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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:04

Suite de l’article précédent


Le rejet du manifeste par les socialistes


Sur place, les amis radicaux appuient ces idées. Par contre, ce sera vite la rupture avec les socialistes de Neuchâtel qui ne veulent pas se compromettre avec des « supra-naturalistes » ! L’heure est déjà au socialisme matérialiste, anti-religieux. Les socialistes du canton reçoivent d’ailleurs la visite du révolutionnaire russe Bakounine (qui virera plus tard à l’anarchisme et au terrorisme) à Locke, banlieue ouvrière, du 20 au 22 février, lequel leader déclare d’une façon péremptoire que « la supposition d’un Dieu créateur du monde est absolument contraire au bon sens » ; pour lui, « le monde existe par lui-même de toute éternité ». En arrière fond, la lutte des classes entre les ouvriers (soutenus par les socialistes) et les bourgeois (soutenus par les radicaux). Pour la première fois, au 1er mars 1869, des ouvriers du canton de Neuchâtel, exhortés par les socialistes , s’abstiennent de participer à la fête patriotique qui, chaque premier mars, célèbre la révolution ("bourgeoise" pour eux) de 1848.


A propos du christianisme social, James Guillaume, l ‘éditeur du Progrès *, écrira dans le 4ème n° de ce journal socialiste : « Que les hommes qui, dans le canton de Neuchâtel, ont inauguré le mouvement qu’on baptise du nom de christianisme libéral, y réfléchissent. S’ils s’adressent à la bourgeoisie, ils feront bien de lui offrir une potion anodine, fortement mixturée de mysticisme spiritualiste et de sentimentalité religieuse. Mais s’ils veulent être entendus des ouvriers, qu’ils laissent là leur tisane chrétienne : pour les hommes, il faut du vin pur «  (op. cité, p. 137). Toutefois le journal socialiste Le Progrès continue sa critique des dévots calvinistes.


* lancé en janvier 1869, ce journal hebdomadaire, au début « organe des démocrates loclois », devient « l’organe socialiste de la commune ouvrière du Locle » (Le Locle, canton de Neuchâtel). Il est envoyé dans plusieurs pays étrangers à des socialistes de l’Alliance internationale des travailleurs dont Bakounine a donné les noms.

 

neuchatel_carte_canton_bis.gif


Paix et Liberté


Parallèlement à cet activisme religieux, et toujours dans la logique de l’universel, Ferdinand Buisson met à profit son exil en Suisse pour assister aux trois premiers congrès internationaux de la Paix et de la Liberté (1867, 1868 et 1869). Celui, à Genève en 1868, est présidé par Giuseppe Garibaldi ; à Lausanne l'année suivante, c’est par Victor Hugo. A ce dernier congrès, Buisson lit un discours marqué par un vif antimilitarisme : "Je voudrais un Voltaire occupé pendant cinquante ans à tourner en ridicule les rois, les guerres, les armées ! " Ses adversaires ne pardonneront pas à Buisson d'avoir alors comparé l'uniforme militaire à une "ignominieuse livrée ". Il se justifiera plus tard, arguant de sa jeunesse et précisant qu'il avait fait allusion à l'armée de Napoléon III !

 

suisse_carte.jpg

le pays de Neuchâtel, en Suisse romande,

entre le Jura vaudois et le Jura bernois (partie francophone du canton de Berne)

 

Epilogue


Ses conférences suscitèrent, par réaction, la création de l'Eglise indépendante de Neuchâtel en 1873, mais de nature non libérale ! De retour en France après 1870, il devint inspecteur général de l'enseignement primaire (1878), collabora avec Jules Ferry à l'instauration de l'école laïque, au lancement des Écoles normales supérieures formant les personnels des Écoles normales et fut professeur de pédagogie à la Sorbonne (1896). Il participa à la révision du procès Dreyfus et à la fondation de la Ligue des droits de l'homme (dont il fut président de 1913 à1926). Député radical-socialiste (1902-1914; 1919-1924), il présida la commission de la séparation des Eglises et de l'Etat en 1905. Il reçut le prix Nobel de la paix en 1927.
 

A suivre ...

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:07

Suite des articles précédents


Notice bibliographique

 

a) publications de l'auteur


- Le Christianisme libéral, Cherbuliez, Paris, 1865, rééd Théolib, 2008.
- De l'enseignement de l'histoire sainte dans les écoles primaires, 1869, rééd Théolib, 2008.
- Sébastien Castellion, sa vie, son oeuvre, Hachette, Paris, 1892, 2 tomes [(fr) lire en ligne]
- La Religion, la Morale et la Science, quatre conférences. Fischbacher, Paris, 1900, rééd Théolib, 2008.
- Libre Pensée et protestantisme libéral, quatre lettres au Protestant et réponses de Charles Wagner. Fischbacher, Paris, 1903, rééd Théolib, 2008
- Condorcet, réédition : Alcan, Paris, 1929.
 - (Dir.) Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (deux éditions, en 1887 et en 1911). – Réédition : Alcan, Paris, 1929. Réédition en cours du texte intégral du "Nouveau Dictionnaire" (1911) par Théolib.
- (Dir.) Nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire  (lien).
- Éducation et République. Choix de 111 textes, effectué par Pierre Hayat, avec des notes et une présentation, aux éditions Kimé, Paris, 2003.
- La politique radicale, 1908.
- Le vote des femmes, Paris, H.Dunod et E.Pinat,1911
- L'avenir du sentiment religieux (1914), Fischbacher; 1923, rééd Théolib, 2008.
- Le fonds religieux de la morale laïque, dans Revue pédagogique, rééd Théolib, 2008.
- Sommes-nous tous des libres croyants ? Libre pensée et protestantisme libéral, Éditions Le foyer de l'âme/Église réformée de la Bastille, 1992. (co-auteur : le pasteur Charles Wagner)
- Souvenirs et autres écrits, sous ce titre Theolib a réédité en 2011 la conférence Souvenirs prononcée par F. Buisson en 1916 (et éditée une seule fois chez Fischbacher en 1916) ; l'hommage à Félix Pécaut du 3 août 1898 ; L'école et la nation en France, une synthèse de sa vision républicaine de l'école paru en 1913 dans L'Année pédagogique.
 

 

Le texte du Manifeste du protestantisme libéral a été numérisé par Google ( lien)
 


Théolib ( lien) a réédité des textes de F. Buisson : 1 - dans la collection "Libres pensées protestantes"


- une déclaration de l’Union protestante libérale dans BERSIER Eugène, BUISSON Ferdinand, COQUEREL fils Athanase, DELORD Taxile, etc. - Athanase Coquerel fils ou le procès ecclésiastique d'un pasteur libéral.


- Le christianisme libéral, par Ferdinand Buisson et Félix Pécaut. Présentation de l’éditeur : « Pour un christianisme laïque et républicain » : Entre 1865 et 1870, Ferdinand Buisson et Félix Pécaut s’attachèrent à une œuvre immense : redéfinir un christianisme libéral, tenant compte du progrès de la science et de l’exégèse, mais témoignant aussi du besoin de dépasser les frontières artificielles, confessionnelles et religieuses, qui empêchent si souvent les humains de se rejoindre. Ce “christianisme libéral”, appelé de leurs vœux, connut une brève réalisation en 1869, avec la création d’une Église libérale à Neuchâtel. Félix Pécaut en fut le pasteur, et c’est alors que les deux hommes vécurent, outre le début d’une amitié qui ne devait plus s’estomper, la complicité d’un combat commun. Celui-ci devait les conduire, dix ans plus tard et à la demande de Jules Ferry, à fonder ensemble l’école de la République… Mais, pour l’instant, il s’agit pour eux “d’édifier une religion vivante sur le fondement de l’individu et de la vie naturelle”, pour reprendre les termes de Pécaut, ou encore, pour le dire avec les mots de Buisson - sans qu’il y ait de décalage entre les deux auteurs - de proclamer une Église où “Jésus-Christ est tout, les dogmes ne sont rien”. Dans ce livre, nous avons rassemblé certains textes dont les titres indiquent suffisamment la proximité : “Le Manifeste du christianisme libéral” et “Le christianisme libéral”, dus à la plume de Ferdinand Buisson, et de Félix Pécaut “Qu’est-ce que le christianisme libéral ?” et “Le christianisme libéral et le miracle”.


