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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:43

"Grandeur de Jésus", Recherches unitarienne, n° 7, début 2000, études coordonnées en 1999 par Albert Blanchard-Gaillard au sein du groupe unitarien de Digne

Un groupe d'amis, chrétiens libres *, étudie depuis des années, avec une affection et un respect fraternels, les enseignements et les faits significatifs de la vie de Jésus, le fils du charpentier. Le moteur de cette recherche est l'accord sur la grandeur remarquable de la vie brève du rabbi galiléen, qui peut encore aujourd'hui nous émouvoir et nous inspirer.

* chrétiens libres ne se veut pas un jugement de valeur. II désigne des chrétiens - c'est-à-dire des croyants attachés à l'enseignement de Jésus - qui ne veulent dépendre que de leur conscience (informée); et donc qui récusent et le magistère des grandes Églises, et tous les dogmes inventés bien après Jésus : péché originel, rédemption, incarnation, trinité.

En cela, ces libres croyants, dont nous allons rassembler les méditations, sont en concordance avec nombre d'hommes éminents, grands penseurs ou écrivains, qui ont été touchés par la parole du Nazôréen. Ainsi, en vrac : Spinoza écrit (dans le T.T.P., ch. 1 ) "Je ne crois pas que personne ne se soit jamais élevé à une perfection qui le place à ce point au-dessus des autres hommes, si ce n'est le Christ". Thomas Jefferson (lettre à B. Rush du 21 avril 1803) affirme "Aux corruptions du christianisme, je suis, bien sûr, opposé; mais non aux enseignements originaux de Jésus. Je suis sincèrement attaché à ses doctrines, de préférence à toutes autres; lui attribuant toutes les supériorités humaines, sachant qu'il n'en a jamais réclamé d'autres." Gandhi proclame (dans "Toutes les religions sont vraies", 1962) "Que représente Jésus pour moi ? C'est un des plus grands Éducateurs que l'humanité ait jamais eus." Pour Emmanuel Kant, Jésus est "le grand instituteur du peuple" (Anthropologie ... , Vrin 1964), "l'exemple d'un homme agréable à Dieu, irréprochable, qui a provoqué une révolution du genre humain." (d'après X. Tillette, "La christologie idéaliste"). Newton qui, dans ses manuscrits non publiés, réfute l'idée de la divinité du Christ, parle, dans Keynes Ms. 2, de "la gloire du Christ et de l'autorité qu'il acquit par sa mort." Hegel consacre deux ouvrages à la vie de Jésus.

En somme, on pourrait inférer de ces citations (parmi tant d'autres équivalentes) l'idée subtile formulée ainsi par R. W. Emerson, ancien pasteur unitarien : "je ne peux que penser que Jésus sera le mieux aimé par ceux qui l'adorent le moins." (Journal, t. 3 ). C'est que dire la grandeur de Jésus est d'une certaine façon nier sa divinité, affirmer son caractère uniquement humain. Un homme peut être grand ou bas; la grandeur se dit d'une mesure. Dieu est incommensurable, infini et tout puissant. Ce n'est que d'un homme qu'on peut dire qu'il a une grande élévation morale. Dieu "agit" selon son essence, il ne grandit ni ne s'abaisse du moins si l'on veut bien considérer le Tout-autre différemment d'un surhomme.

C'est pourquoi le cercle des chercheurs chrétiens récuse fortement ou est indifférent à la notion absurde et artificielle de kénose, dont se gargarisent tant, dans leur argot, les théologiens salariés. Le terme de kénose a été forgé par les "Pères de l'Eglise" (les écrivains ecclésiastiques) à partir de l'adjectif grec " kevoç " : vide, épuisé, futile. Il voudrait signifier, selon Ph. 2, 6, sqq., le dépouillement de tout pouvoir, l'épuisement, l'abaissement : "lui qui disposait d'une apparence divine (trad. orthodoxe "lui qui était de condition divine") il n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu. Mais il s'est dépouillé ...devenant semblable aux hommes ...il s'est abaissé ...jusqu'à la mort ...sur une croix." Ainsi selon Paul, très misanthrope, Jésus devenant homme et mourant supplicié, serait tombé dans (ou aurait accepté) une condition méprisable. On sait que Paul, qui n'a pas connu Jésus, tient pour rien sa vie et son enseignement.

Nous autres, qui ne bénéficions pas d'apparitions, ne pouvons apprécier que la trajectoire et les enseignements les plus authentiques de leschouah, tels que les parties fiables des Évangiles les retracent. Aussi ne considérons-nous pas que l'existence humaine de Jésus - la seule que nous pouvons appréhender - soit l'itinéraire d'un abaissement, mais plutôt celui d'une - difficile - ascension; d'une " anabasis ", pas d'une kénose. Après tout, la condition humaine, imparfaite, mortelle, est telle que Dieu l'a voulue. Comme le disait, au XIIIème siècle le troubadour Peire Cardenal parlant de sa "vie malhabile" : " J'ai été tel qu'il (Dieu) m'a pétri". Le Créateur, donc, sauf injustice, ne peut reprocher à l'homme sa faiblesse constitutive, et la tenir pour une faute, mais doit avoir une tendresse paternelle pour ceux qui essaient de s'élever. Comme Spinoza, Hegel ou Gandhi, nous ne sommes confortés que par ce que nous pouvons connaître, l'exemple et l'enseignement humains de Jésus. Et seul un comportement humain, qui, malgré ses faiblesses, n'est pas un abaissement, pourrait nous inspirer. L'espoir du salut, pour nous, ne peut passer que par la preuve qu'un homme comme nous - Jésus - a pu l'atteindre, avec la grâce de Dieu.

