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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 11:22

valentine_zuber_portrait.jpgA l'occasion de la présentation de son dossier d'habilitation à diriger des recherches prévue le 9 octobre 2013, nous avons récapitulé les travaux de l'historienne Valentine Zuber sur Michel Servet dans la rubrique des Actualités unitariennes consacrée à de dernier (lien).

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 15:56

michel_servet_dessin.jpgConférence donnée par Jaume de Marcos Andreu le 27 octobre 2007 à l’Instituto de estudios sijenenses Miguel Servet à la maison natale de Michel Servet à Villanueva de Sijena, dans le cadre du séminaire « Choc ou rencontres des civilisations ? Une approche depuis l’Aragon du dilemme islam-Occident », et sous le titre « El Islam en las obras de Miguel Servet ».  Cette conférence est issue de son master en Histoire soutenu à la Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), en 2005. La même conférence a été redonnée en novembre 2010, au même endroit.  Elle a été publiée en anglais en juillet 2011 sous la direction de Richard F. Boeke et Patrick Wynne-Jones par les soins de l’International Association for Religious Freedom (IARF) (lien) et doit paraître en espagnol dans la revue Bandue, revue universitaire éditée par la Sociedad Española de Ciencias de la Religiones / Société espagnole des sciences des religions (SECR). Elle est publiée ici en français avec l'autorisation de l'auteur et d'après une traduction de Jean-Claude Barbier.


Présentation de l’auteur d'après la version publiée par l'IARF


Licencié en philologie anglo-germanique (1987) et ayant un Master en Histoire des religions (2005), Jaume de Marcos travaille dans le secteur informatique. Il a fondé la Société unitarienne-universaliste d’Espagne (SUUE) en 2000 et anime des sites et des forums unitariens. Il est conseiller de l'Instituto de Estudios Sigenenses "Miguel Servet" depuis 2004 et a publié, en 2006 par les soins de cet Intitut, La influencia de Erasmo en las obras de Miguel Servet. Il a été membre du bureau exécutif de l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU) de 2005 à 2009 et secrétaire de cette instance durant les deux dernière années. Il est membre du comité directeur de l’Association de l’UNESCO pour le Dialogue inter-religieux depuis 2006 et il en assure la présidence depuis un an. Il est membre de la Sociedad Española de Ciencias de las Religiones (SECR) et a présenté des communications à divers congrès de l’European Association for the Study of Religions (EASR) et de l’Asociación Latinoamericana de Estudios de las Religiones (ALLER). Il est co-auteur de Religiones y Objetivos del Milenio, une collection d’essais publié par l’UNESCO en 2009.


Résumé


Cet article se concentre sur l'approche que le célèbre humaniste et hérétique espagnol Michel Servet (1511-1553) fit de l'islam et comment il utilisa des citations et des affirmations du Coran, avec plus ou moins d’exactitude et de compréhension, dans sa propre argumentation contre la doctrine chrétienne de la Trinité. A la différence d'autres auteurs de la Renaissance, Servet ne considérait pas l'islam comme un mal en soi ou comme une croyance dangereuse qui devait être condamnée, mais que, bien au contraire, il pensait que certains aspects des intuitions du christianisme original avaient été préservées, d’une quelconque façon. Ceci, loin de le favoriser, ne pouvait que réveiller davantage l'humeur des autorités religieuses de l'époque à son encontre.
Mots-clés: Servet, antitrinitarisme, islam, Réforme radicale


Abstract


This paper deals with the approach that famous Spanish humanist and heretic, Michael Servetus (1511-1553), took of Islam and how he used Quranic quotes and claims, with varying degrees of accuracy and understanding, in his own argumentation against the Christian doctrine of the Trinity. Unlike other authors from the Renaissance period, Servetus did not consider Islam as an evil in itself or as a dangerous belief that had to be condemned, but on the contrary, he thought that some aspects of the original intuitions of Christianity had been somehow preserved in its teachings. Rather than helping him, this could only put him even more at odds with the religious authorities of the period.
Keywords: Servetus, Antitrinitarianism, Islam, Radical Reformation.

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 15:47

suite de l'article précédent


La figure de Michel Servet Conesa (Villanueva de Sigena 1511 -? Genève 1553) a toujours attiré la polémique et l'inquiétude. Les catholiques espagnols les plus traditionnels, comme Menendez Pelayo, l’admiraient à contrecoeur comme un Espagnol dont on savait qu’il était mort des mains de l’hérésie calviniste, mais ses visions religieuses hétérodoxes les incommodaient. Les libres penseurs le revendiquèrent comme médecin et scientifique sacrifié par l’intolérance religieuse, mais ne comprirent jamais pourquoi la description la plus remarquable de la petite circulation du sang, qui a atteint une renommée mondiale, se trouvait dans un livre de théologie et de physiologie. Déroutés les uns les autres par une figure qui ne répondait pas à leurs attentes respectives, les études sur Servet, pendant de nombreuses années, se limiteront généralement à une seule narration biographique. Le manque d’éditions de ses oeuvres traduites en espagnol, en particulier son magnum opus, le Restitutio Christianismi de 1553, a contribué à concentrer les études sur sa personne, en ignorant son travail.

 

Aujourd'hui, nous ne pouvons plus nous contenter seulement de l'étude de sa vie, de ses voyages et de ses péripéties. Il est impératif d’avancer dans l'étude de son œuvre et de l'insérer dans le contexte tourmenté dans lequel il a été forgé : l'Europe du XVIème siècle qui vient de s’entredéchirer avec la Réforme. Contribue à cet effort la récente publication des Œuvres complètes, entreprise par la Diputación General de Aragón, sous la supervision du Dr Angel Alcala et l'approbation de l'Institut des études «Miguel Servet», qui occupe la maison natale de Servet dans la ville monégrine de Villanueva  Disposer du texte intégral des œuvres servètiennes,  c’est, en plus du plaisir pour lecteur et le chercheur, un grand privilège qui fut réservé à quelques uns seulement  au cours des siècles, car de nombreux livres de Servet furent brûlés. Ainsi y eut-il beaucoup de malentendus et de calomnies jetés sur cet auteur.


Comment comprendre ce qui a pu pousser un homme si intelligent et bien versé dans les questions théologiques comme Melanchthon, assistant et successeur de Luther à la tête de la Réforme allemande, de dire, en 1556, qu’en Pologne se diffusait « l'enseignement servètien, c'est à dire , mahométan » (Baron, 1989, p. 435, en citant Camerarius, Opera Melanchtonis, VIII.). Une simple ignorance de l'œuvre de l'hérétique aragonais, ou bien le désir implicite ou intentionnel de déformer ses enseignements ? Trois ans seulement après sa mort, la doctrine de Servet souffrait déjà de déformations et d’interprétations partisanes d'une telle ampleur, si bien que très peu étaient, souvent au péril de leur vie, en mesure de transmettre cet enseignement à d'autres esprits insatisfaits et en rupture avec la doctrine enseignée par les Églises établies. En outre, l’auteur ne pouvait plus se lever pour répondre à ses détracteurs et il ne restait plus que quelques uns de ses livres qui purent être sauvés des flammes ; enfin ceux qui auraient pu parler haut et fort ne pouvaient oser le faire..


