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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 13:26

Août 2012, une semaine de stage chez Roger Parmentier, compte-rendu par Emile Mihière* paru en article à la Une du bulletin n° 119 de la Correspondance unitarienne de septembre 2012
* Roger Parmentier et Emile Mihière sont tous deux pasteurs de l’ERF et retraités. Le stage s’est déroulé au domicile de R. Parmentier, au hameau Raynaude, près du Maz d’Azil, en Ariège, du mercredi 1er au dimanche 5 août.

Entre dix et vingt participants selon les disponibilités, nous avons suivi l’argumentation passionnée de Roger Parmentier sur le « trésor » qu’il avait découvert et qu’il voulait nous faire découvrir à notre tour. Ce trésor, c’est le « message » de Jésus de Nazareth ou « Nazôréen », qui a été dénaturé hélas par les différents christianismes qui ont évacué le vrai message au profit d’une caricature de Jésus en « Messie » ou « Fils unique de Dieu », deuxième personne de la Trinité. On a fabriqué, à coup de citations de l’Ancien testament grâce aux premiers chrétiens et aux Hellénistes (Actes des apôtres chap. 6 à 8), un Jésus mythologique à la mort expiatoire, aux apparitions post résurrection, enfin un vrai dieu.

L’Histoire a toujours été écrite par les vainqueurs et c’est le cas du Nouveau testament qui a été écrit par de soi-disant disciples de Jésus mais qui, en fait, ne l’ont pas connu directement, dont Paul, et il reste encore beaucoup à faire pour retrouver le vrai Jésus.

Car Jésus a été génial, d’une audace inouïe (cela s’appelle la foi …). Il a une proposition fantastique : construire tout de suite un autre Monde qu’on appelait dans le langage de l’époque : le « règne » ou le « royaume » de Dieu. C’est le monde renversé ; la grande réalisation d’un nouveau monde heureux dans la langue d’aujourd’hui. Mais cette proposition de Jésus a été émiettée dans nos évangiles, dispersée et mélangée à des récits, miracles, digressions qui n’ont rien à voir avec elle.

Heureusement qu’il y a eu de bons auditeurs de Jésus et de bons disciples qui ont retenu, appris par cœur tout un tas de paroles et qui, après un travail de mémoire prodigieux, en ont constitué un recueil oral ou écrit infiniment précieux, sans doute incomplet et maladroit, mais sans lequel nous ne saurions rien du vrai Jésus, connu des exégètes comme « La Source ». Merci les frères ! Vous nous avez « re-suscité » Jésus (ce qui n’a rien à voir avec l’histoire de Pâques …). Et puis, il y a eu « selon Matthieu » et « selon Luc » qui, par bonheur, ont intégré cette source dans leurs évangiles à bien des égards mythologiques. C’est bien sûr contradictoire et inconséquent, mais l’intégration de « La Source » dans les évangiles a été bien plus miraculeux que tous les soi-disant miracles !

Mais tout reste à faire aujourd’hui. Nous avons été formatés dans le pseudo-évangile des Hellénistes pré-pauliniens et le credo des Eglises, et il nous faut tout recommencer. Nous devons maintenant prendre Jésus au sérieux, le « re-susciter » en inventant le monde de l’Amour paradoxal en action.

Il est évident que l’argumentation de Roger Parmentier a suscité bien des demandes de précisions et soulevé des débats.

Dieu_delocalise.jpg

 

Et Dieu là-dedans ? Jésus comme ses contemporains y croyait très fort et, à la place d’un Dieu vengeur a substitué un Dieu-Amour. Si Jésus vivait maintenant, voilà ce qu’il pourrait dire : Il y a des non-croyants qui sont plus futés que les soit disant croyants ; des non chrétiens plus intelligents que les soit disant « born again », des agnostiques et des athées plus consciencieusement responsables que bien des membres d’Eglise et de leurs conducteurs. Il fait appel à tous les gens de bonne volonté quelque soit leur appartenance religieuse ou non.

Le résultat : une joie que personne ne pourra leur enlever. Heureux les porteurs du message qui dérange, démasque, déstabilise, mais délivre aussi ; un message que certains reçoivent pourtant avec beaucoup d’animosité. Ils sont confirmés dans leur fonction de précurseurs et de prophètes. Heureux ceux qui construisent un monde sans exploitation et sans mépris : ils seront citoyens du Monde. Heureux ceux qui se préoccupent moins de savoir si Dieu existe ou n’existe pas que de faire sa volonté et de réaliser la survie heureuse de l’Humanité.

Nous rappelons le dernier livre de Roger Parmentier : L’invention du christianisme aux éditions L’Harmattan (Paris) ; de même plusieurs livres précédents qui l’ont inspiré, notamment A l’aube du christianisme par François Vouga aux éditions du Moulin, Un tout autre christianisme par Jean-Marc Babut aux éditions Desclée, et L’évangile inconnu par Frédéric Amsler aux éditions Labor et Fides.

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Published by Emile Mihière - dans CU 2012 - articles
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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 09:56

Ernest Renan, Biographie par Jean-Pierre van Deth, Arthème Fayard, 2012, 608 pages, compte-rendu de Maurice Causse.

L'hebdomadaire Réforme a déjà publié un compte-rendu de ce livre sous la plume du pasteur Leplay ; celui de Maurice Causse, dont nous publions ici l'intégralité, sera repris dans une version écourtée par la revue Evangile et Liberté dans l'un de ses procains numéros.


renan_biographie.jpgOn ne lit pas sans émotion cette importante biographie, qui est aussi une oeuvre de justice historique. Ernest Renan est, après Victor Hugo, le plus grand écrivain français du XIX° siècle, et il en est sans conteste le plus grand érudit. Elu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1856, âgé de 33 ans et jeune marié, avec les suffrages de savants collègues qui se posaient en adversaires idéologiques, il poursuit une carrière unique à laquelle il met pratiquement le point final, avec les tomes IV et V de l'Histoire du peuple d'Israël, à la veille de sa mort en octobre 1892. Il manque encore quelques corrections. Elles seront apportées par sa femme, Cornélie Scheffer, en avril 1893 pour le tome IV et décembre 1893 pour le tome V ; après quoi elle meurt en mai 1894. Le titre du dernier chapitre: Finito libro, sit laus et gloria Christo (1).


M.v.D. rend bien compte de cette double unité de Renan, intellectuelle et affective. Sa carrière est celle d'un grand théologien réformateur. Enfance religieuse précocement vouée au ministère sacerdotal, dons intellectuels et assiduité hors de pair, qui n'évitent pas les doutes sur la dogmatique et finalement la rupture. Renan fut livré à l'Enfer, et passe encore largement pour y rester. Une fidélité affective absolue, y compris à la foi religieuse de son enfance. Il eut trois femmes dans sa vie, sa mère, Manon Renan, sa soeur aînée Henriette, et Cornélie, brillante, jolie, musicienne, dévouée, dont il ne cessera jamais d'être amoureux.


Là se trouve peut-être son secret profond : ce n'est pas sans angoisse et sans larmes qu'Ernest se décide à écrire à sa mère ses doutes théologiques, et finalement son abandon de la vocation sacerdotale. Mais il fera baptiser son fils aîné catholique par affection pour elle.


