode Island, en Nouvelle Angleterre. En 1689, l’Acte de Tolérance garantit aux baptistes la liberté religieuse, et, en 1707, ceux-ci s’installent à Philadephie. A partir du congrégationalisme américain (de tradition calviniste) et suite aux mouvements de réveil, des congrégations passent au baptisme (la même dynamique jouera en faveur de l’unitarisme à partir des années 1819). Ce sont les Baptistes ‘séparés’ (par rapport aux autres dits alors ‘réguliers’ de tradition ancienne). Des baptistes américains se réfèrent quant à eux aux ‘baptistes généraux’ et se nomment ‘les baptistes du Libre-arbitre’. L’influence calviniste se maintiendra toutefois avec les ’baptistes primitifs’ (en 1835), partisans de la prédestination et donc hostiles à tout effort missionnaire. Plus tard, en 1850, apparaîtra le mouvement ‘landmarkiste’ (de l’anglais landmark = borne), qui privilégie les communautés locales et qui condamne la collaboration avec les autres groupements chrétiens, l’Eglise baptiste étant à leus yeux la seule à pouvoir se réclamer d’une succession ininterrompue depuis le Christ !).


A partir de 1758, depuis la Caroline du Sud, c’est l’expansion fulgurante d’un baptisme revivaliste dans les Etats du Sud (avec en 1773, une première Eglise noire). La guerre de Sécession divisera les baptistes entre Nordistes et Sudistes : une Convention baptiste du Sud (Southern Baptist Convention) est fondée en 1845, approuvant la ségrégation, de sensibilité très fondamentaliste et très conservatrice. Les baptistes du Nord se trouvent en conséquence dans une Convention baptiste du Nord (la Northern Baptist Convention), devenue en 1972 l'American Baptist Church. A noter que Martin Luther King (1929-1968) appartenait à la Progressive National Baptist Convention qui, en 1970, rejoignit la Convention baptiste du Nord.


Les Noirs baptistes s’organisent avec en 1895 une fédération d’Eglises baptistes noirs (aujourd’hui la National Baptist Convention et la National Baptist Convention of America).


L’expansion mondiale baptiste est spectaculaire. William Carey (1761-1834) fonde en 1792, l’une des premières sociétés missionnaires, la Société missionnaire baptiste anglaise, et il implante des Églises en Inde. Les baptistes sont au Canada depuis 1830, en France dans la région de Douai au début du XIXème siècle, en Russie avec forte expansion en 1917-1927, etc.  Depuis 1905, existe une Alliance baptiste mondiale.


En France, les baptistes sont principalement regroupés au sein de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France (FEEBF) laquelle est membre de la Fédération protestante de France (FPF) ou au sein de l’Association évangélique d'Églises baptistes de langue française (AEEBLF) (France, Suisse et Belgique). Il existe également quelques Églises réformées baptistes, une Communion évangélique de baptistes indépendants (CEBI) et, depuis 2007, les Baptistes du Septième Jour.

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 11:44

Sébastien Castellion par ferdinand buisson 1892« En quoi la liberté religieuse, chez Sébastien Castellion (1515-1563), définie comme une possibilité à l’hérésie, offre-t-elle des perspectives à une religion non-dogmatique ? », conférence de Philippe Fromont, pasteur de l’Eglise protestante unie d’Alès, lors de la journée des groupes Evangile & Liberté de Barbentane (Avignon) du 20 août 2013, mis en ligne sur le site d’Evangile et Liberté sous le titre De la liberté religieuse chez Sébastien Castellion à une religion non-dogmatique,  lien.

 

Non seulement S. Castellion protesta contre la condamnation à mort de Michel Servet dont Jean Calvin fut l'inquisiteur, mais il mena une réflexion théologique de grande qualité sur le droit à l'erreur (s'appuyant sur la parabole de l'ivraie) et au doute, sur la notion d'hérésie et de vérité théologique, sur la sincérité morale plus importante que les points de doctrine, sur le subjectivisme sectaire des guerres de religion, etc. Alors que la doctrine de J. Calvin a sombré très tôt dans le passé historique et dans le ridicule d'une prédestination qui fait de Dieu un tyran arbitraire, les textes de S. Castellion restent étonnamment modernes. De toute évidence, bien mieux que Martin Luther, Ulrich Zwingli et Jean Calvin, c'est assurément la grande figure du protestantisme du XVIème siècle. Les unitariens y ajouteront bien sûr celle de David Ferencz, grand orateur mais malheureusement moins bon écrivain ! qui fut le fondateur et premier évêque de l'Eglise unitarienne de Transylvanie.

 

Son intuition d'un christianisme non dogmatique, plus centré sur les vertues humaines et évangéliques, annonce des évolutions qui fleuriront beaucoup plus tard. D'abord, avec le protestantisme libéral qui relativise la dogmatique : a) les dogmes ne sont que l'expression de la foi à une époque donnée, donc susceptibles d'une reformulation lors de synodes ; il ne sont pas absolus dans leur énoncé ; b) ils ne sont pas tous à mettre au même niveau, l'adhésion à Dieu, au Fils et au Saint-Esprit est plus importante que des affirmations relatives à la Trinité, à la Rédemption, au Salut, etc. ; c) la liberté de penser implique le droit à l'erreur, à la recherche, au doute ; la sincérité est plus importante que des confessions de foi communautaires prononcées sans adhésion réelle ; c'est la personne dans son itinéraire spirituel et religieux qui est à prendre en considération et non ses croyances à un moment donné.

