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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:23

suite des article précédents

 

Des communautés utopiques


michael servetus heartfeltJean-Claude Barbier, vignette, mai 2008L’entreprise unitarienne-universaliste est significative d’une volonté de vivre d’emblée le sentiment de l’universel. Les assemblées sont désormais composites, regroupant selon les configurations locales, chrétiens, autres croyants des autres grandes religions (des bouddhistes, des baha’is, des soufis, etc.), néo-païens revalorisant les cultes indigènes ou pré-chrétiens, adeptes de la nébuleuse New Âge, et « humanistes ». Un tel regroupement se fait sans aucune négociation inter religieuse entre les participants ; en cela le mouvement n’a pas de visée œcuménique. Il n’est pas non plus syncrétique dans la mesure où il n’essaie pas du tout de reconstruire une nouvelle religion qui serait la synthèse des apports que les uns et des autres pourraient amener à partir de leurs anciennes appartenances religieuses. Nul brassage donc pour élaborer une nouvelle doctrine. Ce sont des communautés qui misent sur le bon sens, sur la raison, sur la tolérance, sur le respect de la liberté de pensée des autres afin que leurs membres cohabitent pacifiquement. Ce sont en quelque sorte des communauté utopiques qui témoignent qu’il est tout à fait possible de vivre ensemble, de se réunir pour un même culte, pour des activités communes, à l’image d’une société démocratique et non discriminante ayant dépassée ses clivages internes, en quelque sorte une cité idéale.


Dans un tel contexte, les croyances religieuses ne sont pas refoulées, mais elles deviennent secondaires par rapport à une éthique du vivre en commun, de la convivialité. Parfois, à l’occasion des fêtes traditionnelles, des sous-groupes peuvent organiser, à l’intention de tous, des rituels ou des cérémonies particuliers. On ne manque pas, fin décembre, de fêter le solstice d’hiver en rappel des cultes anciens, puis de dresser un arbre de Noël pour fêter l’anniversaire de Jésus. Par ailleurs, aux Etats-Unis, selon leurs propres croyances, les uns et les autres peuvent adhérer, en plus de leur congrégation locale, à des associations nationales identitaires. Il y a ainsi les unitariens-universalistes chrétiens, bouddhistes, humanistes, athées, néo-païens, etc. Les chrétiens unitariens n’y sont donc pas brimés, même si dernièrement, en 2002, une minorité d’entre eux ont préféré retrouver des congrégations homogènes ; ils ont en regroupé leurs efforts au sein de l’American Unitarian Conférence, instance qui se dit nostalgique de l’unitarisme américain traditionnel, celui de William Ellery Channing (1780-1842)

Mais comment pratiquer un culte au sein d’assemblées aussi composites ? Les rituels sont minimalistes, sécularisés et donnent lieu à des interprétations des plus générales. Il en est ainsi des rituels spécifiques aux unitariens telles que l’allumage de la flamme du calice (5) et la cérémonie des fleurs (6), ou plus généraux comme des lumières allumées afin d’accompagner nos prières, nos vœux de paix, etc., de l’eau versée par terre pour rafraîchir nos chemins et les rendre plus agréables, des fumigations pour écarter nos soucis et nous inviter à la méditation, etc. Les discours théologiques sont également pratiquement absents. Les sermons abordent tout les sujets, selon l’inspiration du prêcheur, et ne sont pas limités au questions religieuses. On évite de parler de Dieu afin de ne pas gêner le coreligionnaire bouddhiste ou athée ; on évite de trop parler de Jésus pour ne pas gêner ceux qui ne font pas des évangiles leur livre de chevet. Il y a un modus vivandi fait d’accommodements ; on arrondi les angles pour un mieux vivre ensemble. Se développe ainsi une éthique à base d’attention et d’écoute de l’autre, d’expression libre mais sans débat contradictoire, d’encouragement mutuel et de respect des itinéraires spirituels propres à chacun. La distinction entre le cultuel et le culturel tend à disparaître. L’architecture des lieux, la musique, les chants, les expositions de peintures ne ravissent-ils pas nos sens esthétiques tout en élevant nos âmes ?


