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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 04:03

A document about the missionary effort of the Hungarian Unitarian Church in favor of the Norwegian Unitarian Church at the beginning of the XX century / Document sur ​​l'effort missionnaire de l'Église unitarienne hongroise en faveur de l'Eglise unitarienne de Norvège au début du XX° siècle, par le révérend Dr. Lawrence Sudbury, Ph.D. , publié le 22 avril 2014 sur le site de la Congregazione Italiana Cristiano Unitariana (CICU), et traduit ici en français par Jean-Claude Barbier.
 
Très souvent, en pensant à l'Église unitarienne de la période comprise entre les XIX° et XX° siècles hongrois, nous avons tendance à la voir certes comme une institution historique fondamentale, berceau de notre foi, mais vivant dans des difficultés sévères en raison des conditions géographiques, ethniques et politiques, si bien qu'elle a vraiment besoin de l'aide des Eglises sœurs du monde anglo-saxon. Cette vision, de façon générale, est sans aucun doute juste, mais elle cache le fait que, dans la période que nous examinons et malgré la situation économique difficile dans laquelle elle vivait, l'Église unitarienne hongroise a tenté de son mieux à être aussi une Eglise aidant les nouvelles institutions unitariennes qui naissaient dans d'autres pays. [ndlr - Lawrence Sudbury parle d'effort missionnaire ; il n'y eut pas cependant d'envoi de missionnaires pour de longs séjours, mais seulement, dans le cas ici traité, d'une aide financière].

Une preuve de cet effort est apportée par un document (lien) montrant comment l'Église unitarienne hongroise [ndlr - en fait de Transylvanie] a contribué à l’enracinement d’une communauté unitarienne en Norvège au début du XX°siècle. Il s’agit d’une lettre, datée du 29 septembre 1909, adressée par l’évêque unitarien de Kolozsvar Joseph Ferencz au pasteur de l'Église unitarienne norvégienne, Herman Haugerud. Longtemps en possession de l’ex ministre unitarien Knut Ksm Heidelberg [ndlr - devenu depuis ministre luthérien], elle est désormais conservée dans les archives personnelles du révérend Sandor Leta de l’Eglise unitarienne de Budapest et elle a été portée à mon attention grâce aux investigations du révérend italien Roberto Rosso.

Kolozsvar, le 29 septembre 1909, Hongrie
Révérend et Cher Monsieur,
J'ai lu avec grand plaisir votre lettre dans laquelle vous m'avez dit que vous seriez prêt à accepter les mille couronnes offertes par les Eglises unitariennes de Hongrie pour l'érection d'une nouvelle chapelle unitarienne à Christiania. Je vous transmets à ce jour cette somme par l’intermédiaire d’une banque à Kolozsvar à laquelle j’ai remis votre adresse. J'espère que cet argent vous sera donnée sans difficulté et rapidement. Puisse-t-il être un lien fraternel qui nous relie à vous et sans aucun doute de vous à nous, à l’exemple du lien que nous maintenons avec nos frères anglais et américains depuis de nombreuses années pour notre cause commune qui vise à la diffusion d’un unitarisme éclairé et d’idées religieuses plus libérales. Très cordialement ; je suis sincèrement vôtre.
Joseph Ferencz, évêque de l'Eglise unitarienne hongroise".

Pour comprendre l’importance de ce document, nous devons prendre du recul sur la situation de ces deux Eglises dans la première décennie de 1900. En ce qui concerne l'Église unitarienne hongroise nous devons nous rappeler que, à l'époque, elle avait subi des événements très complexes durant près d'un siècle. Malgré le compromis de 1867, qui visait à résoudre les différends de longue date entre l'Autriche et la Hongrie, les efforts du gouvernement autrichien pour affaiblir les protestants ont continué, et ils ont entre autres visés les unitariens. Ceux-ci furent mis en difficulté en regard de la politique scolaire menée depuis 1856 par le gouvernement autrichien. Celui-ci, dans le cadre de sa politique de germaniser la Hongrie, avait décidé d'y remodeler les écoles et les collèges sur le modèle de ceux de l'Autriche, d’exiger un nombre plus important d'enseignants et d’imposer une considérable augmentation des salaires, ceci sous la menace de fermer les écoles qui ne respecteraient pas ces normes. Les unitariens détenaient et géraient un nombre élevé d’écoles du dimanche et des lycées, mais les exigences du Gouvernement étaient si élevées que la petite Eglise unitarienne, appauvrie par la conjoncture économique récente, risquait bien d'être forcée de passer ses écoles sous le contrôle de l'Etat, avec comme résultat de voir son patrimoine culturel disparaître au profit de l’enseignement catholique. La somme exigée s'élevait à plus de 70 000 $, tandis que la population totale de unitarienne Transylvanie comptait moins de 50 000 habitants.