Enfin c'est un écrivain engagé politiquement. M.v.D. rend ici bien compte du manque d'unité de Renan. Il a passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel politique, sauf l'infrarouge et l'ultraviolet. Suivant nos sympathies personnelles, nous y trouverons tous de quoi l'approuver ou non. Voire, pour lui trouver un esprit prophétique. Allons-y, avec la dernière page du dernier tome de l'Histoire du peuple d'Israël :
« Le judaïsme et le christianisme représentent dans l'Antiquité ce qu'est le socialisme dans les temps modernes. Le socialisme ne l'emportera pas définitivement ; la liberté, avec ses conséquences, restera la loi du monde ; mais la liberté de chacun s'achètera par de fortes concessions faites aux dépens de tous ; les questions sociales ne seront plus supprimées ; elles prendront de plus en plus le pas sur les questions politiques et nationales.
 Israël ne sera vaincu que si la force militaire s'empare encore une fois du monde, y fonde à nouveau le servage, le travail forcé, la féodalité. Cela n'est guère probable. Après des siècles de luttes entretenues par les rivalités nationales, l'Humanité s'organisera pacifiquement ; la somme de mal sera fort diminuée ; sauf de très rares exceptions, tout être sera content d'exister. Avec d'inévitables réserves, le programme juif sera accompli : sans ciel compensateur, la justice existera réellement sur la terre. »


Si nous voulons classer théologiquement cet inclassable avec nos catégories inadaptées, on peut donc le dire juif. L'essentiel est acquis par les prophètes au temps de la captivité de Babylone : Dieu peut être adoré de loin, Jérusalem porté dans le coeur, une vie conforme à la Loi vécue dans le pays où l'on se trouve, et sous cette forme Israël devenir un modèle pour les nations. Mais, comme il n'est pas donné d'être juif, et pas question de trahir la religion de sa mère, ses sympathies vont au protestantisme libéral d'où vient sa femme d'origine hollandaise. Notons en particulier le savant pasteur de Rotterdam Albert Réville, dont il admire le commentaire sur l'Evangile de saint Matthieu. Son immense bibliothèque contient l'édition 1820 des écrits de Samuel Vincent sur l'Etat du protestantisme en France, ainsi que ses rééditions. Il ne devient pas protestant pour autant, et l'on pourrait se tromper en le qualifiant de libéral, même pas de moderniste. Ses batailles décisives n'ont pas porté sur une quelconque liberté idéologique, mais sur la rigueur de l'exégèse. A cet égard, nous attirons spécialement l'attention du lecteur sur les pages 233 et 234, où ce problème fondamental apparaît à ses deux niveaux.


Le premier de ces niveaux est accessible à tout lecteur exigeant, même non érudit. Il concerne la traduction du livre de Job en 1858. Job 19, 25 : L'un des versets les plus célèbres de la Bible, à cause d'un contresens de la Vulgate latine : In novissimo die de terra resurrecturus sum (2). C'est en effet Dieu, et non Job, qui ressurgira. Luther a gardé le contresens : er wird mich hernach aus der Erde aufwecken. Notre lecteur exigeant vérifiera, sur les versions anciennes de la Bible à lui accessibles, celles qui ont gardé le contresens et celles qui l'ont corrigé. Il ne lui sera pas demandé de renoncer à l'une des grandes vérités de la foi chrétienne, telle que saint Paul l'explique dans 1 Corinthiens 15. Mais il pourra se convaincre qu'elle a pu lui être inculquée par des procédés dignes d'un gouvernement bien ordinaire. Le 11 avril 1859, la traduction de Job par Ernest Renan fut mise à l'Index. Cette condamnation en entraîna une autre, p. 234. « L'administrateur général de la Bibliothèque impériale et bon catholique profite de la polémique pour décider de le transférer du département des manuscrits orientaux à celui des imprimés ! Renan peut bien faire valoir qu'il ne manque pas de personnes capables de lire des imprimés en hébreu ou en arabe alors qu'il est pratiquement le seul à savoir traiter des originaux aussi précieux qu'anciens, rien n'y fait ! Monsieur l'administrateur général se dit trop occupé et met brutalement fin à l'entretien. C'est alors que Renan sait montrer qu'il n'est pas homme à refuser le combat. Puisque son supérieur ne daigne pas l'écouter, il lui écrit et, sans craindre de le placer devant ses propres contradictions. Il ose brandir la menace de sa démission. Le moment est bien mal choisi pourtant ! Cornélie est enceinte de six mois et, si modeste que soit sa rémunération, ce poste assure, pour l'heure, le seul revenu fixe du ménage... ».


La menace réussit. La situation matérielle de Renan est modeste, mais il est académicien. Nous sommes ici en pleine actualité. Lecteur exigeant et cultivé, tu as raison de remonter au texte grec ou hébreu pour vérifier le sens d'un verset. Mais il en faut davantage pour faire la critique du texte original lui-même. Ils ne sont pas nombreux, les lecteurs capables de préférer une variante indiquée dans l'apparatus critique, encore moins ceux qui ont eu la familiarité des manuscrits. Tu es obligé de leur faire confiance. Dans le cas des manuscrits arabes, Renan est en avance de 150 ans. Pas un seul des six manuscrits connus du Coran, antérieurs au IX° siècle n'en offre le texte complet, et les ambiguïtés de lecture y sont nombreuses. Du fait que sa langue maternelle était le breton, Renan eut une exceptionnelle facilité pour les langues, et il est l'un des maîtres fondateurs de la philologie, sémitique en particulier. A notre époque où l'islam est entré dans notre actualité sur tous les plans de la vie et de la pensée, le citoyen cultivé doit savoir que Renan reste une référence, non pas incontestable certes, mais nécessaire.

Il est enfin un sujet qui n'est pas abordé par M.v.D. Sur le témoignage de Paul Sabatier , nous pouvions croire que saint François d'Assise était un des centres d'intérêt de Renan. Nombre d'érudits font même de Sabatier le disciple que Renan aurait destiné à réaliser un projet qu'il n'aurait pas le temps lui-même de traiter. J'ai dit ce que je pense de cette thèse (3). Mais j'ai tout de même eu la surprise de voir que le thème d'Assise était à peine mentionné lors d'un retour de voyage en Italie (1850), et encore seulement par référence à l'héritage artistique de l'Ombrie. Quant à Paul Sabatier, nulle mention. Pour en avoir le coeur net, ayant un accès privilégié à la Bibliothèque de Paul Sabatier, je me suis plongé dans ce qui concerne Renan. L'intérêt pour saint François a existé. Mais il n'a pris corps qu'en 1864 avec le résumé par Charles Berthoud du François d'Assise de Karl Hase. La dévotion, cette fois, pouvait s'appuyer sur l'Histoire. C'est ce qui apparaît dans son compte-rendu du Journal des Débats (20-21 août 1866), repris dans les Nouvelles Etudes d'Histoire Religieuse en 1884, où il pose d'emblée ce qui va devenir la célèbre Question franciscaine : d'où viennent les tragiques tensions qui ont déchiré l'Ordre de saint François au cours de l'Histoire. Nous avons cherché trace de Paul Sabatier dans les écrits sur Renan de Jean Pommier, collègue de P. Sabatier à l'Université de Strasbourg : seuls rapports indiqués, ceux qui concernent la Didachè publiée par Paul Sabatier en 1885. Sondage non sans fruit malgré tout. On peut voir un parallélisme réel entre les deux carrières de Renan et Sabatier, une jeunesse pauvre, studieuse, douée, légitimant de hautes ambitions pour une vocation religieuse à caractère universel, soutenue par une femme de grand talent et de grand coeur. Quand Sabatier raconte leur premier contact à la sortie d'un cours d'hébreu, où Renan, célèbre, le raccompagne à sa petite chambre d'étudiant, il me paraît aujourd'hui évident qu'ils eurent l'un et l'autre conscience d'un tel parallélisme.
 