En France et pays francophones vosins, c'est l'association et revue Evangile et Liberté qui représente ce courant ( lien).

 

Le protestant libéral Ferdinand Buisson et ses amis ont, en 1859, formaliser d'une façon radicale cet espoir d'une religion qui ne serait plus dogmatique et donc ouverte à tous les hommes de bonne volonté (voir son manifeste,  lien, et nos articles sur lui dans la rubrique "sur le protestantisme libéral" de La Besace des unitariens,  lien). On retrouve, mais cette fois ci mise en pratique, les orientations de ce manifeste dans l'évolution de l'unitarisme américain à partir de la fin du XIXème siècle, d'abord ouvert aux non-croyants vertueux, pratiquant de fait les vertus évangéliques, puis à tous les autres croyants et convictionnels avec l'unitarisme-universalisme ( lien).

 

Enfin, nous pouvons constater que le courant évangélique indépendant (non rattaché aux Eglises de la Réforme ou à une Eglise confessionnelle), paradoxalement par rapport à son prosélytisme harcelant et ses exhortations répétées qui confinent à du bourrage de crâne, pratique une grande liberté de penser, d'expression, d'exégèse, en dehors d'un noyau dur de croyances : Dieu, Jésus Fils de Dieu qui nous sauve par sa mort rédemptrice et sa résurrection, l'Esprit Saint qui nous inspire et nous guérit (lien).

 

Tout récemment, notons le lancement à Milan en Italie d'une Communauté chrétienne libérale interdénominationnelle (« Comunita’ Italiana Cristiano-Liberale Interdenominazionale» / CICLI ) par le révérend unitarien Lawrence Sudbury, dont les statuts centrés sur l'éthique et la morale auraient certainement ravi S. Castellion (lien).

 

Par sectarisme, S. Castellion entend les Eglises qui enferment les personnes dans une dogmatique qui a réponse à tout, touche à tout, impose les idées de son magistère et clame à l'hérésie pour tout écartement de la voie fixée par elle-même (donc d'une façon toute humaine nous rappelle-t-il !). On peut penser en premier à J. Calvin avec son Institution chrétienne qui est un catéchisme total, mais aussi bien sûr à l'Eglise catholique romaine qui pinaille sur tout et dans les moindre détails, et aussi aux Témoins de Jéhovah qui, à partir de citations bibliques, ont construit une exégèse officielle.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 13:37

protestantisme_margot-ka-mann.jpgMargot Käßmann (photo jointe), ancienne évêque de Hanovre et ex-présidente de l’Église protestante en Allemagne, vient de donner une conférence à Strasbourg sur la question de savoir si 500 ans après la Réforme les protestants ont encore quelque chose à dire. Un compte-rendu de Michel Weckel, pasteur de l’Uepal, en a été publié le 7 septembre 2013 dans les Dernières nouvelles d'Alsace ( lien). Extrait ci-dessous concernant le nécessaire regard critique sur ce qu'a été la Réforme.


Le devoir moral, pour les protestants, de jeter un regard critique sur leur passé et de ne pas être dans le déni de ce qui fait problème. “La Réforme n’a pas été tolérante” a rappelé Margot Käßmann. De fait, Martin Luther a pris position pour les princes dans l’effroyable répression des révoltes paysannes. À Genève, Jean Calvin s’est comporté en véritable salafiste avant l’heure, cautionnant la mise à mort de l’« hérétique » Michel Servet et persécutant les esprits libres. Martin Luther a basculé à la fin de sa vie dans un antisémitisme haineux, incompréhensible et impardonnable. L’Église luthérienne, quant à elle, n’a pas toujours été une amie de la République et de la démocratie.

 

Face à ces faits qui pervertissent l’histoire de la Réforme il est important, dit Margot Käßmann, de relire le passé du protestantisme de manière critique et de faire la part des choses entre l’ombre et la lumière. Étant honnêtes intellectuellement, critiques envers eux-mêmes et leur tradition, les protestants peuvent s’autoriser à l’être aussi vis-à-vis des dérives de la société sans que cela ne s’apparente à du moralisme irrecevable et stérile.

 

Ajout du 14 septembre 2013 - Matthieu Arnold, professeur d’histoire du christianisme  à la Faculté de Théologie protestante de l’Université de Strasbourg, membre honoraire de l’Institut universitaire de France, apporte quelques informations en contre-point (son message au sein du groupe 'Protestantisme libéral' sur Facebook).
Je me contenterai de rappeler, au sujet de la Guerre des paysans (1525), que Martin Luther a commencé par admonester sévèrement tant les princes que les paysans, avant que les victoires des seconds et la crainte du chaos ne l’amènent à justifier la répression ; à la suite de quoi, on l’oublie trop souvent, dans maints écrits le Réformateur a plaidé la clémence pour nombre d’insurgés qui avaient survécu au massacre. Ses écrits tardifs contre les Juifs (parler d’ « antisémitisme », ce qui implique une dimension raciale et raciste, n’a aucun sens pour Luther) sont assurément « impardonnables » ; toutefois, ils ne sauraient faire oublier son traité Que Jésus-Christ est né Juif (1523), exhortation à mieux traiter les Juifs tout à fait neuve pour son époque.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 13:08