Ce n'est pas par un caprice pervers que les chrétiens libres récusent l'opinion communément répandue qui veut que le Christ soit Dieu, ni par amour du paradoxe ou de l'hérésie. C'est par souci de la vérité, qui, seule, "nous rendra libres", même si elle est moins facile à admettre. Mais d'abord, est-elle si répandue, cette foi en la divinité d'un homme ? Le dernier sondage (C.S.A., 30‑31 octobre 1998) sur les croyances religieuses des Français, publié dans le n° hors-série 35 du "Nouvel Observateur" atteste que 42% seulement de nos compatriotes pensent que Jésus était "Un Dieu", 27% même des catholiques les plus pratiquants ne le croyant pas. Cela relativise l'accusation d'horrible hérésie qui pourrait être portée contre des chrétiens qui feraient foi à la seule humanité du rabbi leschouah, ces chrétiens-là non seulement n'étant pas marginaux, mais au contraire se trouvant en phase avec la majorité des chrétiens de leur pays.

Beaucoup de gens peu informés croient que l'on s'ingénie à leur faire croire qu'il n'y a qu'un seule sorte de christianisme, celui qui est dispensé par les grandes Églises établies, qui en seraient pour ainsi dire les concessionnaires. Elles devraient cette situation privilégiée au fait que les doctrines chrétiennes, dont elles seraient les garantes, n'auraient jamais variées depuis les origines. Une telle affirmation est une contrevérité éhontée, que viennent dissiper aussi bien l'histoire que l'exégèse quand elles sont pratiquées de manière honnête.

Un des tours de prestidigitation non innocent pratiqué par des théologiens officiels consiste en l'emploi de termes techniques grecs (comme celui de kénose) destinés à impressionner les profanes. Il en est ainsi de l'expression "kérygme post-pascal" qui jouit d'une certaine fortune pour laisser entendre que dès la découverte du tombeau vide, les disciples ont admis la divinité de leur maître et, pour ainsi dire, tout le credo nicéen. Le mot kérygme est certes impressionnant, mais d'après le dictionnaire il ne veut dire que "annonce par le crieur public, proclamation, propagande".

Quelle est donc, à Jérusalem après la mort déplorable de Jésus, la proclamation des disciples ? Les Actes des Apôtres et l'histoire nous renseignent à ce sujet. Les "Actes" nous disent en effet (2, 22 et la suite, c'est Pierre qui s'adresse à la foule, il ne peut être plus kérygmatique) : "Israélites, écoutez mes paroles : Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu avait accrédité auprès de vous en opérant par lui ...des prodiges et des signes ...cet homme ...vous l'avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies (les Romains); mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort ...Exalté par la droite de Dieu, il a donc reçu du Père l'Esprit Saint promis (en fait, tou pneumatos tou agiou = le souffle de sainteté)...Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude : Dieu l'a fait kurion kai christon (Maître et Messie) ce Jésus que vous, vous avez crucifié." II n'est pas temps de faire une exégèse détaillée de ce texte, d'ailleurs raccourci, mais il saute aux yeux les moins avertis que Pétros fait ici une dichotomie radicale entre Dieu, de qui viennent tous pouvoirs, et Jésus, qui est (passif) ressuscité par Dieu, qui est exalté, qui reçoit le Souffle, qui est créé maître et messie (titres exclusivement humains). Jésus ne s'est jamais proclamé Dieu, ni peut-être Prophète ou Messie.

L'histoire, celle du judaïsme, nous fait savoir que c'est seulement vers 90 - 100 qu'apparaît le premier texte rabbinique, la "Birkat ha-minim" (Bénédiction, en fait malédiction, des hérétiques) visant les premiers chrétiens. S. C. Mimouni, directeur à l'Ecole pratique des Hautes études (EPHE) et directeur de la Revue des études juives, date la séparation définitive du judaïsme et du christianisme de 135 et affirme, dans son livre capital : "Le judéo-christianisme ancien" (Cerf, 1998, p. 22, note 2) que "le judéo-christianisme de type "orthodoxe" reconnaît Jésus du moins après les environs de l'an 100 autant dans sa messianité que dans sa divinité."

C'est dire que c'est au début du IIe siècle seulement que certains courants chrétiens commencent à parler - sous leur seule responsabilité - de la divinité de Jésus. C'est dire aussi que, même s'il a été vaincu par le pagano-christianisme, le premier christianisme a une "christologie" dite "basse" (mais c'est un jugement de valeur ultérieur), fondée sur la seule humanité de jésus. Le "kérygme primitif", c'est que Jésus est le messie, c'est à dire un personnage humain, attendu par les cercles messianistes. Ce christianisme originel a été le seul (et d'ailleurs le seul possible au sein du judaïsme) pendant trois générations après la mort de jésus. II était théologiquement viable, et n'a succombé que sous les coups partisans du judaïsme rabbinique, devenu exclusif, et du christianisme hellénistique impérial. Viable pendant longtemps auprès de ceux qui avaient connu Jésus et auprès de leurs héritiers immédiats, ce christianisme sans les ajouts ultérieurs, donc le plus fidèle, peut encore revivre. Quelle en serait l'efficacité si on lui laissait sa place ? C'est ce à quoi veulent parvenir les chrétiens libres.

Une dernière évaluation reste à faire. Les Églises perdent leurs adhérents, tant leur christologie surnaturaliste et byzantine est peu crédible. Qu'est-ce qui peut faire croire que le simple christianisme des débuts est encore pertinent ? Pourquoi Jésus, modeste rabbi du Ier siècle, pourrait-il encore nous enseigner ? En quoi serait-il plus universel et plus permanent que d'autres grands réformateurs, comme Bouddha et Mahomet ? Si l'on ne veut sombrer dans l'indifférentisme ou le "zapping religieux", les deux attitudes les plus répandues aujourd'hui, il faut répondre sérieusement à ces questions. Voilà encore une des tâches essentielles pour des chrétiens "cherchant".