(1) Le livre est fini, louange et gloire soient à Christ.
(2) Au dernier jour, je ressurgirai de la terre.
(3) Sur le pasteur Paul Sabatier, refondateur des Etudes franciscaines, voir : Cahier Evangile et Liberté, n°122, 1993, p.4-8. Etudes théologiques et religieuses 1991, 3 fasc. p. 207-215; p.383-395; p.505-521.

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Published by La Besace des unitariens - dans sur le protestantisme libéral
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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 18:19

Article à la Une : Croyances : quelles croyances ? par Jean-Claude Barbier, mis en ligne le 20 juillet 2012 dans La Besace des unitariens sous le titre " De quelles croyances parlons nous ? " ( lien).

 

Information : A l’initiative de Marc Pernod, de nombreux textes d’André Gounelle sont déjà disponibles ; à lire les textes sur un site qui lui est dédié (lien).

 

Libres propos :

mis en ligne le 20 juillet 2012 dans La Besace des unitariens (lien).

- « Nicky Escobar » : Question de croyances au groupe Facebook « Protestantisme libéral », le 11 juin 2012.

- communiqué à la Correspondance unitarienne par Fari Parsi (Gradignan) : Baha'u'llah : Tablettes de Baha'u'llah, pensée du jour du 30 juin 2012, envoyé par le Service d'Écrits Bahà'is en Français (lien).

- Jean Borella présenté par Yves Lecornec, messages au groupe « Unitariens francophones » les 1er et 4 juillet 2012

- Roger Gau : en continuité avec  Jean-Jacques Rousseau « Pour un nouveau contrat social », message au forum Yahoo « Unitariens francophones » le 13 juillet 2012

 

Message d'envoi, par Jean-Claude Barbier le vendredi 20 juillet 2012

Les unitariens mettant en avant la liberté individuelle de penser, il est bien normal que cela aboutisse à une floraison de croyances. L’avantage, c’est qu’elle sont sincères, spontanées, sans soucis du qu’en dira-t-on et des questions tabous. Il s’ensuit que l’unitarisme contemporain est en quelque sorte devenue quelque peu expert dans la gestion de la diversité, voire de propositions contradictoires. Finalement, notre mouvance ne s’en sort pas trop mal: elle gère d’un bulletin mensuel qui est tout sauf la voix de son maître ; où chaque mois apporte de l’inédit et de nouveaux auteurs ; elle gère aussi un forum, " Unitariens francophones " (sur Yahoo depuis avril 2005 et sur Facebook depuis février 2012), avec succès et convivialité, là où d’autres mouvances s’abstiennent ou échouent.

Cela nous renforce dans la modeste idée que nous sommes indispensables (mais non point incontournables car nous n’avons pas la prétention de détenir seuls la Vérité !). Smile !

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Published by la Correspondance unitarienne - dans CU les sommaires
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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 18:06

Question de croyances par « Nicky Escobar »
au groupe Facebook « Protestantisme libéral », le 11 juin 2012

Je suis très heureux d'avoir pu intégrer ce groupe pour partager avec vous ma recherche de la vérité et mes tergiversations spirituelles.
Voilà plusieurs années que j'étudie avec intérêt le parcours de Jésus, sa vie, son message, qui m'apparaissent ô combien plus décisifs que le fait qu'il soit mort sur la croix ou qu'il soit apparu ressuscité devant ses apôtres. J'ai continuellement remis en question cette affirmation commune à toutes les Eglises chrétiennes et j'en suis arrivé à une conclusion extrême, que ne renierai aucun déiste ou agnostique convaincu : résurrection de Jésus ou non, vie après la mort ou non... le message de paix et d'amour véhiculé par notre seigneur mérite d'être véhiculé et transmis car c'est un message de foi en l'Humanité.
Je ne suis donc ni convaincu de la résurrection du Christ, ni d'un royaume des cieux (et donc d'une vie après la mort physique), mais je continue à penser qu'une "force" cosmique, un grand horloger de l'univers (je rejoins ici la pensée déiste et agnostique ; j'aime la pensée de Spinoza par exemple, j'ai aussi lu Nietzsche) est à l'origine du premier éclair de création. Même si à mon sens, au regard des injustices et des souffrances que la nature elle même inflige parfois au monde, je ne puis me représenter un Dieu bon par nature qui interfère dans les affaires du monde pas plus qu'un diable qui serait seul à l'origine du mal ; l'enfer et le diable étant pour moi des concepts largement développés par l'Eglise catholique après l'écriture des évangiles afin d'asservir le fidèle, et non pas par le Christ de son vivant.
Je doute qu'un jour la science puisse prouver par des lois physiques l'inexistence de Dieu au sein d'un univers infini et en expansion, mais je garde des réserves et j'observe l'évolution scientifique avec intérêt.
Dans ce contexte, puis-je encore me dire "protestant libéral " alors que la notion même de résurrection m’apparaît plus comme une parabole servant de catalyseur du message christique et de l'espoir de l'humanité en un monde meilleur ?
Est-il possible alors même que je ne suis pas convaincu qu'il y ait une "vie après la mort" (même si la nature même de l'homme, dans sa complexité, l'expérience transcendantale que je crois possible, l'existence des flux d'énergie et les prouesses quasi miraculeuses que sont capables de réaliser certaines personnes me donnent de l'espoir) de me reconnaître protestant libéral ? Où s'éteignent les limites du "libéralisme" spirituel dans le protestantisme ?

Baha'u'llah : Tablettes de Baha'u'llah
pensée du jour du 30 juin 2012, envoyé par le Service d'écrits bahà'is en français (lien) et communiqué à la Correspondance unitarienne par Fari Parsi (Gradignan).

Un vrai philosophe ne renierait jamais Dieu ou ses preuves, il reconnaîtrait plutôt sa gloire et sa puissante majesté qui dominent toutes les choses créées. En vérité, Nous aimons ces savants qui ont amené à la lumière ces choses qui font progresser les meilleurs intérêts de l'Humanité, et Nous les avons aidés par la puissance de Notre commandement, car Nous sommes bien à même de réaliser Notre dessein.
Prenez garde, ô mes aimés, de ne point dédaigner les mérites de mes serviteurs savants que Dieu a choisis dans sa grâce pour être les interprètes, parmi la race humaine, de son nom, "le Façonneur". Efforcez-vous de développer des métiers et des entreprises dont chacun, jeune ou vieux, puisse tirer profit.


Jean Borella présenté par Yves Lecornec
au sein du groupe « Unitariens francophones », les 1er et 4 juillet 2012

Voici un texte d’un penseur chrétien très traditionaliste (mais inclassable, personnellement je le lis avec intérêt) - sur l’unité des religions - à méditer...

