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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:40

"Méditation pascale", par Albert Blanchard-Gaillard, Recherches unitariennes, n° 6, milieu 1999.

Des chrétiens libres et unitariens, non-dogmatiques et pour la plupart sans attache à une Église établie, se sont réunis le jour de Pâques 1999, à Digne, pour célébrer un culte au Dieu Un et se réjouir d'une des plus grandes fêtes de tous les chrétiens. Encore nous faut-il prendre le temps de la méditation, et nous demander ce que Pâques signifie exactement pour nous.

Il conviendra tout d'abord de faire un effort de mémoire: la Pâque n'est pas, au départ, une fête chrétienne, mais une des plus grandes fêtes juives. Nos amis juifs, qui sont dans leur année 5759, fêtent la Pâque (Pessah') à partir du Ier avril, c'est-à-dire du 14ème au 21ème jour de la lune après l'équinoxe de printemps (leur mois de Nisan, commençant le 17 mars au soir). Nous avons célébré Pâques le premier dimanche suivant la pleine lune de l'équinoxe de printemps (qui est apparue le 31 mars), soit le 4 avril. Ces écarts minimes de calendrier ne doivent pas masquer une grande différence de sens: là où les Pâques chrétiennes sont Résurrection, la Pâque Juive est Libération.

Quoique greffée sur une ancienne fête agraire, la fête du printemps (Hag ha-aviv), la fête des Azymes (Hag ha-matsot) ou mieux encore "Hag ha-Pessah", la fête de la Pâque est une grande fête nationale, qui commémore la sortie d'Égypte, la libération de l'esclavage égyptien, en un mot l'Exode. Elle commence, dans la nuit du 14 au 15 Nisan, par le repas de Seder (ou repas d'ordre, repas ordonné), au cours duquel seront consommés les galettes azymes et les herbes amères, rappelant le départ précipité du pays des Pharaons, l'agneau rôti et les coupes de vin.

C'est à ce repas de Séder, la dernière Cène, qu'a participé Jésus quelques jours avant sa mort. Les spécialistes juifs (Ben Chorim et d'autres) et la plupart des exégètes chrétiens, malgré quelques hésitations dogmatiques, en sont d'accord. "Le thème dominant de la nuit de Seder est le Sikkaron, le souvenir. On se remémore le rôle salvateur de Yahvé lors de la sortie d'Égypte. Le souvenir de cet événement sacré survit d'âge en âge en Israël. Jésus s'en inspire directement, quand il prononce les paroles: 'Faites ceci en mémoire de moi' (Lc 22, 19) (S. Ben Chorim, Mon frère Jésus, 1983).

"Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, dit Marc, ses disciples lui disent: "Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque?"

Pour la fête de Seder, sont primordiales les nourritures rituelles suivantes : les herbes amères ou Maror (laitues, chicorée ou radis), destinées à rappeler l'amertume de l'esclavage subi en Égypte par les Hébreux; les trois pains azymes ou Matsot, qui seront partagées entre les participants, après la bénédiction habituelle sur le pain. Elles symbolisent la triple division du peuple juif en Israélites, lévites et Cohanim; enfin et surtout les quatre coupes de vin, bues à des moments précis et marquant les quatre étapes de la Rédemption selon Ex. 6, 6-7 : "C'est moi le Seigneur. Je vous ferai SORTIR des corvées d'Égypte, je vous DÉLIVRERAI de leur servitude, je vous RACHÈTERAI avec puissance et autorité, je vous PRENDRAI comme mon peuple à moi, et pour vous, je serai Dieu" (un Exode, une Libération, un Rachat et une Alliance).

Une cruche d'eau permet les ablutions des mains, en commençant par celui qui conduit le Seder, c'est-à-dire en principe le père de famille. Entrecoupé des récits, prières et actions rituelles, le repas habituel se déroule toute la nuit. Les enfants sont tenus éveillés par divers récits, questions et activités. Car ce serait une profanation très grave que de sortir de la maison avant le lever du jour, selon les commandements d'Exode, 12, auxquels il faut se référer ici : "Vous observerez donc ce jour suivant vos générations, c'est un rite éternel. (Ex. 12, 17) Quant à vous, nul ne sortira de la porte de sa maison jusqu'au matin, (Ex. 12, 22)" sous peine d'être retranché de la communauté d'Israël.