- Libre pensée et protestantisme libéral, suivi de Les Droits de l’Homme, Ferdinand Buisson et Charles Wagner. Présentation de l’éditeur : "[…] Lorsque Ferdinand Buisson se rapprocha de la libre pensée, convaincu que le protestantisme libéral trouverait dans ses rangs des partenaires et des proches, de nombreux protestants s’en émurent. Ferdinand Buisson rédigea donc une brochure, que Charles Wagner devait éditer dans Le Protestant sous forme de feuilleton. La taille en étant importante, cela devint un livre, comprenant la réponse de Charles Wagner aux quatre “lettres” de Buisson. Peu après, les deux hommes se retrouvèrent pour un échange, cette fois en direct, autour des Droits de l’Homme, dans le cadre de l’“Union de Libres penseurs et de Libres croyants pour la Culture morale”, fondée par Buisson et dont Wagner était le Président d’honneur ".


- La Religion, la Morale et la Science. Leur conflit dans l’éducation contemporaine. Présentation de l’éditeur : Des “religions du passé” à “l’irréligion de l’avenir” : “Est religieux tout acte qui élève l’homme vers un idéal inaccessible sans doute, mais si beau, si grand, et d’autre part si attrayant et si impérieux qu’il se sent obligé de le poursuivre. […] Croire en Dieu, ce n’est pas croire que Dieu est, c’est vouloir qu’il soit.”. Ces quelques lignes de Ferdinand Buisson indiquent bien la perspective de l’ouvrage : participer à l’élaboration d’une religion toute spirituelle, profondément laïque, sans dogme ni miracle, sans prêtre ni autel, une religion toute humaine - diront certains - , mais où le grand acteur de la laïcité française trouve l’essence même du religieux : l’aspiration de la personne humaine à aller au-delà d’elle-même. […] Le livre, en tant que tel, est de nature à apporter beaucoup dans la construction de cette “spiritualité laïque” dont nombre d’entre nous rêvent encore, et qui pourrait, peut-être, être une chance pour demain ".


Ferdinand-Buisson-.jpg2 - Et dans la collection « Sources laïques », sous la direction de Ferdinand Buisson - Nouveau Dictionnaire de Pédagogie et d’Instruction primaire – La Bible des hussards noirs. A paraître. Présentation par l’éditeur : ce véritable Manuel de l’instituteur républicain, publié en 1911, coordonné par James Guillaume et dirigé par Fernand Buisson, n’avait jamais été réédité. Par bien des aspects, à l’heure où les débats relatifs à l’école reviennent au premier plan, ce Dictionnaire est d’une étonnante actualité ; sa réédition nous est apparue d’utilité publique. Dans notre réédition, il représentera 12 volumes de 500 pages, dont le 6e sera bientôt chez l’imprimeur. L’ensemble devrait être disponible en juin 2012. Ce dictionnaire fut surnommé « la Bible des hussards noirs de la République française » .


b) sur Ferdinand Buisson :


Wikipedia, article à son nom (lien)
Martine Brunet, " L'unité d'une vie ", dans « Ferdinand Buisson, Souvenirs et autres écrits », Théolib (collection Libres pensées protestantes), 2011, p. 119-170.
H. Meylan, «Les débuts de Ferdinand Buisson à Neuchâtel», dans MN (ndlr - sans doute une revue suisse ?), 1973, 100-113
J.-M. Mayeur, « La foi laïque de P. Buisson », dans Libre Pensée et Religion Laïque en France, 1980, 247-257
André Encrevé (sous la direction de), Les protestants, Dictionnaire du monde religieux, éd. Beauchesne, publié avec le concours du CNRS, Paris, 1993 (lien)
James Guillaume, L’Internationale, 1905, pp. 122-124 (lien)

à suivre ...

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 12:57

npb logoAu sein du protestantisme hollandais, d’héritage calviniste, le courant libéral se manifeste de plus en plus à partir de 1864 sous l’impulsion de Cornelis Willem Opzoomer, de Cornelis Petrus Tiele et d'autres. Une association, la Vrijzinnige (libéral) Geloofsgemeenschap (communauté de foi) est fondée en 1870. Elle sera ensuite plus connue sous les initiales NPB : La Nederlandse protestanten Bond (Bond = Union).

 

le logo du NPB


Pour ces protestants, la Bible n’est plus vue comme la Parole de Dieu dans un sens littéral, mais plutôt comme un document qui témoigne de l'amour de Dieu ; par ailleurs, le savoir scientifique moderne et la rationalité entrent dans le cadre de la foi. De nos jours, ce courant s’est élargi à l’humanisme religieux, lequel va au-delà du seul christianisme.


La NPB, en tant qu’association, réunit des fidèles qui veulent leur propres églises afin de mieux préparer une Eglise chrétienne d’avenir et qui sont donc dissidents (le mouvement compte quelques 70 «départements »), mais aussi d’autres qui sont restés au sein de l’Eglise réformée hollandaise. Aujourd’hui le NPB est en collaboration étroite avec d’autres Eglises dénominations libérales comme les Arminiens, les Remonstrants et les Mennonites. Ceci fait que le NPB est resté dénominationnellement une « Union » et non pas une « Eglise » (en néerlandais, Kerk), bien qu’elle dispose de ses propres églises et secteurs. La traduction en anglais maintient cette idée de ralliement transversal aux Eglises en parlant de « communauté de foi libérale » : Liberal Faith Community (NPB). Bien joué sur les deux tableaux ! Mais, par contre coup, l'Eglise réformée (la Protestantse Kerk in Nederland), délestée de ses éléments libéraux, s'avère beaucoup moins libérale que peut l'être par exemple la même Eglise en France (l'ERF).

 

npb_schiedam.jpgnpb_eglise_a_Weesp.jpg


Les églises les plus célèbres de ce courant sont celles de Schiedam (photo de gauche), fondée par François Haverschmidt , prédicateur et chef de file des libéraux, et qui fut consacrée en 1909, et de Weesp (photo de droite) laquelle fut donnée aux libéraux en 1940.


La Commission centrale pour le protestantisme libéral du NPB a contribué à la traduction de la Bible de Leiden (1914) et à la création de la radio VPRO en 1926 (qui est devenue depuis une importante radio-télévision).


Source : Wikipedia, article en néerlandais ( lien). 

 

Lors de la conférence internationale organisée du 7 au 12 février 2012 aux Philippines par l'International Council of Unitarians and Universalists (ICUU), la NPB vient d'être reconnue membre à part entière (lien).

à suivre

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 18:14

Michel-Jas-2011.jpg"DEUX DIEUX ? CHEZ DEUX MONOD" par Michel Jas, pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF), à paraître comme article à la Une dans le bulletin du mois d’avril 2012 de la Correspondance unitarienne, n° 114.


Cette courte réflexion croisant les parcours et sensibilités théologiques chez deux pasteurs de la famille Monod au tournant des siècles, il y a cent ans, permet d’évoquer le dialogue science et foi chez l’un, bien avant que l’on parle de l’Intelligent Design ou de la théologie du Process, et chez l’autre, de la foi comme protestation et contestation du réel avec des accents qui n’auraient pas fait rougir les cathares.