Qu’elle était relation réelle entre la doctrine servètienne et l'islam ? Si nous écartons la réponse simpliste de Melanchthon, qui assimilait l’anti-trinitarisme à l’islam, qu’elle était alors l'approche qu’adopta le génie d'Aragon, et dans quelle mesure elle était originale, voire choquante pour l'époque? En quelle considération tenait-il l'islam et comment il pourrait l'intégrer dans sa théologie et dans sa construction de la réalité ?


Pour ce faire, nous allons voir d'abord comment le contexte du XVIe siècle en Europe conditionne la façon dont on considère l’islam en Occident, puis nous verrons comment la religion musulmane se reflète dans les travaux de Servet, notamment en ce qui concerne son livre sacré, le Coran, et comment l'auteur l’évalue à la fois son œuvre et pendant le procès à Genève, qui le condamna à mort. Enfin, nous en extrairont certaines conclusions quant à la vision que Servet avait de l'islam.
 

à suivre ...

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 15:37

La construction d’une image de l'islam dans l'Europe du XVIe siècle


Si quelqu'un pense que nous vivons à l’époque d'un affrontement entre les civilisations occidentale et musulmane, les événements que nous voyons dans les médias peut sembler guère plus que des escarmouches si nous les comparons à la situation vévue tout au long  de la plus grande partie du Moyen âge et aux débuts de l'ère moderne. Quel était l'état des relations entre l'islam et le christianisme au XVIe siècle ? D'une part, le souvenir des Croisades continuait à être toujours vivante dans l'esprit des gens des deux côtés. L'année de la publication de la Restitution du christianisme (1553) coïncide avec le centenaire de la chute de Constantinople, qui avait provoqué un énorme impact en Europe et a été l'une des raisons qui, paradoxalement, a contribué à l'épanouissement de la Renaissance italienne. Dans la péninsule ibérique, à peine quelques décennies se sont écoulées depuis la conquête du royaume de Grenade par une alliance castillane-aragonaise.


Et non seulement ces événements importants étaient stockés dans la mémoire collective de l'Occident, mais dans ces mêmes années toute l'Europe vivait sous la menace turque comme s'il s'agissait d'une épée géante de Damoclès qui allait implacablement tomber sur tous. En 1526, le grand royaume de Hongrie fut abattu à la bataille de Mohacs, durant laquelle son roi même perdit la vie, et après, toute l'Europe centrale resta à la merci des troupes du sultan. La France non plus n’étant pas à l’abri de toute menace, comme le prouva le redoutable Barberousse qui, en 1519, saccagea  la région côtière de la Provence et s'empara de la ville de Nice en 1543. Même à Rome on sonna l’alarme lorsque les navires de Barberousse furent aperçus de la côte, et Venise dût payer une énorme quantité d'or et de céder plusieurs îles pour préserver son indépendance.


Dans ces circonstances d'une guerre sans merci, globale, et prolongée durant plusieurs siècles – avec seulement de brèves parenthèses – sur divers champs de bataille, avec différents protagonistes humains, mais avec une même réalité religieuse, à savoir une lutte  au niveau théologique qui était le pendant idéologique du conflit armé. Du côté chrétien, il était impératif d'affirmer le caractère inférieur et subordonnée de la nouvelle foi musulmane, si ce n’est sa nature diabolique, pour mieux souligner la prépondérance chrétienne afin d’encourager l'esprit de ses croyants.


jean_damascene_1.jpgJean Damascène * dont le grand-père avait assisté à la remise de la ville de Damas aux conquérants arabes, fut probablement le premier auteur chrétien qui a réfléchi sur la question et, dans son œuvre contre les hérésies, il n'hésite pas à décrire l'islam comme une dérivation de l'arianisme. Selon cet auteur, Mohammed découvrit par hasard les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, avec l'aide d'un moine chrétien qui était précisément d’hérésie arienne et il développa sa propre version de la doctrine chrétienne (Goddard, 2000, p. 39). Pour lui, Mahomet ne serait pas seulement un hérétique, mais le “précurseur de l’Antéchrist”. Pour plus de clarté, il faut savoir que, pour Jean de Damas,  pratiquement n’importe quel hérétique est précurseur de l’Antéchrist, et, en cela, il ne fait pas une distinction spéciale lorsqu’il traite de l’islam. mais il ne fait aucun doute que son travail a eu une influence énorme tant en Orient qu’en Occident, et qu’il a conditionné toutes les études faites en terres chrétiennes sur l'islam, à travers tout le Moyen Age.


* ndlt – vers 676-749 ;. connu aussi sous le nom de Jean de Damas, ou encore Jean Mansour, du patronyme de sa famille qui était d’origine arabe, considéré comme le dernier Père de l’Eglise, proclamé Docteur de l’Eglise en jean_damascene_icone_arabe.JPG1896 par le pape. Il suivit les pas de son père et arrière grand-père qui étaient chargés du recouvrement des impôt à la cour de Damas, à l’époque byzantine puis sous les Omeyyades. Il prit la défense des icônes lorsque l’empereur byzantin Léon III prit le parti des iconoclaste, puis il se retira dans une laure de Palestine. Il fut ordonné prêtre en 735. En dépit qu’il ait traité l’islam d’hérésie chrétienne, son corps repose dans une mosquée. (Pour plus ample information, voir l’article sur lui dans Wikipedia, lien). 


L'émergence de la Réforme protestante n'a pas changé beaucoup l’appréciation sur l'islam. Martin Luther craint que le christianisme ne soit finalement écrasées par l'avance musulmane et a appelé à fortifier la foi des chrétiens afin qu’ils résistent aux Turcs. Lorsqu'on lui demande si Muhammad était l'Antéchrist, il répond négativement, parce que l'islam était, selon lui,  trop grossier et irrationnel pour tenir un rôle aussi important, et il se montrait convaincu que l’Antéchrist, qui était plus effrayant et insidieux que ne l’était l’islam, aurait à se manifester au sein du christianisme afin d'être plus meurtrier : en fait, il ne pouvait être autre que le pape lui-même. Pour lui, on pouvait seulement espérer vaincre un ennemi extérieur que lorsqu’on aura vaincu l’ennemi de l’intérieur (Goddard, 2000, p. 111).


Quant à Calvin, il suivi également les stéréotypes du monde chrétien sur l'islam et condamnait l’idée que les Turcs puissent  prétendre mettre Mahomet à l'endroit correspondant au Fils de Dieu et ne pas reconnaître la divinité quand celle-ci se manifesta dans la chair. Avec l’emportement qui caractérisait son caractère, il conclut que les musulmans « sont coupables de perversités et conduisent de nombreuses personnes à la perdition, si bien qu’ils méritent d'être exécutés » (Goddard, 2000, p. 112). Comme on le voit, l’inclination de Calvin à envoyer à l'échafaud tous ceux qui étaient en désaccord avec lui n’était pas réservé uniquement à cet l'Espagnol qui l’avait tant mortifié pendant des années [ndlt - allusion à la correspondance entre Servet et Calvin, où le premier fit preuve d’arrogance critique vis-à-vis du Réformateur de Genève].


Toutefois, d'autres chrétiens de l'époque ont exprimé des opinions plus nuancées. Erasmus écrivit que les chrétiens ne pouvaient donner que bien peu de leçons aux autres en matière de religion, puisqu’ils étaient enclins à manquer aux commandements et commettaient des actes condamnables, et il affirma qu'il préférait « un Turc sincère plutôt qu’un faux chrétien » (cité dans Bataillon, 2000, p. 69). D'autres auteurs de la Renaissance italienne comme Nicolas de Cues * étudièrent l'islam avec un même esprit humaniste et la réconciliateur, et servirent ainsi de sources d'information très importante pour le jeune Servet.


