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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 16:42

L'érudition scripturaire et patristique domine désormais le champ culturel. Les théologiens le partagent avec des médecins, dont Michel Servet reste le plus célèbre, et avec des juristes comme Grotius. Les disciplines que nous qualifions à présent de scientifiques, mettront un peu plus de temps à s'imposer dans le débat théologique. Bien sûr, on ne peut pas ignorer Pascal. Mais Isaac Newton représente l'Everest d'un Himalaya scientifique. Il est d'autant plus important pour notre objectif, limité à l'observation d'une filiation, que sa pensée religieuse ne nous est vraiment accessible dans son ensemble que depuis quarante ans. La faute en revient à Newton lui-même qui a dissimulé plus que quiconque son "nicodémisme". Mais la peur a fait partie du problème depuis le IV°siècle.


isaac_newton-copie-1.jpg

La pensée arienne de Newton n'est vraiment connue que depuis la mise à disposition des érudits du fonds manuscrit Yahuda, à la Bibliothèque nationale d'Israël, en 1969. On trouvera les détails dans  Richard Westfall, Never at Rest, A biography of Isaac Newton, Cambridge 1980. Nous n'insisterons pas sur les polémiques de divers ordres, liées à la carrière de Newton et à son héritage. En particulier sur les questions de priorité scientifique avec le philosophe mathématicien allemand Leibniz. Les grands hommes ont leurs petitesses, et, dit saint Paul, nous jugerons les anges (1 Cor. 6,3). Disons seulement que, pour démontrer la loi de la Gravitation universelle, il était indispensable d'avoir identifié comment représenter une force par le calcul. Cela, c'est Newton qui l'a réalisé. Que la pratique de ce calcul fût perfectible, c'est également indiscutable.


Mais le plus admirable est peut-être encore dans ces imperfections du calcul que les travaux de Leibniz et d'autres corrigeront. TOUT était à faire à la fois. Newton, tout comme Descartes, ignore le maniement des nombres négatifs. On admirera sans réserve la performance des savants qui ont travaillé sur les grands problèmes de la nature sans les outils appropriés dont nous disposons aujourd'hui. Et nous aurons aussi une pensée compréhensive pour ces disputes acharnées de priorité. Car il est bien vrai que tout progrès dans la réflexion mathématique amène son auteur à penser que son prédécesseur avait mal compris le problème.
 

 

Avec le mouvement intellectuel du XVII°siècle se produit un phénomène d'importance majeure. Newton, à la différence de Leibniz, explore la Nature physique plus que l'Entendement humain. Il est l'inventeur du télescope, et ses travaux sur la théorie de la lumière et des couleurs ont autant de place dans sa vie, sinon dans sa renommée : La nature, c'est-à-dire, dans l'esprit du temps, l'oeuvre de Dieu qui a créé toutes choses. Il est clair que nous venons d'oublier Dieu complètement. Toi-même, lecteur, t'en es tu aperçu. Or c'est par l'idée de Création que la théologie dominait l'ensemble du savoir. Dans les débats dogmatiques, aujourd'hui encore le début de la Genèse importe plus que les récits évangéliques !


A vrai dire, Isaac Newton ne semble pas avoir immédiatement ressenti la gravité du problème. De formation puritaine, il tient encore sur un carnet, en chiffre, le compte de ses péchés, quand en 1660, peu après la fin de la République de Cromwell, il arrive au Collège de la sainte et indivisible Trinité à Cambridge, le mieux coté de l'Université. Agé de 18 ans, étudiant serviteur (subsizar), il doit "réveiller les autres, vider leurs pots de chambre, et servir à table" (Westfall, p. 71). Sa passion pour les mathématiques l'isole, comme son caractère, mais n'attire ni la jalousie, ni le soupçon sur son orthodoxie. Ses premières découvertes marquantes concernent l'optique, et révèlent un physicien expérimentateur génial. Il décompose la lumière avec le prisme, puis la recompose avec une lentille, et en conclut au fait que la lumière blanche résulte d'un mélange de lumières de couleurs indépendantes.
En 1666, il obtient ses grades, devient fellow de son université, avec une chaire dite de Mathématiques, où il enseigne aussi l'astronomie, l'optique, la mécanique et la géographie. Alors les jalousies commencent. Surtout, règlement oblige, il doit dans les trois ans prendre les ordres ecclésiastiques et prêter serment à la sainte et indivisible Trinité. Il s'y préparera avec grand soin, deviendra un anti-trinitaire décidé, farouche ennemi d'Athanase … et s'en cachera soigneusement. C'est l'ensemble de ces études qui a été dévoilé avec le fonds Yahuda d'Israël vers 1970. Un autre fonds datant de la même époque serait celui de la Fondation Bodmer près de Genève. Mais il n'est pas ouvert au public. Apparemment, il doit concorder avec le précédent.


On devine qu'avec son incroyable puissance de travail, Newton devient rapidement un érudit dans tous les domaines classiques de la théologie. L'analyse du Nouveau Testament l'amène à cette conclusion que les textes ont été modifiés par les Autorités pour leur donner un sens trinitaire qu'ils n'avaient pas jusqu'au concile de Nicée (325) [note de l’auteur : sans pouvoir entrer ici dans les détails, disons que certains exemples lui donnent raison, mais qu'il en existe d'autres en sens contraire]. Surtout, il a découvert l'interprétation historique des Apocalypses. Il s'agit de textes écrits de manière codée, dans un contexte historique précis qu'il convient d'identifier. C'est ainsi qu'il date l'Apocalypse de saint Jean de la fin du règne de Néron. Comme pour le Calcul différentiel et intégral, ses démonstrations seront corrigées et précisées. Il reviendra à Edouard Reuss, de Strasbourg, vers 1840, de reconnaître dans le chiffre de la Bête, 666 ou 616 suivant les manuscrits, la valeur du nom de l'empereur Néron dans ses transcriptions en hébreu (NeRON CeSaR ou NeRO CeSaR, N=50, R=200, O=6, C=100, S=60, On compte seulement les majuscules. 50+200+6+50+100+60+200= 666). Mais la méthode de lecture est moderne. Donnons in extenso un passage, central pour notre objet, de Westfall (p. 315), inspiré des manuscrits Yahuda :


Pour Newton, adorer Christ comme Dieu était de l'idolâtrie, le péché majeur à ses yeux. "Idolâtrie" apparaît dans les titres primitifs de son agenda théologique. Cette grande perversion du christianisme a pollué, au IV° siècle, le culte authentique du vrai Dieu établi dans l'Eglise primitive. S'il n'y a pas transsubstantiation, écrit-il vers 1670 [ndlr - il s'agit de Westfall], il n'y eut jamais pire idolâtrie que la romaine, ainsi que même des Jésuites l'avouent. Newton affirmait que le pape, à Rome, avait été le complice d'Athanase, et que l'Eglise romaine idolâtre était le direct sous-produit des corruptions d'Athanase.


Et finalement - une fin qui vint très vite - Newton se convainquit qu'une corruption totale de la chrétienté avait suivi la corruption de la doctrine : le fonctionnement de la primitive Eglise avait fait place à la concentration du pouvoir ecclésiastique entre les mains de la Hiérarchie. L'institution perverse du monachisme jaillit de la même source. Athanase avait favorisé saint Antoine, et les trinitariens avaient introduit les moines dans le gouvernement ecclésiastique. Au IV°siècle, le trinitarisme avait infecté toute la chrétienté. Sans le dire expressément, il pense que la Réformation protestante n'a pas touché le foyer même de l'infection. Dans la Cambridge des années 1670, c'eût été dur à faire avaler (a strong meat indeed). Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi Newton devint impatient de quitter des occupations mineures, telles que l'optique ou les mathématiques : Il s'était donné pour mission de réinterpréter la tradition centrale de toute la civilisation européenne.

 

Bien avant 1675, Newton était devenu un arien au sens original du terme. Il reconnaissait Christ comme un divin médiateur entre Dieu et l'homme, subordonné au Père qui l'avait créé. Christ avait mérité d'être adoré, mais non pas comme Dieu le Père, par le fait même qu'il était resté humble et obéissant jusqu'à la mort...


Bref, nous reconnaissons le langage d'un Maximin face à saint Augustin, voire celui du Patriarche Timothée en face du Calife de Bagdad. C'est nous qui avons souligné l'interprétation de R. Westfall sur le sens donné par Newton à sa mission religieuse. Elle est à mettre en face, et en opposition, à celle que Calvin s'était donnée en son temps. Car elle explique leurs comportements, même si elle ne les légitime peut-être pas. Pendant la peste de 1542 à Genève, ces Messieurs les Pasteurs s'étaient penchés sur un grave problème : fallait-il visiter les malades et aller au-devant de la contagion. La décision fut que oui, sauf pour Calvin dont la vie était trop importante pour la cause de Dieu. Après quoi les autres hésitèrent. Pourquoi lui et pas moi  ? C'est alors que Sébastien Castellion, professeur de grec au Collège, se proposa comme aumônier de l'hôpital ! Calvin ne le lui pardonna pas, et le fit chasser peu après de Genève.