« La présence d’un élément central proprement divin dans les religions non chrétiennes découle pour moi de trois considérations conjointes. La première est relative à la bonté divine dont je ne conçois pas qu’elle ait pu laisser des millions, sans doute des milliards d’hommes non seulement dans l’ignorance de la vraie religion, mais encore dans l’illusion absolument indécelable d’une fausse religion : si l’on songe à ce qu’est réellement une seule journée de la vie d’un pieux hindou, d’un pieux bouddhiste, d’un pieux musulman, une si longue et si totale illusion paraîtra pour ce qu’elle est, une monstruosité. Cet argument n’est pas sentimental, il est sémantique : le comportement religieux des hommes durant des millénaires ne peut pas être dépourvu en réalité du sens que les hommes lui attribuent en toute bonne foi. La deuxième raison est relative à l’existence des saints et des sages qu’on rencontre partout sur la terre, et qui, non seulement s’offrent à nous comme des modèles transparents du divin dans l’homme, mais encore parlent expressément de la conscience qu’ils ont de la présence de Dieu en eux. La troisième est relative à l’esthétique des religions : chaque religion, considérée dans ses formes principales (artistiques, rituelles, théologiques, spirituelles), se présente à nous avec un style qui lui est propre, dont les formes participent, et qui est, humainement, ininventable : tout, dans l’islam, ressemble à l’islam ; mais l’islam lui-même ne ressemble à rien, du moins dans sa forme essentielle. Aucune création humaine n’est en mesure de modeler aussi durablement des humanités entières, selon des types aussi homogènes et aussi stables, pourtant pliables à toute diversité, et qui, en retour, offrent aux sentiments et aux pensées de plus hautes possibilités d’expression. Malgré leurs efforts en ce sens, ni la révolution française, ni la prétendue civilisation industrielle, ni les totalitarismes hitlérien, stalinien ou maoïste n’y parvinrent. Reconnaissons donc ces formes religieuses pour ce qu’elles sont, quoique sans doute à des degrés divers – et sans nier les trahisons éventuelles – des floraisons du Saint-Esprit. »

Jean Borella, que certains connaissent peut-être, n’est pas le premier venu dans le monde de la pensée philosophique et religieuse. Ses ouvrages sont certes assez difficiles d’accès (ce n’est pas le cas de l’extrait cité) car, philosophe de profession, il utilise un langage parfois très technique. Ancien professeur d’université à Nancy, il est l’auteur de nombreux ouvrages de philosophie et de théologie, et a particulièrement creusé les problèmes du symbolisme religieux et de la mystique. C’est une référence - parfois contestée - dans ces domaines mais qui ne laisse en tout cas jamais indifférent.

C’est effectivement par ailleurs un penseur catholique traditionnel, très critique envers Vatican II, et qui a suivi en son temps avec sympathie l’action de Mgr Lefebvre. Et pourtant, Jean Borella n’est pas en odeur de sainteté côté intégriste. Il y est dénoncé comme le suppôt d’une pensée hérétique. Philosophe platonicien, il a été par ailleurs « formé » à l’école de Guénon et de Schuon, auteurs honnis par les tenants de l’orthodoxie. Mais il a su assez rapidement prendre ses distances pour préserver l’essence du christianisme (qui affirme la distinction dans l’Unité avec le Divin) face aux positions doctrinales d’un courant s’inspirant de la pensée idéaliste orientale (notamment de la métaphysique hindoue de Shankara) qui ne rejoint l’absolu que dans l’anéantissement du moi personnel. Il n’en est pas moins considéré comme « gnostique » par les milieux traditionnels.

Personnellement, j’ai beaucoup d’estime pour l’aspect métaphysique et j’oserai même dire “mystique” de son œuvre même si je ne partage nullement (c’est un euphémisme) son attachement viscéral au paradigme médiéval de la chrétienté et aux dogmes de l’orthodoxie qu’il considère comme l’horizon indépassable du christianisme.

Jean-Claude Barbier, le 10 juillet 2012 : Merci Yves pour cette présentation d'un auteur "maudit" pour certains. Notre liberté de penser fait que nous sommes libres de traiter de sujets qui, dans d'autres milieux, sont tabous. J'imagine en effet que la sympathie de Jean Borella pour une chrétienté traditionaliste lui vaut d'être carrément rayé d'emblée et à priori par de nombreux lecteurs. Or, il nous faut résister à cette tentation et lire d'abord les textes incriminés afin de s'en faire une idée par soi-même. Déjà dans l'Antiquité, par exemple chez les Juifs et chez les Romains, l'idée avait fait son chemin que l'on ne devait pas condamner une personne avant que de l'avoir entendue.

Or, de nos jours, nous sommes devenus incisifs; hâtifs, sachant condamner les autres définitivement, écartant d'un revers de main ceux qui ne sont pas de son bord, réagissant au moindre propos sorti de son contexte, pire que des inquisiteurs ! Les solidarités idéologiques nous transforment en hordes de loups hurlant. Il nous faut revenir au personnalisme d'un Emmanuel Mounier, être à l'écoute des autres, respecter leur expression, avoir la patience de lire jusqu'au bout, et ensuite débattre en toute honnêteté sans caricaturer la position adverse.

C'est Jésus qui nous rappelait, après le grand rabbin Hillel, que nous devons aimer nos ennemis. Certes l'expression est très forte, mais du moins sachons les respecter. La tolérance n'est-elle pas à ce prix ?

Jean-Jacques Rousseau : « Pour un nouveau contrat social » par Roger Gau
au forum Yahoo « Unitariens francophones » le 13 juillet 2012

Juste pour vous signaler un essai que je viens de publier : Pour un nouveau contrat social, que vous pouvez lire et (ou) télécharger gratuitement sur Calameo.com (lien). Jean-Jacques Rousseau connaissait-il les unitariens, était-il unitarien ? Je ne sais pas, mais ce qui est sûr c'est que moi-même en tant qu'unitarien je le sens très proche de moi.

Bruno Cadez : Moi qui suis un grand admirateur de J.-J Rousseau, je vais lire cela. J'en profite pour vous signaler le numéro de cette semaine (du lundi 9 juillet) de l'hebdomadaire "La Vie" un très bon dossier sur J.-J Rousseau. C'est plus sur sa dimension romantique que politique, mais sa spiritualité est évoquée.

Roger Gau : C’est la première fois que j’aborde la politique dans mes écrits. Pourquoi ? Ces lignes de Jean-Jacques Rousseau répondent bien à la question : « On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la politique. Je réponds que non, et que c'est pour cela que j'écris sur la politique. Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu'il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais. »

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Published by La Correspondance unitarienne - dans CU 2012 - articles
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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 17:49

Croyances : quelles croyances ? par Jean-Claude Barbier, article à la Une de la Correspondance unitarienne n° 118, août 2012

Qu’est-ce que nos croyances ? Ne constituent-elles pas une nébuleuse de constats résultant de notre expérience subjective, d’idées héritées ou encore déduites de nos raisonnements, d’opinions qui relèvent de notre libre arbitre, de nos choix. Elles peuvent venir de nous-mêmes, ou être empruntées à d’autres à qui ont fait confiance, ou encore être transmises de génération en génération. On les tient pour véritables sans qu’elles soient passées pour autant au crible de la critique scientifique. On les défend au nom de la liberté de penser, de telle ou telle tradition, de l’aura d’une personnalité réputée, voire gourou, qui, pour nous, fait autorité. Elles peuvent comporter un doute ou être un souhait (je crois que mon équipe de football va gagner) ou bien se muer en certitudes inoxydables. Elles peuvent être partagées par son milieu de vie ou au contraire être rejetées, isolant de ce fait le croyant concerné. A l’aune de la raison et de la science, certaines croyances passent pour anachroniques, d’un autre temps, pour des erreurs de compréhension et d’interprétation, ou encore pour des naïvetés ou de la dépendance par rapport à une autorité ou à un milieu social.

