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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:43

"Grandeur de Jésus", Recherches unitarienne, n° 7, début 2000, études coordonnées en 1999 par Albert Blanchard-Gaillard au sein du groupe unitarien de Digne

Un groupe d'amis, chrétiens libres *, étudie depuis des années, avec une affection et un respect fraternels, les enseignements et les faits significatifs de la vie de Jésus, le fils du charpentier. Le moteur de cette recherche est l'accord sur la grandeur remarquable de la vie brève du rabbi galiléen, qui peut encore aujourd'hui nous émouvoir et nous inspirer.

* chrétiens libres ne se veut pas un jugement de valeur. II désigne des chrétiens - c'est-à-dire des croyants attachés à l'enseignement de Jésus - qui ne veulent dépendre que de leur conscience (informée); et donc qui récusent et le magistère des grandes Églises, et tous les dogmes inventés bien après Jésus : péché originel, rédemption, incarnation, trinité.

En cela, ces libres croyants, dont nous allons rassembler les méditations, sont en concordance avec nombre d'hommes éminents, grands penseurs ou écrivains, qui ont été touchés par la parole du Nazôréen. Ainsi, en vrac : Spinoza écrit (dans le T.T.P., ch. 1 ) "Je ne crois pas que personne ne se soit jamais élevé à une perfection qui le place à ce point au-dessus des autres hommes, si ce n'est le Christ". Thomas Jefferson (lettre à B. Rush du 21 avril 1803) affirme "Aux corruptions du christianisme, je suis, bien sûr, opposé; mais non aux enseignements originaux de Jésus. Je suis sincèrement attaché à ses doctrines, de préférence à toutes autres; lui attribuant toutes les supériorités humaines, sachant qu'il n'en a jamais réclamé d'autres." Gandhi proclame (dans "Toutes les religions sont vraies", 1962) "Que représente Jésus pour moi ? C'est un des plus grands Éducateurs que l'humanité ait jamais eus." Pour Emmanuel Kant, Jésus est "le grand instituteur du peuple" (Anthropologie ... , Vrin 1964), "l'exemple d'un homme agréable à Dieu, irréprochable, qui a provoqué une révolution du genre humain." (d'après X. Tillette, "La christologie idéaliste"). Newton qui, dans ses manuscrits non publiés, réfute l'idée de la divinité du Christ, parle, dans Keynes Ms. 2, de "la gloire du Christ et de l'autorité qu'il acquit par sa mort." Hegel consacre deux ouvrages à la vie de Jésus.

En somme, on pourrait inférer de ces citations (parmi tant d'autres équivalentes) l'idée subtile formulée ainsi par R. W. Emerson, ancien pasteur unitarien : "je ne peux que penser que Jésus sera le mieux aimé par ceux qui l'adorent le moins." (Journal, t. 3 ). C'est que dire la grandeur de Jésus est d'une certaine façon nier sa divinité, affirmer son caractère uniquement humain. Un homme peut être grand ou bas; la grandeur se dit d'une mesure. Dieu est incommensurable, infini et tout puissant. Ce n'est que d'un homme qu'on peut dire qu'il a une grande élévation morale. Dieu "agit" selon son essence, il ne grandit ni ne s'abaisse du moins si l'on veut bien considérer le Tout-autre différemment d'un surhomme.

C'est pourquoi le cercle des chercheurs chrétiens récuse fortement ou est indifférent à la notion absurde et artificielle de kénose, dont se gargarisent tant, dans leur argot, les théologiens salariés. Le terme de kénose a été forgé par les "Pères de l'Eglise" (les écrivains ecclésiastiques) à partir de l'adjectif grec " kevoç " : vide, épuisé, futile. Il voudrait signifier, selon Ph. 2, 6, sqq., le dépouillement de tout pouvoir, l'épuisement, l'abaissement : "lui qui disposait d'une apparence divine (trad. orthodoxe "lui qui était de condition divine") il n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu. Mais il s'est dépouillé ...devenant semblable aux hommes ...il s'est abaissé ...jusqu'à la mort ...sur une croix." Ainsi selon Paul, très misanthrope, Jésus devenant homme et mourant supplicié, serait tombé dans (ou aurait accepté) une condition méprisable. On sait que Paul, qui n'a pas connu Jésus, tient pour rien sa vie et son enseignement.

