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CU 93, juillet 09 - La jubilation sensorielle

La jubilation sensorielle dans l’amour de Dieu
par Eric Agier,

publié en article à la Une dans le bulletin de la Correspondance unitarienne, n° 93, juillet 2009, 1 p.

Saint Augustin nous apprend que nos cinq sens peuvent, parallèlement à notre cœur ou à notre âme, nous servir de lieu de communion avec le divin. Exaltées en profondeur, ils dépassent leurs fonctions utilitaires pour s’ouvrir à de vrais jubilations.
Il dit : " L’amour de Dieu, c’est une lumière, un chant, une senteur, la saveur d’un mets, ou une étreinte pour moi qui suis un homme ". Ce qui signifie que la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, nous permettent d’éprouver le sentiment du cosmique, de l’universel.

La contemplation d’un paysage ou d’une toile de maître, l’écoute d’une fugue de J.S. Bach, le fait de bien humer une fleur, de savourer un foie de canard, ou de faire l’amour à une belle fille peuvent devenir des moments divins.
Les animaux semblent d’ailleurs être capables d’éprouver de telles émotions jubilatoires en prise directe avec le cosmique. N’essayez pas de les déranger en train de dévorer leur proie, ou lorsqu’ils boivent ou qu’ils copulent en de vibrants assauts. Ils pourraient vous mordre.

Sandy 06Hélas, les petits bourgeois que nous sommes devenus avons beaucoup perdu de nos facultés de jubilation sensorielle primaire, que les savants appellent " cinesthésie " et " coenesthésie ". Nous ne savons plus voir, écouter, sentir, savourer, aimer dans le tréfonds de notre âme. A qui la faute ?

La débile imagerie TV, la chansonnette Pop, le bavardage Natel, la mal bouffe Mac Do, le coït dix minutes sont l’image de notre actuel mal être. Le rapport direct et en profondeur avec les éléments naturels, qui étaient encore l’apanage de nos récents ancêtres, n’est plus réservé aujourd’hui qu’à une élite d’initiés. Il nous faut réapprendre d’urgence ce que signifie cinesthésie et coenesthésie. Sans parler encore d’un nécessaire retour à des aspirations plus affectives et spirituelles grâce à la pratique de nouveaux modes de pensée, d’échange et de créativité.

Certains pourraient aussi se demander si Jésus a eu le loisir de s’exprimer lui-même sur le problème de la spiritualité et du sensoriel ? Je réponds oui, pour autant que l’on veuille bien relire les évangiles de manière plus attentive car ces récits tardifs ne nous ont transmis que quelques bribes de réflexions philosophiques. 


A propos de notre ouïe seconde, de cette faculté que nous avons de percevoir comme une divine mélopée, ce chant silencieux qui nous enlace parfois au cours d’une méditation, Jésus avait déclaré : "Celui qui entend le Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ou celle-là ma sœur". Et concernant notre œil, ce regard que nous pouvons lever vers les beautés de la nature, il dit avec simplicité : "Regardez les oiseaux du ciel ... " et aussi "Les fleurs des champs ne travaillent ni ne filent, cependant Salomon avec toutes ses richesses n’a jamais eu d’aussi beaux vêtements".

Quant à la perception d’une profonde saveur dans les mets, on peut dire de Jésus, à la différence des ascètes de son temps, qu’il aimait bien manger : " Le fils de l’homme est venu, il mange, il boit, et l’on dit : voilà un glouton et un ivrogne ". Et ceci : " Il leva les yeux vers le ciel et remercia Dieu pour ces aliments". Il avait aussi du palais : " Si le sel devrait perdre sa saveur, avec quoi la lui rendrait-on ? ". Après qu’il eût changé de l’eau en vin aux noces de Cana, " le maître de la fête vint lui dire : tout le monde sert d’abord le meilleur vin, mais toi, tu l’as gardé pour la fin ! ". Sa réflexion, magnifiant nos nutriments : " Ceci est mon corps et cela est mon sang ", placée par Jean au début de son ministère, n’était pas destiné à devenir un rite mortuaire théophagique (1). Jésus était opposé, par ailleurs, à tout interdit alimentaire : " Ce n’est pas ce qui entre dans le corps qui le souille, mais ce qui en sort ! ".
 

Eric Agier est auteur d’un livre publié en 2006 par les éditions L’Harmattan dans la collection "Cheminements spirituels " : Interview de Jésus-Christ. Les questions de Benoît, 166 p. (le bulletin n° 63, janvier 2007 en avait fait part). Il habite en Suisse, à Buchillon. Il est membre de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU
).

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