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:40

"Méditation pascale", par Albert Blanchard-Gaillard, Recherches unitariennes, n° 6, milieu 1999.

Des chrétiens libres et unitariens, non-dogmatiques et pour la plupart sans attache à une Église établie, se sont réunis le jour de Pâques 1999, à Digne, pour célébrer un culte au Dieu Un et se réjouir d'une des plus grandes fêtes de tous les chrétiens. Encore nous faut-il prendre le temps de la méditation, et nous demander ce que Pâques signifie exactement pour nous.

Il conviendra tout d'abord de faire un effort de mémoire: la Pâque n'est pas, au départ, une fête chrétienne, mais une des plus grandes fêtes juives. Nos amis juifs, qui sont dans leur année 5759, fêtent la Pâque (Pessah') à partir du Ier avril, c'est-à-dire du 14ème au 21ème jour de la lune après l'équinoxe de printemps (leur mois de Nisan, commençant le 17 mars au soir). Nous avons célébré Pâques le premier dimanche suivant la pleine lune de l'équinoxe de printemps (qui est apparue le 31 mars), soit le 4 avril. Ces écarts minimes de calendrier ne doivent pas masquer une grande différence de sens: là où les Pâques chrétiennes sont Résurrection, la Pâque Juive est Libération.

Quoique greffée sur une ancienne fête agraire, la fête du printemps (Hag ha-aviv), la fête des Azymes (Hag ha-matsot) ou mieux encore "Hag ha-Pessah", la fête de la Pâque est une grande fête nationale, qui commémore la sortie d'Égypte, la libération de l'esclavage égyptien, en un mot l'Exode. Elle commence, dans la nuit du 14 au 15 Nisan, par le repas de Seder (ou repas d'ordre, repas ordonné), au cours duquel seront consommés les galettes azymes et les herbes amères, rappelant le départ précipité du pays des Pharaons, l'agneau rôti et les coupes de vin.

C'est à ce repas de Séder, la dernière Cène, qu'a participé Jésus quelques jours avant sa mort. Les spécialistes juifs (Ben Chorim et d'autres) et la plupart des exégètes chrétiens, malgré quelques hésitations dogmatiques, en sont d'accord. "Le thème dominant de la nuit de Seder est le Sikkaron, le souvenir. On se remémore le rôle salvateur de Yahvé lors de la sortie d'Égypte. Le souvenir de cet événement sacré survit d'âge en âge en Israël. Jésus s'en inspire directement, quand il prononce les paroles: 'Faites ceci en mémoire de moi' (Lc 22, 19) (S. Ben Chorim, Mon frère Jésus, 1983).

"Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, dit Marc, ses disciples lui disent: "Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque?"

Pour la fête de Seder, sont primordiales les nourritures rituelles suivantes : les herbes amères ou Maror (laitues, chicorée ou radis), destinées à rappeler l'amertume de l'esclavage subi en Égypte par les Hébreux; les trois pains azymes ou Matsot, qui seront partagées entre les participants, après la bénédiction habituelle sur le pain. Elles symbolisent la triple division du peuple juif en Israélites, lévites et Cohanim; enfin et surtout les quatre coupes de vin, bues à des moments précis et marquant les quatre étapes de la Rédemption selon Ex. 6, 6-7 : "C'est moi le Seigneur. Je vous ferai SORTIR des corvées d'Égypte, je vous DÉLIVRERAI de leur servitude, je vous RACHÈTERAI avec puissance et autorité, je vous PRENDRAI comme mon peuple à moi, et pour vous, je serai Dieu" (un Exode, une Libération, un Rachat et une Alliance).

Une cruche d'eau permet les ablutions des mains, en commençant par celui qui conduit le Seder, c'est-à-dire en principe le père de famille. Entrecoupé des récits, prières et actions rituelles, le repas habituel se déroule toute la nuit. Les enfants sont tenus éveillés par divers récits, questions et activités. Car ce serait une profanation très grave que de sortir de la maison avant le lever du jour, selon les commandements d'Exode, 12, auxquels il faut se référer ici : "Vous observerez donc ce jour suivant vos générations, c'est un rite éternel. (Ex. 12, 17) Quant à vous, nul ne sortira de la porte de sa maison jusqu'au matin, (Ex. 12, 22)" sous peine d'être retranché de la communauté d'Israël.

Cette obligation tout à fait impérative a fait dire à quelques exégètes trop conformistes que Jésus ne pouvait avoir consommé le repas de Seder, puisqu'il était sorti et avait été arrêté et interrogé cette même nuit par les autorités juives, alors qu'aucun juif ne pouvait être dehors. C'est premièrement faire bon marché du verset de Luc 22, 15, qui dit expressément : "J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir!". C'est aussi décréter arbitrairement, et contrairement aux habitudes des Évangiles qui ne précisent aucune chronologie, que le verset de Mc, 14, 26-31 et : "Et ayant chanté les hymnes, ils sortirent au Mont des Oliviers", s'applique à la nuit consacrée même. Elle peut bien se dérouler dans la soirée du lendemain, rien ne vient y contredire. Les chrétiens anciens de langue grecque pensaient que le repas de Seder avait eu lieu dans la nuit du mardi au mercredi, que Jésus avait été arrêté dans celle de mercredi à jeudi, avait été jugé le jeudi dans la journée et supplicié le vendredi veille du sabbat. Seule cette chronologie longue rend possible la succession des événements de la semaine de la passion, et l'on peut penser qu'on les a artificiellement regroupés et resserrés par la suite pour des raisons liturgiques.