Histoire résumée, proposée par Jean-Claude Barbier à partir de l’encyclopédie en ligne Wikipedia, notamment avec les articles "Les Vaudois du Luberon" (lien) et "Eglise évangélique vaudoise" (lien).


pierre_valdes_dessin.JPGLes Pauvres de Lyon (1170)


Le mouvement vaudois a été initié en 1170 par un riche commerçant lyonnais du nom de Pierre Vaudès / Valdo et ses « Pauvres de Lyon » *. Ces prêcheurs populaires gênaient l’Eglise car c’étaient des laïcs (il fallait alors être prêtre ou moine pour avoir le droit de prêcher) et qu’ils voulaient un retour à la pauvreté évangélique. Pire aux yeux des clercs, ils traduisaient les textes en langue provençale ! Le mouvement est condamné au 3ème concile de Latran en 1179. Il essaime dans le Piémont italien, puis plus tard jusqu’en Bohème (les vaudois de Bohème se rallieront aux Hussites après 1495). En 1184, le concile de Vérone excommunia les Pauvres de Lyon.
* voir notre article précédent « les Réformateurs d'avant le XVIème siècle (1) - la pauvreté évangélique » (lien).

 

 Pierre Valdès lui-même rejetait le catharisme (la croisade contre les Albigeois 1209-1229 date de cette époque). Il serait mort vers 1206 alors que lui et son mouvement étaient proches d'une réconciliation avec l’Église. Le pape Innocent III était disposé à dialoguer. Il semblerait que la branche lombarde du mouvement, les Pauvres Lombards, après une courte réintégration entre 1208 et 1210 (on leur accorda le droit de prêcher mais à un auditoire restreint) fut exclue et anathématisée.


Vers la même époque apparut l'ordre des frères mineurs, fondé en 1209 par saint François d'Assise, fils d'un riche marchand de cette ville d'Italie centrale, par réaction contre la puissance grandissante de l'argent dans la société ecclésiastique et laïque. À l'origine, les franciscains ne devaient pas posséder de biens ; ils vivaient de leur travail ou d'aumônes et prêchaient dans les villes. Contrairement aux vaudois, ils avaient obtenu l'autorisation de prêcher, puisque François et ses disciplines se montrèrent toujours respectueux des consignes du clergé. Ce qui montre que le rejet des vaudois par l'Église ne venait pas à l'origine de l'idéal de pauvreté mais bien du fait de prôner le sacerdoce universel (droit de prêcher pour tous y compris les femmes).


Les vaudois sont définitivement déclarés hérétiques par le concile de Latran IV en 1215. Au XIIIe siècle un groupe de vaudois italiens rejoint même l'Église catholique. L'idéal vaudois de pauvreté inspira en Italie du Nord bon nombre de mouvements radicaux déclarés hérétiques : à la fin du XIIIe siècle les apostoliques de Gherardo Segarelli ; au XIVe siècle les spirituels radicaux de l'ordre des frères mineurs fraticelles et les dolciniens.


Les vaudois dans le Luberon (à partir de 1399)


L'installation de vaudois dans la région du Luberon commence en 1399 sous le règne de Louis II de Provence lequel, par besoin d’argent, vendit des terres de peu de valeur. Les nouveaux propriétaires y font venir des vaudois du Piémont qui sont réputés pour leur travail. Les témoignages de l'époque décrivent ces vaudois comme de gros travailleurs, intègres, payant leurs dettes, d'une grande pureté de mœurs. Grâce à leur labeur, les terres produisent de plus en plus, et leurs seigneurs voient leurs dividendes passer « de quatre écus à huit cents ». Le peuplement vaudois du Luberon prend de l’importance.


Jusque vers 1528, ils semblent vivre en bonne intelligence avec leurs voisins catholiques ; mais à cette date l'évêque d'Apt commence à lancer des procès en hérésie. Vers 1530, une troupe menée par un dominicain, Jean de Roma, commet massacres, viols, tortures, pillages, avant de devoir s’enfuir au Comtat Venaissin car le roi de France, inquiet de ces pillages, avait saisi contre lui le Parlement d'Aix. Ce dominicain fanatique meurt quelques années plus tard atteint de la peste à Avignon selon Jean Mahuet ; et selon Jean Crespin, auteur protestant de l' Histoire des martyrs, d'un mal qui le fera se décomposer vivant dans une épouvantable puanteur !

à suivre ...

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 12:55

suite de la page précédente


Le ralliement à la Réforme calviniste au synode de Chanforan (1532)


C'est l'époque de l'installation du calvinisme à Genève. En 1530, les vaudois du Piémont y envoient quelques émissaires à Bâle (où séjourne Œcolampade) et à Genève. Calvin leur montre leurs similitudes de doctrine. En 1532, au synode de Chanforan, au Piémont italien dans le Val d’Angrogne, le mouvement vaudois va se rattacher officiellement au protestantisme. Les barbes vaudois (des prédicateurs itinérants) * sont venus de plusieurs régions comme les Pouilles, la Provence, le Piémont, les Allemagnes et les communautés dispersées en Europe. Le synode durera plusieurs journées d’intense débats.
* après 3 ans d'apprentissage des textes et de visites auprès de barbes plus anciens, ils confessaient et présidaient les cérémonies


Le synode de Chanforan décide que le ministère itinérant des barbes est aboli. La plupart des barbes deviennent pasteurs. Les localités visitées deviennent des sièges d'Églises réformées. Le réformateur Guillaume Farel, venu de Gap, a eu au cours de ce synode une influence décisive: il emporte l'adhésion aux idées réformées, tout juste naissantes.