J’aime les théologies démodées. Deux vieux livres m’accompagnent depuis plusieurs dizaines d’années. L’un de spiritualité révolutionnaire derrière un langage prêché, piétiste et fleuri, l’autre, plus systématique, mais inclassable par la variété des champs interrogés et un peu démodé aussi.

 

Les-2-bouquins.JPG


Celui de Wilfred Monod, en avance sur les essais, tant catholiques d’ouvertures d’inspiration jésuite et très Vatican II (Zundel, Varillon, Varone, Bessière), que protestants de tendance freudienne ou bultmanienne (L. Basset, J.-D. Causse, Bourguet) refusant la toute puissance de Dieu, brille par sa virulence et clarté. Remanié de 1906 à 1923, le volume comprend des textes prononcés, pour les uns, devant des libres penseurs sensibles aux luttes sociales et pour les autres devant des protestants libristes préoccupés par l’évangélisation, Aux croyants et aux Athées devint pour moi un message libérateur face au problème du Mal parce que répondant de façon cohérente et courageuse au fameux dilemme attribué à Epicure : Ou Dieu peut supprimer les maux mais ne le veut pas ou au contraire, etc. Peu de pasteurs libéraux avaient découvert cette dualité (l’Evangile change notre vision de Dieu) avant Wilfred Monod.


L’autre Monod : Victor cite, uniquement dans un premier ouvrage en 1910 et en note, l’étude de son cousin aîné de 15 ans.


Plus théorique d’accès, son ouvrage de 1933 :  Dieu dans l’Univers, Essai sur l’action exercée sur la pensée chrétienne par les grands systèmes cosmologiques depuis Aristote jusqu’à nos jours, jamais réédité, cité seulement par le dogmaticien libéral de Genève Auguste Lemaitre, ne m’a, non plus, jamais quitté. Victor Monod est le premier protestant francophone à citer le grand mathématicien Whitehead, père de la théologie du Process. Et ceci avant la montée des orthodoxies du XXe siècle accueillies d’abord positivement, comme mettant fin à une sorte de relativisme subjectiviste de la foi. Orthodoxies protestantes, calvinienne puis barthienne, ensuite contestées par les deux Monod (de façon virulente par Victor dans la Revue du christianisme social).


« Un livre substantiel et passionnant » reconnaissait Wilfred. Peut être que Dieu dans l’Univers signifiait un compromis entre la vision militante d’un Dieu du « monde nouveau à construire », que lui, Wilfred, fondateur d’un christianisme politique-utopique prêchait, et le Dieu plus théorique « de nos pères », redevenu un peu plus créateur avec les préoccupations calvinistes puis barthiennes du début du XXe siècle, mais sans doute moins « souverain » et autoritaire que chez Calvin ( ?). Sans doute y discernait-il quelques réponses possibles ou souhaits de réactions que ses contemporains protestants francophones, à l’époque, désiraient à ses géniales outrances.

 

Wilfred, n’avait pas craint de distinguer le Dieu-Ancien du Nouveau (« nul ne s’est montré moins panthéiste que Jésus ; je nie Dieu, j’affirme le Père ; le chrétien n’est pas tenu de déifier la nature » ! ). Visionnaire, il était arrivé, par un mélange de motivation mystique et un désir d’incarner sa prédication, à de très risquées hypothèses franchement dualistes. Le grand historien du catharisme Jean Duvernoy me disait à Toulouse, quand je lui fis lire du Wilfred Monod, n’avoir rien lu d’aussi dualiste depuis le Livre des deux principes des cathares italiens ! Sur la route de Wilfred Monod, président d’une Eglise unie, pasteur, actif dans les œuvres sociales et professeur de théologie, il y eut l’influence du Marcion de Harnack, ce qui fut quand même extrême ! Certains de ses collègues ou fidèles dans le protestantisme français ont dû, à cette époque, chercher, plus ou moins directement, à tempérer cette voie exagérément tranchée ; car Wilfred n’était pas un marginal dans le protestantisme français (il dirigeait des revues, motivait les Synodes, présidait le conseil national d’une Eglise réformée regroupant les composantes évangéliques et libérales).


Les protestants de l’époque se partageaient entre d’un côté les piétistes calvinistes ou méthodistes de moins en moins naïvement créationnistes (beaucoup moins que les evangelicals actuels), grâce aux influences de Franz Leenhardt puis de Henri Bois à la Faculté de Montauban-Montpellier, et de l’autre côté les libéraux du Midi généralement spinozistes ou du moins rousseauistes et unitariens. Wilfred Monod cassait les aprioris de ces deux milieux par son fidéisme confessant, futuriste et social.


Peut être que, plus consensuel, Victor était tiraillé par le doute : « qui pourrait douter que le système de Copernic n’ait contribué à affaiblir la foi des chrétiens en une vie future et compromis gravement l’image traditionnelle du séjour des élus ? ».

 

Certaines pages de Victor annoncent celles des théologiens de la mort de Dieu, trente ans plus tard.


Dieu chancelant, à l’époque de Laplace, ou redevenu crédible, avec la philosophie de Bergson, ne doit pas être « excommunié de l’Univers » selon la formule de Wilfred. C’est dans l’univers, dans la chose du réel, que Victor veut replacer le possible Mystère. Mais non sans tension : Dieu exprime un impératif et une contestation morale, un devenir qui focalise une protestation.


Victor Monod tout autant que son cousin est conscient du dilemme mais à la différence de celui-là, ne s’arrête pas à l’antinomie. Wilfred Monod, qui pourtant correspondit avec Bergson, reproche à son cousin de confondre l’Esprit du Père avec « l’élan vital » qui reste, pour lui, celui de la jungle.


Le Dieu chrétien est né au confluent de deux pensées distinctes et s’est enrichi de leur fusion ; le Dieu éthique issu de la tradition juive et chrétienne, et le Dieu physique, issu de la tradition grecque qui répond au principe d’explication nécessaire au premier courant. Pour Victor, les deux chemins pour arriver jusqu’à Dieu ne sont pas deux temps dans la Révélation, Dieu sauveur et Dieu créateur, mais deux expériences humaines, toutes deux nécessaires. La crédibilité du discours chrétien demande la superposition des deux méthodes : le salut et la science. Victor annonce : « nous apercevons un seul et même Dieu dans la conscience et la nature ». Wilfred répond : « je n’aurais pas écrit le problème du Bien si je pouvais accepter cet aphorisme » !


Annette-Monod-infirmiere-du-Val-D-Hiv---photo-du-film-film.jpgEt pourtant Victor et Wilfred se ressemblent : piétistes issus du Réveil tout les deux, mais rejoignant la gauche théologique (Victor Monod est nommé à la faculté de Strasbourg pour être le porteur de cet humanisme là, francophile, internationaliste et pacifiste, mort trop jeune il n’eut pas à se déterminer contre Hitler ; il l’aurait fait sans doute comme sa nièce infirmière au Vél d’Hiv) ; leurs problématiques symétriques divergent en apparence. Dans les chaires, les sacristies, les lieux de prière ou d’action sociales, les deux Monod étaient-ils « du monde » selon Jean 17/16 ? Wilfred est déconstructiviste, Victor cherche, lui, un système conceptuel apologétique. Victor explique la spatialisation naturelle de Dieu puis son impossibilité à l’époque moderne et le repli stratégique de Pascal et de Kant, dans le contexte de leur époque, comme nécessaire. Le débat est tout autant cosmologique que théologique : il convient d’après lui, qui écrit en 1933, de tenir compte des découvertes de Planck et d’Einstein !