Il y aura, dans le comportement de Newton, quand il parvient à la gloire scientifique, un questionnement comparable. Il faut comprendre que Newton était seul à comprendre l'importance de ses découvertes scientifiques et théologiques, et le lien qui s'établirait entre elles. Il fallait qu'il restât vivant, et reconnu. C'est pourquoi il n'a rien publié de ses réflexions hérétiques, et laissé tomber des disciples compromettants. Il est ainsi devenu autoritaire, voire tyrannique, riche, aimant les honneurs.


C'est le problème de toutes les grandes causes, entraînant des risques mortels. Les grands chefs politiques et militaires ont à prendre la décision où d'autres se feront tuer sous leurs ordres. On leur reprochera de ne pas s'être posé ce problème, mais on leur fera gloire de prendre, dans la nécessité, les grands risques eux-mêmes. L'Histoire nous dit que le reproche exista, pour Newton comme pour Calvin.

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 19:16

Quand Voltaire, qui fera plus que tout autre pour diffuser la pensée scientifique de Newton, publie en 1738 ses Eléments de la pensée de Newton, il mit à la portée de tout le monde, un modèle de vulgarisation scientifique. Il y a trois parties concernant les lois de la dynamique en astronomie, l'optique, et des planches contenant les figures associées aux sujets abordés. Rien sur la philosophie ni la religion. Nul ne pensera que Voltaire ait voulu ménager la théologie officielle. D'ailleurs la philosophie anti-trinitaire filtrera bien à partir des cercles ayant connu Newton au début du XVIII° siècle, Locke, et surtout l'Encyclopédie. Louis de Jaucourt, l'un de ses principaux rédacteurs, esprit aussi universel que discret, est membre de la Royal Society de Londres. Son article sur la Trinité est un modèle de diplomatie :


Chilperic_Ier.jpgTRINITE : Ce mot est reçu pour désigner le mystère de Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il me semble qu'il y aurait de la témérité d'entreprendre d'expliquer ce dogme, parce que, vu le silence des écrivains sacrés, les explications ne peuvent être qu'arbitraires et chacun a droit de forger la sienne. De là vient que saint Hilaire par son expression trina deitas trouva tout autant de censeurs que d'approbateurs qui disputèrent vainement sur un sujet dont ils ne pouvaient se former d'idée. Aussi Chilpéric Ier, monarque singulier si le portrait que nous en donne Grégoire de Tours est fidèle, voulut donner un édit pour défendre de se servir même à l'avenir du terme de trinité, et de celui de personne en parlant de Dieu. Il condamnait le premier terme [ndlr - Trinité] parce qu'il n'était pas dans l'Ecriture, et proscrivait le second [ndlr – personne], parce qu'étant d'usage pour distinguer parmi les hommes chaque individu, il prétendait qu'il ne pouvait en aucune manière convenir à la divinité.
Connaissais-tu Chilpéric Ier, ô lecteur ? Je t'avoue que je l'ignorais avant d'écrire ce feuilleton. C'est un petit-fils de Clovis. Voici l'original de Grégoire de Tours (Livre V, XCVIII; trad. F.Guizot, 1823) :

 

Chilpéric Ier, de la dynastie mérovingienne, fut roi de Soissons (561-584) et de Paris (567-584).


 L'ambassadeur Agatan du roi arien wisigoth espagnol Léovigilde est venu rencontrer Chilpéric pour le convertir à l'arianisme, vers 580. Chilpéric le met en débat avec Grégoire de Tours. Et ce débat tourne à l'avantage de l'arien, avec les arguments scripturaires habituels : Le Père est plus grand que moi, etc. Mais, tombé malade à son retour en Espagne, Agatan se convertit.

 
En ce même temps, le roi Chilpéric écrivit un petit traité portant qu'on ne devait pas désigner la sainte Trinité en faisant la distinction des personnes, mais seulement la nommer par le nom de Dieu, affirmant qu'il était indigne de Dieu qu'on lui attribuât la qualification de personne, comme à un homme fait de chair, soutenant aussi que le Père était le même que le Fils, et le Saint-Esprit le même que le Père et le Fils. C'est ainsi, disait-il, qu'il s'est montré aux prophètes (...) : Je veux que toi et les autres docteurs de l'Eglise le croyiez ainsi.
Grégoire s'indigna contre cet édit, et les pressions furent telles que Chilpéric renonça rapidement. Le roi n'était pas le plus fort. D'ailleurs il fut assassiné en 584. Et l'Espagne se convertit peu après la mort en 586 de Léovigilde.

 

Nous voyons que Jaucourt a cherché très loin dans l'Histoire ce qui convenait à son propos, indubitablement arien, mais difficilement attaquable. Ajoutons que Jaucourt était protestant, auteur de nombreux articles de religion de l'Encyclopédie. On doit à Jacques Proust, Diderot et l'Encyclopédie (1962, 1995), la justice rendue à Jaucourt, rédacteur du quart des 68 000 articles, dont la quasi-totalité des articles écrits dans la clandestinité après la mise à l'Index de ce monument culturel français, quand Voltaire, d'Alembert et tous les prudents se furent retirés du mouvement.


Il faut comprendre. La loi de la Gravitation universelle découverte par Newton porte en germe la révolution religieuse. Mais elle n'est encore accessible qu'à l'élite intellectuelle, qui a des raisons d'avoir peur. L'Histoire attendra. En 1780, deux découvertes majeures, de Coulomb et Kant : les lois de Coulomb sur l'électricité. Elles vérifient également une loi de même type que la Gravitation universelle. Plus encore Kant, à Koenigsberg ; professeur de mécanique et astronome, il trouve des différences entre ses calculs sur les mouvements des planètes et l'observation. Il en déduit l'existence d'une planète inconnue, dont il calcule la position. En 1781 Herschell annoncera sa découverte d'Uranus, dans la position prévue par Kant (ce lien entre prévision par le calcul et découverte sera plus connu pour le cas de Neptune, en 1846, avec Le Verrier). Pour Kant, il est connu par Madame de Staël. Peu après, il publie sa Critique de la raison pure. Désormais la place de Dieu n'est plus dans la gestion de la Nature, mais dans la Morale. A nous, bien sûr, de dire ce que nous entendons par la morale, selon le proverbe : Dis-moi qui est ton Dieu, et je te dirai qui tu es. Il faut aussi mesurer le poids philosophique de la fameuse Loi de conservation des éléments, telle que Lavoisier la formule en 1783 : Rien ne se perd, rien ne se crée dans la Nature. Il n'y a pas de Création !


Le terrain est prêt, désormais, pour les trois orientations que va prendre le mouvement initié par Newton et mûri par la diffusion érudite du Siècle des Lumières.
1 - le piétisme kantien, d'affinité unitarienne,
2 - la religion laïque autour de l' "Etre Suprême",
3 - Et enfin l'athéisme déclaré.

 

Quand le mathématicien Laplace présentera à l'empereur Napoléon son Système du Monde, l'Empereur lui demandera quelle est la place de Dieu dans son système : - Sire, répond-il, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. Entre temps, Napoléon aura fermement rétabli la religion de l'Autorité. La Trinité n'est pas vaincue.

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 16:32

L'édit de Tolérance qui accorde aux protestants les droits civils, grâce à la diligence de Malesherbes, ne date que de 1787.

ndlr - Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, né le 6 décembre 1721 à Paris, De 1787 à 1788, il est membre du Conseil d’En-haut. Il propose des réformes mais il n’est pas écouté. À l'instigation de Louis XVI, il publie cependant en 1785 un Mémoire sur le mariage des protestants, puis fait adopter en 1787 l'édit de Versailles qui organise l’Etat civil des non-catholiques, initiant ainsi un début de reconnaissance de la pluralité des confessions.

