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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:32

suite de l'article précédent

 

Dans le prolongement du christianisme unitarien, l’unitarisme-universalisme représente lui aussi une tentative pour dépasser les clivages liés à nos croyances héritées de l’Histoire, afin de mieux vivre l’universel.

 

michael servetus heartfeltJean-Claude Barbier, vignette, mai 2008Le largage des racines chrétiennes de l’unitarisme fut préconisé par le philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson (1803-1882) lorsqu’il jeta aux orties, en 1832, sa robe de ministre du culte, après 3 ans d’exercice à Boston. C. Jon Delogu nous dit que sa carrière de philosophe « bénéficia d’un mouvement général vers la sécularisation de la société américaine d’une part, et de la privatisation de l’intériorisation de la vie spirituelle de l’autre » (p. 23). En 1838, il confirme et signe son rejet des traditions qui entravent notre liberté de pensée lors d’un discours prononcé à la faculté de théologie de Harvard, connu sous le nom de Divinity School Address. Il y précise que ce n’est pas de l’instruction systématique ni de la simple transmission des révélations passées qu’il faut attendre une avancée de la pensée humaine, mais plutôt de la brusque provocation, de l’interpellation ponctuelle selon les évènements et les rencontres. Il prône une philosophie incisive et visionnaire. Cet appel à une réforme radicale faite aux étudiants, lui valut de ne plus être invité à prendre la parole en ce haut lieu durant quelques vingt-cinq ans (Delogu 2006 : 25-28).

« Notre époque - écrivit-il - est tournée vers le passé. Elle construit les tombeaux de nos ancêtres. Elle écrit des biographies, des critiques, et l’histoire du passé. Les générations précédentes contemplaient Dieu et la Nature et la Nature en face, [si bien que] nous les contemplons par leurs yeux. Pourquoi n’éprouverions nous pas la joie d’une relation originale avec l’univers ? Pourquoi n’aurions nous pas une poésie et une philosophie fondée sur l’intuition et non sur la tradition, et une religion fondée sur la révélation et qui ne soit point l’histoire de la leur ? » (Essays and Lectures, 1983 : 7)

C’est la fin du relais intergénérationnel des croyances. L’homme, dans une posture quelque peu romantique, est seul devant son destin et devant l’univers. A lui de déployer ses capacités rationnelles et aussi son intuition – c’est pour cela que le texte que je viens de citer parle de révélation, de dévoilement au terme d’une méditation individuelle, personnelle, et non plus de la Révélation avec une majuscule, celle que Dieu ou les dieux auraient adressée à nos ancêtres et qui est d’ordre communautaire. C’est le début d’une grande aventure de la pensée humaine, celle de l’individuation, celle aussi de la solitude métaphysique.

Avec la même attitude et selon la même logique, notre philosophe va apparaître comme le pionnier de la pensée américaine en invitant ses compatriotes à rompre leur dépendance intellectuelle par rapport à l’Angleterre et plus largement la civilisation européenne. Son discours sur « L’Intellectuel américain » - The American Scholar – prononcé au sein de la Faculté de théologie de Havard, un an avant celui dont nous avons parlé, lui valut l’enthousiasme des jeunes loups de son époque.

Progressivement, au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, la majorité des unitariens américains vont se rallier à cette manière de scruter les mystères de la vie. Ce déplacement d’opinion me est important puisque, aujourd’hui, il assure à notre philosophe une partie non négligeable de sa clientèle posthume. L’unitarisme aux Etats-Unis concerne en effet quelques 600 000 personnes à en croire une évaluation faite par sondage au début de ce millénaire (3). Je suis d’autant plus surpris par la discrétion dont font preuve les universitaires qui étudient l’œuvre et la vie de R. W. Emerson (du moins est-ce le cas pour les auteurs francophones que sont Marc Bellot, Monique Bégot et Jon C. Delogu), car, non seulement ils ne s’attardent pas sur le début unitarien de la vie de R. W. Emerson et ses relations dans ce milieu, mais ils passent sous silence une telle évolution de ce milieu chrétien. En partie sur son influence, le christianisme unitarien, au sein même de ses congrégations, va être progressivement supplanté par un humanisme spirituel qui invite à un dépassement des religions particulières et du théisme, souvent au bénéfice d’une position agnostique, sinon de l’athéisme. Un manifeste « humaniste » est publié en 1933 par d’éminentes personnalités ; dans son article n°9, il préconise un changement radicale d’attitude : « à la place des vieilles attitudes consacrées au culte et à la prière, les humanistes pensent que leurs émotions religieuses sont exprimées dans l’élévation de la vie personnelle et dans un effort collectif de promouvoir le bien être social ».
 (3) d’après la American Religious Identity Survey (ARIS) sur 50 000 personnes enquêtées en 2001 : 629 000 personnes (tout âge confondu), soit 0,3% de la population totale, en progression de 25% par rapport à une estimation précédente datant de 1990 et réalisée par la National Survey of Religious Identification (NSR) à partir de 113 000 personnes enquêtées (les unitariens-universalistes étaient alors estimés à 502 000 personnes).

