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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 juillet 2007 4 05 /07 /juillet /2007 15:08

prédication de Louis Pernot, pasteur à la paroisse ERF de l’Etoile, culte radio du 1er juillet 2007 passé sur France-Culture à 8h 30, texte intégral 

Jésus de Nazareth

La foi chrétienne est par définition centrée sur un personnage : Jésus de Nazareth. Mais qui est Jésus pour le chrétien ?

Dans le Nouveau Testament, il est dit être « le seigneur », le « fils de Dieu », mais l’affirmation la plus fondamentale est qu’il était le « Christ », et donc le « Messie », puisque « Christ » et « Messie » sont en fait le même mot, l’un en grec et l’autre en hébreu. Le Messie, c’était celui qu’attendaient les juifs et qui devait accomplir toutes les promesses de Dieu.

Mais aujourd’hui, Jésus est considéré de très diverses manières, même dans le christianisme. Certains voient en lui Dieu lui-même, et d’autres à l’opposé le considèrent simplement comme un homme, inspiré par Dieu certes, mais bien humain. Peut-on être encore chrétien en considérant Jésus comme un simple prophète, un porte parole de Dieu ?

Je pense qu’on peut être chrétien de différentes manières, et à différents niveaux. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père » nous dit Jésus. Dans l’Evangile, on trouve toute sorte de confessions de foi concernant Jésus. Ainsi, par exemple, dans le chapitre 4 de l’Evangile de Jean voit-on une femme Samaritaine qui dialogue avec Jésus, elle va proclamer que Jésus est « le prophète » comme une chose extraordinaire, mais ensuite, grâce à elle, ses proches le reconnaîtront comme le Sauveur du Monde.

Peut-on voir en Jésus un simple prophète ? Jésus Dieu ou homme ? Ceux qui vont dans ce sens, le font en général, pour aller contre l’idée qu’il soit divin. Or il s’en trouve effectivement qui s’opposent à la divinité du Christ, et qui proclament que Jésus était seulement un prophète. C’est le cas, en particulier de l’islam pour lequel Jésus a été le dernier grand prophète avant Mahomet. Et dans le sein même du christianisme, certains s’opposent aussi à la divinité du Christ, comme les unitariens qui rejettent la doctrine de la Trinité, et que l’on peut considérer pourtant comme authentiquement chrétiens.

On peut penser effectivement que l’affirmation radicale que Jésus est Dieu est certainement un raccourci problématique, ou tout au moins un peu rapide. Dieu ne se promène pas en sandales dans la Palestine, Dieu n’est pas crucifié et ne peut mourir sur une croix. Et l’on voit encore moins comment, si Jésus était Dieu, il pourrait dire : « mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » (Marc 15 :34), ou « Père... non pas ma volonté mais la tienne » (Marc 14 :36).

Cependant ce débat est un peu simpliste, comme si Jésus devait être soit Dieu lui-même et en personne, soit un « simple » prophète, c’est-à-dire une sorte de prédicateur ordinaire. Même la théologie traditionnelle n’a pas affirmé d’une façon schématique qu’il fallait assimiler le Jésus historique à Dieu lui-même.

Pourtant, aujourd’hui, certains pensent qu’il est indispensable pour être chrétien de croire que Jésus soit Dieu, cela découlant de la doctrine de la Trinité. Or tout cela est très discutable. D’abord la doctrine de la Trinité n’est pas biblique, c’est un développement théologique du 4e siècle. Le protestant qui préfère s’en tenir à l’Ecriture et non aux développements tardifs de l’Eglise n’a pas de nécessité à y adhérer. Et même, la doctrine de la Trinité est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle n’affirme pas brutalement que Jésus est Dieu. Ce qui est appelé « Fils » dans la Trinité et qui est dit l’égal du « Père » n’est pas le Jésus historique, mais la dimension divine du Christ, la Parole éternelle et créatrice de Dieu qui s’est incarnée en Jésus de Nazareth. Ainsi la théologie des premiers grands Conciles est-elle claire sur ce point, Jésus n’est pas Dieu seulement, il est Dieu uni à l’homme, il est un homme complet totalement uni au Dieu véritable. Tout ce qu’affirme la Trinité, c’est que la partie divine de Jésus est totalement égale à Dieu.

Je crois qu’on devrait donc sortir de cette fausse obligation qui imposerait aux chrétiens d’affirmer que Jésus est Dieu. On peut le croire, certes, mais on peut aussi ne pas le croire. Et puis certainement y a-t-il des positions plus subtiles et mieux fondées que d’être dans le « tout ou rien » concernant Jésus qui ne pourrait être que Dieu, ou sinon un beau parleur...

 Jésus prophète

Affirmer que Jésus est prophète n’est d’ailleurs pas si faible que cela. Pour le judaïsme, le prophète n’est pas un simple prédicateur, c’est celui qui dit la parole de Dieu. Et les paroles connues des anciens prophètes ont été recueillies avec la plus grande attention pour être incorporées dans la Bible elle-même.

Or, du temps de Jésus, on pensait que l’esprit de Dieu ne soufflait plus, qu’il n’y avait plus de prophètes, la Bible était close, on n’y mettait plus rien parce que Dieu avait cessé de parler. Affirmer alors comme la Samaritaine que Jésus est un prophète était une chose considérable, une vraie confession de foi. C’était dire qu’en lui, de nouveau, Dieu s’exprime comme il l’avait fait à Moïse et aux prophètes de l’Ancien Testament. C’était dire que, de nouveau, l’esprit de Dieu se met à souffler, et qu’une nouvelle parole, une nouvelle loi peuvent être données, que la Bible peut être rouverte pour y ajouter de nouvelles paroles divines. C’était rendre possible d’envisager un « nouveau Testament ». C’est pourquoi, par exemple, quand l’aveugle né guéri par Jésus confesse sa foi en disant de lui : « C’est un prophète », les pharisiens sont furieux. (Jean 9:17).