 

Par un incroyable effort de souscriptions, allant jusqu’à hypothéquer leurs maisons mêmes, les fidèles réussirent à rassembler un certain montant, mais ce n'était pas encore assez et ils ont dû faire appel à l'aide de leurs frères en Angleterre et en Amérique par l'intermédiaire de la British and Foreign Unitarian Association (BFUA) à Londre et du comité exécutif de l'American Unitarian Association (AUA). Les congrégations anglaises ont réussi à réunir quelques £1,230 qui ont été envoyées par le secrétaire de la BFUA à Kolozsvar en août 1858. La somme réunie par l’AUA fut moindre à cause de la situation économique difficile aux Etats-Unis. Bien que les exigences gouvernementales n’aient pas pu être entièrement respectées, le paiement a été accepté et les écoles unitariennes hongroises sauvées.

Cette mobilisation forcée eut toutefois un effet positif dans la mesure où elle contraignit les confessions protestantes à dépasser leurs différences pour s’attacher à la défense de leur patrimoine commun hongrois. Après le compromis de 1867, les effectifs unitariens augmentèrent de quelques 25000 membres. Par ailleurs, les meilleurs étudiants unitariens prirent désormais l’habitude d’aller poursuivre leurs études en Angleterre alors qu’ils allaient auparavant dans des universités de langue allemande. Les relations entre d’une part les unitariens hongrois et d’autre part les unitariens anglais et américains s’intensifièrent avec comme point d’orgue le 400ème anniversaire de la naissance de Ferencz David en 1910.

Au début du XXe siècle, la situation de l'Église unitarienne hongroise s'améliora (E. M. Wilbur, Une histoire de l'unitarisme, volume II, Berkeley U.P., 1952, pp 88-98) : elle jouissait désormais d’une entière liberté religieuse, à égalité avec les autres confessions ; ses fidèles pouvaient accéder aux emplois dans les Administrations et aux postes officiels ; elle disposait de 42 écoles tenues par ses paroisses, de 3 lycées et d’un collège universitaire comprenant une école de théologie. Mieux, elle put bénéficier de fonds de dotation et de subventions de l’Etat pour ses églises et ses écoles.

Avant la catastrophe de la Première guerre mondiale, l'Église unitarienne hongrois pouvait donc donner aux Églises étrangères naissantes le même type d’aide qu’elle avait reçue de ses frères anglo-saxons dans un moment d'extrême difficulté. L'Église unitarienne hongroise, en la personne de son évêque Joseph Ferencz, n’hésita donc pas pour aider l’Eglise unitarienne de Norvège.

Ferencz fut un grand leader et mérite d'être mieux connu. Né à Alparéten [Alparét, Județ de Cluj, Roumanie] en 1835 et mort à Cluj-Napoca [Kolozvar en hongrois] en 1928,  il fut témoin, durant ses 93 années de vie,  des événements fondamentaux dont nous avons parlés. Diplômé au collège unitarien de Kolozsvar en 1855, lorsque le « différend scolaire » prend forme, il étudie ensuite à Göttingen et à l'université de Berlin, puis il se rend aux Pays-Bas, en Belgique et en France ; au début de 1859, il va étudier à Londres pour quelques mois.