Notons que la chronologie courte est prisée par les historiens vulgarisateurs car elle permet de fixer une date à l'exécution de Jésus, qui aurait été supplicié dans ce cas un "vendredi" 15 Nisan, le jour du début de la Pâque. Mais tout ceci est arbitraire et nécessite une interprétation forcée des Évangiles.

Pour en terminer avec la Pâque juive, sans doute la plus grande fête du calendrier, au temps du dernier Temple fête de pèlerinage obligatoire, nous dirons qu'elle tire sa charge émotive et religieuse du fait qu'elle fait REVIVRE à ses participants la libération de l'esclavage permise par l'Alliance divine : ce n'est donc pas seulement une fête de commémoration, un souvenir historique, mais une actualisation, pour chaque participant, du processus de libération (qui, il est vrai, va représenter une terrible nécessité pour les juifs tout au long de leur histoire !).

Nous savons que les "premiers chrétiens" se désignaient comme "les Saints" (Actes et Paul) ou "les Pauvres", Ebionim, qui deviendra ébionites, il faut faire preuve d'une extrême prudence pour éviter tout anachronisme, car les données très tardives que nous avons nous en font courir le risque. Les judéo-chrétiens étaient avant tout des juifs, de l'école théologique de Jésus, comme il y avait des juifs de l'école de Gamaliel ou de l'école de Jean le baptiste. Chez les tous premiers chrétiens de Jérusalem, on célèbre la Pâque juive en y associant la commémoration de la dernière Cène et le souvenir de la mort de Jésus. C'est seulement au second siècle que l'on va peu à peu, dans plusieurs communautés, célébrer deux fêtes distinctes : la première est la Pâque traditionnelle, avec un caractère plus marqué de tristesse et de jeûne, et qui est consacrée au souvenir de la passion (des souffrances) de Jésus, et la Pentecôte, sur une durée de 50 jours après la Pâque, et qui célèbre globalement la levée de Jésus du tombeau, son rappel auprès de Dieu et l'infusion de l'Esprit sur les disciples. A partir du 4ème siècle on raccourcit les réjouissances, et on célèbre le vendredi le plus proche du 15 de Nisan et jusqu'au dimanche deux fêtes : la Pascha staurôsimon, ou fête de la crucifixion, et la Pascha anastasimon, fête de l'élévation, résurrection et ascension conjointes.

A ce stade nous ferons deux remarques : l'une de forme est que c'est sans doute à partir de ce moment que chez les chrétiens, maintenant séparés et adversaires des juifs, on parle non plus de la Pâque, mais des Pâques ; la seconde, très importante, est que pour les chrétiens de Jérusalem la Résurrection (les termes hébreu et grec disent : le relèvement) consiste en ce que " cet homme que vous avez livré et fait crucifier par la main des impies, Dieu l'a relevé en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir (Ac. 2, 23)… David est mort, son tombeau se trouve encore aujourd'hui chez nous ...mais ce Jésus, Dieu l'a relevé et exalté (fait venir aux cieux) par sa main droite (en vertu de sa toute puissance, Ac. 2, 29, 32, 33)

Il y aurait beaucoup à dire sur ces formulations, rédactions les plus anciennes de ce fameux "kérygme post-pascal". Elles veulent dire en tout cas que Dieu, par une faveur spéciale, a tiré Jésus du néant où croupissent la plupart des morts, et a élevé auprès de lui, dans une vie céleste continuée, l'homme qu'il avait désigné comme son Messie-oint. Jésus est encore loin d'être cette deuxième personne divine sortant par ses propres forces et sans difficulté du tombeau, et montant "rejoindre" la première personne divine, si toutefois ces mots ont un sens. Cette sorte de mythologie, très parlante pour des Grecs et des Romains de l'Antiquité, n'aurait pas touché des juifs et ne nous touche plus guère.

Alors qu'en est-il de la Résurrection ? Ce concept fait-il encore sens pour nous ? Il est très intéressant de constater que nombre d'exégètes et de théologiens chrétiens d'aujourd'hui essaient de le faire revivre dans un sens spirituel. Je citerai ici trois protestants : Louis Simon, dans "Réforme" du 4 au 10 mars 1999, sous le titre "L'Église du disparu de Pâques"; Henri Persoz et Gaston Deluz, docteur en théologie, dans l'Evangile et Liberté n° 120 de mars 1999. Leurs trois articles m'ont touché, et je voudrais vous faire partager mon vif intérêt en en donnant un aperçu, avant de vous confier mon sentiment personnel.

Louis Simon, dans l'hebdomadaire de l'ERF, nous fait revivre l'état d'esprit des proches de Jésus revenant au tombeau, après le Sabbat, et le trouvant vide. D'où le cri de désespoir de Marie de Magdala : "On a enlevé mon seigneur, et je ne sais où on l'a mis!". C'est ainsi que commence Pâques, par la disparition de Jésus. Certes, il y aura les "apparitions". Mais outre que ce sont des réalités subjectives et fugitives, "à bien lire jusqu'au bout, nous dit L. Simon, il s'agit à chaque fois de récits de disparition". Cette réflexion très intéressante est, je crois, à creuser : l'image de Jésus revient une dernière fois pour dire adieu au disciple aimant. Plus que le tombeau vide, ces apparitions - disparitions sont la preuve que Jésus est bien mort, et qu'il faudra faire avec cette réalité.