schadocks_maladie_du_cerveau.jpgOn dit croire lorsque ce que l’on pense va au-delà des connaissances expérimentales acquises par les sciences. On ne dit pas (ou plus) que l’on croit en l’existence de l’électricité, de l’oxygène, etc., mais on dira que l’on croit aux miracles, en l’existence de Dieu, que Jésus est Fils de Dieu, etc. , c’est à dire chaque fois que l’on doit aller au-delà de ce qui est prouvé. Dès lors, faut-il croire sans preuve ? sauter en parachute en fermant les yeux sur simple injonction d’un pilote ? prier pour croire enfin ?
Sans base objective, les croyances peuvent s’avérées fragiles. Ne risquent-elles pas d’être sujettes à bourrage de crâne, manipulations mentales, délires personnels ou collectifs, communautarismes des plus sectaires ?

Faut-il encore croire aujourd’hui ?

La démarche scientifique nous offre une alternative. Par l’observation méticuleuse et objective, par l’expérimentation, par l’accumulation des faits inventoriés sur l’ensemble de notre univers connu, nous arrivons à des connaissances fiables à partir desquelles nous pouvons progresser en observant les phénomènes nouveaux et en faisant des hypothèses pour en rendre compte. Ces hypothèses ne sont pas des projections idéologiques ni des souhaits de notre part mais des propositions d’explication qui sont émises afin d’être vérifiées par des enquêtes, des expérimentations, selon des méthodologies les plus rigoureuses possibles. Il suffit qu’elles s’avèrent non valables vis-à-vis de tel ou tel fait particulier, pour qu’on doive les rectifier, les élargir, les remanier, sinon les abandonner et repartir sur d’autres bases.

A cette rigueur, maintes prétentions religieuses tombent rapidement : les miracles qui défient les lois naturelles (le soleil qui s’arrête dans sa course, l’eau transformé en vin, la marche sur l’eau, les naissances miraculeuses, les résurrections, etc.), l’explication des catastrophes naturelles et des épidémies par l’action providentielle d’un dieu qui punirait son peuple ou qui exterminerait les ennemis de son peuple, les Révélations ou autres messages divins que recevraient des médiums, des visionnaires, des prophètes, etc. Qu’est-ce qu’il reste en fin de compte ? Est-ce la fin des croyances ?


Manifestement, il en résulte un tri dans nos croyances, une autre façon de traiter les faits historiques (d’où l’intérêt actuel pour la vie historique de Siddhārtha Gautama, dit l’Eveillé - le Bouddha -, de Jésus, dit le Christ, de Muhammad, dit le Prophète, etc. ), un nouveau positionnement de Dieu à l’origine de l’univers, au niveau du big-bang … ou avant ; en tout cas une façon plus prudente d’avancer des explications, une adhésion moins passionnelle aux idées, plus d’interrogations et un élargissement plus universel par confrontation à d’autres analyses et interprétations.

Les scientifiques s’arrêteront aux hypothèses plausibles que l’on peut formuler sur la base des connaissances acquises et des informations à notre disposition. Mais une personne pourra fort bien aller au-delà en s’appuyant sur son vécu subjectif, sur ce qu’il a découvert de lui-même comme important, ce qui fait sens pour lui, sur son intuition aussi. Il en résultera des convictions intimes, une foi en telle ou telle chose, et pourquoi pas l’adhésion à une tradition porteuse d’une philosophie allant dans le même sens. Ceci dans la prolongation des connaissances modernes et non pas comme un retour à l’irrationnel, ou une plongée exotique dans l’ésotérisme, ou encore une marche arrière dans l’obscurantisme le plus éculé, ni un refuge par déni des réalités.

A ce prix, la croyance personnelle, devenue convictionnelle, peut être moderne, positive pour soutenir ses engagements, dynamique pour rester ferme dans les tourbillons de la vie. Elle est un choix de vie, un cap pour avancer parmi les récifs, un regard porté sur l’horizon. Elle peut s’inscrire dans un contexte de tolérance réciproque et se partager en toute convivialité …. en n’engageant bien entendu que les personnes qui y croient, sans s’imposer par la propagande apologétique et sans intégrisme.

 

Cet article a été traduit en italien le 17 août 2012, par Giacomo Tessaro sur le site de la Communione Unitariana Italiana (CUI) (lien).

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 12:32

Article à la Une - Roger Parmentier : un prophète qui comme Jésus reste bienveillant envers ses ennemis ; un témoignage d'Emile Mihière, mis en ligne dans La Besace des unitariens du 27 juin 2012 (lien), reproduit par le pasteur Gilles Castelnau sur son site Protestants dans la ville le 29 juin 2012 (lien).

dans la rubrique "Arrière propos", en écho à l'article sur l'anarchisme chrétien paru dans la Correspondance unitarienne n° 116 (juin 2012) un débat qui a eut lieu du 7 au 10 avril 2012 au sein du forum "Unitariens francophones" (sur Yahoo), mis en ligne dans La Besace des unitariens le 27 juin 2012 (lien)

Message d'envoi, le 27 juin 2012, par Jean-Claude Barbier :

Notre bulletin s’ouvre sur un bel et amical hommage rendu à Roger Parmentier par Emile Mihière, lui aussi pasteur protestant de l’ERF. Qu’on se le dise, les unitariens sont pour la plupart hommes et femmes de caractère, conscients de leur liberté de penser, dégagées des modes de penser communautaristes, aimant discuter, mieux comprendre. De là notre intérêt aux mouvements libertaires dans la mesure où ils ne tombent pas dans la violence et restent une démarche humaniste. Alors, si vous aimez discuter, échanger, dialoguer en toute liberté et convivialité, à partir de votre propre culture et foi, et de vos convictions personnelles, venez nous rejoindre ! Vous y serez bien accueillis.

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 11:53

En écho à l’article sur l’anarchisme chrétien paru dans la Correspondance unitarienne n° 116, ce débat qui eut lieu du 7 au 10 avril 2012 au sein du forum « Unitariens francophones » (sur Yahoo) (lien).