 
La Déclaration des droits de l'Homme fut mise au programme de la première Assemblée nationale française plusieurs jours avant la prise de la Bastille le 14 juillet, et complètement votée au mois d'août 1789. Mais on ne prête pas assez d'attention à une image hautement symbolique : tous les tableaux d'époque représentant la Déclaration de 1789 sont à l'image classique des Tables de la Loi de Moïse. Les protestants de France n'ont pas été les derniers à oublier la signification de ce symbole, et pour plusieurs raisons qu'il conviendra d'examiner.


moise_et_les_tables_de_la_loi_inscriptions_hebraiques.jpg
Le premier président de l'Assemblée nationale est l'ancien pasteur du "Désert" Rabaut Saint-Etienne. Or l'image symbolique du protestantisme de France était celle des Tables de la Loi, et elle l'est restée au moins jusqu'à la fin du XIX°siècle. La croix, en tant qu'image, était celle de la persécution, celle qu'on présentait aux condamnés au moment du supplice, pour leur offrir une chance de sauver leur âme. Les choses ont progressivement changé à partir de 1890 sous l'influence luthérienne. Il va de soi que nos précisions n'ont nullement pour objet de contester cette évolution. Avant la Seconde guerre mondiale, un insigne des Tables de la Loi, porté à la boutonnière, désignait une personne juive.


On a donc oublié que les temples protestants de France, au-dessus ou à côté de la chaire pastorale, portaient l'image et les paroles du Décalogue, et cela en accord avec la liturgie qui commençait par la lecture du Décalogue (Exode 20) : Je suis l'Eternel ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude. / Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face, etc. Dans le patois de Canaan, surnom donné par l'humour protestant à sa propre légende, l'Egypte, ou Babylone, désigne l'Eglise catholique. Israël désigne les protestants, et ceux-ci attendront l'Affaire Dreyfus pour voir un quelconque parallélisme entre les persécutions qu'ils ont subies, et la situation des Juifs.


Cela dit, la Loi, comprise non comme une oppression mais comme symbole de la liberté, induira un réel parallélisme moral, ressenti dans la société, alors qu'il ne se traduisait pas dans la théologie. La Loi, rempart des Libertés, ce principe fondamental de morale civique éclate dans le livre du pasteur Samuel Vincent plusieurs fois réédité, 1820, 1829, 1860, De l'Etat du protestantisme en France.


La Déclaration de 1789 ne représente rien moins que les Nouvelles tables de la Loi, données non seulement à un peuple, mais à l'Humanité entière, avec la libération des esclaves, revendiquée par Jaucourt dans l'Encyclopédie. Et cet idéal de la Révolution par les Lumières déborda vers l'Allemagne rhénane, avec ces écriteaux sur les frontières : “Ici commence le pays de la Liberté !

 

Hélas ! Combien sont morts sous la Terreur ! Malesherbes dont l'enquête avait aboutie à l'édit de Tolérance. Guillotiné. C'est lui qui avait interdit aux curés de porter sur les actes de baptêmes des protestants des notices infâmantes. Louis XVI, passionné des sciences modernes, montant sur l'échafaud, demandait encore des nouvelles de Monsieur de La Pérouse. Rabaut Saint-Etienne, guillotiné pour avoir pris la défense du roi publiquement. Non qu'il contestât les contacts le Louis XVI avec l'empire autrichien, mais parce que son exécution serait illégale. En effet, la Constitution disait que La personne du Roi était inviolable. On pouvait l'exiler, changer la Constitution, mais non pas créer un tel précédent à la rétroactivité des lois. Après le roi, il y eut la reine, qui n'était peut-être pas à la hauteur des circonstances. Mais on ne lui laissa pas le choix de son avocat. Aujourd'hui encore, des avocats estiment que, par leur uniforme, ils portent son deuil. Elle aussi aura, sur l'échafaud, ce geste d'imprévisible dignité qui sied à la Première dame de France : Ayant par mégarde trébuché sur les pieds du bourreau : Faites excuse, Monsieur le Bourreau, je ne l'ai pas fait exprès.


Après ces excès, Napoléon "rétablira l'ordre". On sait ce qu'il en advint, et il ne manque pas d'éminents défenseurs dans le procès jamais clos de l'Histoire. Mais l'oeuvre des Lumières en subit des amputations majeures. Non pas les mathématiques, ni les sciences, mais tout l'édifice d'indépendance intellectuelle et théologique qui avait pu s'appuyer sur leur floraison. La Trinité reprit son pouvoir, avec le symbole d'Athanase, et certains qualifièrent même ce mouvement d'évangélique.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 13:38

Filum Arianum. Le fil d'Arius dans l'histoire du dogme trinitaire, par Maurice Causse *, protestant de l’ERF, théologien et historien, spécialiste de Paul Sabatier ( lien).

De quoi s'agit-il ? La piété chrétienne s'adresse au Père, au Fils, et au Saint-Esprit, formule utilisée dans cet ordre en Matthieu 28, 19 ; dans 2 Corinthiens 13, 13, on a l'expression : Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu le Père, et la communion du Saint-Esprit, soient avec vous tous. Le dogme trinitaire définit les relations entre ces trois éléments. Sa formulation officielle est le symbole d'Athanase :

saint athanase le grandQuicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem,
Quiconque veut être sauvé, avant toute chose il importe qu’il s’en tienne à la foi catholique.
Quam nisi quisque integram inviolatamque servaverit, absque dubito in aeternum peribit.
Que l’on doit conserver intégrale, inviolée, sans hésitation, sous peine de périr pour l’éternité.
Fides autem catholica haec est,ut unum Deum in Trinitate,et Trinitatem in unitate veneremur
La foi catholique, c’est que nous vénérons Dieu unique dans la Trinité, et la Trinité dans l’unité.
saint Athanase le Grand, fresque restaurée de la chapelle du monastère de Mar Musa, désert de Syrie

Neque confundentes personas, neque substantiam separantes. Nous ne confondons pas les personnes et nous ne séparons pas les substances.
Alia est enim persona Patris, alia Filii, alia Spiriti sancti.
Autre est la personne du Père, autre celle du Fils, et autre celle du Saint-Esprit.
Sed Patris, et Filii, et Spiritus sancti una est divinitas, aequalis gloria,coaeterna majestas.
Mais une est la divinité du Père, du Fils et du Saint- Esprit, égale est leur gloire, coéternelle leur majesté
Qualis Pater,talis Filius,talis Spiritus sanctus.
Tel Père, tel Fils, tel Saint-Esprit.
Increatus Pater, increatus Filius, Increatus Spiritus sanctus.
Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé.  
Immensus Pater, immensus Filius, immensus Spiritus sanctus.
Le Père est immense, le Fils est immense, le Saint-Esprit est immense.
Aeternus Pater, aeternus Filius, aeternus Spiritus sanctus.
Le Père est éternel, le Fils est éternel, le Saint-Esprit est éternel.
Et tamen non tres aeterni,sed unus aeternus.
Mais non pas trois éternels ; c’est un seul éternel.
Sicut non tres increati, nec tres immensi, sed unus increatus et unus immensus.
De même non pas trois incréés, ni trois immenses, mais un seul incréé, et un seul immense.
Similiter omnipotens Pater, omnipotens Filius, omnipotens Spiritus sanctus.
De même le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint-Esprit est tout-puissant.
Et tamen non tres omnipotentes, sed unus omnipotens.
Et cependant non pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant.
Ita Deus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus sanctus.
Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu.
Et tamen non tres Dii, sed unus est Deus.
Mais non pas trois Dieux : c’est un seul Dieu.
Ita Dominus Pater, Dominus Filius, Dominus Spiritus sanctus.
Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur.
Et tamen non tres Domini, sed unus est Dominus.
Mais non pas trois Seigneurs : c’est un seul Seigneur.
Quia, sicut singillatim unamquamque personam Deum ac Dominum confiteri Christiana veritate compellimur : ita tres Deos aut Dominos dicere, catholica religione prohibemur
Car, de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chacune des personnes est Dieu et Seigneur, la religion catholique nous interdit de dire qu’il y ait ainsi trois Dieux et trois Seigneurs.
Pater a nullo est factus, nec creatus, nec genitus..

Le Père n’a été fait par personne, ni créé, ni engendré.

Filius a Patre solo est : non factus, nec creatus, sed genitus.
Le Fils vient du Père seul ; ni fait, ni créé, mais engendré par lui.
Spiritus sanctus a Patre et Filio : non factus, nec creatus, nec genitus, sed procedens.
Le Saint-Esprit vient du Père et du Fils; ni fait ni créé, ni engendré, mais procédant d’eux.
Unus ergo Pater, non tres Patres : unus Filius, non tres Filii: unus Spiritus sanctus, non tres Spiritus sancti.
Il n’y a donc pas trois Pères, mais un seul ; ni trois Fils, mais un seul, ni trois Saint-Esprits, mais un seul.
Et in hac Trinitate nihil prius aut posterius, nihil majus aut minus; sed totae tres persones coaeternae sibi sunt, et coaequales.