Jésus plus qu’un prophète

Pourtant, je crois que Jésus est plus qu’un prophète. D’abord en ce qu’un prophète dit la parole, mais ne la vit pas forcément, il se contente de délivrer un message. Or Jésus, lui, a fait plus que de dire la Parole de Dieu, il l’a vécue concrètement, il a appliqué à lui-même son enseignement, faisant de sa vie l’exemple vivant de son message. C’est en ce sens que l’on peut dire qu’il a « incarné » cette parole, il était animé par elle. Ainsi, ce n’est pas seulement ce qu’a dit le Christ qui est intéressant, mais aussi sa vie, et sa personne elles-mêmes. C’est en cela qu’être chrétien n’est pas seulement adhérer au message de l’Evangile, mais aussi « croire » dans le Christ.

Ensuite, si le Nouveau Testament n’affirme pas que Jésus soit Dieu, (sauf en un endroit dans la bouche de Thomas à la fin de l’Evangile de Jean et qui concerne non pas le Jésus historique, mais le Christ ressuscité), ce qu’il affirme continûment, c’est que Jésus est « le fils de Dieu », et c’est bien plus qu’être seulement un prophète. Là effectivement se trouve une affirmation essentielle hors de laquelle on n’est certainement plus chrétien.

Mais cela aussi on peut le comprendre de diverses manières. Certains le comprennent au sens fort, mais pour d’autres, si Jésus est le Fils de Dieu cela n’a rien à voir avec sa naissance physique, ou sa conception biologique, mais cela doit être compris dans un sens spirituel. Cela peut vouloir dire qu’il tire son être de sa relation à Dieu, qu’il est le serviteur de Dieu, l’incarnation de Dieu lui-même, en totale proximité avec Dieu et transparence avec lui.

Jésus est un messie-oint, roi, prêtre et prophète

Quant à la Samaritaine, après avoir vu en Jésus le « prophète », elle découvre qu’il est le Messie. C’est là en effet l’affirmation fondamentale de l’Evangile concernant Jésus : il est le Christ, c’est-à-dire le Messie, puisque ces deux mots signifient la même chose : être « oint » c’est-à-dire recouvert d’huile.

Un christ, c’est donc un messie, c’est quelqu’un qui a reçu l’onction d’huile. Cette huile qui symbolisait la présence de Dieu, parce que, comme lui à sa façon, elle est source de lumière (dans les lampes), de nourriture, et de vie (pour soigner les plaies). On enduisait d’huile ceux que l’on considérait comme revêtus de la présence de Dieu pour agir ou parler en son nom, et en particulier les rois, les prêtres, et les prophètes. Dire que Jésus est messie, c’est donc affirmer qu’il est, au nom de Dieu, à la fois roi, prêtre et prophète. C’est le « triple ministère » du Christ.

Jésus est donc prophète, effectivement, mais il est plus que cela, il est aussi roi et prêtre. Sans doute est-il important de le rappeler, surtout aujourd’hui, où dans certains milieux protestants, il y a une tendance à considérer le Christ comme seulement un sage, un prophète, quelqu’un qui nous révèle quelque chose sur Dieu, sur la vie et sur nous. Or on peut aller plus loin. Si Jésus est roi, alors il est celui qui dirige, qui ordonne, il est le maître, le seigneur, celui qui agit concrètement dans le monde et qui demande à agir avec lui. Certes, il y a plein de belles choses qui peuvent se faire sans le Christ, mais précisément, il est plus que prophète, il peut aussi être notre roi.

Jésus est prêtre... or la fonction du prêtre, c’est de mettre en relation avec Dieu. Jésus, précisément, peut nous permettre d’accéder à Dieu lui-même. Normalement, l’homme ne peut pas voir Dieu, seul le prêtre négocie avec lui et transmet ensuite la parole. Le Christ, lui, instaure un nouveau mode de relation à Dieu, passant par lui, et nous permettant de voir Dieu lui-même.

Et puis le prêtre avait aussi pour rôle de restaurer la relation entre le fidèle et Dieu, il offrait les sacrifices de réconciliation, pour permettre le pardon du péché. Ce rôle essentiel appartient aussi au Christ : il nous met en contact directement avec Dieu, et nous réconcilie avec lui.

Jésus est le Messie par excellence

Mais plus précisément encore, la confession de foi chrétienne, ce n’est pas de dire qu’il est « un » messie, mais qu’il est « le » Messie, c’est-à-dire « le Christ », avec un « C » majuscule. Il est le Messie par excellence. Jésus est ainsi le Prophète par excellence. Un prophète dit une certaine parole, mais ne dit pas tout. Si Jésus est LE prophète, alors sa parole n’est pas partielle, il a dit toute la parole de Dieu.

Le chrétien n’a donc pas besoin d’attendre un autre prophète ou une autre révélation, il n’est pas seulement une étape, le Christ a accomplit la révélation prophétique. Bien sûr, il peut y avoir encore des paroles édifiantes et inspirées, mais qui n’ont pas valeur de révélation.

Il est aussi le Prêtre par excellence, non seulement celui qui nous met en relation avec Dieu, mais aussi celui qui nous donne la plénitude de la présence de Dieu. Avec lui, plus de nécessité d’autres prêtres, plus de nécessité de rites ou de temples, tout se trouve en lui. Il nous réconcilie une fois pour toute avec Dieu nous offrant la libération et le pardon des péchés. Il est enfin le Roi des rois, il n’y a pas à obéir à quiconque d’autre, il est l’autorité suprême, au-dessus de tout et de toute exigence, qu’elle soit humaine ou même religieuse. Il est le prêtre, le roi et le prophète par excellence, il n’y en a plus besoin d’autres.

Jésus est le Messie attendu

Il y avait enfin dans le judaïsme une attente très particulière concernant LE Messie qui devait venir en accomplissant les promesses que l’on trouve dans les prophètes de la Bible, comme en Esaïe en particulier. Affirmer que Jésus est « le Christ », c’est-à-dire « le Messie », c’est aussi affirmer qu’il est celui qui accomplit l’espérance messianique de l’Ancien Testament.

Ce qui était attendu de la part du « Messie », c’était qu’il apporte la plénitude de la présence de Dieu, qu’il donne en abondance tous les dons de Dieu, qu’il réalise concrètement toutes ses promesses, portant toute chose à son terme. Le Messie devait donner la lumière, la paix, l’eau vive qui irrigue et fait nous fait vivre, il devait être celui qui ouvre les yeux des aveugles, fait entendre les sourds, et donne la vie. Etre chrétien, c’est croire que « Jésus est le Christ », et qu’il est donc bien celui qui accomplit ces promesses.