Cette obligation tout à fait impérative a fait dire à quelques exégètes trop conformistes que Jésus ne pouvait avoir consommé le repas de Seder, puisqu'il était sorti et avait été arrêté et interrogé cette même nuit par les autorités juives, alors qu'aucun juif ne pouvait être dehors. C'est premièrement faire bon marché du verset de Luc 22, 15, qui dit expressément : "J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir!". C'est aussi décréter arbitrairement, et contrairement aux habitudes des Évangiles qui ne précisent aucune chronologie, que le verset de Mc, 14, 26-31 et : "Et ayant chanté les hymnes, ils sortirent au Mont des Oliviers", s'applique à la nuit consacrée même. Elle peut bien se dérouler dans la soirée du lendemain, rien ne vient y contredire. Les chrétiens anciens de langue grecque pensaient que le repas de Seder avait eu lieu dans la nuit du mardi au mercredi, que Jésus avait été arrêté dans celle de mercredi à jeudi, avait été jugé le jeudi dans la journée et supplicié le vendredi veille du sabbat. Seule cette chronologie longue rend possible la succession des événements de la semaine de la passion, et l'on peut penser qu'on les a artificiellement regroupés et resserrés par la suite pour des raisons liturgiques.

Notons que la chronologie courte est prisée par les historiens vulgarisateurs car elle permet de fixer une date à l'exécution de Jésus, qui aurait été supplicié dans ce cas un "vendredi" 15 Nisan, le jour du début de la Pâque. Mais tout ceci est arbitraire et nécessite une interprétation forcée des Évangiles.

Pour en terminer avec la Pâque juive, sans doute la plus grande fête du calendrier, au temps du dernier Temple fête de pèlerinage obligatoire, nous dirons qu'elle tire sa charge émotive et religieuse du fait qu'elle fait REVIVRE à ses participants la libération de l'esclavage permise par l'Alliance divine : ce n'est donc pas seulement une fête de commémoration, un souvenir historique, mais une actualisation, pour chaque participant, du processus de libération (qui, il est vrai, va représenter une terrible nécessité pour les juifs tout au long de leur histoire !).

Nous savons que les "premiers chrétiens" se désignaient comme "les Saints" (Actes et Paul) ou "les Pauvres", Ebionim, qui deviendra ébionites, il faut faire preuve d'une extrême prudence pour éviter tout anachronisme, car les données très tardives que nous avons nous en font courir le risque. Les judéo-chrétiens étaient avant tout des juifs, de l'école théologique de Jésus, comme il y avait des juifs de l'école de Gamaliel ou de l'école de Jean le baptiste. Chez les tous premiers chrétiens de Jérusalem, on célèbre la Pâque juive en y associant la commémoration de la dernière Cène et le souvenir de la mort de Jésus. C'est seulement au second siècle que l'on va peu à peu, dans plusieurs communautés, célébrer deux fêtes distinctes : la première est la Pâque traditionnelle, avec un caractère plus marqué de tristesse et de jeûne, et qui est consacrée au souvenir de la passion (des souffrances) de Jésus, et la Pentecôte, sur une durée de 50 jours après la Pâque, et qui célèbre globalement la levée de Jésus du tombeau, son rappel auprès de Dieu et l'infusion de l'Esprit sur les disciples. A partir du 4ème siècle on raccourcit les réjouissances, et on célèbre le vendredi le plus proche du 15 de Nisan et jusqu'au dimanche deux fêtes : la Pascha staurôsimon, ou fête de la crucifixion, et la Pascha anastasimon, fête de l'élévation, résurrection et ascension conjointes.

A ce stade nous ferons deux remarques : l'une de forme est que c'est sans doute à partir de ce moment que chez les chrétiens, maintenant séparés et adversaires des juifs, on parle non plus de la Pâque, mais des Pâques ; la seconde, très importante, est que pour les chrétiens de Jérusalem la Résurrection (les termes hébreu et grec disent : le relèvement) consiste en ce que " cet homme que vous avez livré et fait crucifier par la main des impies, Dieu l'a relevé en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir (Ac. 2, 23)… David est mort, son tombeau se trouve encore aujourd'hui chez nous ...mais ce Jésus, Dieu l'a relevé et exalté (fait venir aux cieux) par sa main droite (en vertu de sa toute puissance, Ac. 2, 29, 32, 33)

Il y aurait beaucoup à dire sur ces formulations, rédactions les plus anciennes de ce fameux "kérygme post-pascal". Elles veulent dire en tout cas que Dieu, par une faveur spéciale, a tiré Jésus du néant où croupissent la plupart des morts, et a élevé auprès de lui, dans une vie céleste continuée, l'homme qu'il avait désigné comme son Messie-oint. Jésus est encore loin d'être cette deuxième personne divine sortant par ses propres forces et sans difficulté du tombeau, et montant "rejoindre" la première personne divine, si toutefois ces mots ont un sens. Cette sorte de mythologie, très parlante pour des Grecs et des Romains de l'Antiquité, n'aurait pas touché des juifs et ne nous touche plus guère.