 

Voir une carte de la situation du peuplement vaudois à cette époque (lien).


Il s’ensuivra immédiatement une répression. Dans le Comtat Venaissin, propriété du pape, le vice-légat confisque des terres de vaudois et les redistribue à des catholiques. Le pape Clément VII demande au roi de France François Ier d'agir de même sur le versant français du Luberon. Le parlement d'Aix-en-Provence condamne en 1532 sept personnalités vaudoises, et demande aux seigneurs locaux de confisquer les terres des vaudois. C’est le début de l’insurrection vaudoise. En 1534, de nouvelles condamnations frappent des vaudois, qui sont libérés par leurs coreligionnaires en armes des prisons d'Apt, Cavaillon, Roussillon. François Ier cherche alors à calmer la situation en Luberon, et le 15 juillet 1535, il accorde le pardon aux vaudois à condition que ceux-ci abjurent leur religion dans les six mois.


En 1540, les vaudois du Luberon font l'objet d'une condamnation par l’édit de Mérindol. Mais ayant besoin de leur soutien contre l’empereur Charles-Quint, François Ier expédie des lettres de grâce aux habitants persécutés en Provence pour cause de religion.


La Bible d’Olivetan


Lors du synode de Chanforan (1532), les barbes vaudois décidèrent de faire traduire la Bible en français, par un cousin de Jean Calvin, Pierre Robert Olivetan, et récoltèrent les fonds nécessaires à ce travail (soit 500 écus ; un écu représente pour ces paysans une année de travail). Jusque là, la Bible n'était imprimée qu'en latin. Des versions en provençal circulaient sous le manteau, colportées par des pasteurs vaudois, mais sous forme manuscrite donc rare et très chère. P. R. Olivetan travaillera deux ans dans « les vallées » et Lyon, qui est alors la capitale mondiale de l'imprimerie, avec plus d'une centaine d'ateliers, se charge de l'impression d'une grande partie de ces bibles. La diaspora des émigrés protestants, appelés aussi huguenots, diffusera diffuser cette bible dans le monde entier.


Erasme, Lefèvre d'Etaples, Briçonnet et le cénacle de Meaux faisaient les traductions à partir de la Vulgate, en latin, de Jérôme. Pour les vaudois puis les protestants, l'autorité de la Bible surpasse celles des papes, des évêques et des conciles. Les vaudois ont été les premiers à traduire la Bible en français à partir des textes originaux en hébreu et en grec.


La répression de 1545 au Luberon


En 1544, les vaudois incendient le monastère de Sénanque (Gordes). Mais avec la retraite de Charles-Quint en 1545, qui change la donne en Europe, ils ne vont plus être ménagés par le roi de France. En avril, Jean Maynier baron d’Oppède et premier président du Parlement d’Aix déclenche la persécution, menée par Paulin de La Garde et Joseph d'Agoult. Les villages vaudois sont pillés, les hommes massacrés ou envoyés aux galères, les femmes violées avant d’être tuées. Certains sont vendus en esclavage. Les terres sont confisquées. Les biens pillés sont bradés au dixième de leur prix, pour payer les soldats. Les violences débordent, les villages alentour les subissent aussi. Le chef de la résistance vaudoise Eustache Marron a son fief à Cabrières (actuel Cabrières-d'Avignon), qui est détruit le 19 avril, tout comme 23 autres villages vaudois du Luberon, massacrés par l'armée du baron. Celle-ci extermine 3000 personnes en cinq jours et envoie aux galères 670 hommes, des deux côtés de la montagne du Luberon. De plus, le passage des soldats détruit les cultures, les troupeaux sont tués, et un nombre indéterminé de paysans meurent de faim. Une partie des habitants s'exile alors dans la province de Darién dans l'est du Panama, en Amérique centrale. Après la mort de François Ier en 1547, un procès est ouvert par les seigneurs de la région, qui ont perdu gros. Mais les soudards comme les parlementaires qui se sont enrichis sont tous acquittés


Le 12 février 1560, Paulon de Mauvans rallie les soixante églises protestantes de Provence à la conjuration d'Amboise : deux mille hommes sont promis au parti huguenot. Mais cette conjuration, qui devait s’emparer de la personne du roi François II et le soustraire de la tutelle catholique des Guise, est trahi par des huguenots légalistes (lien).

 

vaudois jean leger 1669"Histoire générale des Eglises évangéliques des vallées du Piemont ou vudoises", par Jean Leger, pasteur et modérateur des Eglises des Vallées [Vaudoises], et - depuis la violence de la persécution [Pâques piémontaises de 1655]- appellé à l’église Wallonne de Leyde [aux Pays Bas, entre Amsterdam et La Haye]. Le tout enrichi d'estampes. – A Leyde : Chez Jean le Carpentier, 1669.

 

Pour voir le contenu de ce livre (lien).