 

Annette Monod infirmière du Vél d'Hiv ; photo du film de Roselyne Bosch.

 

Mais, regrette Victor Monod, à chacune des époques, beaucoup restent dans les schémas de l’époque précédente. Au siècle des Lumières beaucoup  pensaient dans le cadre aristotélicien. Et encore aujourd’hui peu réalisent les nouveautés conceptuelles des théories ondulatoires, des quantas et de la relativité. Il est à remarquer et regretter que beaucoup restent marqués par les visions mécanistes et antispiritualistes du monde. « Dieu est à chercher dans le temps » : temps socialiste ? temps bergsonien ? Sans doute la problématique de Victor Monod serait à revisiter sur plusieurs points aujourd’hui. Victor Monod commit la maladresse de vouloir sauver Bergson contre Einstein. Ni le temps, ni la durée ne doivent rester absolus.


Ce n’est pas Victor mais Wilfred qui écrivait : « le domaine du surnaturel semble s’élargir devant la pensée contemporaine, à mesure que la matière nous apparaît toujours plus mystérieuse, toujours plus rapprochée de l’Energie invisible, inétendue, qui vibre au fond des choses. La matière semble spiritualisée ». Comme il s’intéressait à la paléontologie avec son fils Théodore, l’anti-dogmatique-toujours-curieux et l’anti-sectaire Wilfred Monod se serait sans doute intéressé à Fritjof Capra s’il avait vécu en 1975 !

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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 01:20

Carte d'idendité de L’Eglise réformée de France
Source : ERF (2008) – Qui sommes-nous ?

 


L’Eglise réformée de France (ERF)
actuelle est née, en 1938, de la réunion de ses courants libéraux et orthodoxes qui s’étaient organisés en diverses unions (l'Union nationale des Eglises réformées pour les libéraux et l'Union des Eglises réformées évangéliques (1) pour les orthodoxes) à l’occasion de la séparation des Eglises et de l’Etat français en 1905. D’autres communautés d’origine méthodiste(2) et libriste(3) ont aussi rejoint l’ERF à ce moment. Ses racines sont en fait beaucoup plus anciennes, dans la mesure où le protestantisme réformé existe depuis les origines de la Réforme.

Née avec la Réforme au XVIe siècle, maintenue au travers des aléas de l’histoire, membre co-fondateur de la Fédération protestante de France (FPF)
, l'ERF est la première Eglise protestante en France. Son noyau actif et engagé est constitué de 50 000 familles. Mais ce sont plus de 300 000 personnes qui participent ou font appel à ses services. Elles sont de moins en moins issues de familles ou de terroirs traditionnellement protestants.

Le synode national, annuel, a la charge de gouverner l’Eglise. Il a pour tâche d’analyser les activités de l’Eglise par rapport aux besoins exprimés aujourd’hui par les 470 Eglises locales (associations cultuelles = structures juridiques)
. L’ERF compte 881 lieux de culte. Composé de 92 membres à voix délibérative, élus par les huit synodes régionaux et par des membres à voix consultative représentant les œuvres, mouvements, institutions et équipes liés à l'ERF, le synode national compte environ 200 participants, laïcs et pasteurs, hommes et femmes. Par des résolutions, votées le dernier jour, le Synode s’exprime sur des sujets de société.

L’ERF
forme avec l’Eglise évangélique luthérienne de France (EELF) et l’Union des Eglises protestantes d’Alsace-Lorraine (EPAL) une Communion protestante luthéro-réformée (CPLR). A échelle européenne, cet échange luthéro-réformé s’exprime dans la Communion des Eglises protestantes en Europe (CEPE) ou Communion ecclésiale de Leuenberg. Les Eglises qui font partie de cette communion déclarent qu’elles sont d’accord sur l’essentiel et en tirent les conséquences : reconnaissance des ministères, formation des pasteurs, sujets et projets commun d’Eglise, mutualisation des ressources etc. Au synode national de Sochaux (2007), un projet d’union ERF-EELF a été voté.

L’ERF est membre de la Fédération protestante de France (FPF)
qui comprend par ailleurs, avec les Eglises de la CPLR, diverses Eglises évangéliques et baptistes et l’Eglise adventiste du 7ème jour. La question de l’admission à cette fédération d’Eglises pentecôtistes est à l’ordre du jour *.
* ndlr : l'Eglise de Dieu en France est une église de pentecôte et elle fait déjà partie de la FPF. Voir son site. Mais les Assemblées de Dieu, la plus importante Eglise pentecôtiste de France, n'en est pas membre. 

Au niveau international et extra-européen, l'ERF fait partie de l’Alliance réformée mondiale (ARM)
et du Conseil Oecuménique des Eglises (COE), qui se trouvent tous les deux à Genève.

Quelques éléments statistiques

Environ 110 000 "foyers connus" (familles ou individus avec lesquels il y a un lien plus ou moins fort), soit 300 000 à 400 000 personnes : l’ERF a fait le choix d’être une Eglise "ouverte" et de ne pas tenir une liste exhaustive de ses membres. Environ 50 000 foyers participants à sa vie financière (pour une participation annuelle moyenne ordinaire de 384 euros par foyer).

492 associations cultuelles (l’association cultuelle est la base légale de l’Eglise locale)
, 881 lieux où le culte est célébré plus ou moins régulièrement, 412 postes ERF de pasteurs incomplètement pourvus.

L'ERF compte 340 pasteurs (ministres)
en poste dans l’Eglise, à l’Institut protestant de théologie et à la Fédération protestante de France. 70 autres pasteurs exercent leur ministère dans des Oeuvres et mouvements : aumôneries (prisons, hôpitaux, armée, jeunesse), services d’entraide, communautés religieuses, Cimade, animation biblique, mission, enseignement, autres Eglises ...

29 % des pasteurs sont des femmes.
Il y a 28 couples de pasteurs. La moyenne d’âge des pasteurs en activité est de 47 ans. 18% sont de nationalité étrangère.

Certaines Eglises n'ont pas souhaité intégrer l'ERF et sont restées indépendantes
:
(1) Des Eglises réformées évangéliques indépendantes qui représentent 78 lieux de culte implantées dans le sud de la France et un peu en Île-de-France.
(2) Des Eglises évangéliques méthodistes qui représentent 20 lieux de culte dont plus de la moitié dans l'Est de la France.
(3) Des Eglises évangéliques libres qui représentent 53 lieux de culte répartis sur toute la France.

ce document a été envoyé à La Besace des unitariens par Henri de Vaucluse (Cercle Evangile et Liberté de Vaucluse et environs)

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Published by Eglise réformée de France (ERF) - dans sur le protestantisme libéral
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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 12:46

Article " Liberal Protestantism "de la SpeedyLook encyclopedia, http://www.speedylook.com, traduit en français par Marie-Claire Lefeuvre.
Les ajouts [ndlr] sont de La Besace des unitariens

Le protestantisme libéral est né de la ligne théologique qui part de Friedrich Schleiermacher (1768-1834) et d’Adolf von Harnack (1851-1930) et en particulier de la révolution exégétique du XIXème siècle, où se sont illustrés Albert Ritschl (1822-1889) et Ernst Troeltsch (1865-1923) qui  a renouvelé la lecture de la Bible.
Ses vulgarisateurs : en Allemagne, le pasteur Frenssen Gustav (1861-1945) (dont le Dorfpredigten fut vendu à 54 000 exemplaires) et, en France, le pasteur Charles Wagner (qui décède au moment où il est invité à présenter sa candidature à l'Académie française).