(5) On allume une bougie ou une mèche au creux d’un calice ou d’une coupe. En pleine Seconde guerre mondiale, à Lisbonne, en 1941, le service humanitaire des unitariens de Boston, qui participait à l’accueil et au transfert des Européens, partant en exil en Amérique, demanda un logo au dessinateur Hans Deutch comme signe de reconnaissance. Celui-ci dessina une bougie au creux d’une coupe et celle-ci fut dénommée « chalice » par le révérend américain qui dirigeait le service. Le dessinateur n’était pas lui-même croyant, mais étant Tchèque, il pensa tout naturellement au calice des hussites qui se révoltèrent contre la décision de Rome de supprimer la communion sous les deux espèces et qui mirent le calice comme emblème sur les drapeaux de leur armée. A cette époque là, les unitariens, surtout à Boston, étaient chrétiens ou du moins perçus comme tels. Par ailleurs, les exilés fuyant la vague nazie était pour la plupart des Juifs et notre dessinateur pensa aux rituels du judaïsme qui utilisent abondamment les bougies (l’allumage des 7 bougies de la ménorah à chaque sabbat, l’allumage de 8 bougies lors de la fête d’Hannoucca commémorative de la résistance des Israélites aux successeurs d’Alexandre le Grand qui voulaient les helléniser). En quelque sorte, l’union au sein d’un même symbole des chrétiens et des Juifs, des accueillants et des accueillis, de la matière travaillée par l’homme et de la lumière qui en sort et qui nous éclaire tout en élevant nos âmes.
(6) la cérémonie des fleurs fut inventée en Bohème par le révérend Norbert Capek en 1923. Chacun arrive au culte avec une fleur, symbole de sa personnalité individuelle, la met dans un même vase afin que se constitue un bouquet à l’image de la diversité et de la belle harmonie de l’assemblée, puis, à la fin du culte, repart avec une autre fleur que celle qu’il a amenée, en signe de l’échange spirituel qui vient d’avoir lieu.

Paradoxalement, bien que l’unitarisme-universalisme se vive comme une nouvelle religion, il reste attaché à l’histoire de l’unitarisme, à la gestion de lieux de culte, à un certain cléricalisme où les ministres du culte restent bien souvent des hommes orchestre, des « conducteurs » religieux, qui portent leur étole comme un habit liturgique. On retrouve dans les cultes l’ordonnancement des cultes protestants. En cela, il conserve bien du sacré.

L’unitarisme-universalisme s’inscrit de toute évidence dans une tendance générale qui stigmatise les crispations identitaires et communautaires. Aux mouvements de réveil, qu’ils soient islamiques ou chrétiens évangéliques, nombre de croyants préfèrent les mouvements qui s’ouvrent aux autres confessions ou religions. Le soufisme connaît un regain d’intérêt, lui qui affirme que la religion prête ses béquilles mais que le but de l’enseignement religieux est, en définitive, de nous introduire à l’intimité mystique avec Dieu, et dès lors, on n’a plus besoin d’un encadrement ! En son temps, Jésus disait déjà cela. Toutes les autres voies initiatiques, gnostiques ou ésotériques, nous proposent un même dépassement du religieux. Il en est aussi du bouddhisme. On pourrait évoquer également la Foi baha’i qui est un évolutionnisme religieux, Dieu se révélant progressivement, par étape, afin de tenir compte de nos facultés de compréhension, de notre maturation. Chaque grande période est marquée par une « manifestation » divine à travers un prophète : ce furent les ancêtres des religions coutumières, puis Bouddha, Moïse, Jésus, Muhammad, Baha’ullah, puis demain, d’autres encore. Ainsi irait l’Humanité de révélation en révélation, Dieu nous accompagnant par sa providence et sa pédagogie. Il s’ensuit que les baha’is font volontiers référence aux textes sacrés des autres religions, notamment la Bible et le Coran.

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans (hist) SERVET Miguel
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