 

Illustration de couverture : deux Barbes vaudois maintiennent la vérité évangélique malgré l'acharnement du clergé, que l'on voit comploter en bas de l'image contre l'Eglise Vaudoise. En haut, soutenu par les anges, le blason de l'Eglise représentant une bougie entourée de 7 étoiles (celle au dessus de la bougie semblant ici introduire au ciel) .


Les massacres des vaudois dans le Piémont italien (1561 et 1655)


L’histoire vaudoise est marquée par de nombreux massacres comme ceux de 1545 dans le Luberon ou de 1561 dans le Piémont et des accords qui garantissent une fragile tolérance de cette minorité religieuse comme le traité de Cavour en 1561. Le plus sanglant des massacres en 1655 est connu sous le nom de Pâques piémontaises (illustration ci-dessous).


vaudois_massacres_1665_enfants.jpg

à suivre ...

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 12:43

suite des pages précédentes

 

vaudois-histoire-eglise_monastier_1847.gifL’émigration après la révocation de l’édit de Nantes (1685)


Par l’édit de Fontainebleau en date du 18 octobre 1685, Louis XIV révoque celui de Nantes par lequel Henri IV avait mis fin, en 1598, aux guerres de religion en France. Les protestants doivent se convertir au catholicisme. en A partir de janvier 1686, les mesures de la Révocation française s’appliquent dans le Piémont : des dragonnades frappent les vallées vaudoises jusqu’en 1690. Les vaudois se réfugièrent d'abord à Genève, comme des milliers de huguenots. De là, c’est la diaspora en Suisse, dans les possessions de Berne, en Allemagne ; plusieurs centaines partant aussi en Hollande, en Angleterre, en Afrique du Sud et dans le Nouveau-Monde. Par ailleurs, plus de 300 femmes vaudoises se réfugient de l'autre côté de la frontière, dans le Queyras français, à Molines.


Les vaudois du Luberon vont fournir près du quart des effectifs des huguenots d'Afrique du Sud lors de la révocation de l'édit de Nantes qui provoque au total l'exil de plus de 200 000 huguenots. Les huguenots partis du Luberon vers l'Afrique du Sud venaient principalement des villages de Lourmarin, Saint-Martin-de-la-Brasque et La Motte-d'Aigues, tous trois martyrs lors du massacre de 1545.

 

" Histoire de l'Eglise depuis son origine et des vaudois du Piémont jusqu'à nos jours ; avec un appendice contenant les principaux écrits originaux de cette Eglise, une desciption et une carte des vallées vaudoises actuelles, et le portrait d'Henri Arnaud " par Antoine Monastier, du canton de Vaud et originaire des valéles vaudoises du Piémont. "Si ce dessein est un ouvrage des hommes, il se détruira de lui-même ; mais s'il vient de Dieu, vous ne pourrez le détruire ; et prenez garde qu'il Ne se trouve que vous ayez fait la guerre à Dieu" (Actes V, 38, 39). Tome premier, Lausanne, chez Georges Bridel, Libraire-éditeur, 1847. Pour lire l'ouvrage (lien).

 
La rentrée glorieuse (1689)


Mais les vents tournent pour la politique européenne de Louis XIV lorsqu’une intervention militaire anglo-hollandaise, composée de 20% de huguenots, met fin en 1688 à la dynastie des Stuart catholiques. Le duc de Savoie, Victor Amédée II, renverse alors son alliance et, en 1689, accorde aux vaudois un édit de tolérance et les autorise à rentrer au Piémont. Ceux-ci reviennent au pays, mais groupés et armés pour éviter une contre attaque française, et par un périple de 200 kilomètres, plein sud, le long des crêtes montagneuses. C’est la « glorieuse rentrée », scellée par le serment de Sibaud (le 11 septembre 1689) (lien)
 
La fête des Libertés (1848)


Le 7 février 1848, le duc de Savoie Charles Albert, devenu roi d’un royaume couvrant désormais toute l’Italie, octroya à ses sujets non-catholiques (juifs et protestants) une lettre patente par laquelle il leur donnait la permission de suivre des études supérieures et de pratiquer des professions libérales (médecin, avocat, etc..). Cette lettre patente ouvrait aussi les ghettos dans lesquels les vaudois avaient été enfermés et c'est à partir de cette date qu'ils purent propager leur foi et leur croyance dans toute l'Italie.


De nos jours, les vaudois fêtent cette date par des feux de joie, des cortèges et des cultes solennels. Cette date est appelée aussi "Fête des libertés". Voir pour la célébration de cette année, les photos de Giacomo Tessaro (lien).

à suivre ...

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 12:35

suite des pages précédentes et fin

 

L’Eglise évangélique vaudoise


blason_de_l_eglise_vausoise.gifL’Église évangélique vaudoise (en italien Chiesa Evangelica Valdese) est la principale Église actuelle issue de la prédication de Pierre Valdo (Vaudès). Elle compte environ 45 000 fidèles répartis pour un tiers dans le Piémont, un autre tiers dans les grandes villes l'Italie et l'autre tiers en Amérique (surtout en Amérique du Sud). Elle est adhérente de l'Alliance réformée mondiale et de la Conférence des Églises protestantes des pays latins d'Europe. Ne pas confondre avec l'Église évangélique réformée du canton de Vaud.