Toutefois, son certificat de naissance est contresigné par trois parrains : 
- Heinrich Eberhard Gottlob Paulus, Das Leben Jesu als Grundlage einer Geschichte reinen de Urchristentums, en 1828,
- David Friedrich Strauss, le Christ de la foi et le Jésus de l'histoire, en 1865,
- Ferdinand Christian Baur
critique pour Untersuchungen über die kanonischen Evangelien, Verhältniss ihr zu einander, votre caractère et Ursprung, en 1847.
Une chronologie donnant un meilleur aperçu culturel et religieux de l'époque se trouve dans l'article de notre encyclopédie portant sur la "Crise moderniste".  On peut, en effet, considérer que le protestantisme libéral a causé deux réactions : dans le catholicisme, c’est la crise moderniste ; et dans le protestantisme, ce sont les mouvements du Réveil qui, au cours du Colloque du Niagara donneront naissance au fondamentalisme.

Dans l'article présent, on se rendra compte de la dimension européenne de ce mouvement dont la liberté d'expression est née suite à la publication des travaux ci-dessus, mais dont les sources intègrent les courants de pensée qui résultaientt de la Philosophie des Lumières et de l'Encyclopédie, et parfois, remontant à la Réforme.
Dans une certaine mesure, dans le protestantisme, la tension est constante entre le libéralisme et le Fondamentalisme : tout en donnant toute autorité morale à la foi dans la Bible - il s'agit d'un fondamentalisme -, mais en critiquant l'institution liée à l'église et à tout Magistère - il s'agit d'un libéralisme.

Depuis la deuxième guerre mondiale, le protestantisme libéral est surtout présent dans les Églises réformées ; on note toutefois une association luthérienne libérale fondée à Strasbourg [ndlr : l’Union protestante libérale] et actuellement présidée par le pasteur Ernest Winstein.

Caractéristiques

- Il est généralement très attaché au dialogue de la religion avec la culture, et, selon ses adversaires, il relativiserait la première place donnée à la Bible.
- Il présente quelques orientations particulières : en son centre, certaines sont reconnues proches de l'unitarisme, parfois du catharisme.
- Il confesse volontiers l'universalité du Salut en raison d'une perception plutôt optimiste de l'homme et de la civilisation.
- Il vise un idéal de vie qui, pour Ritschl, revient à un christianisme opérationnel dans le monde.
- Il critique les règles orthodoxes, les croyances ecclésiastiques et les pratiques
, les appareils et leur capacité normative.
- Il est un chaud partisan du dialogue inter-religieux , du pluralisme et de la laïcité : l'une des premières théories de la séparation de l'Église et l'État a été formulée dans le livre de Castellon Contre le fait de M. Calvin puis reformulée par Alexandre Vinet quand il était en Belgique.

Il a été en France l'un des artisans de la loi de 1905, avec Wilfred Monod, Athanase Coquerel, tandis que Felix Pecaut, Charles Wagner et Ferdinand Buisson sont intervenus dans la construction de l'Ecole publique. Aujourd'hui, la théologie du Process d’ Alfred North Whitehead et de John B. Cobb l’intéresse.


Parcours européen : e
n Allemagne,

Le protestantisme libéral y assume l'héritage du passé et doit relever le défi de la théologie dialectique.

Le 30 sept 1863, fondation à Francfort de la Deutsche Protestantverein, qui s’est donné pour objet, " la restauration de l'Eglise protestante conformément à l'esprit évangélique de liberté et à l'évolution culturelle de notre temps ".

En 1887, fondation du journal luthérien Die Welt Christliche qui voulait se faire l'écho des trois grands courants de théologie en Allemagne, à savoir un protestantisme orthodoxe (par exemple celui d’Erlangen, ville de Bavière)), un protestantisme traditionaliste lié aux affaires, enfin un protestantisme libéral comme celui de Tübingen. Son directeur est Martin Rabe, un ami d'Adolf Von Harnack, le journal devient rapidement le porte-parole du seul protestantisme libéral. Ses maîtres mots sont :
- Contre le cléricalisme et le dogmatisme,
- Pour la liberté de conscience et de la recherche,
- Pour la promotion d'un protestantisme largement ouvert aux problèmes du monde moderne, prenant notamment en compte la désaffection des masses populaires et les progrès de la libre-pensée socialiste.

Dans une conférence sur "la situation présente le protestantisme", Harnack déclare : "la vieille foi évangélique doit donc être formulée dans un langage nouveau et simple, celui de notre temps "

Le piège nationaliste -
En s’imprégnant de la modernité, la théologie est immergée dans l'esprit du temps. C’est la Kulturprotestantismus à laquelle on laisse gagner du terrain, mais qui peut mener à des engagements contestables comme le traditionalisme luthérien avec la foi en la guerre. En août 1914, la proclamation des 92 intellectuels allemands qui soutiennent la politique belliciste (policy warmonger) de Guillaume II sera signée par le libéral Harnack et par quelques autres théologiens.

Karl Barth (1886-1968) y découvre presque le nom de tous ses maîtres et déclare que la théologie du XIXème siècle n'a plus d'avenir. Pour lui, la théologie dialectique qu'il prône est une théologie en crise, en rupture avec la théologie libérale au point de fonder une nouvelle orthodoxie. En 1934, Barth et Niemöller seront les principaux rédacteurs de la Confession de foi de Barnem, celle de l'Église confessante ; c'est-à-dire de la minorité protestante qui résiste au nazisme. La majorité conservatrice compromise avec le nazisme, est illustrée par Sigrid Hunke.

Peu de temps après la guerre, Barth blâmera la théologie libérale, à ses yeux compromise, et ainsi disqualifiée. Sa résistance auréolée, le barthisme prendra le pouvoir au niveau des autorités ecclésiastiques et s’opposera au courant libéral actuel. C'est ce que montre Jean Baubérot dans son étude : Emergence d'une nouvelle orthodoxie au 20 e siècle (1991).

Bernard Reymond, théologien suisse de Lausanne, dénonce l'interprétation barthienne qui blâme la théologie libérale dans son attitude vis-à-vis du nazisme, dans son travail : "Une église à croix gammée ? Le protestantisme allemand au début du nazisme" (1980) :
"loin d'être le repère des théologiens libéraux, le mouvement " chrétiens-allemands " n’en a probablement compté qu’un groupe parmi bien d’autres  ; d'autre part, ce mouvement a rassemblé plus d’un orthodoxe, tandis que plusieurs théologiens libéraux - et non des moindres (tel Hans von Solen) - ont rejoint l'Eglise confessante".

Pour s’imposer Barth a mis entre parenthèses les conditions culturelles du développement de son message et la plausibilité culturelle du message chrétien. Peu à peu, les questions proprement libérales prennent à nouveau de l'influence et, si l'on en entend moins parler, c'est qu'elles ont imprégné tous les courants théologiques parmi lesquels l'après-barthisme, dont firent partie certains compagnons de voyage du théologien ; lui-même choisit de terminer sa carrière par des textes strictement libéraux: " Parole de Dieu, parole humaine ", et par un travail inachevé : la " création artistique " entant que réponse de l'homme à la création du monde par Dieu.

De nos jours, l
e protestantisme libéral allemand s’exprime dans le périodique bi-mensuel : "Freies Christentum. Auf der Suche nach ( Le christianisme libéral. A la recherche de nouvelles voies).

en France,

Ce courant existe tout au long du XIXe siècle.
Ouvrirent la route Thimothée et Antoine Colani (orateur remarqué du Synode de 1872) et Félix Pécaut, plus connu car il fut l'un des proches de Ferdinand Buisson, fondateur du parti radical de gauche (tous deux ont été particulièrement actifs dans la fondation de l'Ecole publique et la création du mouvement féministe). Dans une large mesure, Félix Pécaut, après un court passage dans le ministère pastoral (il refusa de lire le Symbole des Apôtres ...) va hésiter entre le protestantisme libéral et le christianisme théiste.