* ndlt – Nicolas Krebs, 1401-1464, né au village de Cues au bord de la Moselle. Il fut le premier à remettre en cause la fameuse « Donation de Constantin » qui aurait été faite au pape de Rome et qui est effectivement un faux. Puis, il mit ses talents de diplomates au service du pape et acheva sa carrière comme évêque. En théologie, il s’appuya sur l’astronomie pour considérer le monde non plus comme clos, mais en mouvement et sans limite fixe. Il fut lecteur du mystique dominicain Maître Eckhart.

à suivre ...

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 15:22

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Les références à l'islam dans l’œuvre servètienne


Il est surprenant que, dans ses premiers travaux révolutionnaires, Sur les erreurs à propos de la Trinité, Servet fasse une allusion directe au texte sacré des musulmans. D'une part, citer le Coran n'est pas un argument fréquent, qui [en terre chrétienne] ne fait pas autorité et qui ne jouit pas de prestige, et d'autres part, ces citations coraniques apparaissent après une longue série de citations de la Bible, si bien qu’elles apparaissent comme une parenthèse dans l’argumentation qui le précède. C'est d’ailleurs ce qu'il dit lui même (Servet, 2004, p. 227) :


« Combien cette tradition de la Trinité a été un sujet de plaisanterie pour les musulmans, Dieu seul le sait ... Et pas seulement les musulmans et les juifs, mais les animaux sauvages eux mêmes se moquerait de nous, si nous acceptions cette fantastique idée que toutes les œuvres du Seigneur bénissent le Dieu unique. Entendez aussi ce que dit Mahomet *, car il est supérieur le crédit qu’on doit accorder à une seule vérité confessée par l’ennemi, par rapport aux centaines de mensonges de la part des nôtres. Il dit en effet dans son Coran, que le Christ a été le plus grand des prophètes, l'esprit de Dieu, la puissance de Dieu, le souffle Dieu, la propre âme de Dieu, le Verbe né d'une vierge par l'action expresse de Dieu ; il dit aussi qu'en raison de la méchanceté des Juifs contre lui, ceux-ci croupissent maintenant dans la misère et les calamités. Il dit, en plus, que les apôtres et les évangélistes, ainsi que les premiers chrétiens, furent les meilleurs des hommes, qu’ils ont écrit des choses vrais et qu’il n’y avait pas de trinité ou trois personnes dans la divinité, mais que cela a été ajouté par les hommes des époques postérieures ».
* dans cet article, j'utilise la transcription du nom « Mahomet », mais je garde la forme « Mahoma » dès lors qu’il s’agit d’une citation du Coran.


Par ses allusions à des citations du Coran, ce texte a servi de base à Servet pour ses références au Coran dans son chef-d'œuvre, la Restitution du christianisme. Il y reprend le thème des supposées moqueries des musulmans, mais cette fois ci il est beaucoup plus précis dans les citations, en indiquant les sourates auxquelles il se réfère ; il insiste à deux reprises pour appeler les personnes divines qui composent la Trinité "d’enfants de Belzébuth”, et énumère de façon plus détaillée les éloges à Jésus qu’on rencontre dans les textes du Coran qu’il utilise comme références ; il termine toute cette partie par une brève dissertation sur ce que Muhammad entend par “fils de Dieu” (Servet 1980, p. 165-8).


Pour commencer, il y a plusieurs aspects qui surprennent lorsqu’on lit ces passages, tant le résumé rapide des allusions au Coran contenues dans Des Erreurs que dans les passages les plus prolixes et soignés de la Restitution ; c’est la position dans laquelle il place les musulmans et, d’une certaine mesure, le Coran lui-même. Servet commence ses écrits en signalant que les musulmans rient aux éclats devant la croyance chrétienne en la Trinité, puisque, avec les Juifs, ils savent parfaitement que c'est une idée fausse et absurde. Pour autant, il place les musulmans à une position supérieure de connaissance, grâce à la vérité sur la nature divine qu’ils conservent dans leur livre sacré, humiliant ainsi le christianisme postérieur au Concile de Nicée [315], à savoir le christianisme officiel, qui est la risée des autres religions. De fait, il dit que, si les animaux des champs le pouvaient, ils riraient aussi de cela ; ce qui revient à dire, que c’est d’une façon globale, dans le contexte de la Création, au niveau de la certitude et de la vraie connaissance sur le divin, que le christianisme trinitaire est écarté de la dite connaissance et sombre dans le ridicule le plus absolu et l’ignorance.


D'autre part, le Coran transmet également, toujours selon Servet, les raisons de l'humiliation du Trinitarisme, car il assure que les premiers chrétiens connaissaient la véritable nature de Dieu et en étaient convaincus, mais que d'autres corrompirent ultérieurement la doctrine. Ces autres, qui Servet appelait « sophistes », sont ceux qui ont introduit les catégories philosophiques grecques dans le message évangélique et ont commencé les dissertations sur les substances, les entités non corporelles et les personnes divines, qui finirent par se retrouver dans le dogme de la Trinité, qu'il assimile au tri-théisme ou à une croyance en trois dieux. Par conséquent, c'est le christianisme qui s’abaissa lui-même en abandonnant la vraie connaissance, tandis que le judaïsme et plus tard l'islam demeureront fidèles à la vérité sur Dieu. Comme nous allons le voir, c'est là un argument dévastateur et inacceptable pour l'Europe de son temps.


Comme si cela ne suffisait pas,  la Restitution comprend des références claires au symbolisme diabolique dans ses citations coraniques qui font allusion à des personnes de la Trinité, en les appelant «fils de Belzébuth. ». Gardons à l'esprit que c'est aussi dans la Restitution que la Trinité est décrite comme le Cerbère, le chien à trois têtes (Servet, 1980, p. 268), lequel, dans la mythologie grecque, est le gardien de l'enfer. Cette comparaison sera, comme nous le savons, l'un des arguments qui le conduiront sur le bûcher, puisque y apparaît une allusion à ce qui est démoniaque dans les citations du Coran.


Jusqu’à quel point Servet est-il sûr dans le choix de ses citations ? L’historien et ministre unitarien Peter Hughes a fait une étude (Hughes, 2005, p. 55-70) sur l’utilisation que fit Servet des sources coraniques et leur manipulation. En l'absence de citations précises et vu le manque de soin apporté à leur traitement par Servet lorsqu’il écrivit Des erreurs, il est clair qu’alors il ne disposait pas d’aucune traduction directe du Coran. Effectivement, d’après ce que nous indique Hughes, bien qu’il exista déjà une traduction latine du Coran depuis le XIIème siècle faite dans la péninsule ibérique par Robert de Ketton sous la supervision de Pierre le Vénérable, celle-ci ne fut publiée qu’en 1543, à savoir, 12 ans après que Servet n’écrive son premier livre. Par conséquent, il ne pouvait compter sur aucune édition fiable. Alors, d’où tira-t-il ses allusions au texte coranique  ?