Et dans cette Trinité rien ne vient avant ou après ; ni au-dessus ou dessous. Les trois personnes sont égales et coéternelles.
Ita ut per omnia, sicut jam supra dictum est, et unitas in Trinitate, et Trinitas in unitate veneranda sit.
Ainsi, que toujours l’unité divine soit vénérée dans la Trinité des personnes et la Trinité dans l’Unité.
Qui vult ergo salvus esse, ita de Trinitate sentiat.
Celui qui veut être sauvé, c’est ainsi qu’il doit ressentir la Trinité.

Etc.


Ce texte remonte au VII° siècle, sans doute un peu au-delà. Il marque l'aboutissement d'une controverse
commencée au III° siècle, avec pour protagonistes l'évêque Athanase d'Alexandrie et le moine Arius. Elle est tranchée par l'autorité impériale en 325, Constantin étant devenu en fait le chef de l'Eglise chrétienne, qui officialise le symbole de Nicée, toujours en usage dans les différentes Eglises chrétiennes. Après des péripéties au cours du IV° siècle, les ariens opposés au nouveau dogme trinitaire seront définitivement exclus et persécutés à partir de 381 sous l'empereur Théodose. Mais des hérésies naissent à propos de l'interprétation exacte du symbole de Nicée, en sorte que des précisions furent jugées nécessaires. En tout cas, nous verrons que Calvin fut traité d'arien pour avoir voulu délaisser le symbole d'Athanase, et qu'il s'inclina. La discussion était close, et Michel Servet périt, d'avoir osé la rouvrir. Nous y reviendrons.

 

à suivre ...

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Published by Maurice Causse - dans sur l'arianisme
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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 12:52

par Maurice Causse, suite des pages précédentes  ...

 

Les ariens étaient-ils vraiment "anti-trinitaires" ? Certains le furent, sans doute.

Il ne faut pas chercher dans l'histoire ecclésiastique plus d'équité que dans une campagne électorale victorieuse. On a cependant un document parfaitement objectif ; c'est un débat public entre saint Augustin et l'évêque arien Maximin, ou Maximinus, tenu à Hippone en 427, avec des secrétaires qui ont dressé le procès-verbal du débat, sténographié au cours des séances et contresigné par les protagonistes. Comment avait-ce été possible ? C'est qu'il y avait une exception aux lois répressives  de Théodose. En 410, Rome a été prise et saccagée par les Vandales d'Alaric, ariens ; humiliée. Après la guerre, Augustin eut à confesser nombre de nobles dames romaines qui avaient subi, de la part des beaux scandinaves, les pires outrages, où la confession sincère de leur péché les contraignait à dire qu'elles y avaient trouvé du plaisir. Et nous avons les lettres consolantes d'Augustin.

 

C'est dire que l'Empire romain n'est plus aussi puissant qu'autrefois. Ses armées sont formées de mercenaires étrangers, notamment scandinaves, qui sont souvent chrétiens ariens. Comment cela ? Eh bien, trente ans plus tôt, à Constantinople, le Goth Ulfilas (Wulfila, le loup) (lien) devenu militaire s'était converti, arien et même évêque, puis était reparti "évangéliser" son hérésie en Suède. Une des méthodes les plus dangereuses des ariens était de multiplier les études bibliques. Ils étaient ainsi très forts pour lancer leurs versets à la face des prédicateurs bons catholiques. D'où l'importance du principe suivant formulé par saint Augustin : Omnia quae leguntur de Scripturis sanctis, ad instructionem et salutem nostram, intente oportet audire. Maxime tamen memoriae commendanda sunt, quae adversus haereticos valent plurimum. (Tout ce qu'on lit dans les Ecritures saintes pour notre instruction et salut, il convient de l'écouter avec attention. Il faut cependant tenir en mémoire surtout ce qui peut le mieux servir contre les hérétiques. Ep. in Io. Ep. X, 2, 1).


On va voir que la mémoire biblique de Maximin était prodigieuse. Le gouverneur d'Afrique du Nord, Boniface, étant entré en rébellion contre l'empereur, avec à la clé le ravitaillement de Rome en blé, l'empereur envoie en médiateur l'aumônier général des Goths Maximin, évêque arien (toujours l'exception). Pour saint Augustin, c'était l'occasion de l'embarrasser. Car l'arianisme est interdit. Or Maximin accepte, malgré le danger à cause des lois de l'Empire, car, dit-il : La confession de bouche est nécessaire au salut (Rom 10, 10) ; car nous sommes disposés à répondre à quiconque nous demande raison de notre foi et de notre espérance (1 Pierre 3, 15) ; puisque le Seigneur Jésus  dit lui-même : Celui qui me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux; et celui qui m'aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux (Mat. 10, 32). Craignant, dis-je, ce péril, quoique je n'ignore pas les lois de l'empire, mais instruit en même temps de la loi du Sauveur qui nous a donné cet avertissement : Ne craignez point, dit-il, ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l'âme (Mat. 10, 28) ; par tous ces motifs, je réponds en termes clairs et positifs.

Confession de foi arienne de l'évêque Maximin - Je crois qu'il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, lequel n'a reçu la vie de personne. Je crois qu'il n'y a qu'un seul Fils, lequel a reçu du Père son existence, sa nature et sa vie. Je crois qu'il n'y a qu'un seul Saint-Esprit paraclet, lequel illumine et sanctifie nos âmes. Et j'affirme cela d'après les divines Ecritures.

J'ai montré bien des fois cette confession arienne à des amis, évidemment non familiers de l'escrime dogmatique ; aucun n'a trouvé l'hérésie. Si on demande à un professionnel de définir le dogme trinitaire, invoqué dans toutes les formulations actuelles de l'oecuménisme, personne n'ose plus invoquer sa définition officielle, donnée dans le symbole d'Athanase, le Quicumque. Les éléments de ce symbole se retrouvent dans les discours d'Augustin dans sa dispute avec Maximin. Le problème entre eux, contrairement à une idée répandue sur les ariens et qui s'avère ici être une calomnie, ne concerne pas directement la divinité de Jésus-Christ. Entre parenthèses, ne mélangeons pas nos façons de poser le problème avec celles du IV° ou du XVI° siècle. Les ariens du IV° siècle, et plus tard les "anti-trinitaires" du XVI°, affirment bel et bien la divinité du Christ, contrairement à la légende officielle. Le vrai problème, depuis le IV°, c'est l'égalité du Père et du Fils.

Ndlr - Contrairement aux anti-trinitaires Georges Biandrata et Faust Socin qui maintiennent une divinisation de Jésus après sa mort et résurrection (divinisation car ayant été élevé par Dieu), l'évêque transylvain Ferenc David veut cesser tout culte à Jésus, celui-ci étant simplement homme, ce qui lui vaudra sa captivité dans la forteresse de Deva où il décèdera rapidement en novembre 1579. Aujourd'hui, les unitariens suivent l'exemple de Ferenc David.


Pour l'orthodoxie, c'est une question de logique. Puisque, d'après Deut. 6, 4, Le Seigneur ton Dieu est un Dieu unique,  il y a identité de nature divine entre Dieu et Christ, définie avec précision par le symbole d'Athanase. Une illustration de cette vision se voit dans des représentations de Dieu dans l'Ancien Testament, quand il parle à Moïse ou Abraham : on le voit avec le nimbe et portant la croix, par exemple dans les fresques de Saint-Savin (XII° siècle) : autrement dit, c'est déjà le Christ.


Pour l'évêque arien, l'argumentation est purement scripturaire. Puisqu'on trouve dans l'Ecriture des textes permettant de dire que Christ est Dieu, il est Dieu et même "grand" Dieu. Mais quand Jésus parle de Dieu, c'est de Dieu le Père qu'il s'agit, plus grand que lui-même le Christ. Quant à la déduction logique d'Augustin, elle n'a pas de poids contre l'évidence des textes.


On comprendra mieux le problème avec un peu d'histoire de la pensée. Pour les Grecs anciens, la déduction logique existe bien, et elle est dans la Logique d'Aristote, mais elle ne vaut pas l'évidence directe en tant que preuve de vérité. C'est pourquoi il leur faut une représentation géométrique pour illustrer un théorème d'algèbre. Même échelle de valeur, qui se traduit dans le vocabulaire, en latin. Avec cette explication, nous pouvons dire que les deux adversaires ont la même base, qui est l'Ecriture ;  Augustin en balaye les affirmations contradictoires au bénéfice d'une dogmatique logiquement cohérente. Maximin met en évidence que cette cohérence est artificielle, par la profusion de ses citations scripturaires. Sa cohérence à lui, c'est l'unité morale du Père et du Fils, qui ne signifie pas unité de nature, tant qu'un texte ne le précisera pas. Il est insaisissable, et Augustin publiera plusieurs traités contre lui – preuve de son embarras.


