Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

Rechercher

Archives

Articles Récents

14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 05:15

L’homophobie dans nos Eglises ", le témoignage de Jean Vilbas, texte paru dans Recherches unitariennes n° 16, mai 2005

Je m’appelle Jean. Je ne suis pas unitarien. J’ai d’abord connu ce mouvement comme une des composantes de la Réforme radicale dont je me réclame ; je l’ai ensuite (re)découvert pendant mes études de théologie à travers les positions ouvertes des Eglises unitariennes anglo-saxonnes à l’égard des personnes homosexuelles.

J’éprouve quelque difficulté à me définir théologiquement. Le nom de chrétien me suffit amplement, je crois. Ma foi est assurément centrée sur la personne de Jésus de Nazareth, fils de Dieu, mais j’avoue une certaine ouverture aux formulations non-trinitaires du lien qui unit Jésus à son Dieu et Père. ; de même, s’il m’apparaît central de confesser la mort et la résurrection de Jésus comme victoire suprême de l’amour, sa vie et ses enseignements s’inscrivent aussi au cœur de mes convictions.

S’il faut bien (p)oser quelques adjectifs, j’ajouterais volontiers " évangélique " - en référence à l’Evangile, la Bonne Nouvelle de l’amour inconditionnel de Dieu manifesté en la personne de Jésus mais aussi en référence à une spiritualité ancrée dans la fréquentation des Ecritures et la conversion personnelle et une conception assez communautaire de l’Eglise – et aussi libéral – en référence à une lecture non littérale des Ecritures, une spiritualité fortement teintée d’humanisme et le refus du nivellement de la diversité humaine dans un communautarisme étroit.

De famille catholique, j’ai découvert l’Evangile au contact du témoignage historique des anabaptistes et au sein d’une communauté baptiste et j’ai longtemps vécu ma foi au sein d’une paroisse de l’Eglise réformée de France. Aujourd’hui, je ne fréquente plus d’église locale tout en étant impliqué dans un réseau de chrétiens inclusifs – c’est-à-dire qui s’opposent au nom de l’Evangile à toute exclusion, notamment celle des personnes homosexuelles et trans-genres.

Etre homosexuel n’est pas le cœur de mon identité ; c’est néanmoins une composante déterminante de ma personnalité que je me refuse à cacher sans pour autant l’exhiber ; elle colore plusieurs aspects de ma vie, mes choix politiques, par exemple. Je ne pense pas avoir fait d’autre choix que d’accepter mon homosexualité.

L’homme qui partage ma vie n’appartient pas exclusivement à ma " vie privée " mais notre couple a aussi une visibilité sociale dans nos accueillantes familles et parmi nos amis ; nous l’avons concrétisé par un pacs avant que le mariage ne soit ouvert dans notre pays à tous les couples qui le souhaitent ; la question d’ accompagner ce pacs d’une bénédiction d’union se pose à nous.

Tant que des discriminations existent, tant que des propos homophobes sont tenus, tant que des hommes et des femmes peuvent être menacés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité, il ne m’apparaît pas trop militant de dénoncer, corriger, éduquer, accompagner en joignant mes forces à celles d’associations déjà existantes ; je ne vois pas là de communautarisme de mauvais aloi mais une des manières concrètes, à ma portée, de " chercher le Royaume et sa justice " qui ne saurait être contraire aux droits fondamentaux de la personne.

Dire mon homosexualité en Eglise n’a pas été chose aisée ; le long silence et la rude discipline que je me suis imposés étaient eux-mêmes conditionnés par l’homophobie ambiante des communautés chrétiennes. Je ne partagerai ici que deux expériences, vous laissant le soin de juger où se situe l’homophobie véritable.

La première est assez violente : je prêchais assez régulièrement dans une communauté de tradition évangélique ; les responsables m’ont demandé de ne plus le faire tout en mettant en place un débat d’Eglise sur la question du statut des personnes et des couples homosexuels dans la communauté ; j’ai pu intervenir au cours de ce débat avec un autre ami gay chrétien pour présenter un point de vue qui réconcilie la foi en Jésus-Christ et l’homosexualité. Cette communauté n’a pas statué mais, quand j’ai commencé à la fréquenter régulièrement avec mon compagnon ; nous avons été l’objet de réactions violentes après quelques mois paisibles où nous nous croyions accueillis.

La seconde expérience pourrait s’appeler " dommages collatéraux ". Dans la paroisse réformée – libérale !!! - dont j’étais membre, j’ai choisi, par intégrité, de " sortir du placard " quand on m’a proposé d’y être membre du conseil ; le président du conseil m’a demandé instamment d’y retourner et surtout de ne pas " provoquer ". Lors d’un conflit avec le pasteur de la paroisse, ce président de conseil a cité parmi les " fautes " reprochées au pasteur par une majorité silencieuse sa trop grande ouverture aux personnes homosexuelles ; je me suis senti soudain complètement étranger à la vie de cette paroisse dans laquelle j’étais pleinement investi. On ne m’y a jamais posé de questions bien que j’ai eu régulièrement écho de critiques souterraines jusqu’à ce que la vice-présidente du conseil me dise qu’on pouvait " se passer de mes services ". J’ai renoncé à tous mes engagements.