En théologie, le protestantisme libéral fut également développé à partir de 1872 en France par Charles Wagner (luthérien), fondateur à Paris du Foyer de l’âme en 1907. Il insiste sur la liberté de la foi individuelle, et la supériorité de celle-ci sur les doctrines de les Églises. 
Il refuse le principe des confessions de foi et d'autres textes provenant de systèmes symboliques institutionnalisés et à valeur universelle. Il se méfie du rituel et attache une importance secondaire aux sacrements. En France, ce protestantisme libéral est influencé dans ses orientations théologiques par l’Ecole de Strasbourg et sa célèbre revue. Il se caractérise assez bien par cette réflexion du pasteur Charles Wagner : "Je me méfie de la foi de ceux qui ne respectent pas la foi des autres".

Grosso modo, on peut résumer ces orientations de la manière suivante, en suivant Pierre-Jean Ruff qui fut pasteur du Foyer de l’Âme :
- La vocation de la foi chrétienne à conduire à la Liberté fait de l’ombre à la capacité des Eglises au sujet de l'efficacité de leurs sacrement.
- Dieu est Dieu et il est le seul Dieu ; ceci remet en question la Trinité et la divinité de Jésus. C’est l'affirmation des Eglises unitariennes.
- Jésus sauve, mais par un sacrifice qui n'est que moral et symbolique (et non pas par celui de la religion sacrificielle, avec l’orientation sacramentelle).
- les Eglises sont nécessaires au niveau des moyens et non de la finalité ; le spirituel doit l'emporter sur le rite. "L'Église a pour mission essentielle d'offrir un cadre ouvert où l'on puisse se ressourcer spirituellement. Quand l'Église adhère superstitieusement à la lettre, elle se disqualifie" Henry Babel (Théologie de l'énergie, Baconnière, 1967).

Ce Protestantisme libéral en France n'a pas d’un seul coup émergé au XIXème siècle ; il représente la version contemporaine d'un débat qui, par des vecteurs culturels et historiques différents, a marqué tous les âges de la foi chrétienne.

L'Ecole de Paris : Louis-Auguste Sabatier insiste sur le caractère symbolique systémique des croyances tandis qu’Etienne Mennegoz définit cette Ecole comme symbolico-fidéiste : "la foi, indépendamment des croyances, mais pas sans les croyances". Les doctrines toujours indicatives, approximatives, ont pour avenir leur disparition.

Dans ce courant, on peut nommer Albert Schweitzer (1875-1965), lequel questionne la toute-puissance et l'omniscience de Jésus : "Beaucoup de personnes sont scandalisées à l'idée que le Jésus historique puisse être considéré comme capable d'erreur parce que le Royaume de Dieu surnaturel dont il a annoncé l'arrivée ne s’est pas révélé ... Jésus est pour toujours allégé de cette omniscience". Et puis, Wilfred Monod (1867-1937), auteur du "Problème du Bien",
André Numa Bertrand (1876-1946), Albert et Jean Réville, Wautier d'Aygallier, Georges Marchal et Elie Lauriol.

L'une des plus remarquables réalisations de l'École de Paris consiste à avoir mis en oeuvre le repli de la faculté de théologie de Strasbourg à Paris pour fonder l'Institut de théologie protestante et pour ouvrir une formation pour les pasteurs luthériens et les pasteurs réformés depuis 1873.

La laïcité : on ne comprendrait rien au protestantisme libéral si l'on oubliait le rôle central joué par des personnalités telles que Ferdinand Buisson et Félix Pécaut dans leur volonté de créer une religion moderne, laïque, certainement d’inspiration protestante, mais ouverte à tous les courants spirituels. Combien de groupes engagées ? Et combien de femmes et d'hommes libres ont-ils été formés ? Cherchez sur Internet et vous verrez les œuvres, réalisées ou en germe : à Fontenay-Aux-Roses, le baccalauréat ouvert aux jeunes filles, le Parti radical de gauche, la première Eglise chrétienne libérale, la lutte pour le théisme chrétien ... et, allez voir leurs descendants : la planification familiale, entre autres ...

De nos jours le protestantisme libéral [francophone] s’exprime dans la revue Evangile et Liberté (plus de 150 ans d'existence), la revue Théolib (fondée en 1998) ; les éditions Fischbacher et les éditions Van Dieren revendiquent aussi cette orientation. On compte aussi parmi les théologiens actuels des enseignants en théologie, comme André Gounelle, Laurent Gagnebin, Raphaël Picon et des héritiers de familles camisardes comme Christian Mazel. Depuis 1938, certaines paroisses de tendance libérale, dont deux situées à Paris, le Foyer de l’âme et l'Oratoire du Louvre, font partie de l’ERF.

en Belgique,

L'Église réformée de l'Alliance a été créée en 1888.  [Un siècle plus tard], en 1983, l'Association libérale LOCUSTE [ndlr : ?] fonde, en 2001, la Fraternité protestante libérale unitarienne Profils de libertés [ndlr : NON ! en fait, ouverture du site " Profils de liberté " à l’initiative de Pierre Bailleux, par ailleurs pasteur à l’Eglise réformée de l’Alliance, et sous le patronage du Centre de recherche et d’information sur les questions théologiques, éthiques et sociales – CRIQUETS, asbl ].

en Suisse,

Le mensuel : " Le Protestant " dont l’éditeur est le professeur Bernard Reymond [ndlr : depuis c’est Thierry Laus, professeur à la faculté de théologie de Lausanne].

et en Grande-Bretagne

Le débat autour de Honnête envers Dieu de John AT Robinson, évêque de Woolwitch et du Guide pour débattre de Dieu de David Jenkins

Pour de plus amples informations sur le protestantisme libéral, consulter l’article " Le libéralisme théologique " et les notices rédigées dans l’encyclopédie sur Louis-Auguste Sabatier
, Paul Tillich, Charles Hartshorne, John Hick.  Voir aussi les ouvrages suivants :
- Pierre-Jean Ruff Le protestantisme libéral, nouvelle édition, Théolib 2005.
- Patrick Cabanel, Le Dieu de la République
- l'histoire des religions, le libéralisme religieux à l’Université libre de Bruxelles
- Felix Pécaut, L’avenir du théisme chrétien considéré comme religion, réédité par Théolib en 2007

- Théolib, revue trimestrielle de libéralisme théologique, www.theolib.com
- Marie-Claire Weber-Lefeuvre, Etude des Evangiles. Suivi de: Les Evangiles et l'écologie, Les éditions de l'Harmattan 2006 - collection " Chrétiens autrement " .

Pour la théologie du Process,
voir Alfred North Whitehead et Charles Hartshorne sur les sites
d'Evangile et liberté, des éditions Van Dieren et de Theolib.
 
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Published by traduction Marie-Claire Lefeuvre - dans sur le protestantisme libéral
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 11:00
La-Biblioth--que---lectronique-de-Lisieux--lxlogo01.jpgPour notre bonheur, la Bibliothèque municipale de Lisieux met en ligne ses vieux livres.

Ainsi une " Remonstrance aux François pour les induire à vivre en paix à l'advenir ", publié en 1576 et réédité 3 siècles plus tard, en 1876 par Isidore Liseux.  

http://www.bmlisieux.com/curiosa/remonstr.htm

 
Ce texte, dont on ne connait pas l'auteur, est tout à fait dans l’esprit du " Conseil à la France désolé " (1562) de Sébastien Castellion.