Maximin a même visiblement marqué un point. Augustin (XIV) : Pourquoi (Christ) est-il le vrai Dieu ? Parce qu'il est le vrai Fils de Dieu. En effet, il a été donné aux animaux d'engendrer exclusivement des êtres semblables à eux-mêmes ; et tandis qu'un homme engendre un homme, qu'un chien engendre un chien, Dieu n'engendrerait pas un Dieu ? Augustin  a parlé trop vite. La volée de retour ne se fera pas attendre : Maximin (XX) Quand il s'agit de Dieu, on ne doit employer que des comparaisons dignes. Ce qui me déplaît, ce qui m'a causé une douleur profonde, c'est de vous avoir entendu dire qu'un homme engendre un homme, et qu'un chien engendre un chien : une comparaison si ignoble ne devait pas être employée à l'égard d'une si haute majesté.

Le Fil d'Arius va désormais se diviser en deux torons, à l'Occident et en Orient. En Occident, suivons les Scandinaves, les Wisigoths dans le Sud-Ouest de la Gaule et en Espagne, et les Vandales en Espagne du Sud, la "Wandalousie", et l'Afrique du Nord. Il y eut d'autres implantations ; mais le catholicisme finira par triompher.

 

Clovis-et-Aleric.gif
Ndlr - la bataille de Vouillé en 507 (c-dessus illustrée). Clovis, roi des Francs, fut appelé par les habitants de Poitiers pour les délivrer de la domination d’Alaric II, roi des Visigoths ; une sanglante bataille eut lieu à Vouillé, à 17 km à l'O.- N.-O. de Poitiers. Les Visigoths furent vaincus, et leur roi tué de la main de Clovis. Tous les biens qui, dans le Poitou, avaient appartenu aux temples du paganisme, aux juifs et aux ariens, furent alors donnés par le vainqueur à l’évêque et à l’église de Poitiers.

En Orient, la destinée arienne aura plus d'avenir, avec l'islam. 

à suivre ...

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 12:31

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Les recherches récentes sur les origines de l'islam s'orientent vers une résurgence de l'arianisme, dont il ne se distingue vraiment qu'à partir du IX°siècle. De l'islam, la culture française de base connaît trois dates ou personnages :
1. Mahomet a fondé l'islam avec l'Hégire en 622 et enseigné le Coran.
2. Charles Martel a battu les Arabes à Poitiers en 732.
3. Charlemagne, couronné empereur à Noël en l'an 800, correspondait avec le calife Haroun ar-Rachid.
Si maigre soit-il, ce squelette d'histoire dit déjà pas mal de choses. On peut lui donner chair et couleurs.

Le prophète Mahomet

Toute cette histoire est à revoir de fond en comble. On a contesté jusqu'à l'existence du prophète Mahomet, ou Mohammed. Il en résulte deux problèmes. D'abord cette mise en cause scandalise les musulmans, et chacun sait que cela ne va parfois sans danger. Le seul moyen, à mon sens de tenter la chose dans l'esprit qu'il faut, c'est de se rappeler le scandale intérieur à notre propre Eglise protestante de France au XIX° siècle, quand on mettait en cause l'histoire évangélique, et les disputes féroces entre les "orthodoxes" et les “libéraux”. Avec ce rappel, on éprouvera quelque modestie,  peut-être de la sympathie envers les musulmans indignés. Il est plus facile de détruire un système que de reconstruire ensuite une Histoire sur laquelle des croyants non savants, mais sincères et honnêtes dans leur foi en Dieu, ont construit le sens de leur vie, avec le désir de faire ce qui est juste et bon. Je ne puis que dire ici ma synthèse personnelle et sans doute provisoire.

Le prophète Mohammed a bien existé, avec le nom que nous lui connaissons. Mais, s'il n'est pas tout à fait inconnu chez les auteurs chrétiens de l'époque, ce n'est pas comme prophète, mais comme marchand. De toute façon, ce qu'on sait de la vie locale est de la plus extrême modestie. Son épouse préférée Aïcha racontera plus tard comment, pour faire ses besoins naturels, elle s'écartait du village le soir, et que sinon les maisons empestaient. Or sa famille était l'une des plus riches de la tribu. Mohammed ayant commencé  à prendre de l'importance, son gendre Omar déplore l'indigence de son logement, un mobilier réduit à quelques tapis de feuilles de palmier, avec des coussins. Rien à voir avec les rois de Perse.

Néanmoins l'ascension prodigieuse de l'islam sur la scène politique internationale est un fait avéré.
La "Mosquée d'Omar", ou "Coupole du Rocher", sur l'Esplanade des mosquées à Jérusalem, est un monument superbe et daté en 692, avec une inscription de 240 mètres de long en arabe à l'intérieur. Tout le monde vous dit que ce sont des citations du Coran. Il vaut la peine d'y voir de plus près.

Coran 19, 33-36 - (Marie) montra l'enfant au berceau ... qui dit : ... Dieu a exigé de moi la piété envers ma mère, 34 : la paix soit sur moi le jour de ma naissance, le jour ma mort, le jour de ma résurrection. Tel est Jésus fils de Marie, de vérité sur qui ils se disputent. Il n'est pas de Dieu, de prendre un fils. Loué soit-il. S'il décide une chose, il dit : qu'elle soit et elle est. Certes, Dieu est mon maître et le vôtre. Servez-le, c'est la voie droite.

Le texte de l'inscription de la Mosquée - O Dieu, bénis ton envoyé, ton serviteur Jésus fils de Marie, paix sur lui le jour de sa naissance, le jour de sa mort, le jour de sa résurrection. Tel est Jésus fils de Marie, parole de vérité, sur qui vous vous disputez. Il n'est pas de Dieu, de prendre un fils. Loué soit-il. S'il décide une chose, il dit : qu'elle soit et elle est. Certes Dieu est mon maître et le vôtre. Servez-le, c'est la voie droite.

 

mosqueedomar.jpgLa mosquée d’Omar à Jérusalem. Les musulmans l’appellent « Koubbet es Shakra » (la coupole, ou dôme, du rocher). Elle fut érigée au VIIe siècle sur le rocher où, selon la légende, s’élevait le temple du roi Salomon et où Hérode le Grand fit reconstruire un autre temple.

La correspondance mot à mot exclut tout hasard. La seule différence est le sujet. Dans l'inscription, c'est une bénédiction sur Jésus. Dans le Coran, c'est le bébé qui parle. Quel est l'original ? Personne de sensé ne peut prétendre que ce soit le Coran. C'est le Coran qui a utilisé un texte liturgique chrétien. En 692, la Mosquée récemment inaugurée est encore une église chrétienne. La considération des autres citations de l'inscription conduit à d'autres conséquences très importantes. La plus grave est celle-ci : Mohammed est un mot arabe signifiant : Qu'il soit loué. Il est hautement probable qu'à l'origine, la Confession de foi de l'islam fut une confession chrétienne arienne : Il n'y a de Dieu que Dieu ; qu'il soit loué l'Envoyé de Dieu (Jésus !).

C'est une confession de foi anti-trinitaire. Un certain nombre d'érudits doutent même qu'avant le IX°siècle Mohammed ait pu désigner un personnage défini. A mon avis c'est là une erreur. Les synopses du Hadith me paraissent à cet égard décisives. Cet ensemble de traditions, de valeur très inégale, permet d'asseoir un fond historique solide sur la période très pauvre du désert. En particulier le nom du personnage était sûrement Mohammed. C'est toujours, selon ces mêmes érudits, un titre de fonction ; et ils ont sûrement raison pour des monnaies arabes du VII° siècle portant sur une face la croix chrétienne et sur l'autre face l'inscription en arabe Mohammed, l'envoyé de Dieu. Dans ces conditions, le problème sera de trouver à quel moment le prophète Mahomet, ou bien ses disciples, auront utilisé la double signification de son nom pour en faire la confession de foi de l'islam.


Il est en tout cas certain que le Prophète fut influencé par l'arianisme, et cela lui fut reproché par d'autres chrétiens. Les conséquences de ces faits pour comprendre la nature du Coran ne seront pas moins graves.
 

à suivre ...

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 12:14

par Maurice Causse, suite des pages précédentes

Poitiers, 732. En 632, Mohammed meurt à Médine. En 100 ans, conquête définitive de tout le Moyen-Orient hérétique et de l'Afrique du Nord, du sud de l'Espagne pour plusieurs siècles de brillante civilisation. Comment cela ? De même qu'en Palestine et en Syrie, les envahisseurs arabes ont été souvent bien reçus par des populations marquées autrefois par l'arianisme, Vandales et Visigoths ; cela, joint à des talents militaires évidents, explique en partie la rapidité de la conquête.