Marike - L'anarchisme (sans gouvernement ni autorité) est pour moi un mot entièrement négatif : déconstruction de tout sans reconstruction. Dans ce cas je ne peux y mettre aucun chercheur qui découvre pour "avancer" dans le domaine de la connaissance... ni aucun élément positif en quoi que ce soit.
Laurens Trobat - L'anarchie c'est l'ordre moins le pouvoir. Il faut aller au-delà des caricatures (même si certains anarchistes, hélas, s'y complaisent). Dans les années 20 il y a eu en Ukraine des expériences de gestion libertaire des biens publics et de l'appareil productif. Pendant la guerre d'Espagne, il y eut, en Catalogne et en Aragon, des expériences communalistes agraires. A la même période, les services publics de la ville de Barcelone étaient autogérés selon un mode anarcho-syndicaliste. J'ajoute qu'au départ les mutuelles étaient une idée anarchiste... Tout cela pour dire que l'anarchisme ce n'est pas la bordelocratie, l'anomie ou le nihilisme. Ce n'est pas non plus un truc fumeux de doux rêveurs ou d'excités.
Yves Lecornec - Bonjour Marike, L’anarchie ce n’est nullement le désordre ou le nihilisme, mais un Ordre immanent à la société. Les anarchistes (voir Proudhon) rejettent l’autorité et la subordination pour promouvoir l’égalité et la coordination. A l’autorité doit donc se substituer la notion de contrat et de société égalitaire contractuelle ou mutualiste. Utopie sans aucun doute, mais utopie directrice qui alimente par exemple les courants fédéralistes et autogestionnaires. Dans le domaine religieux c’est aussi l’esprit du congrégationalisme contre les structures centralisées et hiérarchiques. Fédéralisme politique, fédéralisme économique, autonomie mais responsabilité partout, personnellement je me sens assez à l’aise dans ce courant...  Ne confondons pas anarchie et “bande à Bonnot”... Amicalement
Jean Pierre Babin - Les remarques d’Yves nous éclairent et évitent des confusions ou de fâcheux contresens. Il en est de même pour les épicuriens qui n’ont rien à voir avec des gourmets ou des gourmands. De même pour les stoïciens dont la doctrine dépasse de loin une résistance à la douleur ou aux souffrances. Pour tous ces sujets (anarchisme compris) n’hésitez pas à faire la dépense des « que sais-je ? » qui nous apportent l’essentiel sur un sujet.
Laurens Trobat - Lire "Anarchie et christianisme" de Jacques Ellul (éditions de la Table Ronde). Un très bon livre. Sinon, pour ce qui est des expériences anarchistes concrètes (comme le disait Théodore Monod ce qui est intéressant dans l'utopie c'est ce qui peut être mis en œuvre, pas la pure spéculation intellectuelle), lire "L'Espagne libertaire (1936-1939)" de Gaston Leval, qui en plus du travail d'historien qu'il a effectué a vécu ça directement.
Samantha Fink - Il existe un recueil "Anarchistes et juifs, histoire d'une rencontre" qui est résumé ici (lien) et dont on peut lire un extrait ici (lien) (cliquer sur "bonnes pages"). Pour Jacques Ellul et l'anarchisme chrétien j'ai trouvé cela (lien).
emmanuel_mounier_anarchisme_et_personnalisme.jpgYves Lecornec - Lire aussi “Anarchie et personnalisme” d’Emmanuel Mounier.
Jean-Claude Barbier – Merci aux uns et aux autres pour toutes ces références. Je comprends le soucis de Marike car je sais combien les institutions sont importantes. Et puis, c’est vrai que nos amis anarchistes sont souvent égocentriques et aiment jouer aux éléphants dans un parterre de porcelaine sans aucun soucis de diplomatie ! Ceci dit, s’ils dérangent et provoquent des clash parfois inopportuns, leur rôle est indispensable à toute mouvance qui veut aller de l’avant et ne pas ronronner sur un passé fut-il prestigieux. En quelque sorte, ils ont un rôle fonctionnel, même s’il ne faut pas forcément leur confier des tâches de gestion et de direction qu'ils ne revendiquent d'ailleurs pas.
Dans l’héritage du prophétisme judéo-chrétien, et alors que nombre d’Eglises l’ont mis sous le boisseau, l’unitarisme français s’honore de maintenir en son sein cette présence vivifiante avec les unitariens belges Pierre Bailleux, (qui nous manque beaucoup depuis sa mort en janvier 2008) et Jacques Cecius, et puis en accueillant des voix protestantes comme celles d’Emile Mihière et Roger Parmentier. C’est dans cet esprit que nous avions publié en juin 2010, un Cahiers Michel Servet (n° 13) sur « Les inspirés pas toujours compris » (lien). Anarchistes et prophètes auront toujours porte ouverte chez nous et c’est la raison d’être de la rubrique de nos Actualités unitariennes intitulé « A contre courant, la page des prophètes » (lien)
Laurens Trobat - Là encore on est dans le procès d'intention et l'étalage de lieux communs....
Par exemple, quand tu écris "nos amis anarchistes sont souvent égocentriques et aiment jouer aux éléphants dans un parterre de porcelaine sans aucun soucis de diplomatie !", quels ont été les contacts avec les anarchistes (autrement que sur du papier ou devant des reportages) qui te permettent d'affirmer ceci? As-tu côtoyé suffisamment d'anarchistes pour pouvoir affirmer cela ? Il y a chez les anarchistes la même proportion d'individus immatures que dans les autres mouvances politiques, ni plus ni moins...
De même l'idée reçue selon laquelle "il ne faut pas forcément leur confier des tâches de gestion et de direction qu'ils ne revendiquent d'ailleurs pas " est fausse. Les anarchistes ont un réel désir de transformer le monde et donc d'assumer les responsabilités de gérer ce changement, même si cela passe par des formes d'organisation qui sont atypiques au regard des schèmes politiques traditionnels. Lors de la guerre d'Espagne, les bataillons formés d'anarchistes (dont la célèbre colonne Durrutti) n'ont pas démérité d'après les historiens. De même, il y a eu, comme je le rappelai précédemment, des expériences concrètes de gestion libertaire (notamment les services municipaux de la ville de Barcelone). J'ai eu la chance, dans ma jeunesse, d'entendre le témoignage de vétérans des communes libertaires d'Aragon (1936-1939) qui avaient gardé un souvenir ému de leur expérience.
Plus récemment l'école libertaire Bonaveture (sur l'île d'Oléron) a fonctionné efficacement durant des années à la fin des années 90 en réussissant à dispenser une scolarité gratuite. Et a dû sa fermeture à des tracasseries administratives venant des Pouvoirs publics et non à un dysfonctionnement interne...
Après, il faut dire qu'historiquement les anarchistes ont joué de malchance. Que ce soit Nestor Makhno qui, en Ukraine, après avoir vaincu les armées tsaristes a été écrasé par l'Armée rouge, ou les anarchistes espagnols qui ont été pris entre le marteau franquiste et l'enclume stalinienne. Il est vrai que dans une situation de conflit les exigences de démocratie de l'anarchisme font difficilement le poids face à la force brute du fascisme ou du bolchevisme. Cela n'enlève rien au mérite de l'anarchisme ni à ses tentatives de réalisation. Michel Ragon a écrit un roman retraçant l'histoire de l'anarchisme au XXème siècle qu'il a intitulé "La mémoire des vaincus". J'aime beaucoup cette expression.
Jean-Claude Barbier - Cher Laurens. Loin de moi de traiter d'immatures les amis anarchistes que j'ai pu fréquenter. Je ne l'ai pas écrit, je ne l'écrirai jamais, et je ne le pense absolument pas.
Marike - Merci beaucoup à Yves et à vous tous qui avez éclairé le sujet. Une fois de plus tout n'est-il pas dans les définitions de mots ou dans les travaux qui soutiennent ces mots, en orientent les définitions dans un sens ou dans un autre ? Finalement les mots ont-ils encore un sens ? Enfin les mots évoluent ; ex le mot gentil dans gentilhomme et le mot gentil maintenant... Et la définition du mot libertaire ? Je m'y perds !
Samantha Fink - Eh oui les mots n'ont pas le même sens, non seulement selon les époques comme l'a si pédagogiquement expliqué Laurens à propos de la Cène, mais selon les personnes qui les emploient. Ainsi, si je dis "anarchie" ou "libertaire", je dis quelque chose de positif, même si je ne m'y connais pas trop, car on m'a appris que c'était une belle idée. Finalement c'est une sorte de préjugé du coup. Mais je ne comprends vraiment pas pourquoi l'absence de hiérarchie serait a priori négative? Ce qui me paraît un préjugé encore plus répandu.
Laurens Trobat - Moi ce qui m'a beaucoup aidé c'est d'abord de lire les œuvres des "grands noms" de l'anarchisme (Proudhon, Bakounine, Kropotkine, etc.). Puis ensuite les rencontres que j'ai pu faire. Parce que si tu t'en tiens à ce que tu peux lire ça et là sur l'anarchisme, tu ne vas pas aller plus loin que des idées reçues. Quelqu'un a dit un jour que plus qu'aucune autre mouvance politique, l'anarchisme collectionne les images négatives et stéréotypées. Sur le site de Radio-Libertaire tu dois trouver en podcast des enregistrements de l'émission "L'idée anarchiste" que j'ai écouté quelquefois et qui est rudement intéressante.
Samantha Fink - Proudhon je crois que j'aurais du mal (pour moi il détient la palme de la misogynie). L'émission "L'idée anarchiste", je ne connaissais pas, merci !) J'ai fouillé ma mémoire et celui que j'avais lu, c'était Malatesta, en plus il est sur le net pour ceux que ça intéresse -- j'ai un peu oublié mais j'en garde un bon souvenir, agréable à lire et le relirai avec plaisir (lien).
Laurens Trobat - Dans Proudhon, il y a de tout, du sublime ("Qu'est-ce que la propriété?") au pire (la mysoginie, l'antisémitisme, l'anti-protestantisme, etc.). Il faut trier le bon grain de l'ivraie. Je persiste à dire que " Qu'est-ce que la propriété ? " est un texte politique majeur. Fondateur de l'anarchisme mutuelliste. Après il s'est parfois fourvoyé et même contredit. Malatesta c'est pas mal non plus.
Marike - Finalement, les mots anarchie, libertaire... ce qui importe pour moi c'est la fidélité aux évangiles, le fil à plomb de la pensée. Si on quitte l'essence des Evangiles pour ces mots-là... alors...
Laurens Trobat - L'anarchisme chrétien ça existe aussi. En plus la plupart des gens que j'ai connus dans le milieu anarchiste sont plutôt tolérants envers les croyances religieuses. Il ne faut pas forcément chercher à tout opposer... La chimie des idées comme disait Nietzsche...