Le travail de deuil peut enfin commencer, et curieusement, puisqu'on ne peut plus compter que sur ses propres forces, sur sa propre, énergie, c'est à ce moment que l'espoir revient et les décuple. Le groupe des disciples n'a plus Jésus, et donc "que chacun, toutes affaires cessantes, se hâte de partir à sa recherche !". "L'Eglise, ajoute Simon, c'est des frères et des sœurs partageant cette passion de la recherche du "ressuscité", ou plus exactement des signes de sa présence agissante parmi nous.

On trouvera Jésus dans les textes, car là où vit sa parole, là vit toujours Jésus de Nazareth. On le trouvera aussi, fugitivement; sur tous les chantiers où son influence serait encore efficiente. Jésus, comme individu, est mort, définitivement, comme nous le serons tous, mais son souvenir et sa parole, malgré le désespoir, sont bel et bien ressuscités. Jésus n'est plus un être matériel, il est devenu une communication de force.

C'est en ce sens qu'argumente brillamment Henri Persoz dans "La résurrection des disciples d'Emmaüs". "Lorsque Jésus apparaît aux disciples, nous dit-il, ils ne le reconnaissent pas et, lorsqu'ils le reconnaissent, il disparaît (...) Il ne peut se faire connaître que dans le regret de ne pas l'avoir reconnu (...) le ressuscité n'est pas celui qui a quitté le tombeau" (...) mais l'être mystérieux "qui a expliqué les Écritures et partagé le pain". "Alors, conclut Persoz, les disciples se lèvent" (c'est le même verbe grec que l'on traduit ailleurs par ressusciter). "La résurrection est donc contagieuse, communicative". Les disciples ressuscitent d'avoir entendu les Écritures et, une nouvelle fois, partagé le pain. Déçus de leur messie une heure avant, ils ont maintenant "le coeur brûlant".

Concluons avec Gaston Deluz : "Jésus est ressuscité dans le coeur des disciples et non dans une tombe. L'événement n'est pas d'ordre matériel, mais spirituel. La résurrection est difficilement crédible sous cette forme naïvement réaliste d'un cadavre qui reprend vie. Et l'on imagine mal que Jésus se soit attardé 40 jours sur terre, comme le suggère le livre des Actes, pour apparaître fugitivement et de manière fantomatique à quelques apôtres (...)".

Ce qui, dans l'Antiquité païenne, faisait la force de la légende de Jésus, c'est à dire que la mort soit, pour des personnages d'exception, réversible, ce qui est de toute façon un des grands fantasmes de l'humanité, fait, à notre époque où seul l'instant compte, où seule la satisfaction immédiate de nos désirs a du prix, sa faiblesse. I1 y a incapacité de croire vraiment à la résurrection corporelle, et simultanément désintérêt pour qui n'aurait pas de pouvoirs supérieurs. Les jeunes générations ne sont pas composées d'athées, mais d'agnostiques par défaut de vie intérieure, même s'ils attachent du prix aux images virtuelles. Et ainsi nous pouvons comprendre et redouter que la Résurrection ne soit pas éternelle.

Qu'est-il advenu du pauvre Lazare, lorsque Jésus le releva, après quatre jours de tombeau ? Bizarrement, Jésus dit : "Déliez-le (car les cadavres juifs étaient entourés de bandelettes) et laissez-le aller !" Doit-on penser que le miraculeux retour à la vie est éternel, et que Lazare, le mort-vivant erre toujours de par le monde ?

Nous préférons croire, et nous croyons fortement, avec les auteurs que nous avons cités, que la Résurrection est dans nos coeurs et nos esprits. Mais qu'adviendra-t-il si nos esprits se ferment, ou si nous, hommes de foi, ne sommes plus là ? Les Évangiles, si nous les comprenons bien, nous montrent que toute survie est précaire. L. Simon disait que les récits d'apparition sont des récits de disparition. Marc 16, 19 : "Or le maître, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel.", Luc 24, 51 : "Et il arriva, tandis qu'il les bénissait, qu'il s'éloigna d'eux et fut emporté au ciel", Jean 20, 17 : "Jésus lui dit : 'Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père , (...) qui est votre Père, vers mon Dieu, qui est votre Dieu !". Que faire alors, pour que l'influx spirituel soit toujours vivant et fort; pour que le souvenir ne s'efface pas dans les nuées de l'oubli ? Qu'arriverait-il, s'il ne restait pas des veilleurs ?

Il arriverait que le Jésus authentique, celui de la réalité et de l'histoire, mourrait cette fois définitivement. I1 ne resterait que la colossale indifférence de la plupart, indifférence non seulement à la personne du rabbi galiléen, mais indifférence plus encore à ses leçons qui ont tout de même créé ce qu'il y a de meilleur dans notre civilisation : respect de la vie et non violence, autant que faire se peut; priorité spirituelle des modestes au milieu des arrogants et des cupides; possibilité et bienfaisance d'un rapport personnel avec DIEU-PÈRE.

Bien sûr, les chrétiens traditionnels se réclament aussi de Jésus : nous pensons qu'ils s'en sont créé l'image qui leur convenait, fabriquée et artificielle, c'est dire une idole (avec tout les prestiges, il est vrai, de la peinture, de la musique et des consolantes légendes). Mais comme l'ont dit de grands penseurs, toute consolation est illusoire, et la vérité est plus forte que la pitié. L'homme Jésus, le Nazôréen sans déguisement, c'est celui que nous, une poignée de modernes ébionites, avons la lourde tâche de faire vivre. En serons-nous capables ?