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 19:43

EXTRAITS SIGNIFICATIFS DES MINUTES DU PROCÈS EN INQUISITION intenté à Etienne JAMET, alias Esteban JAMETE (1er mars 1557 - 15 mai 1558), par Michel Jamet, août 2003

en 1541-1543, le sculpteur orléanais Etevan Jamete, orna les portes de la Chapelle sacré du Sauveur à Ubeda. Détail vu sur le site de la ville http://www.ubeda.com/

 

" Au Très Magnifique et Révérend Seigneur Don Diego del Rego, Docteur en Droit Canon, Inquisiteur de par l’Autorité Apostolique à l’encontre de la perversité hérétique et l’apostasie dans les cités et évêchés de Cuenca et Siguenza.

Moi, Bachelier Serrano, Promoteur de la Foi de par le Saint Office, je déclare - ainsi qu’il est enregistré et attesté dans les livres dudit Saint Office - que le nommé Esteban JAMETE sculpteur de nation étrangère, habitant cette ville et plus précisément Castillo de Garcimunoz, a fait, dit, perpétré et commis moult délits hérétiques, horribles et scandaleux contre notre Sainte Foi Catholique – délits aux chefs desquels j’entends ici le mettre en accusation.

C’est pourquoi je prie, supplie et, en tant que de besoin, requiers de Votre Grâce d’ordonner l’arrestation et détention d’iceluy en les prisons du Saint-Office, outre la mise sous séquestre de tous ses biens.

Afin qu’il me soit fait de lui la justice que je requiers, j’atteste et signe : Alonso Serrano "

Enregistré en la cité de Cuenca par devant moi Sebastian de Landeta, notaire du Secret, le quatrième jour du mois d’avril de l’an mil cinq cent cinquante sept.

Déposition à charge de Giraldo de Fluga, Cuenca le 10 avril 1557

Ledit Esteban Jamete a montré souventes fois au témoin un livret de petit format imprimé en langue française de Clemente Marot et dont un passage disait : " J’en aurais beaucoup à dire sur les clercs mais je redoute les bois [de justice] et le feu… " Et qu’il avait aussi moult fois vu et entendu l’intimé chanter en français une chanson qui dit : " Le pape de Rome se prend pour Dieu et abuse les hommes en tous lieux (… ) Eteignez vos cierges hypocrites, délaissez les statues idolâtres (*) et adorez Dieu… "

(*) Là, Esteban pousse un peu, la confection de " statues idolâtres " étant son gagne-pain quotidien ! (N.D.L.R.)

Déposition de Santo Picardo, verrier (même date)

Esteban Jamete lui a montré un petit livre en parchemin relié et qui ne mentionnait ni l’auteur ni l’endroit où il avait été édité. Le témoin se rendit chez Giralte, un imagier allemand qui habite en la ville basse et qui lui dit que " ce livre estoit de Martin Luther ". Le comparant ayant confié à sa femme qu’il avait vu un livre luthérien et qu’il l’avait brûlé, la susdite épouse lui intima de s’en confesser ; le prêtre à qui il s’en fût confesser lui reprocha " d’avoir mal agi en ne portant pas sur le champ ce livre à l’Inquisition " (…).

Être " où " ne pas être, là est la Question !

" Le onzième jour de décembre de l’an mil cinq cent cinquante sept, l’affaire Jamete ayant été vue et examinée par les Seigneurs Inquisiteurs, ceux-ci émirent le vœu que ledit Jamete fût soumis à la Question en Chambre des Tortures, afin qu’en celle-ci, il dise la vérité (…)

Fut donc déshabillé et déchaussé pour ne plus rester qu’en chemise, avec les chausses qu’on lui avait enfilées en la Chambre. Il dit alors qu’il allait répéter ce qu’il avait déjà dit avant : savoir qu’il n’avait jamais dit qu’il ne fallait honorer que Dieu (…). Il fut donc ordonné qu’on le serrât. Et pendant qu’on le serrait, Esteban Jamete demanda que le tourmenteur attendît : car il la dirait la vérité ET MÊME PLUS (…)

Lui fut répondu par les Seigneurs Inquisiteurs que c’était bien le moins qu’on attendait de lui : qu’il dise la vérité ! (…) Et pour qu’il obtempère, on ordonna de le serrer derechef

Et pendant qu’on le serrait, il dit qu’on le laissât car il avouerait la vérité : - qu’il était vrai qu’il avait bien dit qu’il ne fallait se confesser qu’à Dieu et à nul autre (…) Et qu’il avait dit aussi qu’il fallait seulement prier Dieu et pas les Saints ; et qu’il avait bien soutenu que point n’y avait de Purgatoire – et que les âmes allaient de suite où elles devaient aller (…) Que le purgatoire, en fait, il était dans ce monde-ci (…) "

Audience du 25 février 1558

Esteban Jamete répète … " que le Purgatoire pouvait bien se trouver en ce monde-ci et en n’importe quelle partie dudit monde voire dans une coquille de noisette si Dieu l’entendait ainsi, car tout Lui était possible (…). ". [Le prisonnier] demanda ensuite qu’on lui relise ce qu’il avait pu dire et déclarer en la Chambre des Tortures. Et comme on lui lisait le passage sur " la prière et la confession à Dieu seul " il assura que : " s’il l’avait vraiment dit, il en avait menti " (…)

De même affirma-t-il qu’il avait toujours tenu et cru ( !!!) que le pape avait bien le pouvoir tant de lier que d’absoudre (…)

Interrogé aux fins de savoir comment il avait pu dire ce qui vient d’être cité plus haut - alors que maintenant il disait le contraire – il répondit " qu’il l’avait dit à cause des grandes souffrances que lui avaient infligées la torture (…) Mais qu’il croyait fermement en Dieu. "

L’alcade [le juge] fit alors redescendre Esteban Jamete à la Chambre des Tortures. Leurs Révérences y descendirent aussi, ordonnant [à l’accusé] de se déshabiller et pendant qu’il ôtait ses habits, l’admonestèrent de dire la vérité. Quand il fut nu, elles le firent attacher au chevalet de torture. [L’accusé] dit alors que depuis qu’il avait lu ce petit livre [luthérien], il avait des doutes quant à la " Présence Réelle " de Notre Seigneur Jésus-Christ dans les hosties consacrées. Qu’à certains moments il y croyait, à d’autres pas. Qu’il avait cru aussi que le prêtre ne pouvait ni le confesser ni l’absoudre puisqu’il n’en avait pas reçu le pouvoir (…). Et qu’il avait bien chanté la chanson qui disait : " Le pape de Rome qui se prend pour Dieu etc… ".

Dernier interrogatoire avant jugement, en date du 10 mars 1558 ( extraits)

(…) Qu’étant en colère il avait bien pu se laisser aller à dire à telle personne (qu’il nomme) " que point n’était besoin de se confesser… ".

Et qu’il possédait bien un livre de Clément Marot, Valet de Chambre du Roy de France. Livre qui disait " que s’il osait, il dirait bien ce qu’il savait des clercs et parlait moult fois (en mal) des prêtres. Mais qu’il craignait les bois [de justice] (…)

Aussi qu’il avait tenu et cru qu’on pouvait sans péché manger de la viande en Carême (*) . " Car ce n’est pas ce qui entre par la bouche qui souille l’homme – mais ce qui sort de sa tête (...) ".

(*) Nota : Clément Marot (dont Etienne Jamet était comme on sait un fervent admirateur) fut lui-même embastillé au Châtelet exactement pour le même motif : " rupture du jeûne du Carême " .(N.D.L.R.)