Avec une particularité cependant, c’est qu’il est un Messie spirituel et non pas politique. Il a endossé le rôle annoncé et attendu dans l’Ancien Testament, mais sous la forme particulière représentée par Esaïe 53 montrant le Messie non pas comme un roi politique glorieux, mais comme un serviteur humble et souffrant. Jésus est donc un Messie ne réalisant pas de grandes choses matérielles, mais qui offre tous les dons spirituels. Ainsi peut-on croire que Jésus donne la paix, mais non pas la paix politique, la paix du cœur. Il donne la guérison, mais pas nécessairement comme un acte médical, comme une guérison intérieure. Et il donne la vie éternelle, mais pas une immortalité terrestre.

Mode d’accomplissement des promesses

Jésus accomplit tout cela, mais comment le fait-il ? Là est une autre particularité de la façon avec laquelle Jésus a compris son rôle de Messie : c’est que son action n’est pas automatique, elle nécessite notre participation, notre adhésion. Il a considéré son rôle comme étant essentiellement un rôle de parole, un enseignement, un appel, une vocation, une parole qui crée, parole qui ne peut être efficace que si elle est entendue et reçue.

De plus, son enseignement n’est pas une parole ordinaire, ce n’est pas seulement de bons conseils moraux, c’est une parole qui transforme celui qui s’y expose, une parole qui sauve celui à qui elle est adressée, qui le fait vivre. Une parole qu’il faut prendre en soi un peu tous les jours, comme un philtre d’amour et de vie éternelle. Et c’est cette modalité d’accomplissement de son œuvre qui fait que son action n’est pas automatique, il est un sauveur, certes, mais un sauveur à recevoir, à accepter, à prendre dans sa vie comme source de vie.

Pour être pleinement chrétien, il faut donc, comme la Samaritaine passer de « prophète » à « Christ », c’est-à-dire de l’enseignant au Messie, à l’envoyé-même de Dieu. Certes, il n’est déjà pas mal d’avoir de la considération pour l’enseignement du Christ et de se positionner par rapport à son message, mais on peut aller infiniment plus loin. Et on peut enfin, comme dans le récit de la Samaritaine découvrir qu’il est pour soi un « sauveur » : Jésus donne aussi la vie et tout ce qu’il faut pour vivre pleinement.

Ainsi, quand Jésus guérit un aveugle, il ne se contente pas de lui expliquer comment vivre malgré son handicap. Il ne se contente pas de lui redonner courage, de lui dire que ce n’est pas si grave d’être aveugle physiquement... il le guérit, il lui ouvre les yeux.

Et moi, aujourd’hui, je n’attends pas du Christ dans ma vie qu’il opère des guérisons d’ordre médical, mais je crois que Jésus peut me guérir de mon aveuglement intérieur, il peut transformer ma vie en me permettant de voir l’essentiel qui est invisible pour les yeux, Jésus agit en moi et me transforme.

Sa parole est efficace, elle n’est pas seulement un discours avec des considérations sur la vie, elle n’est pas faite seulement de promesses et de mises en garde comme les prophètes de l’Ancien Testament, c’est une parole qui transforme, une parole qui guérit, une parole qui donne la vie et qui donne sens à la vie de celui qui la reçoit.

Oui, le Christ est plus qu’un prophète, être chrétien ce n’est pas seulement adhérer à une idéologie, c’est découvrir une parole créatrice et vouloir la mettre en soi. Personnellement, je ne peux pas dire que Jésus soit Dieu, pourtant je crois qu’en lui se trouve la plénitude de la parole créatrice de Dieu.

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Published by Louis Pernot - dans sur l'unitarisme
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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 11:03

UU Voices Reading est l'un des journaux des unitariens-universalistes américains. Son n° du 19 octobre 2005 est consacré à Michel Servet. En plus de l'introduction ci-jointe, le document présente une chronologie de Michel Servet, ainsi que la reproduction de la traduction en anglais, par Earl Morse Wilbur , des Erreurs de la Trinité (Harvard Theological Studies XVI, Cambridge Harvard University Press 1932, reproduit en 1969 à New-York par Kraus Reprint Co.).

Traduit en français par Marie-Claire Lefeuvre.

"La voix des UU d’octobre 2005 est celle de Michel Servet. La lecture de ce numéro n’est pas le cadre habituel d’une discussion des idées UU : comment ces idées s’adaptent-elles au monde de 2005, et comment s’adaptent-elles à nos univers intérieurs ?

J’ai recopié le texte de ses Erreurs sur la Trinité traduit par le spécialiste unitarien Earl Morse Wilbur et j’ai essayé plusieurs fois de comprendre les problèmes qu’il essaie de résoudre, mais je trouve que le défi est décourageant. Servet écrit à des gens cultivés sur son interprétation de la Bible. Il y avait des gens qui dépensaient énormément d’énergie intellectuelle pour un ensemble d’idées et d’écrits originaux relativement limité. Ce genre de combat sur des phrases de la Bible nous semble bien éloigné de nos mentalités - au moins de la mienne. Mais ses défis aux dirigeants ecclésiastiques à la fois catholiques et protestants peuvent être vus comme les premières salves d’une bataille qui se poursuit aujourd’hui. Différents problèmes, différentes armes, différentes stratégies mais la même bataille.

J’ai choisi deux passages pour notre interprétation. Cette fois-ci nous allons probablement dépenser beaucoup de temps pour essayer de comprendre ce que l’auteur veut dire, et non pour essayer de nous demander comment nous réagissons face à ses idées. Mais essayons toujours, et venez nous dire ce que vous croyez qu’il dit.

Il est important que nous essayions de comprendre combien le monde dans lequel il vivait - et ses propres points de vue - est différent du nôtre.

plaque en hommage à Michel Servet, sur la façade de la maison natale de l'intéressé à Villanueva de Sijena, en Aragon (photo J.-C. Barbier).

Il fut un homme brillant qui présenta des idées controversées et nouvelles à la fois en religion et en médecine. Ses idées révolutionnaires sur la circulation du sang dans les poumons ont une histoire qui a été davantage acceptée que ses désaccords avec la doctrine chrétienne de la Trinité. Lawrence et Nancy Goldstein ont suivi cette piste pour le XXe siècle dans leur livre Out of the flames (litt. : hors des flammes).