Nous autres, qui ne bénéficions pas d'apparitions, ne pouvons apprécier que la trajectoire et les enseignements les plus authentiques de leschouah, tels que les parties fiables des Évangiles les retracent. Aussi ne considérons-nous pas que l'existence humaine de Jésus - la seule que nous pouvons appréhender - soit l'itinéraire d'un abaissement, mais plutôt celui d'une - difficile - ascension; d'une " anabasis ", pas d'une kénose. Après tout, la condition humaine, imparfaite, mortelle, est telle que Dieu l'a voulue. Comme le disait, au XIIIème siècle le troubadour Peire Cardenal parlant de sa "vie malhabile" : " J'ai été tel qu'il (Dieu) m'a pétri". Le Créateur, donc, sauf injustice, ne peut reprocher à l'homme sa faiblesse constitutive, et la tenir pour une faute, mais doit avoir une tendresse paternelle pour ceux qui essaient de s'élever. Comme Spinoza, Hegel ou Gandhi, nous ne sommes confortés que par ce que nous pouvons connaître, l'exemple et l'enseignement humains de Jésus. Et seul un comportement humain, qui, malgré ses faiblesses, n'est pas un abaissement, pourrait nous inspirer. L'espoir du salut, pour nous, ne peut passer que par la preuve qu'un homme comme nous - Jésus - a pu l'atteindre, avec la grâce de Dieu.

Ce n'est pas par un caprice pervers que les chrétiens libres récusent l'opinion communément répandue qui veut que le Christ soit Dieu, ni par amour du paradoxe ou de l'hérésie. C'est par souci de la vérité, qui, seule, "nous rendra libres", même si elle est moins facile à admettre. Mais d'abord, est-elle si répandue, cette foi en la divinité d'un homme ? Le dernier sondage (C.S.A., 30‑31 octobre 1998) sur les croyances religieuses des Français, publié dans le n° hors-série 35 du "Nouvel Observateur" atteste que 42% seulement de nos compatriotes pensent que Jésus était "Un Dieu", 27% même des catholiques les plus pratiquants ne le croyant pas. Cela relativise l'accusation d'horrible hérésie qui pourrait être portée contre des chrétiens qui feraient foi à la seule humanité du rabbi leschouah, ces chrétiens-là non seulement n'étant pas marginaux, mais au contraire se trouvant en phase avec la majorité des chrétiens de leur pays.

Beaucoup de gens peu informés croient que l'on s'ingénie à leur faire croire qu'il n'y a qu'un seule sorte de christianisme, celui qui est dispensé par les grandes Églises établies, qui en seraient pour ainsi dire les concessionnaires. Elles devraient cette situation privilégiée au fait que les doctrines chrétiennes, dont elles seraient les garantes, n'auraient jamais variées depuis les origines. Une telle affirmation est une contrevérité éhontée, que viennent dissiper aussi bien l'histoire que l'exégèse quand elles sont pratiquées de manière honnête.

Un des tours de prestidigitation non innocent pratiqué par des théologiens officiels consiste en l'emploi de termes techniques grecs (comme celui de kénose) destinés à impressionner les profanes. Il en est ainsi de l'expression "kérygme post-pascal" qui jouit d'une certaine fortune pour laisser entendre que dès la découverte du tombeau vide, les disciples ont admis la divinité de leur maître et, pour ainsi dire, tout le credo nicéen. Le mot kérygme est certes impressionnant, mais d'après le dictionnaire il ne veut dire que "annonce par le crieur public, proclamation, propagande".