À l'origine, il n'y avait que la volonté de revenir à la pauvreté évangélique. Par la suite, la doctrine des vaudois se précisa lors de colloques (Laus - 1526, Chanforan -1532) ; la base étant la connaissance de l'Évangile, de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les aspects principaux sont :


- L'Écriture est la seule règle de la foi et des cœurs.
- Tout homme et toute femme initié à la connaissance de l'écriture peut prêcher.
- Il est bon que le culte soit fait en langue populaire et que chacun use de la Bible.
- La foi est un don de Dieu. Elle comprend l'amour du Seigneur et l'obéissance à ses commandements.
- La messe du culte romain ne vaut rien.
- Les indulgences ne valent rien. Le purgatoire est une fable.
- Tout ce que l'on fait pour le salut des morts est inutile.
- Jésus est le seul intercesseur. Nous devons imiter les saints, non les adorer. Leur culte est idolâtrie.
- Le clergé romain ayant perverti la doctrine et les sacrements des apôtres, et n'imitant pas leur exemple, n'a aucune autorité.
- Le baptême n'est qu'un signe de régénération. Celle-ci n'aura réellement lieu que lorsque l'enfant aura une foi véritable. Les seuls sacrements reconnus sont le baptême et la sainte Cène.
- Le mariage est dissout par l'adultère.


La Table vaudoise


En Italie, depuis les années 1970, l'Eglise évangélique vaudoise s'est unie aux méthodistes : La Table vaudoise (ou Union des Eglises évangéliques vaudoises et méthodistes) réunit des Églises locales vaudoises et méthodistes. Elle est présidée, en qualité de « modératrice » par le pasteur Maria Bonafede, première femme à la tête des Églises vaudoises.


La Table vaudoise compte environ 30 000 fidèles en France dans quelques vallées alpines et au Nord de l'Italie, essentiellement dans le Piémont, on trouve par exemple au Palazzo Cavagnis à Venise une Foresteria Valdese, maison d'hôtes des Églises vaudoise et méthodiste associées. La Table vaudoise compte également quelques communautés en Amérique latine.

 

Toujours en Italie, existe depuis les années 1960 une Fédération des Églises Évangéliques en Italie, qui regroupe les Vaudois, les Méthodistes, les Baptistes, les Luthériens, l’Armée du Salut, et quelques Églises pentecôtistes.

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 02:43

Voir notre article récapitulatif dans les Actualités unitariennes : "Visitez La Bohème et la Moravie, foyers de la Réforme chrétienne du XV° au XVII° siècles " (lien), rubrique "Les protestantismes", le 10 juin 2011

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 17:09

Après le martyre du prêtre de Bohème Jan Huss sur un bûcher en 1415 à Constance, lors du concile réuni en cette ville, ses partisans, les hussites, durent faire face à 5 croisades lancées contre eux à l’initiative du pape et avec le soutien de l’empereur Sigismond de Luxembourg (empereur de l’empire romain germanique de 1410 à sa mort en 1437 ; roi de Bohème à partir de 1419) *; il y eut également une guerre civile entre hussites, les modérés (les Utraquistes) et les hussites plus radicaux (les Taborites). Cette période de guerres dura de 1420 à 1434 et se termina par un compromis entre les Utraquistes et Rome. Ce furent les premiers combats en Europe où des armes portatives à poudre comme les mousquets eurent une contribution décisive : les hussites résistèrent victorieusement aux troupes militaires en se retranchant derrière des chariots de paysans et en fabriquant artisanalement ces nouvelles armes.
* voir « Croisades contre les hussites » sur Wikipedia ( lien)
 
chelcicky_petr1.jpgPierre Chelčický (1380- vers 1460), hobereau, originaire de la Bohême méridionale, est influencé par l’anglais John Wyclif * et son compatriote Jean Huss **, mais aussi par Tomáš Štítný *** . Il écrit plusieurs ouvrages entre 1420 et 1440 (« Postilla », « Sur la lutte spirituelle », et le « Filet de la vraie foi ») où il se place dans la tradition hussite, condamnant la seigneurie et le servage au nom de l'égalité et de la justice sociale, exigeant une application rigoureuse des lois évangéliques ; mais, à la différence des hussites, il n'est pas un révolté : tout recours à la force et à la violence est pour lui péché. Il est résigné à l'opposition irréductible avec le monde ; il prêche un pacifisme absolu au nom de l’Evangile.

 

* Il recevra dans le village où il est né, Chelčice, l’anglais Peter Payne, continuateur de John Wycliff.

** voir notre dossier sur « Les réformateurs d’avant le XVIème siècle » dans La Besace des unitariens ( lien)
*** écrivain et théologien tchèque et parmi les premiers disciples de Jan Huss 1333 – mort à Prague en 1401 ou 1409.


Grande figure du pacifisme chrétien, il influencera le russe Léon Tolstoï et sera appelé le Gandhi tchèque !
 
En 1457, le moine Grégoire (Gregor) de Prague, frère de J. Rokycana, le chef des utraquistes, s'étant enthousiasmé par ces thèses, persuadera des hussites à le suivre à Kunvald, au nord - nord-est de Žamberk, sur le domaine des Poděbrad, en Bohème méridionale. Des vaudois tchèques et allemands s’agrègent également à la nouvelle mouvance, laquelle se constituera en " Unité des frères (Unitatis Fratrum) de la loi du Christ ". L’inspirateur spirituel de ce nouveau mouvement, mais non présent au sein de cette communauté, Petr Chelčický, meurt vers 1460.