Nous le serons tout d'abord si nous sommes persévérants : si, à l'inverse des comportements ambiants généralisés, nous ne sommes pas perpétuellement versatiles : des zappeurs religieux consommant, dans l'hypermarché des croyances, tantôt un peu de ceci, tantôt un peu de cela, toujours superficiellement et sans s'engager. Nous le serons si nous sommes sérieux : si nous comprenons qu'il ne faut pas survoler les enseignements du Maître, mais les étudier et les approfondir. Et surtout, si nous les avons compris, en ayant la volonté de les mettre en pratique, même si cela nous coûte. Nous le serons enfin si nous comprenons qu'une activité spirituelle est, n'ayons pas de timidité devant le mot, religieuse, c'est-à-dire solidarité avec d'autres, à qui nous avons le devoir d'apporter, et relation avec Dieu, que nous avons le devoir de rechercher. Ainsi nous saurons que l'Esprit n'est pas là pour dilater notre ego, pour une jouissance narcissique, mais pour nous faciliter notre Devoir.

Si nous savons, humblement, accomplir ce Devoir, alors nous ressusciterons dans une permanente Pâque, et ferons vivre cette christité qui est le seul lien possible avec Dieu. Joyeuses Pâques, soeurs et frères, Jésus est mort, christ est ressuscité !

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:31

"Le christianisme libre", par Albert Blanchard-Gaillard, Recherches unitariennes, n° 3, fin 1997, début 1998

Les chrétiens unitariens francophones sont si peu nombreux, si méconnus ! Auraient-ils donc besoin d'un autre slogan, d'un autre titre distinctif ? Vouloir établir une équivalence entre unitarisme et christianisme libre, ne serait ce pas une innovation injustifiée ? L'auteur de ces lignes répond négativement à cette dernière interrogation, et ce pour trois raisons :

Quant en 1986, nous contribuâmes à la création de l'Association unitarienne francophone, nous publiâmes immédiatement un petit bulletin intitulé "Approches unitariennes" avec en dessous "vers un christianisme libre". Après quelques numéros et sur la demande d'un adhérent agnostique, nous supprimions la deuxième partie du titre, ce que certains regrettèrent. Une conférence publique donnée à Marseille en 1993 par votre président, et qui réunit un public varié, était annoncée ainsi : "Un christianisme libre, l'unitarisme, de Jésus à Théodore Monod". Ces deux modestes exemples manifestaient bien la volonté d'établir une certaine équivalence entre les deux dénominations.

N’était-ce qu'une vue personnelle ? Pourtant il y a, à cela, des références historiques. A leur apparition, les courants chrétiens non-trinitaires, par exemple en Transylvanie, où ils s'organisèrent à partir de 1568, voulurent se faire appeler seulement "chrétiens". Leur leader Francis David se désignait comme "serviteur de Jésus-Christ crucifié". L'appellation de "chrétiens" resta en usage jusqu'en 1638, soit pendant 70 ans. I1 en fut de même pour les florissantes Eglises anti-trinitaires de la voisine Pologne, rassemblées en une "Ecclesia minor", et qui se faisaient simplement appeler "frères" ou "chrétiens". Ces chrétiens ne se voulaient d'aucune des grandes Eglises existantes, catholique, luthérienne, réformée ou orthodoxe, par lesquelles ils étaient d'ailleurs systématiquement persécutés.

Plus près de nous, le grand théologien britannique James Martineau (1805 - 1900) commença à penser, quoique ferme dans ses convictions unitariennes, que la dénomination était organisée sur des bases trop étroites et théologiquement trop strictes, et qu'il convenait de rassembler toutes les Eglises chrétiennes libérales. C'est pourquoi il organisa, ou chercha à organiser, les 300 Eglises libérales du Royaume en une "Free Christian Union", laquelle dura jusqu'à sa fusion, en 1926, dans "l'Assemblée Générales des Eglises Unitariennes et Chrétiennes Libres", Eglises entre lesquelles on ne fait plus, maintenant, de différence.

Parmi les membres et les amis de l'AFCU, certains se sentent peu attirés par l'appellation "unitarisme", qui leur semble avoir une connotation en "isme" un tant soit peu partisane, à un moment où s'organise une sectaire croisade contre les sectes, qui ne distingue pas entre les sectes dangereuses (il y en a) et les courants religieux minoritaires. Cela ne veut pas dire que ces amis ne reconnaissent pas la richesse de la voie unitarienne ; mais ils indiquent que, de tous les courants chrétiens, le nôtre est le seul qui se distingue par une appellation théologique. Ils pensent encore qu'il est plus intéressant de mettre en avant notre revendication d'être un christianisme authentique, ce que nous faisons d'ailleurs en nous désignant comme "chrétiens unitariens".

Il n'est pas question dans ma pensée d'abandonner la référence unitarienne. Je crois qu'il n'y a pas d'inconvénient non plus à revendiquer notre qualité de "chrétiens libres".

Mais que disons-nous quand nous parlons de "Christianisme libre" ?

Nous disons fortement que nous sommes d'authentiques chrétiens. Nous le disons d'abord aux autres chrétiens. Est chrétienne toute personne qui prend au sérieux les enseignements de Jésus, sans restriction ou addition ultérieures, et qui est décidée à les suivre. Lc, 9, 49,50 : "Maître, nous avons vu quelqu'un expulser les démons en ton nom. Et nous le lui avons interdit, car il ne marche pas avec nous." Mais Jésus dit: "N'interdisez personne". Ce que disent ces versets, c'est que Jésus n'a donné de concession exclusive du christianisme à personne, et que donc aucune institution ne peut décerner de brevet de chrétiens aux unitariens, ni les disqualifier. Nous le montrons aussi aux non-chrétiens : il peut exister un christianisme simple, rationnel, ni mythologique ni extravagant.