Ses arguments religieux, qui faisaient partie de l’aile gauche radicale des idées de la Réforme, furent un défi pour les autres dirigeants réformés qui jugèrent Servet trop dangereux. Sa personnalité aussi le desservit. Il argumentait sans cesse, insensible aux complications politiques. Il devint, subissant une mort atroce, un héros et un martyr unitarien, à cause de ses idées dans la Genève de Jean Calvin."

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Published by UU Voices - dans (hist) SERVET Miguel
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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 08:52

The Herald, printemps 2007, résumé et traduction par Marie-Claire Lefeuvre.

Leading article (article à la Une), Andrew Brown.

Moderator's comments (Commentaires du modérateur)Revd Chris Wilson.

Educator, theologian, scholar (Educateur, théologien, enseignant).
David Steers pays tribute (rend hommage) to the UCA President, Revd Dr Arthur Long, a giant of contemporary Unitarian Christian thought (un géant contemporain de la pensée unitarienne chrétienne).

The world turned upside down (Le monde fait la culbute), Andrew Brown finds in the writings of a seventeenth-century Leicestershire shoemaker a vision which still resonates today (A. Brown trouve dans les écrits d'un fabricant de chaussures du Leicestershire au 17ème siècle une vision qui nous parle encore aujourd'hui).

Londres, chapelle unitarienne de Rosslynhill

Résumé :

L’unicité de Dieu, croyance centrale des authentiques communautés unitariennes, implique aussi l’unité de la Création. Vivre cette unicité ne peut être décrit doctrinalement, c’est vivre un monde unifié, sans fractures ni conflits, sans obscurités. Quelqu’un de convainquant à ce sujet est le fabricant de chaussures du Leicestershire, Jacob Bauthaumley, qui au 17e siècle, publia " Les aspects sombres et lumineux de Dieu " (The light and dark sides of God - 1650). Ce livre fut condamné comme blasphématoire et son auteur condamné à avoir la langue coupée (bored through ?).

Voici ce qu’il dit : " Oui, je sens que Dieu est dans toutes ses créatures, Homme et Bête, et même dans tout le végétal, du plus grand cèdre au lierre grimpant ; Il est la vie et l’existence de tous ; Dieu habite réellement et, si vous voulez, personnellement, chaque chose et n’existe pas hors de ses créatures. A leur mort, Dieu ne les habite plus et ces choses seront jetées au feu. Toutes les créatures dans le monde n’en forment qu’une seule ; rien n’est en dehors de la nature divine, ou bien est de Dieu, est Dieu ".

On peut en tirer plusieurs déductions : Dieu n’aime pas un homme plus qu’un autre : tous sont semblables à Lui. Dieu habite réellement et substantiellement dans leur chair tout homme aussi bien que celle du Christ. Là où Dieu habite, tout le Paradis, où je mets pour toujours ma joie réside.

Ayant servi dans l’Armée, Bauthaumley ne peut nier le mal sur cette terre, mais ce qui apparaît ainsi doit être envisagé d’un point de vue plus global. Le péché est proprement le côté obscur de Dieu, la simple privation de la lumière. En conséquence le péché ne provoque pas plus la colère de Dieu que la sainteté sa bénédiction. La raison pour laquelle nous faisons une distinction entre l’homme mauvais et l’homme bon ne réside pas dans l’homme, mais dans le fait que l’être divin apparaît plus glorieusement en eux. Selon Sa volonté, ils ne firent pas plus en embrassant le Christ qu’en le crucifiant.

Pour Bauthaumley tout dépend de Dieu et le mal est en réalité aussi un aspect de Dieu. Le mal ne mène donc pas au désespoir mais à une compréhension, un amour plus grands. Nous devons imaginer un enfer en Dieu. L’ Esprit peut seul nous révéler que les aspects positifs et négatifs de notre monde mortel sont dépendants de l’Unité Divine.

La critique suivante lui fut faite  : sa doctrine menace l’ordre moral et politique à tel point qu’elle détruirait la société. Pourtant elle n’incite pas à faire le mal. C’était mettre le monde à l’envers que d’affirmer que Dieu habitait, non seulement l’homme et la femme, mais jusqu’à la plante, tout ! Non seulement nos gouvernants, mais l’homme ordinaire !

Au point de vue religieux, politique et économique, oui, je pense que l’œuvre de Bauthaumley nous interpelle à nouveau aujourd’hui. Le monde aujourd’hui ne marche pas…alors ?

 

Renewed hope for the lost pilgrim (Espoir renouvelé de retrouver un pèlerinage), Matt Grant looks at how Panentheism can offer a path back into liberal Christianity (M. Grant montre comment le panenthéisme peut croiser son chemin avec le christianisme libéral).

Matt Grant (voir www.renewedhope.org.uk) s’interroge sur les possibilités de revenir au christianisme libéral par le panenthéisme. Le panenthéisme affirme avec le panthéisme, la thèse selon laquelle Dieu contient en soi le monde, mais il s'écarte de celui-ci et se rapproche du théisme dans la mesure où il soutient l'irréductibilité de Dieu par rapport au monde, et donc la transcendance relative.

résumé :

Je diverge peut-être de l’unitarisme historique par mon adhésion croissante au panenthéisme (du grec : tout en Dieu). Ce mot veut dire que Dieu est immanent dans toute la création, mais que, contrairement au panthéisme, Dieu est aussi transcendant, donc cette création est bien davantage que l’univers matériel. La relation de Dieu avec ses créatures est intimement tissée et réciproque, comme l’enfant dans le sein de sa mère, ainsi que le suggère Marcus J. Borg dans son livre " Le Dieu que nous n’avons jamais connu " (The God we never Knew).

Le panenthéisme est présent dans les racines de nombreuses religions (christianisme, judaïsme, hindouisme, sikhisme, soufisme musulman, et d’autres d’Amérique du Sud et d’Asie). Il gagne en importance dans des cercles restreints du christianisme libéral (Marcus J. Borg, Adrian B. Smith et Matthew Fox). La pensée de Daniel J. Shepard fait partie du courant de pensée panenthéiste indépendant des autres religions.