Alors qu'en est-il de la Résurrection ? Ce concept fait-il encore sens pour nous ? Il est très intéressant de constater que nombre d'exégètes et de théologiens chrétiens d'aujourd'hui essaient de le faire revivre dans un sens spirituel. Je citerai ici trois protestants : Louis Simon, dans "Réforme" du 4 au 10 mars 1999, sous le titre "L'Église du disparu de Pâques"; Henri Persoz et Gaston Deluz, docteur en théologie, dans l'Evangile et Liberté n° 120 de mars 1999. Leurs trois articles m'ont touché, et je voudrais vous faire partager mon vif intérêt en en donnant un aperçu, avant de vous confier mon sentiment personnel.

Louis Simon, dans l'hebdomadaire de l'ERF, nous fait revivre l'état d'esprit des proches de Jésus revenant au tombeau, après le Sabbat, et le trouvant vide. D'où le cri de désespoir de Marie de Magdala : "On a enlevé mon seigneur, et je ne sais où on l'a mis!". C'est ainsi que commence Pâques, par la disparition de Jésus. Certes, il y aura les "apparitions". Mais outre que ce sont des réalités subjectives et fugitives, "à bien lire jusqu'au bout, nous dit L. Simon, il s'agit à chaque fois de récits de disparition". Cette réflexion très intéressante est, je crois, à creuser : l'image de Jésus revient une dernière fois pour dire adieu au disciple aimant. Plus que le tombeau vide, ces apparitions - disparitions sont la preuve que Jésus est bien mort, et qu'il faudra faire avec cette réalité.

Le travail de deuil peut enfin commencer, et curieusement, puisqu'on ne peut plus compter que sur ses propres forces, sur sa propre, énergie, c'est à ce moment que l'espoir revient et les décuple. Le groupe des disciples n'a plus Jésus, et donc "que chacun, toutes affaires cessantes, se hâte de partir à sa recherche !". "L'Eglise, ajoute Simon, c'est des frères et des sœurs partageant cette passion de la recherche du "ressuscité", ou plus exactement des signes de sa présence agissante parmi nous.

On trouvera Jésus dans les textes, car là où vit sa parole, là vit toujours Jésus de Nazareth. On le trouvera aussi, fugitivement; sur tous les chantiers où son influence serait encore efficiente. Jésus, comme individu, est mort, définitivement, comme nous le serons tous, mais son souvenir et sa parole, malgré le désespoir, sont bel et bien ressuscités. Jésus n'est plus un être matériel, il est devenu une communication de force.

C'est en ce sens qu'argumente brillamment Henri Persoz dans "La résurrection des disciples d'Emmaüs". "Lorsque Jésus apparaît aux disciples, nous dit-il, ils ne le reconnaissent pas et, lorsqu'ils le reconnaissent, il disparaît (...) Il ne peut se faire connaître que dans le regret de ne pas l'avoir reconnu (...) le ressuscité n'est pas celui qui a quitté le tombeau" (...) mais l'être mystérieux "qui a expliqué les Écritures et partagé le pain". "Alors, conclut Persoz, les disciples se lèvent" (c'est le même verbe grec que l'on traduit ailleurs par ressusciter). "La résurrection est donc contagieuse, communicative". Les disciples ressuscitent d'avoir entendu les Écritures et, une nouvelle fois, partagé le pain. Déçus de leur messie une heure avant, ils ont maintenant "le coeur brûlant".

Concluons avec Gaston Deluz : "Jésus est ressuscité dans le coeur des disciples et non dans une tombe. L'événement n'est pas d'ordre matériel, mais spirituel. La résurrection est difficilement crédible sous cette forme naïvement réaliste d'un cadavre qui reprend vie. Et l'on imagine mal que Jésus se soit attardé 40 jours sur terre, comme le suggère le livre des Actes, pour apparaître fugitivement et de manière fantomatique à quelques apôtres (...)".

