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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:31

"Le christianisme libre", par Albert Blanchard-Gaillard, Recherches unitariennes, n° 3, fin 1997, début 1998

Les chrétiens unitariens francophones sont si peu nombreux, si méconnus ! Auraient-ils donc besoin d'un autre slogan, d'un autre titre distinctif ? Vouloir établir une équivalence entre unitarisme et christianisme libre, ne serait ce pas une innovation injustifiée ? L'auteur de ces lignes répond négativement à cette dernière interrogation, et ce pour trois raisons :

Quant en 1986, nous contribuâmes à la création de l'Association unitarienne francophone, nous publiâmes immédiatement un petit bulletin intitulé "Approches unitariennes" avec en dessous "vers un christianisme libre". Après quelques numéros et sur la demande d'un adhérent agnostique, nous supprimions la deuxième partie du titre, ce que certains regrettèrent. Une conférence publique donnée à Marseille en 1993 par votre président, et qui réunit un public varié, était annoncée ainsi : "Un christianisme libre, l'unitarisme, de Jésus à Théodore Monod". Ces deux modestes exemples manifestaient bien la volonté d'établir une certaine équivalence entre les deux dénominations.

N’était-ce qu'une vue personnelle ? Pourtant il y a, à cela, des références historiques. A leur apparition, les courants chrétiens non-trinitaires, par exemple en Transylvanie, où ils s'organisèrent à partir de 1568, voulurent se faire appeler seulement "chrétiens". Leur leader Francis David se désignait comme "serviteur de Jésus-Christ crucifié". L'appellation de "chrétiens" resta en usage jusqu'en 1638, soit pendant 70 ans. I1 en fut de même pour les florissantes Eglises anti-trinitaires de la voisine Pologne, rassemblées en une "Ecclesia minor", et qui se faisaient simplement appeler "frères" ou "chrétiens". Ces chrétiens ne se voulaient d'aucune des grandes Eglises existantes, catholique, luthérienne, réformée ou orthodoxe, par lesquelles ils étaient d'ailleurs systématiquement persécutés.

Plus près de nous, le grand théologien britannique James Martineau (1805 - 1900) commença à penser, quoique ferme dans ses convictions unitariennes, que la dénomination était organisée sur des bases trop étroites et théologiquement trop strictes, et qu'il convenait de rassembler toutes les Eglises chrétiennes libérales. C'est pourquoi il organisa, ou chercha à organiser, les 300 Eglises libérales du Royaume en une "Free Christian Union", laquelle dura jusqu'à sa fusion, en 1926, dans "l'Assemblée Générales des Eglises Unitariennes et Chrétiennes Libres", Eglises entre lesquelles on ne fait plus, maintenant, de différence.

Parmi les membres et les amis de l'AFCU, certains se sentent peu attirés par l'appellation "unitarisme", qui leur semble avoir une connotation en "isme" un tant soit peu partisane, à un moment où s'organise une sectaire croisade contre les sectes, qui ne distingue pas entre les sectes dangereuses (il y en a) et les courants religieux minoritaires. Cela ne veut pas dire que ces amis ne reconnaissent pas la richesse de la voie unitarienne ; mais ils indiquent que, de tous les courants chrétiens, le nôtre est le seul qui se distingue par une appellation théologique. Ils pensent encore qu'il est plus intéressant de mettre en avant notre revendication d'être un christianisme authentique, ce que nous faisons d'ailleurs en nous désignant comme "chrétiens unitariens".

Il n'est pas question dans ma pensée d'abandonner la référence unitarienne. Je crois qu'il n'y a pas d'inconvénient non plus à revendiquer notre qualité de "chrétiens libres".

Mais que disons-nous quand nous parlons de "Christianisme libre" ?

Nous disons fortement que nous sommes d'authentiques chrétiens. Nous le disons d'abord aux autres chrétiens. Est chrétienne toute personne qui prend au sérieux les enseignements de Jésus, sans restriction ou addition ultérieures, et qui est décidée à les suivre. Lc, 9, 49,50 : "Maître, nous avons vu quelqu'un expulser les démons en ton nom. Et nous le lui avons interdit, car il ne marche pas avec nous." Mais Jésus dit: "N'interdisez personne". Ce que disent ces versets, c'est que Jésus n'a donné de concession exclusive du christianisme à personne, et que donc aucune institution ne peut décerner de brevet de chrétiens aux unitariens, ni les disqualifier. Nous le montrons aussi aux non-chrétiens : il peut exister un christianisme simple, rationnel, ni mythologique ni extravagant.

Il existe depuis des siècles un christianisme libre, c'est-à-dire qui ne soit pas asservi

1) à une Eglise (avec un grand E), à une énorme structure, contraignante, centralisatrice ou même totalitaire, calquée au départ sur l'administration impériale romaine. On obéit à Dieu, et à lui seul, dans toute Eglise, assemblée, congrégation locale où sa parole est honnêtement prêchée. L'assemblée de Digne a travaillé sur le thème, à reprendre sans cesse : Jésus n'a jamais fondé d'Eglise. Tous les croyants doivent être des ministres, non virtuellement. mais dans les faits.

2) à des dogmes inventés peu à peu, plusieurs siècles après le Christ, selon des enjeux de pouvoir. Est à remettre particulièrement en question la légende dogmatique du péché originel. d'où découlent toutes les autres constructions. Un théologien catholique, excommunié, Tissa Balasuriya, l'a fait dans son livre "Marie ou la libération humaine (éd. Golias)", selon nous de manière très timorée et incomplète.

3) à une adhésion superficielle au christianisme par le biais de la famille ou du groupe ethnique. Etre chrétien n'est pas une étiquette ou une marque tribale.

4) au matérialisme religieux, c'est-à-dire à la foi magique en des pratiques rituelles, dévotionnelles, pérégrines. Objets. images et personnes ne sont jamais saints, et leur culte est blasphème. La culture atavique qui nous imprègne est puissante et millénaire. Elle n'est pas judéo-chrétienne, comme on le dit légèrement, mais pagano-chrétienne.

C'est un énorme travail, sans cesse repris par des chrétiens libres (nous n'aimons pas le mot "libéraux", aux connotations trop économico-politiques ou qui sous entend un bienveillant laxisme). Sommes nous plus libres que les autres ? Ce serait prétentieux de l'affirmer, mais nous avons en tout cas la ferme volonté de critiquer et de rejeter tout ce qui nous empêche de revenir à l'inspiration originelle du christianisme. Pour beaucoup d'entre nous, le détournement commence avec un citoyen romain, Paul. C'est dire si nous avons du travail ! Des groupes comme celui de Digne l'ont commencé, sur certains des sujets évoqués plus haut.

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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