Nous sommes appelés à rechercher une expérience de Dieu qui aille au-delà d’une certaine prière traditionnelle.

Quant à moi, le panenthéisme m’a fait revenir au christianisme, tout en approfondissant mon respect pour toutes les autres croyances.

Lectures conseillées : Marcus J. Borg, How we imagine God matters (Comment nous imaginons que Dieu nous importe) ; Jon Zuck, God in all things (Dieu en toutes choses)

 

The healing power of universalism (Le pouvoir réparateur de l’universalisme), Richard Trudeau suggests a way of overcoming the intolerance many Unitarians feel towards their Christian heritage (R. Trudeau suggère un moyen pour dépasser l'intolérance de beaucoup de chrétiens face à leur héritage).

Richard Trudeau est pasteur à l’église unitarienne-universaliste de Weymouth, Massachusetts. et membre de la New Massachusetts Universalist Convention  http://www.nmuc.org Cette "Convention", fondée le 16 mai 1998, regroupe des UU qui restent fidèles à l'héritage chrtéien de l'Eglise universaliste (laquelle fut une Eglise chrétienne qui fusionna en 1961 avec les congrégations unitariennes), ainsi  que des UU particulièrement sensibles à l'universalisme.

Résumé/traduction :

Après m’être façonné rien que pour moi une foi unitarienne universaliste faite de diverses parties de multiples religions, d’une étude de la nature, et d’humanisme, je me suis un jour demandé pourquoi j’en excluais systématiquement le christianisme, pourquoi j’étais si intolérant, si rempli de colère envers lui. La logique me souffla que tout n’y pouvait être mauvais. C’est ainsi que je séparais, dans la religion de mon enfance, tout ce qui me semblait mauvais de tout ce qui me semblait bon. La sage-femme dans cet accouchement fut l’universalisme. Il employait le langage biblique, et le symbolisme traditionnel me stimula pour faire de nouvelles distinctions :

- entre le point de vue traditionnel biblique d’un seul livre exprimant un seul point de vue, et l’interprétation moderne des textes sacrés séparant les divers livres de la Bible révélant différents points de vue.

- entre le Christ habituel de la chrétienté et le Jésus de l’Histoire

- entre la croix , symbole d’un mythe, celui d’un Dieu mort sur une croix, et la croix, avertissement que la défense des opprimés est une tâche difficile.

Quand ce procédé de mise à plat de la religion de mon enfance fut achevé, je découvris qu’elle ne me blessait plus. Je fus guéri. Et pour la première fois je pus prélever quelques éléments de la foi de mon enfance pour enrichir ma nouvelle foi d’adulte, éléments que je regardai comme un trésor car ils provenaient de mon plus lointain passé. Ainsi l’universalisme me permit de confronter ma religion d’origine aux autres.

Le symbole de la croix au centre d’un rond fut inventé en avril 1946, dans une chambre d’hôtel, à Akron (Ohio), pendant l’assemblée générale des universalistes qui se tenait en cette ville : Le cercle, symbole d’infini, ou du nombre indéterminé des religions ; la croix, au centre, représente le christianisme, origine de l’universalisme, racine de la croissance de notre foi s’ouvrant à d’autres. Nous nous considérons comme " Universalistes d’origine chrétienne " (Albert Ziegler et de Gordon McKeeman, 1989).

 

Castellio's dark irony (L'ironie mordante de Castellion), Sebastian Castellio (1515-1563), one of the great figures in the development of liberal religion, reveals a darkly humorous side. Sébastien Castellio (1515-1563) l’un des personnages les plus célèbres de l’Eglise libérale, révèle un humour noir ...

Voici sa conclusion :

" Nous discutons de tout : pas seulement de la manière d’arriver jusqu’au Christ, mais de sa révélation de Dieu le Père, de la Trinité, de la prédestination, du libre-arbitre, de la nature de Dieu, des Anges, de la condition de l’âme après la mort, d’une multitude de sujets qui, en fin de compte, sont inutiles à notre salut, de sujets qui ne pourront être connus que quand notre cœur sera purifié, car ce sont des sujets qui doivent être perçus spirituellement. (extrait de la préface de De Haerecticis, écrite en 1554 après le meurtre de Servet à Genève cette même année).

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Published by Marie-Claire Lefeuvre - dans The Herald
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28 juin 2007 4 28 /06 /juin /2007 05:58

Printemps 2007

Leading article (article à la Une), Andrew Brown

Moderator's comments (Commentaires du modérateur)Revd Chris Wilson

Educator, theologian, scholar (Educateur, théologien, enseignant).
David Steers pays tribute (rend hommage) to the UCA President, Revd Dr Arthur Long, a giant of contemporary Unitarian Christian thought (un géant contemporain de la pensée unitarienne chrétienne).

The world turned upside down (Le monde fait la culbute), Andrew Brown finds in the writings of a seventeenth-century Leicestershire shoemaker a vision which still resonates today (A. Brown trouve dans les écrits d'un fabricant de chaussures du Leicestershire au 17ème siècle une vision qui nous parle encore aujourd'hui).

Renewed hope for the lost pilgrim (un nouvel espoir pour le pèlerin désorienté), Matt Grant looks at how Panentheism can offer a path back into liberal Christianity (M. Grant montre comment le panenthéisme peut croiser son chemin avec le christianisme libéral).

The healing power of universalism (le remède de l'universalisme), Richard Trudeau suggests a way of overcoming the intolerance many Unitarians feel towards their Christian heritage (R. Trudeau suggère un moyen pour dépasser l'intolérance de beaucoup de chrétiens face à leur héritage).

Castellio's dark irony (L'humour noir de Castellion), Sebastian Castellio (1515-1563), one of the great figures in the development of liberal religion, reveals a darkly humorous side (S. Castellion, l'un de ceux qui firent progresser le libéralisme, révèle l'un de ses aspects : l'humour noir).

 

 

été 2006

Editorial, Andrew Brown. Traduit par Marie-Claire Lefeuvre et mis en ligne par La Besace des unitariens le 12 juin 07.

Moderator’s Comments (Les commentaires du modérateur), Revd Chris Wilson.

The Mysterious Jesus (Le Jésus mystérieux), Revd Tom McCready.

The Unitarian Tradition: Roots and Boundaries. A personal view  (Les traditions unitariennes : Racines et frontières ; un point de vue personnel), Cliff Reed.