Ce qui, dans l'Antiquité païenne, faisait la force de la légende de Jésus, c'est à dire que la mort soit, pour des personnages d'exception, réversible, ce qui est de toute façon un des grands fantasmes de l'humanité, fait, à notre époque où seul l'instant compte, où seule la satisfaction immédiate de nos désirs a du prix, sa faiblesse. I1 y a incapacité de croire vraiment à la résurrection corporelle, et simultanément désintérêt pour qui n'aurait pas de pouvoirs supérieurs. Les jeunes générations ne sont pas composées d'athées, mais d'agnostiques par défaut de vie intérieure, même s'ils attachent du prix aux images virtuelles. Et ainsi nous pouvons comprendre et redouter que la Résurrection ne soit pas éternelle.

Qu'est-il advenu du pauvre Lazare, lorsque Jésus le releva, après quatre jours de tombeau ? Bizarrement, Jésus dit : "Déliez-le (car les cadavres juifs étaient entourés de bandelettes) et laissez-le aller !" Doit-on penser que le miraculeux retour à la vie est éternel, et que Lazare, le mort-vivant erre toujours de par le monde ?

Nous préférons croire, et nous croyons fortement, avec les auteurs que nous avons cités, que la Résurrection est dans nos coeurs et nos esprits. Mais qu'adviendra-t-il si nos esprits se ferment, ou si nous, hommes de foi, ne sommes plus là ? Les Évangiles, si nous les comprenons bien, nous montrent que toute survie est précaire. L. Simon disait que les récits d'apparition sont des récits de disparition. Marc 16, 19 : "Or le maître, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel.", Luc 24, 51 : "Et il arriva, tandis qu'il les bénissait, qu'il s'éloigna d'eux et fut emporté au ciel", Jean 20, 17 : "Jésus lui dit : 'Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père , (...) qui est votre Père, vers mon Dieu, qui est votre Dieu !". Que faire alors, pour que l'influx spirituel soit toujours vivant et fort; pour que le souvenir ne s'efface pas dans les nuées de l'oubli ? Qu'arriverait-il, s'il ne restait pas des veilleurs ?

Il arriverait que le Jésus authentique, celui de la réalité et de l'histoire, mourrait cette fois définitivement. I1 ne resterait que la colossale indifférence de la plupart, indifférence non seulement à la personne du rabbi galiléen, mais indifférence plus encore à ses leçons qui ont tout de même créé ce qu'il y a de meilleur dans notre civilisation : respect de la vie et non violence, autant que faire se peut; priorité spirituelle des modestes au milieu des arrogants et des cupides; possibilité et bienfaisance d'un rapport personnel avec DIEU-PÈRE.

Bien sûr, les chrétiens traditionnels se réclament aussi de Jésus : nous pensons qu'ils s'en sont créé l'image qui leur convenait, fabriquée et artificielle, c'est dire une idole (avec tout les prestiges, il est vrai, de la peinture, de la musique et des consolantes légendes). Mais comme l'ont dit de grands penseurs, toute consolation est illusoire, et la vérité est plus forte que la pitié. L'homme Jésus, le Nazôréen sans déguisement, c'est celui que nous, une poignée de modernes ébionites, avons la lourde tâche de faire vivre. En serons-nous capables ?

Nous le serons tout d'abord si nous sommes persévérants : si, à l'inverse des comportements ambiants généralisés, nous ne sommes pas perpétuellement versatiles : des zappeurs religieux consommant, dans l'hypermarché des croyances, tantôt un peu de ceci, tantôt un peu de cela, toujours superficiellement et sans s'engager. Nous le serons si nous sommes sérieux : si nous comprenons qu'il ne faut pas survoler les enseignements du Maître, mais les étudier et les approfondir. Et surtout, si nous les avons compris, en ayant la volonté de les mettre en pratique, même si cela nous coûte. Nous le serons enfin si nous comprenons qu'une activité spirituelle est, n'ayons pas de timidité devant le mot, religieuse, c'est-à-dire solidarité avec d'autres, à qui nous avons le devoir d'apporter, et relation avec Dieu, que nous avons le devoir de rechercher. Ainsi nous saurons que l'Esprit n'est pas là pour dilater notre ego, pour une jouissance narcissique, mais pour nous faciliter notre Devoir.

Si nous savons, humblement, accomplir ce Devoir, alors nous ressusciterons dans une permanente Pâque, et ferons vivre cette christité qui est le seul lien possible avec Dieu. Joyeuses Pâques, soeurs et frères, Jésus est mort, christ est ressuscité !

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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