Il existait principalement deux œuvres qu’il pût utiliser : la Cribatio Alcorani de Nicolas de Cues, publié en 1461, et la Confutatio Alcorani de Riccoldo di Croce Monte, qui a été publié à Séville en 1510 et à Paris un an plus tard. Par la suite, les deux œuvres ont été réédités en 1543 par Theodore Bibliander * en un seul volume avec la traduction du Coran par Robert de Ketton, volume qui fut assurément consulté par Servet lorsqu’il rédigea sa Restauration.
* Pour un résumé de l’historique des traductions des textes coraniques en Europe médiévale et de la Renaissance, voir De la Cruz (2002).


Si nous pensons que tout cet effort de traduction et de l'étude du texte coranique est dû au noble désir d'avoir accès aux connaissances, afin de familiariser avec la sagesse d'une culture étrangère ou dans un esprit de fraternité inter-religieuse, nous serions en pleine équivoque. Il n’y a pas de dialogue entre les religions à cette époque, sinon un conflit  idéologico-politique élucider laquelle des traditions est vraie ou supérieure car se maintenir dans la vérité est la garantie de pouvoir compter sur la faveur divine et, finalement, d’avoir confiance dans la victoire finale. Hormis l’œuvre de Nicolas de Cues, d'humeur plus mesurée, tant la traduction de Robert que l’œuvre de Monte Croce sont clairement conçus pour servir d'outils pour la réfutation des doctrines de l'islam et en nier sa validité.


Cela rend encore plus méritoire que Servet, oubliant le biais anti-islamique de ces éditions, a réussi à trouver des citations élogieuses à la fois sur le Christ et pour l’idée que la vérité révélée a été préservée dans le texte coranique sous une forme qui a été perdue dans la tradition chrétienne. Quant à l'exactitude des citations faites par Servet, il faut dire qu’elles ne collent pas toujours au texte original, mais il faut tenir compte des imperfections et altérations qui étaient déjà dans les textes qu’ils consultaient.

à suivre

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 15:06

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Dans son analyse des citations coraniques, Peter Hughes a pu établir une corrélation précise entre le travail de Servet et les sources qu’il utilisa, par exemple lorsqu’il tomba sur une numérotation erronée des sourates et qu’il suivit  fidèlement, ignorant que le Coran utilisait une autre numérotation. Ce n'est pas notre tâche ici d'entrer dans les détails des citations, donc nous nous en remettons à l'article cité qui nous sert de référence, mais nous mentionnerons quelques cas où Servet a pris une certaine liberté d'interprétation. Par exemple, il prend la sourate 40, bien qu'il croit qu’elle soit la 50, à cause des erreurs d’édition sus mentionnés déjà discuté, et cite : « Nous croyons en un seul Dieu, et non à ces partenaires superposées » (Servet, 1980, p. 167). Comme cette citation apparaît  à la suite d’une série de citations qui critique la théologie chrétienne de la Trinité, on peut entendre que ces « partenaires » sont les personnes divines inhérentes au dogme trinitaire. Toutefois, dans le contexte coranique, cette citation ne fait pas allusion à la Trinité, mais, selon diverses interprétations du texte, plutôt à l'ancienne religion polythéiste d'Arabie, ou peut-être encore à une compréhension de Dieu fondée sur la raison humaine ou d'autres éléments que des gens ont «associé» à l'idée de Dieu, au lieu de se confier en la pure révélation (pour lire la citation dans son contexte, voir l'édition du Coran de Julio Cortés, p. 548). Cependant Servet, dans sa recherche d'arguments anti-trinitaires dans le Coran, se serait, quant à la signification du texte, laissé abusé par la traduction inexacte de Robert et par ses propres attentes.

 

Bien que la majeure partie des citations coraniques sont concentrés dans ce passage du premier livre de la « Restitution », ce n’est pas et de loin l’unique endroit ou Servet fait référence à l’islam et aux croyants musulmane que, selon la coutume de l’époque en Europe chrétienne, étaient appelés « Sarrasins » ou « Turcs ». Servet se réfère à l'islam ou les croyants musulmans, selon la coutume de l'époque dans l'Europe chrétienne, appelée «Sarrasins» ou «Turcs». Déjà, dans Dialogues sur la Trinité, il fait des  références directes à la foi islamique, comme celui que nous trouvons particulièrement intéressant (Servet, 2004, p. 393) :


« Par ailleurs, je te dis que, en dehors du Christ, tu n’adoreras pas plus Dieu que ne l’adore un Turc. Et tous ceux qui, en dehors du Christ, maintiennent une vision et une adoration de Dieu, l’adorent comme le font les Sarrasins, lesquels disent que se convertir à Christ est inutile. Mais moi j’affirme que Dieu est vu et adoré seulement en Christ … ».


Tout d'abord, l'attention du lecteur attentif est attirée sur le fait que Servet affirme qu’un Turc adore Dieu autant qu’une autre personne peut le faire. Comme nous l’avons vu, dans la plupart de la propagande anti-islamique de l'époque l'islam était une religion non seulement erronée, mais fondamentalement mauvaise, et seuls les plus condescendants la considéraient comme une hérésie dérivée de l'arianisme.


Servet classe les croyants musulmans dans le groupe de personnes qui, même sans connaître le Christ, adorent le Dieu. L'autre groupe qui serait hors de la « Nouvelle alliance » apportée par Jésus, serait la religion d'Israël, qui avait reçu la première révélation et l’avait transmise à travers la Torah, et a été soumise à la loi.  Et assurément, parmi ceux qui « en dehors du Christ maintiennent une vision de Dieu », Servet inclut certainement aussi les païens les mieux considérés par l’opinion chrétienne, comme Sénèque ou Socrate,  ceux dont on croit qu’ils suivent la volonté de Dieu bien que d’une manière inconsciente, ainsi que l’avait suggéré le Réformateur Zwingli dans son livre Exposition de la foi (Stephens 2005, p. 291).


Nonobstant, dans ce fragment, Servet montre clairement que, pour lui, c’est seulement dans le Christ que Dieu se révèle pleinement, ce qui devrait nous faire réfléchir face à certaines déclarations hâtives selon lesquelles Servet essayait de contenter les juifs et les musulmans avec sa théologie unitarienne, en ayant l’intention de construire un christianisme qui soit acceptable aux croyants des autres religions. Comme nous le verrons dans nos conclusions, le but de Servet est beaucoup plus ambitieux que cela. En revenant à la Restitution, à la fin de ce livre, il dit :  « Qui, sinon quelqu’un qui est sur le point de devenir fou, peut tolérer semblables logomachies sans être secoué de rire ? Même dans le Talmud ou le Coran, il n’y a pas de blasphèmes si terrible » (Servet 1980, 181). Il insiste ici, en faisant recours à la rhétorique, pour ridiculiser jusqu’à la moquerie les élucubrations des soit disant « philosophes » qui ont dévié la doctrine chrétienne originale, spéculations qu’il qualifie de blasphèmes.


Bien que le texte semble être une allusion négative aux livres des religions juive et musulmane (et observons que Servet se réfère au Talmud, qui est postérieur au Christ, et non à la Torah), en réalité c’est principalement  une reprise de la condamnation des enseignements trinitaires, en les rendant encore plus reprochables que l’enseignement de ceux qui ne reconnaissent par Dieu en Christ.  Cette supériorité des croyances des autres religions sur ceux que Servet appelle les sophistes, est de nouveau constaté dans le livre II où il dit que « les Juifs, les Turcs et autres païens » peuvent voir Dieu à égalité avec les chrétiens, mais que les soi-disant sophistes « ne voient ni n’entendent absolument rien » (Servet 1980, pp. 262-3).