In Memory of Rev Dr Werner Pelz (En mémoire de ...), Dr Phillip Ablett.

Creatures of Light. A meditation (Créatures de lumière. Une méditation), Sabrina Lewins.

Words of Wisdom from The Racovian Catechism 1605. What does Unitarian and Free Christianity offer ? (Paroles de sagesse du Cathéchisme Racovien de 1605 - Qu’offre le christianisme unitarien et libéral ?), Andrew Brown.

 printemps 2006

Editorial, Andrew Brown.

UCA Chair’s Comments (Commentaires de la Chaire de l’UCA), Revd Chris Wilson.

What I Want and Need in a Religious Community (Ce que je désire et ce dont j’ai besoin dans une communauté religieuse), Revd John C. Morgan.

The Road to Emmaus – A Prayer for Easter Day (Le Chemin vers Emaüs - Prière pour le jour de Pâques), Revd Andrew Brown.

Women in Christian Faith (Les femmes dans la foi chrétienne), Revd Jean McNeile.

Is God’s ‘most noble creature’ invincible ? Now I knew there was a reason for learning some Greek ... (Est-ce que " la plus noble créature de Dieu " est invincible ? Maintenant je sais pourquoi j’ai appris le Grec ...), Revd Andrew Brown.

 hiver 2006

Editorial Andrew Brown.

Moderator’s Comments (les commentaires du modérateur), Revd Chris Wilson.

Affirming Oneness - The Unitarian Basis (Affirmation de l’Unicité - Base unitarienne), Revd Clifford M. Reed.Favourite Books of Devotion (Livres de dévotion préférés), Peter Bramhill : A Calendar of Wisdom by Leo Tolstoy (Un calendrier de sagesse par Léon Tolstoï).

Peter Bramhill nous signale, parmi ses livres favoris de dévotion, A Calendar of Wisdom (Un Calendrier de Sagesse), par Léon Tolstoï, traduit du russe par Peter Sekirin, et publié en Grande Bretagne par Hodder & Stoughton en 1997. Pendant près de 15 ans, Tolstoï a recueilli des extraits de la sagesse des siècles en un seul livre, le dernier grand ouvrage de sa vie. Il le destinait à tout un chacun pour une lecture quotidienne ; il rédigeait ce qu’il pensait, réflexion philosophique ou éthique, ensuite il l’illustrait d’un passage de la Bible, ou d’œuvres de grands penseurs. Les cinq dernières années de sa vie, ce fut son livre préféré.

A Prayer (Une prière), Revd Stephen Callander.

The past need not be another country (Le passé n’est pas nécessairement un autre pays), Revd Andrew James Brown (An address given at the Memorial Church (Unitarian), Cambridge 3 September 2006)

Light to a Dark World (De la lumière pour un monde bien sombre), Right Reverend Colin Campbell.

Report on the UCA’s Autumn Synod (Reportage sur le synode d’automne de l’UCA), Held on Saturday 28 October 2006 at The Memorial Church (Unitarian) in Cambridge (tenu à l’église unitarienne du mémorial à Cambridge le 28 10 06).

Review: Teacher, Guide, Companion: rediscovering Jesus in a secular world (Etude : Professeur, Guide, Compagnon : A la redécouverte de Jésus dans un monde séculier), Erik Walker Wikstrom (Skinner House Books, p/b) è by Jim Corrigall.

A Prayer (Une prière), Revd Andrew Brown.

 Hiver 2005

résumés en français par Marie-Claire Lefeuvre mis en ligne sur La Besace des unitariens le 12 juin 07.

Editorial, Andrew Brown.

Upholding the liberal Christian tradition ? (Soutenir la tradition chrétienne libérale ?), Chris Wilson (Reprinted from The Norfolk Unitarian / reproduit de L’Unitarien du Norfolk). 

Unitarian Reconstruction: An Argument For a Colloquium (La reconstruction unitarienne : un argument pour un Colloque), Joe Bord avec la collaboration d'Andrew Brown.

The Future of Liberal Christianity: Will it be the Religion of the Future ? (L’avenir du christianisme libéral : sera-t-il la religion de l’avenir ?), Elek Rezi ; traduit par Marie-Claire Lefeuvre et mis en ligne sur La Besace des unitariens le 12 juin 07.

I. Is there such a bright future ? (Un avenir aussi brillant est-il réalisé  ?) ; II. Understanding our strengths and weaknesses historically (Comprendre d’un point de vue historique nos atouts et nos faiblesses), III. The need to shift the paradigms (La nécessité de changer de paradigmes.

The religion of the future ? The Son of God Passed by Today (La religion de l’avenir ? le Fils de Dieu est aujourd’hui passé par là), Cliff Reed, Montserrat, Catalunya, 7th November 2005.

Bread and Wine are of the Earth (Le pain et le vin viennent de la Terre), Peter Sampson.

A Prayer for Christmas Day (Prière pour le jour de Noël), Andrew Brown.  

Now where have I heard this before ? A glance across the pond (Maintenant où ai-je déjà entendu cela ? Un coup d’œil par delà la mare), Andrew Brown.

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Published by Marie-Claire Lefeuvre - dans The Herald
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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 15:57

BARBEY Philippe, 2003 - Les Témoins de Jéhovah. Pour un christianisme original ; Paris : L'Harmattan, 272 p.

L’auteur a soutenu une thèse à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes sur les Témoins de Jéhovah, laquelle a été publiée par les éditions L’Harmattan. Il est enseignant à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) à Brive-la-Gaillarde.

La documentation de l’ouvrage est abondante. Elle englobe l’arianisme, l’histoire de la Réforme anti-trinitaire du XVI, le socinianisme et l’unitarisme avant de traité proprement dit des Témoins de Jéhovah. En effet, pour l’auteur, les Témoins de Jéhovah sont des anti-trinitaires puisqu’ils remettent en cause le dogme de la Trinité, mais aussi des unitariens (ce que les intéressés ne disent pas eux mêmes) puisqu’ils affirment l’unicité de Dieu. Ce faisant, il sous-estime l’évolution libérale et rationnelle qui caractérise le christianisme unitarien. La volonté œcuménique de l’auteur (voulant rassembler tous les anti-trinitaires) va jusqu’à considérer les Témoins de Jéhovah comme issus des mouvements de réveil ! Mais trop embrasser n’est-il pas mal étreindre ?