 

La communauté de Kunvald établit une règle de vie très austère : les frères renoncent à la propriété personnelle et, selon l'enseignement de Chelčický, ils prennent soin de « s'abstenir du serment, de s'écarter de tout office public, de tout commerce » et autres « occupations pécheresses ». Le travail manuel seul est pur et noble à leurs yeux. S'éloignant des dogmes et des rites catholiques, ils inquiètent les utraquistes qui n'ont pas renoncé à désarmer l'hostilité de Rome. En 1467, lors du synode de Lhotka (26 mars), la rupture est consommée : la communauté élit ses prêtres et son premier évêque, Mathias Červenka, qu'un Vaudois ordonne. L'Unité constitue désormais une Église indépendante. Elle profite de la rapide décadence de l'utraquisme après la mort de son meneur, J. Rokycana, en 1471.


Dans un second temps, la communauté assouplit un peu ses règles. Grégoire de Prague décède en 1474. L'adhésion de nombreux bourgeois et d'une partie de la noblesse lui impose une certaine ouverture au monde. Grâce à Luc de Prague (Lukas Prazsky 1458-1528), qui est son principal théologien, le synode de Chlumec (1496) admet le serment, le négoce et l'exercice des fonctions publiques ; il tolère la propriété. Devenu évêque de l'Unité, Luc de Prague la préserve à la fois de la tentation luthérienne et, par sa modération, de l’adversité des catholiques et des hussites.


Mais tous les Frères ne suivent pas cette nouvelle orientation. En 1494, un schisme éclate entre un parti majeur et un parti mineur ; ce dernier se radicalise encore plus et  adopte résolument des idées anabaptistes (1), anti-trinitaires (2) et anti-cléricales (3). Rédigées par des dirigeants du parti mineur, s’adressant principalement au parti majeur : 
 

(1) à l’encontre des Eglises, le parti majeur inclus, le parti mineur écrira : « Vous enseignez qu’il faut baptiser les petits enfants qui n’ont pas leur propre foi, a-t-il écrit, et en cela vous suivez ce qu’a institué un évêque appelé Dionysius, qui a encouragé le baptême des nouveau-nés à l’instigation d’insensés (...). Presque tous les enseignants et les docteurs font de même, Luther, Melanchthon, Bucer, Korvín, Jiles, Bullinger, (...) le parti majeur, qui tous trafiquent ensemble. »
« Le Seigneur Christ a dit à ses apôtres : Allez dans le monde, prêchez l’Évangile à toute la création, à ceux qui croiront (Marc, chapitre 16). Et seulement après ces paroles : et en étant baptisés, ils seront sauvés. Or, vous enseignez qu’il faut baptiser les petits enfants qui n’ont pas leur propre foi. »

(2) sur la Trinité   « Si vous regardez la Bible d’un bout à l’autre, vous ne trouverez nulle part que Dieu est divisé en une sorte de Trinité, trois personnes au nom différent, croyance que des gens ont imaginée de toutes pièces. »
sur le Esprit saint : « Le saint esprit est le doigt de Dieu et un don de Dieu, un consolateur, la Puissance de Dieu, que le Père donne aux croyants sur la base des mérites du Christ. On ne lit nulle part dans les Saintes Écritures qu’il faut qualifier le saint esprit de Dieu ou de Personne ; cela ne figure pas non plus dans les écrits apostoliques. »

 

(3) sur la prêtrise, le parti mineur opte pour des ministres laïcs : « Ils vous donnent à tort le titre de ‘ prêtre ’ ; si vous enlevez votre tonsure et votre onction du doigt, vous n’avez rien de plus que le plus ordinaire des laïcs. Saint Pierre invite tous les chrétiens à être prêtres en disant : Vous êtes la sainte prêtrise qui offre des sacrifices spirituels (1 Pierre 2). »
« Nous savons pertinemment qu’au départ les femmes ont amené davantage de personnes à la repentance que tout un groupe de prêtres avec un évêque. Et maintenant les prêtres se sont installés dans leur village et dans la résidence qui leur est allouée. Quelle erreur ! Allez dans le monde entier. Prêchez [...] à toute la création. »

 

L'un des dirigeants du parti mineur, Jan Kalenec, fut flagellé et torturé au moyen du feu par l'Inquisition catholique en 1524 et trois autres finirent sur un bûcher. Après 1550, on n’a plus de traces du parti mineur.


A noter que, en Pologne, une Eglise anti-trinitaire, l'Ecclesia minor, s’organisera dans les années 1565, et en Transylvanie, ce qui deviendra l’Eglise unitarienne de Transylvanie, en 1568.

à suivre

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 16:17

suite de l'article précédent et fin.


Par contre, le parti majeur continue sa route. Jean Černy, entreprend, à Mlada Boleslav (Jungbunzlau), de rassembler les Acta Unitatis fratrum (qui seront publiés en 1551). La mouvance compte alors dans ses rangs « l’humaniste » Jan Blahoslav (1523-1571), qui sera nommé deuxième évêque de Moravie, aux côtés de Matthias Červenka, par le synode de Sležan (23 août 1557).


Durant la seconde partie du XVIème et au XVIIème siècle, les frères des deux partis, qui se sont propagés aussi en Pologne et en Allemagne, se rallient en masse aux Réformes luthérienne ou calviniste. Le coup de grâce est donné par la défaite des protestants face aux catholiques à la bataille de la Montagne blanche (novembre 1620) près de Prague et la fin de la liberté religieuse en Bohème qui s'ensuivit.