Jugement final d’Etienne Jamet par les Inquisiteurs (15 mai 1558) : - réquisitoire et condamnation, avec exposé des motifs (extraits)

(…) "  Ytem que le susdit, doutant du pouvoir des Souverains Pontifes et des Indulgences qu’ils concèdent, dit (en mettant en avant l’opinion d’un sien ami) … " que ce dernier avait peu de foi dans lesdites Indulgences, que l’histoire de ces Indulgences était une dérision et que le pape ne pouvait pas donner le Paradis pour deux réaux (…) ". Et qu’en offense et opprobre envers les Souverains Pontifes, il avait maintes fois chanté dans sa langue française une chanson qui signifiait en castillan : " que le pape de Rome se prenait pour Dieu et trompait les hommes… ". Qu’il vous fallait souffler vos cierges hypocrites, hypocrites [sic] et abandonner vos idoles [le culte de la Vierge et des Saints] pour adorer Dieu (…)

Ytem que le susdit, blasphémateur qualifié ( !) tenait en sa possession des livres pernicieux et de mauvaise doctrine. Et qu’il les lisait et utilisait. Qu’il avait enfin commis maints autres délits d’hérésie et d’apostasie à l’encontre de notre Sainte Foi Catholique.

En foi de quoi prions et requérons que vous mandiez et procédiez contre le susdit en le déclarant hérétique et apostat, fauteur et receleur d’hérétiques tombant [de ce fait] sous le coup d’une excommunication majeure avec confiscation et perte de tous ses biens (…). Ordonnant de remettre sa personne au bras séculier, déclarant ses descendants inhabiles et incapables de tenir et posséder dignités et bénéfices tant ecclésiastiques que séculiers. Ce conformément au Droit et aux lois de ce Royaume, à la jurisprudence et aux instructions du Saint-Office.

Au prononcé de la sentence, Esteban Jamete a abjuré les fautes d’hérésie confessées par lui devant les Seigneurs Inquisiteurs [qui lui infligèrent tout de même trois ans de prison, outre la préventive]

Par devant nous Juan de Ivaireta , notaire du Secret, a fait serment, sous peine de cent coups de fouet, de garder le secret de ce qu’il avait vu ou subi dans les prisons du Saint-Office.

 

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 19:28

 DES TRIBULATIONS endurées du fait de la Sainte Inquisition par ETIENNE JAMET (1515 - 1565) (alias ESTEBAN JAMETE), sculpteur français de la Renaissance pour s’être risqué à faire son " coming out " huguenot dans l’Espagne de Sa Majesté Très Catholique Charles-Quint. par Michel Jamet (août 2003).

" Une chose ne cesse pas d’être vraie au seul motif "  Quid quid latet apparebit… " qu’elle serait récusée par beaucoup d’hommes… " Dies irae Spinoza

Remerciements à François LAVANANT-JAMET, notre généalogiste - informaticien, pour avoir su " dénicher ", à l’occasion de ses recherches patronymiques via Internet, l’ouvrage d’André Turcat (*) sur l’œuvre de sculpteur et la vie mouvementée d’Etienne Jamet : gros opus de 400 pages illustré de dizaines de photographies prises in situ dans toute l’Espagne par l’auteur : polytechnicien, ancien pilote d’essai du Concorde, reconverti, après un Doctorat d’Etat, à l’Histoire de l’Art.

Hispanophone, André Turcat a de surcroît traduit le mémoire (Madrid 1933) de l’historien Dominguez-Bordona consacré au Proceso Inquisitorial contra el escultor Esteban Jamete " dont les minutes, intégralement reprises, font largement état des confessions de l’inculpé : notre unique source d’information avérée et datée le concernant…

Confessions " fascinantes " dont les variations mêmes donnent à penser ! Car fonction du moment, des circonstances où elles ont été consignées : i.e. avant, pendant ou après la Question (…) Tel par exemple ce trait d’humour (involontaire ?) qui ressort de son interrogatoire en date du 25 février 1558 :

Fut donc déshabillé et déchaussé pour ne plus rester qu’en chemise, avec les chausses qu’on lui avait mises en la Chambre. Et dit qu’il répétait ce qu’il avait déjà déclaré, savoir qu’il n’avait jamais dit qu’il ne fallait honorer que Dieu (…). Il fut donc ordonné qu’on le serrât. Et pendant qu’on le serrait, Esteban Jamete demanda que le tourmenteur attendît. Car il dirait la vérité ET MÊME PLUS (…) ".

A partir des repères chronologiques cités au début de l’ouvrage d’André Turcat, on constate une extraordinaire unité de temps et de lieu avec deux personnages très connus – coïncidence qui ne paraît pas avoir outre mesure attiré l’attention de l’auteur (principalement focalisée, c’est vrai, sur l’œuvre artistique d’" Esteban Jamete "). C’est à ce stade qu’on se trouve, comment dire, embringué dans une enquête quasi policière ! 

On est entre 1531 et 1534 à Orléans : " l’escholier" Etienne Jamet (âgé alors de 16-19 ans) étudie à cette période la peinture et la sculpture et comme c’était l’usage chez un maître local. Marteau et burin, il connaît depuis l’enfance : son père était tailleur de pierres !

Or c’est précisément dans cette tranche triennale que séjourne lui aussi à Orléans un jeune étudiant en théologie, Jean Calvin 22 ans. Qui va y écrire son "Traité sur la vigilance de l’âme". Premier ouvrage, estimé tellement déviant par les autorités universitaires que son auteur sera contraint de s’enfuir précipitamment en Suisse, sous le coup d’une arrestation pour hérésie.

Clément Marot (1496-1544), poète en vogue sous François 1er, aquarelle vue sur le site du Quercy, sa région natale (http://www.quercy.net)

 

Quant à Clément Marot, natif de Cahors et sans attaches familiales à Orléans, il ne s’y rend (autour de 1532/1534 tout comme Calvin) qu’à l’invitation de son " La Boétie " : Lyon Jamet, ami et mécène de Marot (originaire comme Etienne des Pays de Loire mais sans parenté avérée - mais probable : sinon pourquoi avoir choisi ce poète-là pour " l’accompagner " en Espagne ?).

Une telle cohabitation " fortuite " n’implique certes pas que ces trois personnages de même génération (Clément Marot est juste un peu plus âgé, trente-six ans à son arrivée à Orléans) s’y soient " nécessairement " rencontrés physiquement. Probable non, mais très possible : si ! Car pour l’affirmer on dispose de vrais " indices " :

- Orléans est alors une ville " petite-moyenne " où, entre étudiants, tout le monde se connaît ;

- il est établi qu’Etienne, avant même de s’expatrier pour l’Espagne (il a tout juste vingt ans) connaissait l’œuvre pamphlétaire de Marot (car retrouvée chez lui par les Inquisiteurs).

Alors qu’a priori, si on n’emporte que quelques livres dans son baluchon, on choisirait plutôt Homère et Cervantès : pas le " gentil " Marot ... Sauf si on se connaissait " d’avant " !

de même pour les livres " hérétiques " trouvés eux aussi lors de la perquisition au domicile d’Esteban Jamete : en sus d’un écrit " sans indication d’auteur ni d’éditeur " - qui se révélera être la traduction française d’un texte de Luther, le " Traité sur la vigilance de l’âme " de Calvin édité à Orléans juste avant qu’Etienne Jamet ne quitte la ville.

C’était en tout cas le seul ouvrage de Calvin que Jamet ait pu emporter dans son bagage car les autres sont tous postérieurs. Par exemple,  L’ Institution de la religion chrétienne publié à Bâle en 1536 mais dont la première édition française (traduite par Calvin lui-même) est datée de 1541 :

soit plus de six ans après l’expatriation pour l’Espagne de notre " escultor " orléanais.

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