Il s'est joué une partie politique et religieuse importante dans l'empire arabe à la fin du VIII° siècle. Les chrétiens y ont tenu un rôle très important. Bien sûr, je simplifie. Comme il est naturel, des tensions internes ont accompagné la montée en puissance des Arabes et leurs victoires sur les Romains catholiques puis sur les Perses zoroastriens. Assassinats et guerres civiles, qui durent encore aujourd'hui. Le parti sunnite a son origine dans la dynastie oumayade, capitales Damas et Jérusalem. Ce sont en majorité les Arabes des tribus du nord, Syrie, d'origine chrétienne arienne. Ils parlent un arabe qui n'est pas écrit, ou bien l'araméen et le grec, langue de l'empire romain oriental (On a retrouvé à la mosquée Saint Jean Baptiste de Damas un texte biblique en arabe, en caractères grecs.). Ce sont les plus riches et les plus civilisés, ce seront donc les plus forts au premier siècle de l'islam. Le parti shiite a son origine dans le clan hachémite, celui du prophète Mohammed. C'est lui qui détient les traditions anciennes de la religion et en particulier celle de la pure langue arabe revendiquée dans le Coran par le Prophète. Elle est écrite, mais exprime des sons qui n'existent pas dans les autres langues sémitiques. Le travail commun de mise par écrit prendra du temps et ne s'achèvera pas avant le IX° siècle, avec la victoire du parti hachémite, à Bagdad pour capitale.

Ce parti bénéficiera d'une complicité chrétienne décisive, celle du parti nestorien, avec en particulier son chef, le patriarche Timothée Ier (727-823), grand homme politique et théologien subtil. Il sut établir des relations de fructueuse coopération avec le pouvoir impérial arabe, sur tous les plans. Relations avec l'Extrême-Orient, missions chrétiennes et musulmanes jusqu'en Chine, commerciales avec la route de la soie et théologiques pour les deux. Les nestoriens étaient trinitaires, ennemis des ariens. Mais la véritable Trinité, pour eux, ne s'établissait qu'à la Résurrection du Christ. Par rapport aux catholiques, ils refusaient que le Nouveau-né de la Crèche fût déjà le Christ égal à Dieu le Père. Ce qui permettait une certaine conciliation avec l'islam.

 

nestoriennes_et_route_de_la_soie.jpg églises nestoriennes (points bleus), voyages missionnaires (en rouge), route de la soie (en vert), villes-étapes (losange vert)
 

nestoriens_medium_fresque_tursan.jpg

un médium nestorien, fresque à Turfan (Mongolie). Les consultants sont des Asiatiques.

C'est ainsi que la version arabe d'une légende nestorienne, également attestée dans la tradition musulmane dit que Mohammed, encore jeune, aurait été initié à la vraie religion par le moine chrétien Bahira. Cette légende évoque la crucifixion de Jésus-Christ dans des termes identiques à ceux du Coran : la crucifixion n'avait été qu'une apparence. Bien sûr, Jésus ne deviendra Christ qu'à la Résurrection, trois jours après, selon le discours de Pierre à Jérusalem (Actes 2, 36). Et la même légende reproche à Mohammed, devenu grand, d'avoir gardé des sympathies ariennes. Evidemment, avec le calife hachémite voulant se débarrasser de la dynastie arienne de Damas, ce reproche-là pouvait être accepté.


On a de bonnes raisons de penser que l'islam tolérant, tel qu'il se présente aujourd'hui en Europe, a été formé définitivement dans ce contexte, et que le christianisme oriental, aussi bien nestorien qu'arien, s'y est majoritairement dissous. Sous sa forme définitive, le Coran date de cette période.

à suivre ...

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 10:57

par Maurice Causse (suite des pages précédentes)

 

Les siècles qui suivent sont des siècles d'ignorance mutuelle jusqu'à la Réforme. Il aurait pu en aller différemment autour du XII° siècle avec le rayonnement de Cordoue, les missions de saint François d'Assise, et des contacts pacifiques ayant traversé les chocs des croisades. Mais, pour créer une réelle interférence, il faut des contacts où les deux parties trouvent réellement leur intérêt. Ce fut le cas au XVI° siècle. La politique, évidemment. A l'ouest, la France encadrée par l'empire de Charles Quint sur l'espace germanique et l'Espagne. A l'est, l'empire de Charles Quint encadré par la France et l'empire ottoman. A l'est encore, l'empire ottoman encadré par Charles Quint et l'empire perse. Ce fut le triomphe de la diplomatie à grande échelle, dont il ne faut pas sous-estimer l'importance au plan religieux : la confession d'Augsbourg en 1530, avec la liberté religieuse aux princes luthériens, dut son existence au besoin qu'avait Charles Quint de leur participation à la guerre contre les Turcs. La Réforme en Hongrie doit à ceux-ci sa survie, mais aussi ses frontières, car il y avait l'empire perse de l'autre côté. Quant à la France, elle reçut de cette alliance avec l'Empire ottoman contre Charles Quint le monopole de la représentation des intérêts catholiques au Moyen Orient, et donc ses droits d'intervenir à Jérusalem, toujours agissants dans notre France « laïque » des siècles présents. Il ne faut donc pas sous-estimer la politique.


Cependant, la politique n'est que l'actualité d'enjeux plus profonds et permanents : celui créé par Constantin, où l'Eglise a trouvé dans le dogme trinitaire, élevé au rang d'une loi fondamentale de l'Etat, le moyen d'asseoir son système de pouvoir. L'un et l'autre vont être mis en cause avec l'aventure de Michel Servet. Là réapparaît, en pleine lumière, le fil d'Arius.

 

michel_servet_timbre_espagnol.jpg

le 22 février 2011, la  Poste espagnole émet un timbre à l’effigie de Michel Servet ; une première émission avait déjà eu lieu en 1977. Vu sur le site Liberté de croyances, " blog consacré à la liberté de croyance et l'anti-trinitarisme autour de Michel Servet et Sébastien Castellion"  (lien).

On trouve une information abondante sur Servet dans la Correspondance unitarienne et La Besace des unitariens. Il convient de signaler aussi, et pour toute la suite de l'Histoire, The Radical Reformation, de George H. Williams, et bien entendu la récente édition complète des œuvres de Servet en Espagne, sous la direction d'Angel Alcala (Saragosse, 2005). Et enfin, en 2011, l'édition bilingue de la Restitution du Christianisme par Rolande-Michelle Bénin (Paris, Champion). On peut considérer qu'un tel ensemble fait face à toute la publication qui a pu accompagner le cinquième centenaire de Calvin, en 2009. Pour l'équité historiographique, on devrait souhaiter aussi une réédition du Sébastien Castellion de Ferdinand Buisson (Paris 1892). Mais l'édition de la Restitutio par Mme Bénin nous permettra de simplifier le face-à-face.


Car les deux protagonistes sont bien représentés par leurs deux grands livres. Servet s'adressait nommément à Calvin. Quant à ce dernier, l'édition 1559 de l'Institutio est truffée d'attaques contre Servet, lequel sera supplicié en 1553 : Or, de nostre temps même, il s'est eslevé un monstre, qui n'est point moins pernicieux que ces hérétiques anciens, asçavoir Michel Servet, lequel a voulu supposer au lieu du Fils de Dieu je ne sçay quel fantosme (II, XIV, 5).

Servet jugeait blasphématoire la vision trinitaire de Calvin. C'était sans doute un argument ad hominem, car les deux hommes se connaissaient depuis longtemps, et Calvin ne s'était soumis au symbole d'Athanase en 1537 qu'en face de Caroli, celui-ci l'accusant alors d'être arien. Il fallait céder, et même donner des preuves de sincérité. Le supplice de Servet fut la principale de ces preuves, encore que non décisive pour tout le monde, et ce supplice fut approuvé par tous les principaux Réformateurs.

Le débat ainsi rouvert, sinon sans risque, du moins sans celui d'un bûcher de bois mouillé, nous permet d'apprécier ce qui fait pour nous l'essentiel de la foi chrétienne, à savoir la fidélité à l'Ecriture sainte. Comment l'un et l'autre protagoniste utilise-t-il les textes de la Bible ?

Nous remarquerons la citation de Job 19, 25 donnée par Calvin, II, X, 19 : Je sçay, dit Job, que mon Rédempteur vit, et qu'au dernier jour JE ressusciteray de la terre et verray mon Rédempteur en ce corps : ceste espérance est cachée en mon sein. Autrement dit Calvin, qui a préfacé la bible d'Olivétan en 1535, cite toujours la Bible avec le contresens de la Vulgate latine. Le texte hébreu dit : IL se dressera (mon Rédempteur). Olivétan traduisait en effet avec le demi contresens de Luther : Je sçay bien que mon rédempteur vit et qu'IL ME ressuscitera sur la terre au dernier jour. Et combien que les vers ayent rongé ceste chair après ma peau, toutesfoys je verray Dieu en ma chair. Bien sûr, le pronom complément ME est de trop. Il sera supprimé dans des bibles protestantes futures, comme celle d'Ostervald en 1724. Nous avons là un bon exemple de la vérité... en marche.