Cependant, c’est dans le livre II de la 4ème partie de la Restitution, ou Servet traite plus à fond de l’islam, laissant de côté les spéculations trinitaires  et se concentrant sur les pratiques religieuses concrètes. Il part de la supposition que Mahomet s’inspira de la Bible pour dessiner sa propre religion, en recherchant des éléments différenciateurs qui eussent une base biblique, mais en les modifiant pour donner un caractère spécifique à la foi musulmane. Comme nous le voyons, c’est une variante de la vieille théorie de Jean Damascène sur le moine arien qui aida Mohammed. A partir ce point de départ, il traite des divers aspects de la religion musulmane comme des « adaptations » de la religion originale, qui serait la juive, puisqu’il qu’il considère que l’islam, d’une certaine façon, est une variante ou une dérivation de celle-ci. Même dans un certain passage, il affirme que Muhammad a "volé" des traditions de la Bible, ce qui le pousse à jeter des accusations de sacrilège.


Ainsi, c’est sûr que le vendredi a été pris comme « jour de repos » pour les musulmans sur le modèle du sabbat juif (cette citation et les suivantes de ce paragraphe sont de Servet, 1980, p. 633ss). Toutefois, Servet ignorait le vendredi n'est pas vraiment un jour de repos complet dans le style juif, mais le jour du culte public. Bien que toutes les modifications ne lui paraissent pas reprochables ; par exemple, il fait l’éloge de l’instrument qui appelle à la prière», « Muhammad, voyant que les Juifs avaient des cornes et nous des cloches, décida que dans ses mosquées ou temples la convocation se ferait avec la voix humaine, afin que cela fusse plus noble ». Sur les interdictions alimentaires, Servet crut que Mahomet interdit le vin à l'imitation du pape, qui refuse la viande et le mariage, mais là encore, de nouveau, il parle sur un ton élogieux du Prophète pour avertir que cette interdiction coranique a un fondement biblique, justification qui manque en ce qui concerne les interdictions du pape. Quant aux prières, Servet fait une curieuse déclaration selon laquelle elles sont cinq dans l'islam comme un moyen terme entre les trois de la religion juive et sept heures canoniques chrétiennes.
 

à suivre ...

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 14:59

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Pour conclure cette revue sommaire de la valorisation que Servet fait de l’islam dans la « Restitution », on peut noter qu’il renouvelle ses éloges d’une façon effusive aux nommés « mahométans » pour détester les idoles et abominer ce qu’il appelle l’ « idolâtrie papale ». Le contraste entre le pape et le Prophète, qu’il a déjà répétée à plusieurs reprises, révèle jusqu’à quel point Servet tient ici l’islam en considération d’une façon de loin supérieure de qu’il est prêt à admettre dans d'autres passages du texte. La supériorité de l'islam sur la religion prêchée par Rome lui paraît évidente et il regrette seulement que, à cause de la folie des sophistes « et non par sa propre méchanceté », Mahomet n'ait  pas reconnu le Christ comme le fils du Dieu éternel.


Nous pouvons nous demander d'où Servet obtint ces idées, souvent erronées ou peu précises sur la religion musulmane. Je pense que nous pouvons rejetez ce que le disent les mal informés, qui attribuent son attitude à la présence musulmane en Espagne. Il semble que ce soit pas le cas et les références faites, dans les biographies qui lui ont été consacrées, aux  juifs et aux musulmans en Espagne, qu’ils soient convertis ou non, distraient davantage qu’ils n’apportent des données positives sur la question.


Par ailleurs, la trajectoire de la vie de Servet l’amène à un très jeune âge à Toulouse, puis au Nord de l'Italie, dans plusieurs villes en Allemagne,  en France, et enfin en Suisse, très loin des territoires sous l'influence de la culture musulmane. Par conséquent, toutes les données vérifiables suggèrent que sa connaissance de l'islam se réduit à la lecture des œuvres de Nicolas de Cues et de Monte Croce qu’il a faite dans sa jeunesse, et, éventuellement, sa lecture de la traduction latine du Coran où il se contenta de chercher les citations qu’il connaissait déjà afin d’en confirmer le texte et la numérotation. C’est probablement par ces lectures, et aussi les rumeurs et les commentaires qu'il a pu entendre des étudiants et des voyageurs, que Servet construisit son image de l'islam.


Tant de citations coraniques et tant de commentaires élogieux des enseignements de l'islam sur le Dieu unique ne pouvaient pas passer inaperçus, et pendant le procès en hérésie auquel il fut soumis à Genève, ses accusateurs se sont empressés de lui jeter cela au visage. Ils ne le firent pas seulement pour y chercher des motifs pour le condamner, mais il y avait une crainte réelle que les idées de l'islam se répandent en Europe ; or c'étaient les idées de l'ennemi et la tolérance ne pouvait que conduire, à leur point de vue, à l'affaiblissement des sociétés chrétiennes : l’apologie de l’islam était le cheval de Troie qui précédait la conquête turque. Comme Bainton souligne à juste titre dans sa biographie de Michel Servet, les procureurs devraient également garder à l'esprit que les terres sur lesquelles l'arianisme avait prévalu étaient finalement tombées sous la domination musulmane (Bainton 2004, pp 129-30), et en fait, nous avons vu que beaucoup pensaient que l'islam était simplement une variante bizarre de la vieille hérésie arienne.


A ce niveau du procès, la distinction entre la christologie arienne et celle de Servet était une subtilité fort peu utile quant à ses effets pratiques. En Toute remise en cause de la Trinité équivalait à une adhésion à l'arianisme ou à une conversion immédiate ou future à la foi juive ou musulmane. Servet opta pour une défense surprenante, car il allégua qu’il se sentait libre de citer le Coran dans ces passages où se transmettait la vérité, bien que, lui, personnellement, il réprouvait le livre en tant que tel et, selon les procès-verbaux, il déclara qu’il ne pensait pas avoir aidé Mahomet pas plus qu’il aiderait le diable lui-même (Bainton 2005, p. 129). On pourrait penser que ces paroles, bien que soutirées sous la pression, pourraient représenter la vraie pensée de Servet sur la foi musulmane.


Toutefois, compte tenu des textes, cela semble très discutable. Dans la « Restitution », Servet ne compare jamais Mahomet avec le diable, mais par contre réserve ses images diaboliques au pape et aux partisans de la doctrine trinitaire. Et comme nous l'avons vu, il considère souvent l’islam comme supérieur aux trinitaires, car il est fidèle à la révélation divine reflétée dans la Torah et s’inspire d’elle, préservant ainsi la conception d’un Dieu un et indivisible ; ce qui est pour lui la vérité fondamentale de la religion telle qu’il l’entend.. Dès lors, ne serait-il pas profondément contradictoire que Servet pensa que Mohamed soit équivalent ou semblable à Satan ?