 Grâce à cette expérience internationale, il est à même de mesurer l'enthousiasme suscité à l'étranger par l'idée d'un réseau d’aide entre toutes les institutions unitariennes. Ce n'est pas donc par hasard que, après avoir été professeur à Kolozsvar durant de nombreuses années et une fois élu évêque en 1876, l’un de ses premiers soucis fut d'augmenter le salaire des employés de son Eglise s’occupant des relations étrangères et d'apporter son soutien aux relations avec les autorités unitariennes anglo-américaines (il était d'ailleurs un ami proche de Jacques Martineau) - il s’ensuivit une importante participation de ces dernières aux célébrations du 300ème anniversaire de la mort de Ferencz David (1879) et du 400ème anniversaire de la naissance de celui-ci en 1910. Par ailleurs, tout au long de son ministère épiscopal, il combattit les murs dogmatiques entre les dénominations protestantes - ainsi, en 1886, il décida que son Eglise devait participer à la fondation de la Société protestante littéraire. Il n’est donc pas étonnant que l’évêque se soit intéressé aux nouvelles tentatives de créer des institutions unitariennes dans les pays étrangers.
À propos de l'évêque Ferencz, une courte biographie peut être trouvée dans : M. Kelemen, FERENCZ JÓZSEF, Erdélyi unitarius PÜSPÖK KORA ÉS MUNKÁSSÁGA , MAGYAR EGYHÁZTÖRTÉNETI VÁZLATOK REGNUM, 2003/1-2 számában

Malheureusement, il ne reste de cette relation avec l’Eglise unitarienne de Norvège que cette simple lettre, mais on peut imaginer que la correspondance fut plus fournie entre l’évêque Ferencz et le pasteur Haugerud.
kristofer_janson.jpgL'Eglise de Norvège avait été fondée par une personne célèbre, le poète Kristofer N. Janson (né en 1841 à Bergen) (lien). Licencié en théologie de l'université de Christiania [depuis Oslo], il voyagea beaucoup en Europe et, à son retour en Norvège, il était devenu populaire en tant que professeur et auteur si bien qu’il fut invité pour une série de conférences aux États-Unis en 1879. Le succès de ses conférences fut si grande que, l'année suivante, son ami Bjørnstjerne Bjørnson (plus tard prix Nobel de littérature) l’invita, alors qu'il était en vacances à Rome, pour être pasteur au service des colonies norvégiennes dans le Minnesota. Janson accepta et, alors qu’il était en service aux Etats-Unis, il entra en relation avec des unitariens et fut ordonné pasteur lors d'une cérémonie en 1881 à la Troisième Eglise unitarienne de Chicago. Puis il sert en tant que ministre du culte et écrit des livres d’hymnes à Minneapolis et à Saint-Paul dans le Minnesota et dans Underwood, comté de Brown et Hudson dans le Wisconsin. Mais, à l'automne 1891, la relation entre Janson et sa femme se dégrada et il décida de retourner en Norvège, où il arriva en 1893. Janson commença par une grande tournée de conférences, dont beaucoup furent consacrées aux idées unitariennes et à encourager « tous les gens ouverts d'esprit à fonder une Eglise». Quelques mois plus tard, cela donna naissance à une Eglise unitarienne dénommée « Eglise de la Fraternité ».

Née comme création de Janson, l'Eglise prit bientôt un chemin indépendant de son célèbre fondateur, ceci parce que son « patronage » s’avérait quelque peu handicapant à cause de son divorce (qui, à l’époque fit grand scandale à Oslo) et de ses accouintances avec le spiritisme. La nouvelle Eglise ne fut pas reconnue comme chrétienne par le Parlement norvégien, même si eut lieu en 1896 le premier mariage unitarien et en 1898 la première cérémonie de confirmation. En 1898, Janson dût abandonner la direction de l’Eglise. Celle-ci prit le simple nom d’Eglise unitarienne (dirigée par une Société). A cette époque, un recensement de la population nous informe que 88 unitariens sont dénombrés à Christiana. Lorsque Janson quitta l’Eglise, certains fidèles le suivirent, mais la plupart continuèrent dans l’optique d’un humanisme religieux unitarien. [ndlr - K. N. Janson mourut le 17 novembre 1917].