P. Barbey a réuni des informations sur les unitariens de France auprès de Jean-Louis Buchert, alors président de l’Association unitarienne francophone (AUF), lors d’un entretien téléphonique d’une heure. Méthodologiquement c’est bien peu ! En plus, les cofondateurs et maîtres d’œuvre de cette association n’ont pas été contactés et les informations (par exemple concernant les effectifs) non recoupées. L’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) est présentée comme une association dissidente (sic !) alors qu’elle a été initiée par les cofondateurs même de l’AUF (lesquels avaient été mis en minorité en AG grâce à des procurations de dernière heure).

Les Témoins de Jéhovah en restent à une lecture tout à fait littérale du Prologue, qui est d’ailleurs celle des ariens, et acceptent que Jésus ait été la première créature de Dieu par ordre chronologique (donc avant nos amis les bêtes et le père Adam !), ce qui en fait un être surnaturel, créé mais assistant Dieu dans sa Création et finalement Joker dans le destin de l’humanité. Dieu l’aurait envoyé sur terre, en mission pour une Rédemption (un " Rachat " dans la terminologie des Témoins de Jéhovah), point d’orgue du destin de notre humanité.

Cette version, encore très surnaturelle de Jésus, n’est pas partagée par la plupart des unitariens. C’est plutôt le l’adoptionnisme auquel certains unitariens peuvent restés sensibles, à savoir l’élévation de Jésus par Dieu - son adoption au rang divin - au moment de son baptême ou de sa mort (sa résurrection).

A lire pour la documentation.

notice bibliographique que nous a transmis l'auteur en septembre 2004 :

Canonici Guy, Les Témoins de Jéhovah face à Hitler, Paris, Albin Michel, 1998.

Dericquebourg Régis, " Les résistances aux groupes religieux minoritaires en France ", dans Le débat sur le rapport de la commission parlementaire, Paris, Dervy, 1996, pp. 73-84.

Gertoux Gérard, Un historique du nom divin, Paris, L’Harmattan, 1999.

Séguy Jean, " Témoins de Jéhovah ", dans L’histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, pp. 1001-1003.

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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 18:40

Les principes et orientations actuelles de l’unitarisme universalisme à la lumière de l’héritage religieux de Michel Servet, par le révérend Donald W. McKinney, STD, ministre émérite de la Première Eglise unitarienne à Brooklyn, New-York, allocution prononcée lors des cérémonies de clôture commémorant le 450ème anniversaire de la mort de Michel Servet, à l'Institut Miguel Servet, Villanueva de Sijena (Aragon, Espagne), le 23 octobre 2004

traduction en français de Fulgence Ndagijimana, président de l'Assemblée des chrétiens unitariens du Burundi (ACUB).

portrait de Michel Servet sur vitrail, 1915, First Unitarian Church pf Brooklyn (Etat de New-York).

Il y a 27 ans, à l’automne 1977, feu senior Julio Arribas, d’heureuse mémoire, m’amena ici de Saragosse, et j’eus le privilège inattendu d’être accueilli comme membre de votre institut. Je crois que je fus le premier unitarien américain à visiter le lieu de naissance de Servet et la première personne ayant un intérêt primordial et un respect profond pour la perspective théologique et les convictions de foi de ce savant à être ainsi accepté parmi vous ; j’en ai été profondément honoré. Chaque fois que je m’adresse aux congrégations unitariennes pour leur rappeler le rôle essentiel de Michel Servet dans notre tradition, je porte la médaille que le senior Arribas me mit à cette occasion. autour du cou.

Ce fut le professeur Alcala qui, le premier, m’a fait connaître votre institut lorsqu’il vint me voir pour visiter l’église qui avait un vitrail en l’honneur de Servet. C’était là dans le Brooklyn où il enseignait. Nous sommes, semble-t-il, la seule église ayant un tel vitrail dédié à Michel Servet. En 1964, nous reçûmes les copies de la toute première édition de Servet " Sur les erreurs de la Trinité ", de même que le plus rare " Spurious ", l’édition de 1731 et les Dialogues de 1532. Ces œuvres précieuses sont reliées ensemble avec d’autres écrits dans deux petits volumes. Ils sont les reliques sacrées de notre congrégations . L’Eglise de Brooklyn est la seule institution unitarienne dans le monde à posséder les copies de ces originaux et très valeureux documents.

C’est de la place de Servet dans l’unitarisme aujourd’hui, de l’influence de son héritage religieux sur les principes et l’orientation actuelle de notre foi libre, sans credo, qu’on m’a demandé de parler aujourd’hui. C’était déjà pour la quête d’une telle réponse que j’étais venu en Espagne il y a 27 ans. Même si aux USA, nous appelons Servet " le père de l’unitarisme " (un titre qu’il pourrait bien dédaigner), il est devenu, s’il n’a pas toujours été, une figure plutôt distante et énigmatique pour beaucoup d’unitariens, du moins aux USA.

Réalisant que j’avais peut être une obligation spéciale comme ministre d’une Eglise qui a de tels liens avec Servet, j’ai senti qu’il était important pour moi de comprendre plus clairement comment lui et ses vues correspondent ou non avec ce que les unitariens universalistes croient aujourd’hui, et voir s’il y a quelque chose de significatif pour nous, aujourd’hui, dans sa quête continuelle de la vérité et du sens. J’ai par conséquent consacré une année sabbatique à cette question et j’ai choisi de le faire non pas sous forme d’une recherche érudite, car je ne prétends pas être un érudit, mais d’une manière plus existentielle, quelque chose comme un pèlerinage personnel. J’ai ainsi suivi les pas de Servet en Espagne et à travers l’Europe. J’ai traversé dix sept villes et cités où il a mené sa vie qui s’est terminée à Genève. Là bas, ce chevalier errant de la théologie, comme le populaire auteur australien du 20ème siècle, Stefan Zweig, l’a appelé dans son " Droit à l’hérésie ", a eu le grand honneur d’être jugé, déclaré coupable, condamné à la peine de mort et mis au bûcher par les protestants - au moment où les catholiques faisaient la même chose à Vienne, pour la même hérésie, mais, là, ils ne purent brûler Servet qu’en effigie.