Peut-être le Malin pourrait-il chasser les pratiques idolâtres et défendre la vraie doctrine de Dieu, préservant ainsi parmi les hommes la vérité que les philosophes avaient réussi à cacher dans le christianisme ? Satan étant le maître de la tromperie, l’appellation de « diaboliques » ne correspond-il pas mieux à eux, les « sophistes » ? Il n’est certainement pas soutenable que Servet conçoive l’islam comme quelque chose de diabolique, et si réellement cette phrase a été recueillie sans qu’il y ait eu une manipulation de la part des copistes, nous pouvons supposer qu’il s’agissait là d’un recours défensif pour faire face aux graves accusations dont il était l’objet. En outre, pour Servet, ce n’était pas une priorité de défendre l’islam durant ce procès de Genèvre, mais il devait défendre ses propres positions et préserver sa vie, si bien qu’il est bien compréhensible qu’il ait eu recours aux arguments les plus utiles pouvant atteindre cet objectif.

à suivre

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 14:47

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Quelques conclusions


Ce serait une erreur et un anachronisme que de prétendre convertir Servet en un penseur de la diversité religieuse du monde et en promoteur du dialogue inter religieux avant la lettre. Servet, reconnaissons-le, n’était pas intéresser à connaître le Coran avec exactitude, ni à se familiariser avec les préceptes, coutumes et traditions islamiques ; il ne croyait pas à des idées syncrétiques, ni à la pérennité *. Servet s’intéressait prioritairement au Christ.
* ndlt – à la différence de l’éternité, la pérennité reste inscrite dans le temps (Christian Godin, Dictionnaire de la philosophie, Fayard / éditions du temps, 2004, p. 961).


Toute la théologie de Servet tourne autour du Christ, axe central de ses préoccupations et de son expérience spirituelle. Pour ainsi dire, Servet était amoureux de la figure du Christ ; il la vivait avec passion et intensité, et il utilisa toute sorte d’argument et de faits à sa disposition pour la défendre. C’est avant tout dans cette perspective, depuis cet amour qui le ravit et pour lequel il donne sens à son existence, et qu’il veut défendre de ce qu’il considère comme étant de graves erreurs et déformations, qu’il faut comprendre les citations du Coran dans l’œuvre servètienne. Pour autant, nous pouvons dire que Servet utilise le Coran dans son œuvre, non pour le Coran lui-même, mais comme il l’admit à son procès, pour corroborer ses propres idées sur la façon dont devait être comprise correctement la relation du Christ avec Dieu le Père.

Cependant, il serait également injuste de déprécier la contribution que fait Servet, simplement parce que le dialogue avec l'islam n'est pas parmi ses priorités. Comme nous l'avons vu, son attitude fondamentalement tolérante avec la religion islamique, la reconnaissant comme une forme légitime, quoique incomplète d’adorer le Dieu unique, et la joignant au judaïsme dans l’ensemble des religions soumises à la Loi, et par là acceptant qu’un bon croyant musulman est aussi digne d’être sauvé que quiconque d’autre s’il honore Dieu et fait de bonnes actions, tout cela représente un contraste radical par rapport à la pensée dominante de son époque. Il s’inscrit ainsi dans la ligne libérale et tolérante marquée par l’influence d’Erasme. C’était un type de religiosité  qui était plus préoccupée par l’honnêteté du caractère et de l’intention que par les signes externes de soumission aux autorités religieuses (De Marcos 2006, pp 31-33).

Pourquoi Servet, plus que pour les appartenances religieuses et les institutions humaines, a-t-il tant été fasciné par la vérité et par la recherche radicale et obsessive de celle-ci, à qui il consacra sa vie ? Son intention n’était pas de réformer le christianisme, mais de le restituer à son état original avant qu’il ne fut déformé par de vaines élucubrations. Il ne voulait pas développer une nouvelle doctrine chrétienne plus attrayante pour les croyants d'autres religions, mais tenir en éveil la vérité. Et cette vérité réveillée, par elle-même, était assez forte pour abattre toutes les barrières qui empêche la concorde entre les gens. Si le judaïsme et l'islam avaient préservé la vérité sur Dieu et le Christ dans leurs doctrines respectives, il était nécessaire que le christianisme corrige son erreur, commencée à Nicée et maintenue pendant plus de mille ans, et de rétablir la vérité. Et ce sera dans cette vérité partagée par tous qu’on trouvera l'unité de tous les enfants de Dieu. Ce fut le rêve qui motiva Servet a aller au-delà de la révélation chrétienne pour la chercher auprès d’autres frères dans la foi d’Abraham, en écoutant ce que eux disaient, et en appréciant la vérité qu’il crut y rencontrer et en leur ouvrant les portes pour qu’ils fassent partie de sa grande vision du monde et de Dieu.


Notice bibliographique


Bainton, R.H. (2005). Hunted Heretic : The Life and Death of Michael Servetus 1511-1553. Providence : Blackstone Editions.
Barón Fernández, J. (1989). Miguel Servet : Su vida y su obra. Madrid : Espasa-Calpe.
Bataillon, M. (2000). Erasmo y el erasmismo. Barcelona : Crítica.
De la Cruz Palma, Ó. (2002). “La Trascendencia de la Primera Traducción Latina del Corán (Robert de Ketton, 1142)”: Collatio nº 7, pp. 21-28. (lien)
De Marcos Andreu, J. (2006). La influencia de Erasmo en las obras de Miguel Servet. Villanueva de Sigena : Instituto de Estudios Sigenenses “Miguel Servet”.
Goddard, H. (2000). A History of Christian-Muslim Relations. Edinburgh: Edinburgh University Press, Ltd.
Hughes, P. (2005). “Servetus and the Quran” : Journal of Unitarian Universalist History, Volumen XXX. Chicago : The Unitarian Universalist Historical Society.
Muhammad (1986). El Corán. Julio Cortés (ed.). Barcelona : Herder.
Servet, M. (1980). Restitución del Cristianismo. Ángel Alcalá (ed.). Madrid : Fundación Universitaria Española.
Servet, M. (2004). De errores acerca de la Trinidad. En Obras Completas, Vol. II-I. Primeros escritos teológicos. Zaragoza : Prensas Universitarias de Zaragoza.
Stephens, W.P. (2005). “Bullinger and Zwingli on the Salvation of the Heathen” : Reformation and Renaissance Review, Volumen 7. 2-3. Glasgow : Journal of the Society for Reformation Studies.

fin

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:57

"L’accès à l’universel chez les unitariens" par Jean-Claude Barbier, sociologue, secrétaire général de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), communication au colloque international organisé par le Servetus International Society, à Barcelone les 20-21 octobre 2006 (lien). Ndlr - dans cette mise en ligne, les sous titres ont été modifiés.


michael servetus heartfeltJean-Claude Barbier, vignette, mai 2008Les derniers cris des mourants suppliciés nous interpellent. Ultimes messages lancés à la face de l’Humanité comme un défi au-delà de l’échec présent, cris d’espoir pour résonner tout au long de notre Histoire comme une utopie, dernier sursaut d’une identité luttant pour sa survie. Le cri des soldats au combat, des patriotes et des résistants, des martyrs pour leur foi. Le cri de Michel Servet fut l’un d’entre eux. Dans un dernier gémissement, il s’adressa à Jésus : « Jésus, fils du Dieu éternel, aie pitié de moi ! ».

