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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 08:57

A la fin du règne d’Hitler, d’anciens sympathisants cherchent à se reconvertir au sein des Eglises et autres mouvances morales pouvant les couvrir aux yeux des perquisiteurs, ne serait-ce que pour prouver leur bonne volonté de réintégration dans un régime démocratique. La plupart des unitariens allemands ayant abandonné toute référence au christianisme et plus généralement à l’histoire de l’unitarisme commencée au XVIème siècle avec la Réforme protestante anti-trinitaire, firent que leur association, la DUR, fut une proie toute indiquée à un tel entrisme.

Sigrid Hunke expliquant que le christianisme fut le malheur de l’Europe ne pouvait que répondre aux attentes de chrétiens déçus par leur Eglise, culpabilisant vis à vis de l’histoire de la chrétienté (les croisades, la chasse aux hérétiques, le conservatisme social et politique, etc.), ayant perdu une foi ancrée dans leur enfance mais gardant un besoin de transcendance, pris de doute sur l’existence de Dieu, etc. En plus, des chrétiens remettant en cause la morale judéo-chrétienne et attirés par l’exotisme culturel de la grande civilisation que fut l’islam. En cela, elle ne fut pas gourou, mais tout simplement en phase avec les états d’âme de bon nombre d’unitariens allemands. Bref, il ne semble pas qu'il ’y ait eu de sa part de violence idéologique !
Elle apporta avec elle une mouvance néo-païenne mais qui, loin des cultes à reconstituer, se contentait d’une vague religiosité, d’un sentiment mystique et fusionnel avec la Nature … lequel déboucha, plus prosaïquement, sur l’écologie (toujours d’actualité chez nos amis unitariens allemands). Une Europe païenne, célébrant le génie ancestral des peuples, retrouvant son harmonie avec les forces naturelles, prônant l’unité de tout (de l’homme et de la femme, de Dieu et de la nature, des peuples païens entre eux), bref un mythe fondateur car il s’agit bien entendu d’une vision tout à fait idyllique.
Saluons chez elle, non sa compétence scientifique car elle procède par accumulation de faits déjà connus et qui ne sont pas en relation de causalité (1) ! mais la continuité de sa réflexion et une vision à l’échelle de l’Europe (qu’elle partagea avec la mouvance intellectuelle d’une Extrême Droite européenne). Comme on dit, en plus de son talent littéraire, elle avait du souffle !


(1) Dans « La Vraie Religion de l'Europe ; la foi des hérétiques » (en allemand, 1983), elle voit une survivance du paganisme en Occident à travers les diverses hérésies du christianisme dont elle analyse les convergences. Pour Alain de Benoist, dans son livre « Comment peut-on être païen » (Paris, A. Michel,‎ 1981) : « dans ces convergences, elle a su lire une continuité spirituelle exprimant les lignes de force d'une « religion de l'Europe » - la vraie religion de l'Europe -, une religion qui apparaît dès la fin du IVe siècle avec Pélage, qui réapparaît au IXe siècle avec Scot Erigène, qui se poursuit au XVIe siècle avec Maître Eckhart et ses disciples... et dont les héritiers, à des titres divers, sont aussi bien Érasme et Léonard de Vinci que Henry More, Shaftesbury, l'essentiel du mouvement romantique et idéalisme allemand, Goethe, Kant, Fichte, Schelling, Schleiermacher et Herder, les Russes Théophane et Berdiaev, les Français Teilhard de Chardin et Saint-Exupéry, etc. [ndlr – ouf ! Attrape-tout la Nouvelle Droite !]. Chez la plupart de ces auteurs on retrouve en effet, portés au plus haut niveau, certains thèmes fondamentaux de la pensée païenne telle que nous nous sommes efforcés de la définir jusqu'à présent : en premier lieu l'unité transcendantale du cosmos, la continuité entre Dieu (ou les dieux) et le monde - un monde dont l'être est parfait mais non immobile, qui est le lieu d'un devenir permanent en toutes directions ; un Dieu qui rend le fini lui-même infini, qui conduit à penser l'espace et le temps comme infinis » (cité dans l'article Wikipedia consacré à Sigrid Hunke).
Curieusement, il y a un chaînon manquant car le nom de Michel Servet, pourtant à l’origine de l’affirmation antitrinitaire dès 1531 et donc de l’unitarisme qui s’en est suivi, n’est pas cité ; lui pourtant qui était l’un des rares de son temps à avoir lu le Coran (lien) ce qui aurait dû plaire à S. Hunke ! Ses amis unitariens allemands ne lui en auraient-ils donc pas parlé ? Impasse logique pour une communauté qui a décidé de vivre « ici et maintenant » et qui ne s’intéresse pas à l’histoire à laquelle sa dénomination devrait pourtant l’inciter !


sigrid_hunke_manifeste_post_communiste.jpgQue nos amis unitariens allemands ne se plaignent pas car elle fit de l’unitarisme, dans sa  « Dialectique Unitarienne », ni plus ni moins, une alternative aux idéologies en vogue que sont le marxisme hégélien et la psychologie freudienne. C’est beaucoup d’honneur pour une mouvance de quelques 600 personnes …

Mais, controversée, surtout à cause de son passé d’adhérente au nazisme puis de ses fréquentations avec la Nouvelle Droite, les éléments progressistes de la DUR finirent par la pousser dehors (mais toutefois sans l’exclure car elle part d’elle-même … avec 200 unitariens !).
Depuis, c’est l’Omerta dans les rangs de la DUR ; faut dire que celle-ci dût répondre à l’accusation d’être une secte nazi car, en 1999, cela alla jusqu’aux tribunaux avec un procès en diffamation (la DUR ayant été traitée de secte nazie !).
Qu’est devenue la Bund Deutscher Unitarier / Ligue des unitariens allemands (BDU) avec en sous titre : Religionsgemeinschaft europäischen Geistes / Communauté religieuse pour l’esprit européen, qu’elle fonda en 1989. Dans l’état actuel de nos informations, nous ne savons même pas où ce mouvement fut fondé, quels étaient ses statuts, son mode de fonctionnement, ses relations avec les autres groupes unitariens, etc. … et s’il survit aujourd’hui !
Quant à la DUR, elle jouit du monopole de représentation vis-à-vis du réseau mondial des unitariens qu’est l’International council of Unitarians and Universalists (ICUU), et, si le mouvement n’est nullement anti-chrétien, la majorité de ses membres sont athées spirituels (« Humanists » au sens anglo-saxon du terme), panthéistes ou néo-païens, et le passé chrétien de l’unitarisme ne les intéresse pas du tout. Il en est de même d’ailleurs dans les pays voisins, en République tchèque et en Autriche (alors qu’en France et en Italie, c’est la mouvance chrétienne unitarienne qui est la plus active). Est-ce l’état d’un unitarisme dans un contexte de très forte déchristianisation et surtout de sécularisation extrême ?

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Published by Jean-Claude Barbier - dans sur l'unitarisme
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