Il existe depuis des siècles un christianisme libre, c'est-à-dire qui ne soit pas asservi

1) à une Eglise (avec un grand E), à une énorme structure, contraignante, centralisatrice ou même totalitaire, calquée au départ sur l'administration impériale romaine. On obéit à Dieu, et à lui seul, dans toute Eglise, assemblée, congrégation locale où sa parole est honnêtement prêchée. L'assemblée de Digne a travaillé sur le thème, à reprendre sans cesse : Jésus n'a jamais fondé d'Eglise. Tous les croyants doivent être des ministres, non virtuellement. mais dans les faits.

2) à des dogmes inventés peu à peu, plusieurs siècles après le Christ, selon des enjeux de pouvoir. Est à remettre particulièrement en question la légende dogmatique du péché originel. d'où découlent toutes les autres constructions. Un théologien catholique, excommunié, Tissa Balasuriya, l'a fait dans son livre "Marie ou la libération humaine (éd. Golias)", selon nous de manière très timorée et incomplète.

3) à une adhésion superficielle au christianisme par le biais de la famille ou du groupe ethnique. Etre chrétien n'est pas une étiquette ou une marque tribale.

4) au matérialisme religieux, c'est-à-dire à la foi magique en des pratiques rituelles, dévotionnelles, pérégrines. Objets. images et personnes ne sont jamais saints, et leur culte est blasphème. La culture atavique qui nous imprègne est puissante et millénaire. Elle n'est pas judéo-chrétienne, comme on le dit légèrement, mais pagano-chrétienne.

C'est un énorme travail, sans cesse repris par des chrétiens libres (nous n'aimons pas le mot "libéraux", aux connotations trop économico-politiques ou qui sous entend un bienveillant laxisme). Sommes nous plus libres que les autres ? Ce serait prétentieux de l'affirmer, mais nous avons en tout cas la ferme volonté de critiquer et de rejeter tout ce qui nous empêche de revenir à l'inspiration originelle du christianisme. Pour beaucoup d'entre nous, le détournement commence avec un citoyen romain, Paul. C'est dire si nous avons du travail ! Des groupes comme celui de Digne l'ont commencé, sur certains des sujets évoqués plus haut.

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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:25

"Pourquoi sommes nous des chrétiens unitariens et des chrétiens libres ? Les fondateurs de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) s’expliquent", par Albert Blanchard-Gaillard, Recherches unitariennes, n° 1, février-avril 1997

à propos du titre de l’Association

Chrétiens unitariens (et non des "unitariens chrétiens") : normalement, il ne devrait pas être utile d'accoler les deux mots, car le premier est, sémantiquement, contenu dans le second. L'adjectif unitarien (autrefois : unitaire) désigne, aussi bien historiquement qu'étymologiquement, des chrétiens, plus précisément des protestants qui se sont séparés de leur Eglise d'origine (calviniste en Europe de l'Est, congrégationaliste et puritaine dans les pays anglo-saxons), à cause de leur refus du dogme trinitaire. Unitarien est simplement l'antonyme de trinitarien, et on n'a jamais pu lui trouver une autre signification cohérente. Sur les façades des plus anciens temples unitariens figure souvent cette inscription : "A la gloire du Dieu Un et de son fils Jésus Christ".

Les unitariens n'existent vraiment que dans l'aire judéo-chrétienne, ils utilisent des pasteurs (ou ministres), et non des lamas, des imams ou des rabbins, et se réunissent dans des églises, non dans des synagogues ou des mosquées, pour y célébrer des cultes. Il pourrait sembler banal de proférer de telles évidences, mais voilà, d'autres personnes, qui ne se veulent plus chrétiennes, utilisent aussi, on ne sait pourquoi, le terme d'unitarien. Donc notre affirmation d'être des chrétiens (unitariens) nous permet d'affirmer notre fidélité à la tradition et à l'impulsion unitariennes.

Nos statuts, en cela assez proches de l’ancienne Association unitarienne francophone (AUF), rappellent notre fidélité au courant qui va, par divers avatars, du judéo-christianisme primitif au christianisme unitarien dans la tradition des Servet, Francis David, Priestley ou Channing.

 

et des chrétiens libres

Enfin, nous sommes des chrétiens libres, c'est à dire très libéraux en matière d'exégèse scripturaire, en matière d'organisation ecclésiale. Nous sommes les ennemis déclarés de tout intégrisme et de tout fondamentalisme. Nous rejetons comme non fondés sur l'Écriture et la raison tous les dogmes : Trinité, Incarnation, Péché originel, etc. Nous ne sommes donc pas des chrétiens comme l'entendent les catholiques ou les membres du Conseil oecuménique des Églises (COE). Nous ne recherchons pas d'estampille officielle, nous sommes chrétiens au sens originel, étymologique (pré-nicéens dirait Th. Monod) : des personnes qui essaient sincèrement de retrouver et de suivre les enseignements de leur maître : Jésus.

Nous avons la faiblesse de penser qu'il est important que nous témoignions, en ces temps d'intolérance, qu'il existe des chrétiens non dogmatiques, non autoritaires, et, selon les Écritures judéo-chrétiennes, strictement monothéistes. C'est ce qui explique la précision du titre de notre Association. Nous insistons sur le rejet par nous de tout fanatisme ou de tout fondamentalisme, qu'il soit d'origine chrétienne, juive ou musulmane.

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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 18:53

Albert Blanchard-Gaillard, historien français, à Marseille ; cofondateur en 1986, secrétaire générale (1986-1990), puis président (1990-1996) de l’Association unitarienne française AUF (" francophone " à partir de 1992) ; puis cofondateur en 1996, président (janvier 1997-octobre 1998) et président d’honneur (depuis octobre 1998) de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens AFCU

1987 – " La coupe et la flamme, emblème de l’unitarisme (en anglais, The Flaming Chalice, le calice ardent) ", Approches unitariennes, n° 4, octobre-décembre, mis en ligne par La Besace des unitariens, le 24 avril 2007.