Le document si laborieusement élaboré par le Comité permanent luthéro-réformé aboutissant à la même discordance entre une théologie ouverte – " accueil inconditionnel au nom de la grâce ", ce n’est pas rien ! – et la fermeture en pratique de l’exercice des ministères ou de la reconnaissance des couples au nom de la prudence, j’ai choisi de quitter cette trop prudente Eglise ! L’Eglise réformée s’est cette année encore vanté de ne pas joindre sa voix à celle des dignitaires religieux lyonnais ! Mais qu’a-t-elle dit sinon qu’elle n’avait rien à dire ?

Quelles peuvent être les attentes d’un croyant homosexuel vis à vis d’une communauté chrétienne ? J’aborderai ici quelques pistes sans forcément tenter de hiérarchiser !

Une stricte justice d’abord dans le traitement de ses membres ! Il est loin le temps où la communauté ecclésiale reposait sur des cellules familiales strictement similaires ; toutes les communautés chrétiennes comptent à présent de nouvelles familles ou de nouveaux couples : les personnes divorcées, homosexuelles ou co-habitantes côtoient les familles plus traditionnelles et les célibataires ! Faut-il donc continuer à discriminer avec une passion d’entomologiste ou accompagner des promesses et des exigences de l’Evangile cette diversité humaine ? Ne faut-il pas simplement reconnaître avec Paul que l’accueil du Christ est le seul critère nécessaire et suffisant de l’appartenance à l’Eglise : " Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis " ?

Comme beaucoup s’accordent avec cette idée d’accueil, encore faut-il préciser qu’il implique une égalité pratique dans la reconnaissance des ministères des personnes homosexuelles et dans la reconnaissance des couples de même sexe ! Peu d’églises acceptent à ce jour que leur accueil intègre ces conséquences pratiques.

Encore moins et c’est là une exigence supplémentaire de cohérence acceptent de le faire de manière franche et déclarée, rejoignant les rangs d’un mouvement inclusif qui sur le plan mondial ne compte que quelques milliers de communautés chrétiennes, toutes dénominations confondues ! Sans vouloir faire de prosélytisme, de nombreux hommes et femmes d’orientation homosexuelle sont en quête de lieux où leur vie spirituelle puisse s’épanouir.

Ce travail de terrain ne peut aller sans un travail de réflexion et sans l’élaboration d’un discours d’inclusion qui remplace des siècles d’exclusion ! Les chantiers théologiques, bibliques, éthiques, sociologiques sont nombreux mais ils ne peuvent être correctement ouverts sans la confrontation sur le terrain avec les personnes directement concernées ! On court autrement le risque de telle grande Eglise chrétienne où la question de l’avortement n’a jamais été examinée que par des hommes en principe célibataires !

J’oserai aussi formuler la demande que la question de l’homophobie soit prise à bras le corps par les Eglises ! Elle n’apparaît que de manière anecdotique dans la foule de problèmes écologiques et géopolitiques que traitent les grandes assemblées œcuméniques ; par ailleurs, l’homophobie en interne reste une grande source d’aliénation pour un nombre important de chrétiens homosexuels contraints au silence ou au rejet total de l’Evangile. Peu d’Eglises ont eu le courage de confesser cette forme de peur devenue haine !

Si tout ceci vous semble très " communautariste " pour reprendre un terme en usage, dites vous qu’il ne s’agit en fait de rien d’autre que de la revendication de la liberté de servir Dieu en toute conscience au sein d’une humanité diverse où nul n’est obligé de revendiquer l’indifférence ou de taire sa différence pour ne pas subir de discrimination.

Si j’avais un vœu à formuler à l’égard de la communauté unitarienne française c’est qu’elle joigne sa voix à celles des communautés-sœurs des pays anglo-saxons pour se déclarer ouverte à toute personne. Sa tradition théologique d’ouverture, son refus du dogmatisme, sa valorisation de l’humain constituent à mes yeux autant d’atouts qui devraient lui permettre de parvenir rapidement à cette conclusion.

Jean Vilbas habite dans l’agglomération de Lille. Il édite un recueil liturgique, Miettes de la table, à raison de 4 publications annuelles, avec la collaboration de chrétiens de diverses confessions et de diverses sensibilités théologiques. Ce recueil est diffusé à plus de 300 lecteurs dans de très nombreux pays. L’accent y est mis sur l'amour inconditionnel de Dieu et sur la non discrimination des personnes . Le mouvement milite pour l’accueil au sein de nos communautés des chrétiens lgbt (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) et leur accès aux responsabilités ecclésiales. Le recueil liturgique constitue un organe de liaison entre les groupes et les individus qui participent au rassemblement annuel du " Carrefour de chrétiens inclusifs ".

Repost 0
Published by Jean Vilbas - dans Recherches unitariennes
commenter cet article
16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 06:50

bulletin interne à l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) http://afcu.over-blog.org

sommaires à paraître

Repost 0
Published by Barbier Jean-Claude - dans Recherches unitariennes
commenter cet article