Quant à Servet, il traite évidemment de la Résurrection, mais ne cite pas Job. Il en donne en fait une interprétation très proche de Paul : Celui qui ne reconnaît pas que le Christ vit en lui, n'a pas été régénéré. Celui qui reconnaît en lui-même le Christ, prend conscience qu'il est ressuscité et que lui-même doit ressusciter à son exemple (...) Grande est la force de la résurrection du Christ, si grande qu'en la reconnaissant, on reconnaît aussi la nôtre de façon évidente, on la goûte et on en fait l'expérience dans l'homme intérieur (548-49 ; p. 1284).

Le lecteur n'a pas manqué de remarquer cette référence de Servet à l'expérience personnelle. C'est en fait un esprit moderne. Et puisque sa gloire scientifique est d'avoir découvert la double circulation du sang dans les poumons, il vaut la peine de voir comment il la situe dans sa vision du Saint-Esprit et la Trinité :
Il est écrit que l'âme est dans le sang, et que l'âme elle-même est le sang, ou l'esprit sanguin. Il est écrit non pas que l'âme est principalement dans les parois du cœur, ou dans le corps même du cerveau, ou du foie, mais dans le sang, comme l'enseigne Dieu lui-même en Genèse 9, 4, Lévitique 17, 11-14, et Deutéronome 12, 23.


Mais concernant cette question, il faut d'abord comprendre la génération substantielle de l'esprit vital lui-même, qui se compose et se nourrit de l'air inspiré et du sang le plus subtil. L'esprit vital a son origine dans le ventricule gauche du cœur, et ce sont principalement les poumons qui aident à sa génération. C'est un esprit ténu, élaboré par la force de la chaleur, de couleur rouge, de puissance ignée, de sorte qu'il est comme une vapeur lumineuse issue du sang le plus pur, contenant en lui la substance de l'eau, de l'air et du feu. Il est généré à partir du mélange qui se fait dans les poumons de l'air inspiré avec le sang subtil élaboré, que le ventricule droit du cœur communique au gauche. Or cette communication se fait non pas par la paroi médiane du cœur, comme on le croit vulgairement, mais par un important processus, le sang subtil est mis en mouvement depuis le ventricule droit, avec un long circuit à travers les poumons. Il est préparé par les poumons, devient rouge, et il est transvasé de la veine artérielle à l'artère veineuse. Puis il se mêle, précisément dans l'artère veineuse, à l'air inspiré, et il est purifié de sa couleur sombre par l'expiration. Et c'est ainsi qu'enfin la totalité du mélange est entraînée depuis le ventricule gauche au moyen de la diastole. Ce sont là les instruments appropriés qui permettent la production de l'esprit vital. (170. p. 476).

Servet eut conscience de l'innovation scientifique. Le lecteur médecin cherchera peut-être à l'analyser davantage, même si sa vision morale ou religieuse de sa vocation médicale ne suit pas les mêmes sentiers. Après tout, quand Alexander Fleming découvrit les propriétés du Penicillium sur une branche d'hysope, son âme d'Ecossais lui rappela le psaume 51 : Purifie-moi avec l'hysope, et je serai purifié. L'essentiel, qui n'est pas encore exprimé, est que la théologie n'est plus une discipline autonome. Ses idées, ses préjugés, se glissent partout, et les hasards de l'expérience les rendent parfois performants, sans en démontrer pour autant la vérité propre. Et réciproquement les résultats des autres disciplines influent sur la théologie, et même les théologies adverses, et aussi bien juive et arabe par exemple.

Pour interpréter la célèbre prophétie d'Esaïe 7, La jeune fille deviendra enceinte et enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel, Servet se rallie au sens admis par l'exégèse juive : il s'agit de la naissance du futur roi Ezéchias (70 ; p. 254). Après quoi il en souligne l'évocation dans l'Evangile comme modèle messianique. Du même ordre est son ouverture à l'islam, qui va explicitement contribuer à sa condamnation et son exécution particulièrement cruelle (au bois mouillé) : Quelle misère que nous soyons coupés d'eux (des juifs et des musulmans), par ce dogme trinitaire (35, p. 174). Et pourtant, comme la théologie de l'évêque arien Maximin, celle de Servet est incontestablement de forme trinitaire.

C'est une forme de la piété, qui définit pour lui la foi chrétienne. Malgré un impressionnant déploiement d'érudition, le système de Servet reste davantage un plaidoyer, ou un témoignage, qu'un enseignement :  Considère, lecteur, avec quelle efficacité, avec quelle ardeur Jean a dit : Quiconque aura cru que Jésus est le fils de Dieu demeure en Dieu et Dieu en lui... Ecoute le Christ lui-même, qui enseigne toujours que c'est l'oeuvre de Dieu et que la vie éternelle est déjà présente si nous croyons qu'il est le fils de Dieu... C'est là pour moi un fondement perpétuel. Le Christ est pour moi l'unique évangéliste. (290, p. 726).   

Autrement dit, par son ouverture et sa subjectivité, ce n'est pas une théologie figée dans le temps. On passera sur des développements devenus difficilement compréhensibles aujourd'hui, et cependant le témoignage scellé par le martyre garde présence et pouvoir d'émotion. Nous ne dirons rien des fautes nombreuses, notamment sur les citations de l'hébreu. Mme Bénin relève (p. 397) que bien des erreurs sont imputables à l'imprimeur, Servet n'ayant pas eu la possibilité, le temps, de corriger les épreuves de son livre. Une erreur n'est cependant, à coup sûr, pas involontaire, dans la page de titre, reproduite par l'éditeur : (hébreu, Daniel 12,1) : En ce temps-là se leva MICHEL SER... Le texte hébreu porte SAR. (grec, Apocalypse 12,7)   …Et il y eut un grand combat dans le ciel (Michel et ses anges combattirent le dragon).  Sar désigne le chef ; c'est le titre actuel des ministres israéliens. C'est Servet qui a écrit Ser,  et il suffirait de continuer, en hébreu au lieu du grec, par "vé, et", pour avoir son nom complet !

Arrivés à ce point de notre itinéraire suivant le "fil arien", nous voyons l'importance de ce débat entre Augustin et Maximin, à armes égales grâce au débat de 427, qui va se poursuivre à travers les siècles. Et de même, grâce à la publication de la Restitution, le débat entre Calvin et Servet nous apparaît dans sa vraie dimension qui est celle de deux livres comparables, l'Institution et la Restitution. Servet n'est pas seulement un martyr, ni même seulement un résistant ; c'est un grand penseur qui n'a sans doute pas raison en tout, mais à la mesure de son adversaire. Il ne s'agit pas de prendre son parti, ni celui des Ariens auparavant, ni même celui de l'islam, au moins pour l'historien. Mais, à considérer le grand débat initial, celui fixé par le symbole d'Athanase, le jugement de l'Histoire est clair : c'est Athanase qui a le plus vieilli. Le labyrinthe construit autour n'étouffera jamais les efforts de croyants honnêtes pour en libérer leur Eglise.

à suivre …

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Published by Maurice Causse - dans sur l'arianisme
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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 00:10

septimanie.pngAprès la victoire des Sarrasins (= musulmans) sur Rodrigue, roi des Wisigoths, à Guadaletta, près de Xérès en 712, les Sarrasins passèrent les Pyrénées et soumirent la Septimanie qui comprenait la Narbonnaise et le Roussillon. Le 9 juin 721, près de Toulouse, le duc Eudes d'Aquitaine infligea une sévère défaite aux Sarrasins. Mais ils s’avancèrent ensuite jusqu’à Poitiers, où Charles Martel  remporta sur eux sa célèbre victoire.

 

carte : la Septimanie en 537


Son fils, Pépin le Bref, les chassa totalement de la Septimanie et des Gaules. Les Sarrasins, de retour en Espagne, firent alors une guerre terrible aux Wisigoths restés en Espagne qui leur disputaient quelques parties du Royaume. Pour se soustraire à la tyrannie des « infidèles » et conserver leur religion, quelques notables familles de Wisigoths vinrent vers 778 en Septimanie qui était rattachée au royaume franc depuis 759.


Un nommé Ildéric fut le principal artisan de cette émigration. Ces familles obtinrent, de la libéralité de Charlemagne, des terres aux environs de Narbonne, de Béziers et de Perpignan, sous la garantie de divers privilèges et le « bénéfice militaire », c'est-à-dire « la franchise et l’exemption de toute charge, hors l’obligation du service militaire. ». 