Venez nous rejoindre (sur Yahoo ou sur Facebook) au sein de ce groupe d’information et de discussion « Unitariens francophones »

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 11:22

article à la Une de la Correspondance unitarienne n° 117, juillet 2012


« Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté » (Guy Béart)


Quand on écoute, quand on lit, quand on fréquente Roger Parmentier, on est obligé de réfléchir, de se poser des questions, voire de se remettre en question ; on l’aime ou on ne l’aime pas, mais il ne peut nous rester indifférent.


Je l’ai connu dans la région parisienne où nous oeuvrions tous les deux comme pasteur. Je savais qu’il avait soutenu les Juifs sous l’occupation allemande, et de même que, pendant son séjour en Algérie, il avait appris à respecter et aimer les musulmans. Au-delà des religions établies, des Eglises et des mouvements, il y a des hommes et des femmes qui veulent vivre un idéal de tolérance, de pacifisme, de justice et de fraternité. Tel est R. Parmentier.


Certains collègues se méfiaient de lui – et c’est encore vrai aujourd’hui - ; il « dérangeait » et, pour eux, mettait en danger « l’Institution ». Pourquoi ? C’est que R. Parmentier n’a jamais « digéré » le Symbole des apôtres » : « Je ne peux plus croire que Jésus soit le Kurios Christos, qu’il soit né d’une vierge, qu’il ait été livré par son « Père » à une mort horrible, qu’il soit descendu aux enfers, ni qu’il soit ressuscité ou qu’il règne à la droite de Dieu en tant que deuxième personne de la Trinité ». Telles sont les paroles mêmes de notre contestataire et l’on comprend que beaucoup de protestants – sans parler des catholiques et orthodoxes – qui sont encore attachés à tous ces dogmes n’admettent pas ses opinions.


parmentier_ivention_du_christianisme.jpgComme il n’existe pas chez les protestants réformés d’interdits ou d’excommunication, le suspect ou l’hérétique considéré comme tel est « mis au piquet », c’est-à-dire qu’on ne l’invite plus prêcher et qu’on ne parle surtout pas de ses ouvrages. Il faut dire que R. Parmentier est l’auteur d’une trentaine de livres dont le dernier – en quelque sorte son chant du cygne – est intitulé « L’Invention du christianisme », avec comme sous-titre « qui aurait horrifié et scandalisé Jésus ».


Face à un tel homme qui parle aussi clairement que franchement, sans l’ombre d’un compromis, certains contradicteurs (je n’ose pas dire ses ennemis) peuvent se braquer – mais, lui, il est toujours resté vis-à-vis d’eux dans la bienveillance, dans la compréhension, j’allais dire dans l’amour si l’on peut employer ce terme de pasteur qui veut rester à l’écoute des contradicteurs. Il les a toujours respectés, et si parfois il les a appelés « Frères », ce n’est pas du chiqué. Il les a aimés tels qu’ils étaient, même lorsqu’ils lui ont manifesté une attitude hostile, malveillante, voire vindicative. Il accepte, mieux il recherche la discussion, tient compte des arguments ou des sensibilités différentes tout en défendant vigoureusement son point de vue. Il a été « Fait Play », mais il a demandé à juste titre qu’on soit de même avec lui.


Pour lui, Jésus, le prophète par excellence, s’est battu courageusement sur tous les fronts des possessions diaboliques, des misères, des détresses pour voler au secours des plus pauvres, des plus démunis et de quiconque l’appelait à l’aide. Il s’est heurté aux faux prophètes, au clergé hypocrite et rapace ; à l’idolâtrie de l’argent et du Pouvoir : il a été l’inspirateur d’un monde renversé où règnera la justice et la fraternité. Son témoignage, il l’a signé de son sang et comme l’écrivait Pascal : « Je crois volontiers les témoins qui se font égorger … ».


Dans ton Mas d’Azil, Roger, tu m’as fait songer aux vieux sages hindous dans leur retraite ou aux prophètes d’Israël dans le style d’Amos qui savent crier à temps et contre temps face aux puissants de l’époque, à leur risque et péril. Avec toi, je dis « Vive le christianisme de Jésus ». Je te salue et te redis mon amitié.


Pour en savoir plus sur R. Parmentier, consulter son site « Guetteurs rebelles, proclamateurs d’une proposition grandiose, actualisateurs de l’Evangile » (lien). Vous y trouverez sa biographie « Pour commencer » (sur la page d’accueil), et bien sûr ses nombreuses publications. Ses livres, pour la plupart, ont été présentés dans nos Actualités unitariennes (mettre son nom dans le moteur de recherche qu'il y a dans la colonne latérale) (lien).

 

Cet article a été reproduit par le pasteur Gilles Castelnau sur son site Protestants dans la ville en date du 29 juin 2012 (lien).