En 1722, le comte Nikolaus-Ludwig von Zinzendorf, piétiste fervent, accueille sur ses terres de Saxe des Frères de Bohème persécutés. Ceux-ci y fondent le village de Herrnhut. Ce sera le début d’un renouveau et celui d’une nouvelle étape, celle de l’Eglise morave proprement dite *, dont le comte protecteur sera le premier évêque en 1737.

* Alors que la Bohème correspond à la partie occidentale de la République tchèque, la région de Prague ; la Moravie est une région de la partie orientale avec Brno comme capitale régionale ; l'Unité des Frères s'y était diffusée.

 

En 1741, les Frères moraves débarquent en Nouvelle Angleterre et fondent Nazareth et Bethlehem en Pennsylvanie. Missionnaires très actifs, très ouverts à l'oecuménisme, ils se répandent dans le monde entier ( lien).

 

Depuis 1921, l'Eglise des Frères moraves a repris son nom d'origine : " l'Eglise de l'Unité des frères "


image001-copie-1.jpgSur place, en République tchèque, l’Eglise évangélique des Frères tchèques (en tchèque, Českobratrská církev evangelická) ( lien) compte 117 212 membres selon le recensement de 2001. Elle est l'héritière de l'Église évangélique luthérienne et de l'Église réformée (calviniste), les deux seules Eglises protestantes autorisées dans le royaume de Bohême par l'Édit de tolérance de 1781 de Joseph II d'Autriche qui accorda aux protestants et aux orthodoxes la liberté de culte et leur restitua la totalité de leurs droits civiques. Les Églises fusionneront en décembre 1918 peu après la déclaration d'indépendance de la Tchécoslovaquie. La nouvelle Église se considère alors comme la continuatrice, non seulement du message évangélique de Martin Luther et Jean Calvin mais aussi de leur prédécesseur tchèque, Jan Huss, inspirateur de l’Église hussite et du mouvement des Frères tchèques.


Logo de l'Eglise : on y recoannaît la Bible ouverte (signe de la tradition protestante) et le calice (symbole de la communion sous les deux espèces revendiquée par les hussites).

 
Sources :


Encyclopédie Universalis, article "Frères Moraves" par Michel Laran (maître de recherche au CNRS), chap. I - De la Bohême à la Pologne (XVe-XVIIe s.) ( lien)

« l'Unité des Frères moraves », La Tour de Garde * du 15 décembre 2003 ; article repris le 15 septembre 2009 par Fabien Girard sur son site « Liberté de croyance, blog consacré à la liberté de croyance et l'anti-trinitarisme autour de Michel Servet et Sébastien Castellion » : « L'Unité des Frères moraves : l'antitrinitarisme d'avant la réforme » ( lien) **
* revue éditée par les témoins de Jéhovah.

 

ndlr - nous remercions Fabien Girard, participant à notre forum "Unitariens francophones", d'avoir attiré notre attention sur l'existence de ce mouvement peu connu et souvent confondu avec les Frères moraves (ceux-ci ne venant que bien après, à partir de 1722).

 

Daniel S. Larangé, La Parole de Dieu en Bohême et Moravie. La tradition de la prédication dans l’Unité des Frères de Jan Hus à Jan Amos Comenius *, Paris, L’Harmattan, 2008 (Spiritualité & Religions).

* Jan Amos Comenius, né en 1592 en Moravie, mort à Amsterdam en 1670.

 

Joseph Macek, Jean Hus et les traditions hussites, Plon, 1973 - chapitre V, section 5 "Pierre Chelčický" et section 6 "l'Unité des Frères".


Victor-L. Tapié, Une église tchèque au XVe siècle : l'Unité des Frères, Librairie Ernest Leroux, 1934.


Sur Petr Chelčický (1380 – vers 1460),

Voir sur le site de Radio Praha l’entretien (traduit en français) de l’historienne Klára Kavanová par Jaroslava Gissübelová, à l’occasion du 630e anniversaire de sa naissance et de l’inauguration du musée qui lui est consacré dans son village de naissance, Chelčice ( lien).
Encyclopédie Universalis, article de Bernard Roussel (professeur à la faculté protestante de théologie de Strasbourg) sur « CHELCIKY PETR (1380 env.-1467) », (lien)


Sur Luc de Prague (1458-1528),

voir l’article de Bernard Roussel (professeur à la faculté protestante de théologie de Strasbourg) dans l’Encyclopédie Universalis « LUC DE PRAGUE, tchèque LUKÁS PRAZSKY (1458-1528) » (lien).

 

Sur Jan Kalenec ( - 1524),
Waclaw Urban, "Jan Kalenec", dans le tome VI de la Bibliotheca dissidentium ; répertoire des non-conformistes religieux des seizième et dix-septième siècles ; édité par André Séguenny ; textes revus par Jean Rott ; édité par Verlag Valentin Koerner ; Baden-Baden, en décembre 1985 ; versions en anglais et en italien.

 

Sur les Frères moraves (depuis 1732),

" L'Unité des frères fête ses 550 ans ", par Jaroslava Gissübelová sur le site de Radio Praha, le 13 juin 2007, version en français (lien)

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