 

Source : " Histoire généalogique de la maison De Villeneuve en Languedoc " par Monsieur Pavillet, chef de la section historique aux archives du Royaume, écrite en 1786, revue et continuée par l'auteur jusqu'en 1818, publiée à Paris par l'imprimerie De Decourchant en 1830, numérisé par Google (lien). Fondée par un nommé Walchaire, près de Béziers, la famille De Villeneuve fut l'une de ces familles wisigoths installées au temps de Charlemagne.

 

Contribution de Jaume de Marcos (président fondateur de la Sociedad unitaria universalista de España SUUE), le 18 avril 2011

 

La Septimanie était un territoire wisigothique depuis la chute de l'Empire romain d'Occident et l'est resté tout au long de l'existence du royaume wisigothique ibérique dont la capitale était Tolède. Le territoire a subi de nombreuses attaques de la part des Francs et ce domaine a diminué, mais les Wisigoths maintinrent toujours une forte présence, en particulier dans l’actuel Roussillon et la zone côtière.


Avec la chute du royaume wisigoth aux mains des musulmans, la Septimanie passa bientôt sous contrôle des nouveaux venus. Toutefois, la noblesse gothique septimanos non soumise à l'islam décida de se mettre entre les mains des rois francs : ils jurèrent allégeance et, à leur tour, furent reconnus comme des dirigeants (avec le titre de comtes) de la région frontalière, des marges avec l’Espagne.


Plusieurs comtes de Barcelone, à cette époque, comme Bera, Sunifred et Wilfred ont été des Goths (comme indiqué par leur nom) et ils ont fidèlement servi les rois francs. D'autres ont été des Francs, ce qui signifie que le roi de France ne choisissait pas toujours des Goths dans cette Marche d’Espagne.


Sunifred et son fils Wilfred avait des attaches familiales dans le comté de Carcassonne, qui était également d'origine gothique. Wilfred fut le premier comte de Barcelone qui a réussi à transmettre ses domaines à ses enfants, sans attendre la permission du roi français Charles. En bref, la maison du comté de Barcelone a été une famille d'origine wisigoth. Selon la tradition, venue de la région de Conflent (près de Perpignan). Mais nous ne connaissons pas son origine avant l'invasion musulmane.


La fidélité de la Maison de Barcelone aux Français s’est manifestée tant que les Carolingiens furent au pouvoir, et a cessé quand commençèrent à régner les Capétien. Cela montre que le serment d'allégeance dépendait de la famille régnante ; dès que tombèrent les Carolingiens, les vassaux se sentirent déliés de leur serment et prirent leur indépendance. Les lois gothiques restèrent en vigueur dans leurs comtés jusqu'au XIe siècle.


Quant aux Goths qui, peut-être, étaient encore ariens, il est possible qu’ils se convertirent l’islam et restèrent en Espagne. Nous savons que certains dirigeants «arabes» étaient effectivement des Goths convertis ; par exemple, Banu Qasi, qui a gouverné les territoires musulmans de l’actuel Aragon au sud de la Navarre. C’étaient une très puissante famille. Ils étaient les descendants du comte gothique Casio, souverain de ces terres lors de l'invasion et qui, converti à l'islam, a continué à régner sur eux et à transmettre son pouvoir à leur descendance. Banu Qasi a généralement maintenu de bonnes relations avec les chrétiens dans le nord, en particulier avec les Basques et les premiers rois de Navarre.


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Published by Roger Gau - dans sur l'arianisme
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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 19:34

Les Wisigoths pénètrent en Gaule par les Alpes en 410, pillent l’Auvergne et s’installent dans la Narbonnaise, à Toulouse et en Aquitaine. Avec l’intervention des Francs et des Burgondes, ce qui reste alors de la partie occidentale de l’Empire romain va se réduire bientôt à un royaume gallo-romain entre la Loire et Somme, avec comme capitale Soisson. En 416, Wallia, roi des Wisigoths, accepte le statut de " fédéré " de ce royaume en échange de terres au sud de la Loire.


D’ailleurs, l’alliance est plus que jamais nécessaire face à la menace des Huns d’Attila. En 451, celui-ci attaque la Gaule et vise Toulouse ou des sujets à lui sont partis d’Ukraine sans rien lui dire pour retrouver leurs frères Wisigoths. Paris résiste grâce à sainte Geneviève . Finalement Attila est battu à la bataille de Mauriacus (Moirey, commune de Dierrey-St-Julien, dans l’Aube). Théodoric, le roi Wisigoth, est tué à cette bataille.


Quelques signes de cette présence des Wisigoths :


La légende de Gaudens, jeune berger qui aurait été tué pour sa foi (chrétienne romaine) en 475, par les Wisigoths (chrétiens ariens). Dans la moyenne vallée de la Garonne, sur la voie romaine reliant Toulouse à Dax existait un domaine rural dénommé "Mansus" qui, après l'introduction du christianisme, devint le "Mas-Saint-Pierre". C’est là que Gaudens fut enseveli. Une église et un monastère y sont construits vers le VIII° siècle, donnant naissance à l’agglomération de Saint-Gaudens. Le 20 janvier 1309, par sa bulle "Vita perennis gloria", le pape Clément V reconnaîtra l'authenticité des reliques de saint Gaudens, proclamant que ce dernier était bien un personnage historique.

Le camp des Ariens (Camp arian) à Canéjan, au sud de Bordeaux. 
Il y existe toujours le chemin de Camparian. 


A la même époque des Mérovingiens se sont établis sur la paroisse comme en témoignent des sarcophages découverts devant l'église. 

On peut imaginer que le camp disparut avec la retraite des Wisigoth suite à leur défaite à Vouillé. 

A la sortie de Gradignan, sur la nationale 10 en direction de Bayonne, tourner à droite vers Cestas (départementale 214), longer le Lac vert, puis tourner à droite. Le chemin de Camparian mène au bourg de Canéjan.
 

Le chemin de Camparian est visible sur Google Maps France et sur Mapquest (cliquer sur "carte")

Le lieu resta célèbre, mais cette fois ci de par la présence (début XIII° siècle) d’un hôpital qui accueillait les pèlerins de St-Jacques de Compostelle. Camparian, qui était alors le plus important établissement humain au sud de Bordeaux, fut aussi le siège d'une prévôté royale créée par Edouard 1er Roi d'Angleterre. Elle comptait 7 paroisses : Canéjan, Mérignac, Pessac, Cestas, Gradignan, Léognan et Villenave d'Ornon. Au déclin du pèlerinage, l'hôpital devint un prieuré jusqu'à la Révolution où il fut vendu comme bien national.

Et dans la toponymie régionale pour les villages fondées ou ayant été habités par des "Goths" : Goudourvielle (ils y fondèrent une colonie agricole, commune de Lias-Goudourville, par l’Isle-Jourdain à l’est de Toulouse), Goudourville (par Valence d’Agen, Tarn et Garonne), Gourville (par Rouillac, Charente), Gaudonville (par Saint-Clar, Gers), Villegoudou (par Escroux, Tarn), etc.


Les Wisigoths sont ariens et Clovis Ier, le roi des Francs a opté, par son baptême (en 496 ou 498 ou 499 ?), pour l’alliance avec l’épiscopat gallo-romain fidèle au pape. Les Francs battent les rois ariens : les Burgondes en 500, puis les Wisigoths en 507 à Vouillé. Alaric II y est tué. Le fils de Clovis poursuit les Wisigoths jusqu’aux Pyrénées. Ceux-ci restent toutefois dans la Narbonnaise (le littoral languedocien des bouches du Rhône aux Pyrénées) suite à l’intervention des Ostrogoths (conduits par leur roi Théodoric Ier), résidents en Italie, qui stoppent les Francs à Arles en 508. La Narbonnaise reste ainsi aux mains des " Goths " et sera appelé le marquisat de Gothie (le pays des Goths) ou encore la Septimanie*. La Provence quant à elle reste romaine.

 * Le nom de Septimanie viendrait de la présence des vétérans de la septième légion romaine qui auraient occupé la région, ou, autre version, des sept villes sièges d’évêchés qui jalonnaient le territoire : Elne, Agde, Narbonne, Lodève, Béziers, Maguelonne et Nîmes.


En 541, Clotaire 1er et Childebert 1er tentent d’envahir l’Espagne, où les Wisigoths ont développé un important royaume avec Tolède comme capitale, mais ils sont forcés de se retirer.


En 711, les Arabes envahissent l’Espagne, puis en 720 ils occupent Narbonne. Les derniers Wisigoths ariens se convertissent alors à l’islam. Ce sera désormais contre les " Sarrasins " que les Francs devront lutter pour reprendre la Narbonnaise. Ce sera chose faite en 759.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans sur l'arianisme
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