1993 - " Un christianisme libre, l'unitarisme de Jésus à Théodore Monod ", conférence donnée à Marseille, le 16 mai, 20 p. multigraphiées.


1997 - " Pourquoi sommes nous des chrétiens unitariens et des chrétiens libres ? les fondateurs de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) s’expliquent ", Recherches unitariennes, n° 1, février-avril 1997, mis en ligne par La Besace des unitariens sous le titre " Chrétiens unitariens, chrétiens libres ", le 5 avril 2007.1997

1997 - " La médaille de reconnaissance des frères polonais, dite improprement médaille du Campo dei Fiori ", Revue Regard, n° 2, été 1997, Institut d’études et de recherches sur l’histoire, les traditions, la nature et les sciences (revue disparue après le n° 3, 1998), pp. 30-34, mis en ligne par La Besace des unitariens, 2 septembre 2007
1997-1998 - "Le christianisme libre", Recherches unitariennes, n° 3, fin 1997, début 1998, mis en ligne par La Besace des unitariens, le 5 aavril 2007 

1998 - " Albert Schweitzer fut-il unitarien ? ", Recherches unitariennes, n° 4, milieu 1998, mise en ligne sur le site de Profils de libertés, rubrique Histoire
http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.015.as.unit.blanchard.htm 

1998 – début 1999 – " La riche et dramatique histoire des Frères polonais (chrétiens non trinitaires), 1565-1658 " Recherches unitariennes, n° 5, fin 1998-début 1999 et n° 6, milieu 1999 ; mis en ligne sur le site
Profils de libertés , rubrique Histoire,
http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire  

Le contexte, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.030.frerespolonais.htm   
La réforme en Pologne, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.031.reforme_pologne.htm 
Les chrétiens non trinitaires, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.032.non_trinitaires.htm  
L'Ecclesia minor, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.033.ecclesia_minor.htm  
Fauste Socin, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.034.fauste_socin.htm  
La théologie socinienne, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.035.doctrine_socin.htm  
L'Académie de Rakow, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.036.rakow_blanchard.htm  
Persécutions et survie des idées, http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.037.survie.htm  

2003 - " La riche et dramatique histoire des Frères polonais (chrétiens non trinitaires, 1565-1658) "
collectif - "Le socinianisme, christianisme légitime ou hérésie ?" Fragments (histoire et tradition), n° 2, avril, 97 p., Editions de la Tarente (13 400 Aubagne, France).


2004 - "L'Ecclesia minor des Frères polonais ; la première Eglise chrétienne non trinitaire des temps modernes (XVI°-XVII° siècles)", Théolib n° 27, septembre, "Faust Socin ou la Réforme libérale", pp. 7-23.


1999 – " Méditation pascale ", Recherches unitariennes, n° 6, milieu 1999 ; mis en ligne par La Besace des unitariens, le 5 avril 2007
 

2000 – " Grandeur de Jésus ", Recherches unitariennes n° 7, début 2000 (étude coordonnée en 1999 au sein du groupe unitarien de Digne), mis en ligne par La Besace des unitariens, le 5 avril 2007


2000 – " Lectures des évangiles et contresens ", Recherches unitariennes, n° 8, mi 2000 (étude coordonnée en 1999 au sein du groupe unitarien de Digne) ; mis en ligne par La Besace des unitariens, le 5 avril 2007


2000 – " Le nom de Jésus ", Recherches unitariennes, n° 7, début 2000 et n° 8, mi 2000 (étude coordonnée en 1999 au sein du groupe unitarien de Digne) ; mis en ligne par La Besace des unitariens, le 5 avril 2007


2001 - " Théodore Monod, notre ami unitarien (1902 - 2000) ", Recherches unitariennes, n° 9, début 2001, mis en ligne sur le site de Profils de libertés sous le titre " Théodore Monod, explorateur et savant, humaniste et chrétien ",
http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.018.mnd_blanchard.htm  

2003 - " Socinianisme réel, socinianisme imaginaire ", 2003, collectif - "Le socinianisme, christianisme légitime ou hérésie ?" Fragments (histoire et tradition), n° 2, avril, 97 p., Editions de la Tarente (13 400 Aubagne, France). Rappelons, dans ce même document, l’article sur les Frères polonais.


2003 – " Les catéchismes peuvent-ils être non conformistes ? Celui de Rakow (1605) ", texte inédit, mis en ligne par La Besace des unitariens, le 5 avril 2007


2003 – " La responsabilité entière de Calvin dans le procès et la condamnation de Michel Servet ",
http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.039.calvin_blanchard.htm  

2003 – " Vie et mort d’un libre-croyant ", Théolib n° 24, décembre 2003, " Hommage à Michel Servet ", pp. 15-23.


2003 – " Michel Servet et nous ", Théolib n° 24, décembre 2003, " Hommage à Michel Servet ", pp. 43-48


2004 – " Léon Tolstoï (1828 - 1910), chrétien libre … et excommunié ", Recherches unitariennes, n° 13, 1er trimestre et n° 14, automne, mise en ligne par La Besace des unitariens, le 6 avril 2007


2005 - " L’identité des chrétiens unitariens ", Correspondance unitarienne, libre propos, n° 41, mars,
http://prolib.net/pierre_bailleux/unit/cu041.info.htm#libres   

2008 - " Jésus, maçon de Nazareth", Cahiers Michel Servet, n° 10, juillet, 12 p. + couv.

2008 - 'La franc-maçonnerie fille du christianisme", Correspondance unitarienne, n° 82, août,  rubrique des Libres propos, http://labesacedesunitariens.over-blog.com/article-21516616.html

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