Mieux, la même évolution se fait sentir dans les rangs d’une autre communauté chrétienne, celle de l’Eglise universaliste, laquelle fut fondée en 1779 à Glouscester dans le Massachusset par John Murray (1741-1815) puis se développa dans la région de Boston principalement sous l’impulsion de Hosea Ballou (1771-1852). Prolongeant l’anti-calvinisme des prêcheurs wesleyens tels que l’Irlandais James Relly (1720-1776) qui pensaient que le salut est ouvert à tous les hommes sans exception, quelque soit leur foi, puisque Jésus est précisément mort pour racheter les péchés de tous les hommes, les chrétiens universalistes ajoutent que Dieu est tellement bon qu’Il ne saurait condamner qui que ce soit aux rigueurs de la damnation éternelle. A la rigueur, un peu de purgatoire pour les plus grands criminels ! Bref, le droit au paradis pour tous. L’Italien anti-trinitaire Faust Socin (1539-1604) n’avait pas été aussi loin puisque, si l’enfer n’existait plus à ses yeux, il n’en demeurait pas moins que les âmes qui refusaient de se joindre à Dieu s’étiolaient dans le shéol biblique jusqu’à leur disparition progressive.

Evolution parallèle, si bien qu’en 1961 les deux ensembles religieux fusionnent pour donner naissance à une nouvelle religion qui ne se déclare plus spécifiquement chrétienne : l’unitarisme-universalisme. Cette histoire est interne et particulière aux Etats-Unis puisque l’Eglise universaliste s’y est développée principalement dans ce pays, hormis quelques missions tardives en Asie. Mais, dans de nombreux pays, les congrégations unitariennes ont adopté la même orientation théologique ; c’est le cas au Canada voisin, mais aussi en Europe (en Bohème dès les années 1920, en Allemagne et en Grande-Bretagne à partir des années 1950, etc.) où les congrégations se sont largement ouvertes à des théistes, des panthéistes, des agnostiques et à des athées en recherche spirituelle, etc.

Mieux, toujours hors Etats-Unis, des communautés adoptent officiellement la dénomination unitarienne-universaliste, il en est ainsi des nouvelles communautés au Canada qui s’ajoutent aux « First Congregations » (4) ; également en Espagne où c’est une « Sociedad unitariana universalista » (SUUE) qui bâtit en ce pays le mouvement unitarien. En France, une « Association unitarienne-universaliste de Paris – Ile-de-France » a vu le jour en 2003, mais elle n’a pas duré.
(4) En 2004, sur les 44 communautés constitutives du Canadian Unitarian Council (CUC), 12 d’entre elles avaient adoptées la dénomination unitarienne-universaliste (soit 27, 3%). Elles étaient de taille plus petites (65 adhérents par communauté, contre 140 pour les plus anciennes ayant gardé la dénomination « unitarienne »). Nous précisons que les unes et les autres partagent le même corpus religieux puisque tous les unitariens canadiens adhèrent à la nouvelle orientation.

Il est également significatif de voir l’évolution des deux termes accolés, « unitariens » et « universalistes ». En principe, ils sont au même niveau puisqu’il s’agit de deux dénominations confessionnelles. L’orthographe française rend cette égalité par un trait d’union entre les deux termes comme pour un nom composé. Mais curieusement, l’European Unitarian Universalists (EUU), qui, depuis 1982, regroupe les anglophones en séjour dans les capitales européennes, rompe cette équivalence en attribuant un « s » à « universaliste ». Ce faisant, « universaliste » devient un adjectif et non plus un terme confessionnel. On obtient des « unitariens qui sont universalistes ». C’est pour l’instant, le seul exemple que nous avons repéré dans la longue liste des associations, même sa composante en France, l’Unitarian Universalist Fellowship of Paris (UUFP),  n’a pas suivi l’exemple. Il faut dire que l’EUU militent pour qu’il n’y ait plus aucune trace de credo : « no creed » !

Autre glissement linguistique lui aussi significatif d’une tendance à privilégier le terme « universaliste » au détriment de celui d’unitarien jugé trop entaché de confessionnel, cette fois-ci sous la forme d’une inversion des termes, l’universalisme venant en premier. Au Québec, à la fin des années 1990, sous la houlette du pasteur Raymond Vickers Drennan ministre du culte de l’Eglise unitarienne de Montréal de 1995 à 2005, fut lancé, par une petite poignée de Francophones, le Mouvement universaliste et unitarien au Québec (MUUQ) *.

* ajout de l'auteur du 16 septembre 2011 - Au tout début, ce fut le Mouvement universaliste au Québec car le financement du site provenait d'un fond universaliste de l'Etat de New-York. Cette appellation a été finalement  "régularisée" depuis le début de 2009 et c'est désormais le Mouvement unitarien universaliste au Québec !

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans (hist) SERVET Miguel
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