Par son désir d’affronter Jean Calvin à Genève, par son refus de se rétracter, par sa mort courageuse, Michel Servet signe volontairement son destin, à l’imitation de Jésus-Christ qu’il vénère. Il résume aussi sa théologie anti-trinitaire dans un concentré dramatique qui tourne le dos à l’inquisiteur Guillaume Farel, lequel l’accompagne au bûcher en l’exhortant à confesser « Christ, Fils éternel de Dieu ». M. Servet va jusqu’au bout de ses convictions chrétiennes, mieux, il affirme sa relation personnelle à Jésus et reproduit la Passion dont celui-ci souffrit, ce qui fait dire à l’historien Albert Blanchard-Gaillard (2003 : 43) qu’il fut un personnage éminemment christique « en ce sens que, très jeune et doutant de ses capacités, il se sent investi d’une mission qui va l’amener, comme malgré lui, mais par amour de Jésus, au sacrifice suprême ».

Pourtant cette identité si profondément chrétienne de M. Servet n’est pas toujours relevée par les observateurs des siècles suivants. Edouard Herriot, libre-penseur et maire de Lyon, lors d’une conférence tenue le 10 mars 1907 pour l’inauguration de la statue de Michel Servet à Vienne, évoque seulement le cri du supplicié « qui fit courir l’épouvante » (1932 : 26) dans l’assistance lorsque s’enflamma la couronne soufrée que le bourreau lui avait mise sur la tête, puis ses gémissements durant la demi-heure que dura son agonie.

La plupart de nos contemporains voient dans M. Servet un homme de convictions qui, pour elles, alla jusqu’au bout. Face à Calvin, il devient le héros de la tolérance. Il est donc perçu bien au-delà de sa seule identité chrétienne. D’ailleurs, contrairement à la plupart des autres réformateurs, il n’est pas que théologien – E. Herriot avance qu’il est « moitié théologien, moitié philosophe » (1932 : 8).

Il fit des études de Droit à Toulouse, puis de médecine à Paris, exerça son métier de médecin à Charlieu, puis à Vienne, se consacra aux multiples sciences de son époque : la géographie (il annota celle de Claude Ptolémée) (1), l’exégèse biblique à partir des textes en hébreux et en grec, la médecine expérimentale allant jusqu’à disséquer les cadavres, les analyses de nos aliments (il se commit d’une étude sur les sirops), l’alchimie qui est elle aussi une science expérimentale. Enfin, il est laïc et non clerc et il n’a pas eu à fonder une Eglise, ni à se compromettre avec les pouvoirs séculiers de son époque. Homme seul, esprit libre, utopique et absolutiste mais sans violence, il devient finalement un héros de référence pour tous ceux qui, au nom de principes qu’ils estiment universels, rejettent les arrangements avec ce monde, veulent une société plus juste et plus égalitaire, basée sur des valeurs universelles. En cela le manifeste lu d’une seul voix par les participants le 22 octobre 2004 à Saragosse, puis le lendemain à Villanueva de Sijena, à l’occasion des cérémonies de clôture de l’ année commémorative des 450 ans de la mort de Michel Servet (1553-2003) (2), donne parfaitement le ton.

(1) le Dr. Joaquim Bosque Maurel souligne sa contribution à la géographie à l’heure de la Renaissance : « Miguel Servet (1551-1553) y la geograpfia de su tiempo », dans Estudios Geograficos (revue du Conseil supérieur de recherche scientifique), vol. LXVI, janvier-juin 2005, pp. 43-69.
(2) Le Manifeste servètien de Sixena, élaboré au sein de l’Instituto de Estudios Sijenenses Miguel Servet, fut proclamé au congrès international des Actes de clôture de l’année servètienne. Traduit en français par Jean-Claude Barbier, le texte a été mis en ligne sur le site de Profils de liberté, dans sa rubrique « Histoire » (lien).

Tout naturellement, par filiation historique et spirituelle, les chrétiens unitariens se situent parmi ses héritiers (Barbier 2003 : 49), mais ce qui est plus pertinent pour notre propos, c’est qu’il ont été rejoints par bien d’autres. Ceux-ci ont en commun de vouloir dépasser les particularismes confessionnels et religieux afin de mieux promouvoir un progrès et une civilisation moderne généralisée à l’ensemble de l’Humanité, sans nulle discrimination. En cela, le théisme constitue une étape importante puisqu’il considère que la connaissance de Dieu peut être acquise par notre seule raison. Les révélations particulières, l’exégèse des textes « inspirés », les exercices spirituelles ne sont donc plus nécessaires. On continue toutefois à s’adresser à Dieu car Il est considéré comme une personne dotée de volonté et de puissance et pouvant jouer un rôle providentiel en notre faveur ; toutefois, les prières se font plus collectives qu’individuelles car ce dieu est celui du maintien de l’ordre du monde, du cosmos, des lois stables de la Nature, le dieu horloger de Voltaire, le Grand architecte de l’univers (Gadlu) de la franc-maçonnerie. Avec le déisme, on laisse tomber le culte puisque, si l’on continue à admettre l’existence d’un dieu créateur de ce monde, on ne sait plus très bien où il est, qui il est, ni comment il agit.

à suivre ...

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:32

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Dans le prolongement du christianisme unitarien, l’unitarisme-universalisme représente lui aussi une tentative pour dépasser les clivages liés à nos croyances héritées de l’Histoire, afin de mieux vivre l’universel.

 

michael servetus heartfeltJean-Claude Barbier, vignette, mai 2008Le largage des racines chrétiennes de l’unitarisme fut préconisé par le philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson (1803-1882) lorsqu’il jeta aux orties, en 1832, sa robe de ministre du culte, après 3 ans d’exercice à Boston. C. Jon Delogu nous dit que sa carrière de philosophe « bénéficia d’un mouvement général vers la sécularisation de la société américaine d’une part, et de la privatisation de l’intériorisation de la vie spirituelle de l’autre » (p. 23). En 1838, il confirme et signe son rejet des traditions qui entravent notre liberté de pensée lors d’un discours prononcé à la faculté de théologie de Harvard, connu sous le nom de Divinity School Address. Il y précise que ce n’est pas de l’instruction systématique ni de la simple transmission des révélations passées qu’il faut attendre une avancée de la pensée humaine, mais plutôt de la brusque provocation, de l’interpellation ponctuelle selon les évènements et les rencontres. Il prône une philosophie incisive et visionnaire. Cet appel à une réforme radicale faite aux étudiants, lui valut de ne plus être invité à prendre la parole en ce haut lieu durant quelques vingt-cinq ans (Delogu 2006 : 25-28).

« Notre époque - écrivit-il - est tournée vers le passé. Elle construit les tombeaux de nos ancêtres. Elle écrit des biographies, des critiques, et l’histoire du passé. Les générations précédentes contemplaient Dieu et la Nature et la Nature en face, [si bien que] nous les contemplons par leurs yeux. Pourquoi n’éprouverions nous pas la joie d’une relation originale avec l’univers ? Pourquoi n’aurions nous pas une poésie et une philosophie fondée sur l’intuition et non sur la tradition, et une religion fondée sur la révélation et qui ne soit point l’histoire de la leur ? » (Essays and Lectures, 1983 : 7)

C’est la fin du relais intergénérationnel des croyances. L’homme, dans une posture quelque peu romantique, est seul devant son destin et devant l’univers. A lui de déployer ses capacités rationnelles et aussi son intuition – c’est pour cela que le texte que je viens de citer parle de révélation, de dévoilement au terme d’une méditation individuelle, personnelle, et non plus de la Révélation avec une majuscule, celle que Dieu ou les dieux auraient adressée à nos ancêtres et qui est d’ordre communautaire. C’est le début d’une grande aventure de la pensée humaine, celle de l’individuation, celle aussi de la solitude métaphysique.