Quelle est donc, à Jérusalem après la mort déplorable de Jésus, la proclamation des disciples ? Les Actes des Apôtres et l'histoire nous renseignent à ce sujet. Les "Actes" nous disent en effet (2, 22 et la suite, c'est Pierre qui s'adresse à la foule, il ne peut être plus kérygmatique) : "Israélites, écoutez mes paroles : Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu avait accrédité auprès de vous en opérant par lui ...des prodiges et des signes ...cet homme ...vous l'avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies (les Romains); mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort ...Exalté par la droite de Dieu, il a donc reçu du Père l'Esprit Saint promis (en fait, tou pneumatos tou agiou = le souffle de sainteté)...Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude : Dieu l'a fait kurion kai christon (Maître et Messie) ce Jésus que vous, vous avez crucifié." II n'est pas temps de faire une exégèse détaillée de ce texte, d'ailleurs raccourci, mais il saute aux yeux les moins avertis que Pétros fait ici une dichotomie radicale entre Dieu, de qui viennent tous pouvoirs, et Jésus, qui est (passif) ressuscité par Dieu, qui est exalté, qui reçoit le Souffle, qui est créé maître et messie (titres exclusivement humains). Jésus ne s'est jamais proclamé Dieu, ni peut-être Prophète ou Messie.

L'histoire, celle du judaïsme, nous fait savoir que c'est seulement vers 90 - 100 qu'apparaît le premier texte rabbinique, la "Birkat ha-minim" (Bénédiction, en fait malédiction, des hérétiques) visant les premiers chrétiens. S. C. Mimouni, directeur à l'Ecole pratique des Hautes études (EPHE) et directeur de la Revue des études juives, date la séparation définitive du judaïsme et du christianisme de 135 et affirme, dans son livre capital : "Le judéo-christianisme ancien" (Cerf, 1998, p. 22, note 2) que "le judéo-christianisme de type "orthodoxe" reconnaît Jésus du moins après les environs de l'an 100 autant dans sa messianité que dans sa divinité."

C'est dire que c'est au début du IIe siècle seulement que certains courants chrétiens commencent à parler - sous leur seule responsabilité - de la divinité de Jésus. C'est dire aussi que, même s'il a été vaincu par le pagano-christianisme, le premier christianisme a une "christologie" dite "basse" (mais c'est un jugement de valeur ultérieur), fondée sur la seule humanité de jésus. Le "kérygme primitif", c'est que Jésus est le messie, c'est à dire un personnage humain, attendu par les cercles messianistes. Ce christianisme originel a été le seul (et d'ailleurs le seul possible au sein du judaïsme) pendant trois générations après la mort de jésus. II était théologiquement viable, et n'a succombé que sous les coups partisans du judaïsme rabbinique, devenu exclusif, et du christianisme hellénistique impérial. Viable pendant longtemps auprès de ceux qui avaient connu Jésus et auprès de leurs héritiers immédiats, ce christianisme sans les ajouts ultérieurs, donc le plus fidèle, peut encore revivre. Quelle en serait l'efficacité si on lui laissait sa place ? C'est ce à quoi veulent parvenir les chrétiens libres.

Une dernière évaluation reste à faire. Les Églises perdent leurs adhérents, tant leur christologie surnaturaliste et byzantine est peu crédible. Qu'est-ce qui peut faire croire que le simple christianisme des débuts est encore pertinent ? Pourquoi Jésus, modeste rabbi du Ier siècle, pourrait-il encore nous enseigner ? En quoi serait-il plus universel et plus permanent que d'autres grands réformateurs, comme Bouddha et Mahomet ? Si l'on ne veut sombrer dans l'indifférentisme ou le "zapping religieux", les deux attitudes les plus répandues aujourd'hui, il faut répondre sérieusement à ces questions. Voilà encore une des tâches essentielles pour des chrétiens "cherchant".

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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