Naturellement, ils avaient besoin d'un nouveau pasteur et c'est la raison pour laquelle ils firent appel au pasteur Herman Haugerud, de retour des Etats-Unis. Né à Christiania en 1864 et tenté par une carrière scientifique, il eut sa vocation unitarienne à l'âge de 22 ans et décida d’aller aux Etats-Unis afin de compléter son éducation religieuse. En 1886, il s’inscrit à l’Ecole de théologie de Meadville [à Chicago] où il rencontra Janson et sous l'influence duquel il étudia jusqu'à son ordination le 3 décembre 1890. Aussitôt, il commença son ministère dans une congrégation locale à Puyallup (Washington), qu’il quitta en 1892 afin de compléter ses études à Harvard. Après l'obtention de son doctorat, Haugerud servit encore dans certaines congrégations américaines (y compris celle où Janson avait exercé à Minneapolis), jusqu'au moment où il fut invité à retourner à Oslo pour succéder à Janson à la tête de la Société unitarienne.

Un unitarien de l'époque, Hans Østerholt, rédacteur en chef du magazine satirique de tendance sociale-démocrate « La Guêpe », traça un portrait de Hugerung dans son autobiographie : « Malheureusement, Haugerud n'a pas la chaleur de Jason ni à captiver son auditoire comme le fait ce dernier ; il lui manque la force nécessaire pour rassembler les gens » (il n'est pas sans intérêt de savoir que ce Østerholt rejoignit l'Eglise de l'Etat en 1933, bien qu’il continuait de se considérer comme unitarien de croyance). Durant deux ans, 1904-1905, Haugerud et Janson exerçèrent leur ministère en situation de rivalité dans deux lieux distincts. Resté seul en 1905 à la tête de la Société unitarienne, il établit de bons rapports avec les unitariens américains, reçut des livres et articles de l’AUA et agrandit sa communauté d’une douzaine de personnes. En décembre 1905, il encouragea la formation d’une Organisation de jeunesse unitarienne, mais celle-ci ne dura pas plus de 6 mois. Dans la période 1906-1907, nous savons qu’il y avait environ 100 membres inscrits à la Société, un calendrier de services réguliers avec la participation de plus ou moins 200 personnes, et l’existence d'un magazine appelé « L’Unitarien » (mais qui ne dura que quelques mois).

Dans la meilleure période de la congrégation, autour de 1908-1909, le comité de l'Eglise décida de construire un bâtiment cultuel et envoya Haugerud en Angleterre afin d’y recueillir de l'argent pour la construction. Entre autres, au cours de ce voyage, Haugerud prit part à un service du dimanche soir, le 14 mars 1908, à L’Eglise unitarienne de Clarence Road. Mais les fonds qu’il récolta s’avérèrent insuffisants.
Sur l'histoire de l'Eglise unitarienne norvégienne : F. Hale , Origines unitariennes en Norvège durant les années 1890 et au début du vingtième siècle, Université Stellenboch 2004, et R. Rosso, La nascita dell'unitarianesimo norvegese, CICU, 2009.


C'est à ce moment que l'intervention de l'Église unitarienne hongroise fut décisive. Considérant qu'une Couronne avait, au moment de sa naissance en 1905, une valeur de 0,42032 grammes d'or pur (lien), cela équivaudrait aujourd'hui à quelques $ 16 750, soit une quantité incroyable d'argent si nous considérons qu'elle provenait d'une dénomination qui commençait à peine à se remettre de l'une des pires crises financières de son histoire.

Ce don permit à Haugerud de construire son église, mais malheureusement cela ne fut pas suffisant pour donner une nouvelle vie à une institution qui, en dépit du travail de son ministre pour la garder vivante et développer ses relations internationales (en particulier avec la British & Foreign Unitarian Association) eut un taux de croissance très faible. Haugerud fit des cultes jusqu'à sa mort en 1937, mais, après, la congrégation disparut progressivement. Le bâtiment de l'église a été repris par l'Église luthérienne en 1947. Le recensement d’Etat, en 1950, ne dénombrait plus que 17 unitariens.

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Published by Lawrence Sudbury - dans sur l'unitarisme
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