Avec la même attitude et selon la même logique, notre philosophe va apparaître comme le pionnier de la pensée américaine en invitant ses compatriotes à rompre leur dépendance intellectuelle par rapport à l’Angleterre et plus largement la civilisation européenne. Son discours sur « L’Intellectuel américain » - The American Scholar – prononcé au sein de la Faculté de théologie de Havard, un an avant celui dont nous avons parlé, lui valut l’enthousiasme des jeunes loups de son époque.

Progressivement, au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, la majorité des unitariens américains vont se rallier à cette manière de scruter les mystères de la vie. Ce déplacement d’opinion me est important puisque, aujourd’hui, il assure à notre philosophe une partie non négligeable de sa clientèle posthume. L’unitarisme aux Etats-Unis concerne en effet quelques 600 000 personnes à en croire une évaluation faite par sondage au début de ce millénaire (3). Je suis d’autant plus surpris par la discrétion dont font preuve les universitaires qui étudient l’œuvre et la vie de R. W. Emerson (du moins est-ce le cas pour les auteurs francophones que sont Marc Bellot, Monique Bégot et Jon C. Delogu), car, non seulement ils ne s’attardent pas sur le début unitarien de la vie de R. W. Emerson et ses relations dans ce milieu, mais ils passent sous silence une telle évolution de ce milieu chrétien. En partie sur son influence, le christianisme unitarien, au sein même de ses congrégations, va être progressivement supplanté par un humanisme spirituel qui invite à un dépassement des religions particulières et du théisme, souvent au bénéfice d’une position agnostique, sinon de l’athéisme. Un manifeste « humaniste » est publié en 1933 par d’éminentes personnalités ; dans son article n°9, il préconise un changement radicale d’attitude : « à la place des vieilles attitudes consacrées au culte et à la prière, les humanistes pensent que leurs émotions religieuses sont exprimées dans l’élévation de la vie personnelle et dans un effort collectif de promouvoir le bien être social ».
 (3) d’après la American Religious Identity Survey (ARIS) sur 50 000 personnes enquêtées en 2001 : 629 000 personnes (tout âge confondu), soit 0,3% de la population totale, en progression de 25% par rapport à une estimation précédente datant de 1990 et réalisée par la National Survey of Religious Identification (NSR) à partir de 113 000 personnes enquêtées (les unitariens-universalistes étaient alors estimés à 502 000 personnes).

Mieux, la même évolution se fait sentir dans les rangs d’une autre communauté chrétienne, celle de l’Eglise universaliste, laquelle fut fondée en 1779 à Glouscester dans le Massachusset par John Murray (1741-1815) puis se développa dans la région de Boston principalement sous l’impulsion de Hosea Ballou (1771-1852). Prolongeant l’anti-calvinisme des prêcheurs wesleyens tels que l’Irlandais James Relly (1720-1776) qui pensaient que le salut est ouvert à tous les hommes sans exception, quelque soit leur foi, puisque Jésus est précisément mort pour racheter les péchés de tous les hommes, les chrétiens universalistes ajoutent que Dieu est tellement bon qu’Il ne saurait condamner qui que ce soit aux rigueurs de la damnation éternelle. A la rigueur, un peu de purgatoire pour les plus grands criminels ! Bref, le droit au paradis pour tous. L’Italien anti-trinitaire Faust Socin (1539-1604) n’avait pas été aussi loin puisque, si l’enfer n’existait plus à ses yeux, il n’en demeurait pas moins que les âmes qui refusaient de se joindre à Dieu s’étiolaient dans le shéol biblique jusqu’à leur disparition progressive.

Evolution parallèle, si bien qu’en 1961 les deux ensembles religieux fusionnent pour donner naissance à une nouvelle religion qui ne se déclare plus spécifiquement chrétienne : l’unitarisme-universalisme. Cette histoire est interne et particulière aux Etats-Unis puisque l’Eglise universaliste s’y est développée principalement dans ce pays, hormis quelques missions tardives en Asie. Mais, dans de nombreux pays, les congrégations unitariennes ont adopté la même orientation théologique ; c’est le cas au Canada voisin, mais aussi en Europe (en Bohème dès les années 1920, en Allemagne et en Grande-Bretagne à partir des années 1950, etc.) où les congrégations se sont largement ouvertes à des théistes, des panthéistes, des agnostiques et à des athées en recherche spirituelle, etc.

Mieux, toujours hors Etats-Unis, des communautés adoptent officiellement la dénomination unitarienne-universaliste, il en est ainsi des nouvelles communautés au Canada qui s’ajoutent aux « First Congregations » (4) ; également en Espagne où c’est une « Sociedad unitariana universalista » (SUUE) qui bâtit en ce pays le mouvement unitarien. En France, une « Association unitarienne-universaliste de Paris – Ile-de-France » a vu le jour en 2003, mais elle n’a pas duré.
(4) En 2004, sur les 44 communautés constitutives du Canadian Unitarian Council (CUC), 12 d’entre elles avaient adoptées la dénomination unitarienne-universaliste (soit 27, 3%). Elles étaient de taille plus petites (65 adhérents par communauté, contre 140 pour les plus anciennes ayant gardé la dénomination « unitarienne »). Nous précisons que les unes et les autres partagent le même corpus religieux puisque tous les unitariens canadiens adhèrent à la nouvelle orientation.

Il est également significatif de voir l’évolution des deux termes accolés, « unitariens » et « universalistes ». En principe, ils sont au même niveau puisqu’il s’agit de deux dénominations confessionnelles. L’orthographe française rend cette égalité par un trait d’union entre les deux termes comme pour un nom composé. Mais curieusement, l’European Unitarian Universalists (EUU), qui, depuis 1982, regroupe les anglophones en séjour dans les capitales européennes, rompe cette équivalence en attribuant un « s » à « universaliste ». Ce faisant, « universaliste » devient un adjectif et non plus un terme confessionnel. On obtient des « unitariens qui sont universalistes ». C’est pour l’instant, le seul exemple que nous avons repéré dans la longue liste des associations, même sa composante en France, l’Unitarian Universalist Fellowship of Paris (UUFP),  n’a pas suivi l’exemple. Il faut dire que l’EUU militent pour qu’il n’y ait plus aucune trace de credo : « no creed » !

Autre glissement linguistique lui aussi significatif d’une tendance à privilégier le terme « universaliste » au détriment de celui d’unitarien jugé trop entaché de confessionnel, cette fois-ci sous la forme d’une inversion des termes, l’universalisme venant en premier. Au Québec, à la fin des années 1990, sous la houlette du pasteur Raymond Vickers Drennan ministre du culte de l’Eglise unitarienne de Montréal de 1995 à 2005, fut lancé, par une petite poignée de Francophones, le Mouvement universaliste et unitarien au Québec (MUUQ) *.

* ajout de l'auteur du 16 septembre 2011 - Au tout début, ce fut le Mouvement universaliste au Québec car le financement du site provenait d'un fond universaliste de l'Etat de New-York. Cette appellation a été finalement  "régularisée" depuis le début de 2009 et c'est désormais le Mouvement unitarien universaliste au Québec !

à suivre ...

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