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 05:32

Un dossier sur la Droite religieuse (les articles donnent des informations sur les Etats-Unis, le Canada et en France), lien


Avant Propos par Maurice Cabana-Proulx
Vivre sous le fascisme un sermon du pasteur Davidson Loehr
Armageddon Factor dépiste la droite religieuse par Dennis Gruending
La résistible ascension du Front national par Fabrice Descamps
Le gouvernement «Harper» : théocratie et fascisme en complet-cravate par Maurice Cabana-Proulx
La laïcité française entre ombres et lumière par Fabrice Descamps
Bibliographie annotée par Maurice Cabana-Proulx

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 17:52

suite de l'article publiée le 31 janvier 2012 dans notre rubrique "Sur le protestantisme libéral" ( lien).


En tant que théologien et historien des sciences Victor Monod note les temps de retard dans les mises à jour des compréhensions du monde chez les croyants. A l’époque newtonienne beaucoup croyaient encore dans le cadre aristotélicien ! Et aujourd’hui beaucoup s’attardent dans une vision mécaniste périmée !

 

L'effort fait par Newton pour superposer le Dieu manifesté dans le temps au Dieu manifesté dans l'espace ne fut pas heureux. Ces deux Dieu semblaient de taille trop inégale. C'est que Newton avait, par son œuvre même, porté au maximum l'antithèse séculaire entre le Dieu de la nature et le Dieu de la grâce. Jamais le Dieu Créateur n'avait paru plus majestueux, plus simple en ses gestes, plus économe d'interventions inutiles que dans les Principes mathématiques de la nature. Jusqu'aux plus lointaines étoiles s'étendait une même force, rayonnait une même lumière. L'action de la seule et unique gravité expliquait la chute des corps terrestres, les orbites elliptiques des planètes, les irrégularités de l'orbite lunaire, les marées océaniques, la précession des équinoxes, bref, mille phénomènes qui avaient paru jusque-là inextricablement complexes. L'écheveau de la nature semblait débrouillé par le magicien Newton. Jamais l'unité physique de l'Univers, jamais le principe de la simplicité et de l'immutabilité des lois de la nature n'avait reçu une aussi éclatante démonstration. Comment ce Dieu, si sobre en moyens, pourrait-il s'abaisser ensuite à des interventions temporelles spéciales, écouter les prières des hommes, réparer leurs folies alors qu'il semblait déjà plaisant aux philosophes de lui attribuer le soin de réparer les orbites planétaires endommagées par les comètes ? Le cadre newtonien de la nature s'était brusquement élargi jusqu'aux étoiles : en son milieu, le Dieu éthique, le Dieu qui s'intéresse aux hommes avait gardé sa taille et il semblait un nain imperceptible.” (Victor Monod, Dieu dans l’Univers, 1933, p. 174).


1- La Révélation pour Wilfred Monod : « S’il était la cause unique, si l’état du monde était son œuvre, alors, en nous consolant de la souffrance, Dieu nous consolerait de … Dieu. La chrétienté actuelle entrevoit, elle aussi, le drame : Dieu (non celui du Cosmos, mais celui de l'Evangile) essayant de parler, s'efforçant d'agir, s'incarnant pour délivrer, se révélant, au prix d'une énigmatique agonie. La révélation naît dans les dou­leurs de l'enfantement. Le « Père » apporte la lumière, comme la mère « donne le jour » : dans la souffrance et dans le sourire, dans l'extase d'une vic­toire : « Tout est accompli ! ».


Malgré l'Histoire et la préhistoire, malgré la Na­ture et la tragédie de l'Evolution, malgré l'Univers et le silence des nébuleuses, avoir le droit, et le moyen, et le pouvoir, enfin, de croire, avec Jésus-Christ, et par lui, que « Dieu est Amour » — voilà qui nous arrache des larmes trop longtemps contenues, des « pleurs de joie ». Là est le cœur de la Révélation. Dans une minute glorieuse — qui déchira, comme une pointe de dia­mant, le Voile — notre Sauveur tressaillit d'un fris­son d'allégresse à la pensée qu'il « connaissait le Père » ; et il entonna soudain, comme s'il a parlait en langues », un hymne passionné : « Je te loue, ô Père ! je te loue, Seigneur du ciel et de la terre, car tu as celé un pareil secret aux sages et aux intelligents, mais tu l'as dévoilé aux enfants. Oui, ô Père ! je te loue pour l'avoir voulu ainsi ! » (Wilfred Monod, Viens et vois, Paris 1928 § sur Dieu).


Einstein_dans_la_ville_d-Ulm_-Wikipedia-.jpg2- La Raison chez Victor Monod, et après lui : un peu à la manière de Whitehad (qu’il était un des premiers théologiens français à citer), Victor Monod disait que le Dieu cherché dans le temps est celui qui se manifeste comme un jaillissement d’imprévu, comme une Conscience sans cesse en activité (p. 330) ! Il cherchait, pour cela, à réconcilier « Durée et simultanéité » de Bergson avec la gravitation et la relativité selon Eddington ou Einstein.

 

Statue d'Albert Einstein à Ulm, la ville où il est né en 1879


Il s’est, en fait, en cela, lourdement trompé alors que sa perspective était a priori géniale. Le temps n’est pas une valeur objective et solide qui remplacerait l’espace dans la recherche d’un lieu ou d’une dimension pour l’« habitation » divine .. Monod (avec Bergson) voulait s’y appuyer ; il s’est trompé ! Monod déconsidérait l’espace matériel, vide, immuable, l’espace euclidien, pour espérer dans un « devenir » (ce qui correspondait à sa sensibilité de chrétien-social proche de Wilfred Monod). En fait l’espace n’est pas euclidien et le temps n’est pas indemne ! Temps et espace sont liés. On parle de courbure de l’espace temps..


Certains scientifiques pensent que la notion, toute subjective et anthropomorphique, du temps doit être abandonnée au profit d’un espace repensé (à la fois fini et sans limites, à la fois matière et Esprit)… Faut-il penser à « Dieu » aujourd’hui comme à de la matière noire ou comme de l’énergie du même nom ?

 

Depuis le barthisme l’apologétique chrétienne a été déconsidérée. Saint Augustin avait mis, de même, un frein aux spéculations philosophiques de certains chrétiens de son époque ; il avait en cela favorisé la vision d’un monde plat et d’une verticalité céleste (ce que les scientifiques de son époque n’avaient plus !) .. Ne pas faire d’apologétique c’est comme ne pas faire de politique : ceux qui disent ne pas en faire, en font !


Car chacun de nous, consciemment ou inconsciemment, porte en soi une justification de ses croyances et de ses doutes. Le barthisme portait la satisfaction d’avoir résisté contre le nazisme et de redécouvrir la vocation prophétique de l’Eglise (c’était quand la sociabilité protestante était encore forte). Certains, comme des trapézistes sans filet, se créent un discours apologétique par la raison (irraison) justement de ne pas en avoir (la folie de la foi ? sens du paradoxe psy ? ou simple orgueil bien protestant ?). Ne faudrait-il pas reprendre le chantier d’une apologétique révisable ou pluraliste (croire de façon post-moderne avec des tiroirs). Et dans le domaine de l’univers Dieu dans l’univers reprendre et actualiser Victor Monod, avec et après, C. Hartshorne ...

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