Deux choses sont devenues plus évidentes pour moi au cours de ces merveilleux mois de solitude et de recherche. Premièrement que l’héritage religieux de Servet est central et même vital pour comprendre l’unitarisme aujourd’hui, même si nos convictions religieuses particulières et nos préoccupations sont largement différentes ; deuxièmement, qu’il faut tenir compte de " l’hispanicité " de Servet pour le comprendre. En tout cas, le sens de sa vie, de son travail et de sa mort est plus important que cela n’a été reconnu jusque là, non seulement pour les unitariens universalistes mais aussi pour tout un monde qui sombre dans les passions religieuses, de nouvelles rancunes et d’épouvantables divisions et polarisations.

Il y a une certaine vérité dans l’affirmation de Stephan Zweig selon laquelle Servet est une figure quixotique. Comme le héros de la Mancha, il avait (selon les termes de Zweig), " un splendide mais grotesque besoin de se battre aveuglement contre l’absurde et le moulin de la réalité ". Cependant, ceci est certainement loin, très loin de toute la vérité sur l’homme. Si cet avis évoque un Servet amateur magnifiquement talentueux et infatigable, il fait l’impasse sur l’intellectuel fin et solitaire qu’il fut. Ses diverses et nombreuses réalisations furent considérables et significatives, comme vous, à l’Institut, le savez bien. Quelque soit le caractère fluide et difficile à prédire de son comportement, il y avait une grandeur tragique et hors du commun qui culmina à Campel, il y a quatre siècle et demi.

Enfant et héros de la Renaissance et de la Réforme , Servet fut déchiré entre la poursuite de son travail intellectuel, non exempt de renommée mondaine, et une vision de foi qu’il ne pouvait pas, ne voulait pas renier même lorsqu’il fut brûlé pour hérésie. Oui, pendant son emprisonnement et son jugement à Genève, Servet confessa des erreurs sous la pression de l’interrogatoire et la menace d’exécution comme il me l’a été vivement rappelé lorsque j’ai eu, sous la main, les récits écrits de son jugement, gardés dans les archives de Genève, et que j’ai pu les déchiffrer tant bien que mal avec mon pauvre latin d’école secondaire. Mais l’unique chose sur laquelle il refusa de se rétracter était où devait être placé ce simple adjectif " éternel " lorsqu’on s’adressait à la personne de Jésus. Ses tout derniers mots sur le bûcher ont été ceux qu’il n’avait pas rétractés : " Ô Jésus, fils de Dieu éternel, aies pitié de moi ". Rappelez vous que s’il avait voulu adresser sa prière à Jésus comme le fils éternel de Dieu, même à la dernière minute, sa vie pouvait être épargnée ou, du moins, il pouvait mourir par l’épée au lieu de l’agonie prolongée des flammes.

Il a choisi de mourir avec ses livres. Pourquoi fit-il ce choix pour le placement d’un simple adjectif ? Etait-ce une folle et têtue  arrogance ? L’absurde ultime allant à l’encontre du principe réaliste de survie. Beaucoup bien sûr l’ont senti comme cela, comme l’ont fait beaucoup d’Espagnols avec qui j’ai discuté de ceci, depuis 27 ans. Mais l’adjectif n’est-il pas placé là précisément pour mieux comprendre la nature de Jésus, sa relation et notre relation à Dieu. N’impliquait-il pas une vision plus universelle, ce qui avait été une préoccupation qu’il n’avait fait qu’effleurer quelques années auparavant dans " Erreurs sur la Trinité " ? Etait il entrain d’entrevoir, dans une lancinante vision, ce que la religion pouvait devenir. Personne ne peut le savoir.

Pourtant, dans un sens très réel, l’unitarisme est né ce jour là en 1553 à Campel. Servet, bien sûr, n’a pas laissé d’adeptes et lui-même n’avait certainement pas l’intention de lancer un mouvement religieux distinct. L’unitarisme n’est d’ailleurs pas seulement anti-trinitaire. Ce n’est pas un ensemble de croyances à propos de Dieu, Jésus ou autre chose. C’est une approche à la religion, qui nous aide à trouver des réponses à celle-ci et à toutes sorte d’autres questions sur la foi, comment nous choisissons de vivre et cherchons à façonner un monde plus vrai, plus bon et plus juste. Feu Earl Wilbur, jusqu’ici le principal historien de l’unitarisme, a écrit au premier chapitre de son grand tome sur le sujet que à travers l’histoire, l’unitarisme a toujours été caractérisé par trois principes de bases qui sont valables encore aujourd’hui. Premièrement, la liberté de croyance en religion plutôt qu’une adhésion à des credo spécifiques ou déclarations de foi ; deuxièmement, l’usage de la raison plutôt que l’autorité et la tradition et, troisièmement, la tolérance des vues et pratiques religieuses différentes. Dans le drame de la vie de Servet - son œuvre, son martyr et dans la réponse immédiate à ces événements - ces trois éléments de l’unitarisme sont nés ou ont commencé à se cristalliser. L’histoire de quatre cent et quelques années qui ont suivi est tout simplement un récit des hommes et des femmes qui cherchent à appliquer ces principes dans un monde davantage changeant et exigeant.

En aucun cas, Servet ne fut la première ou l’unique personne de son temps à mettre en cause l’insistance sur la Trinité dans le christianisme ou à souffrir pour cette conviction. Mais les circonstances de son martyr, les questions qu’il posa à ses amis réformateurs sur la façon dont les différences dans les croyances devaient être traitées, ont focalisé l’attention sur l’importance de la liberté et la tolérance religieuses. Un intérêt plus vaste dans la recherche libre et ouverte a ainsi été fermenté par les questions et arguments très bien raisonnés de Servet sur les limites d’un christianisme qui s’était fixé sur une abstraction philosophique comme le facteur déterminant de la foi. Précisément, bien sûr, ce fut le " De hereticis " de Sébastien Castellion qui, par sa critique du bûcher de Servet, a postulé pour la première fois dans la pensée religieuse occidentale, le principe le plus fondamental de la liberté religieuse - qu’il a résumé en une seule simple ligne : " tuer un homme n’est pas protéger une doctrine, c’est tout simplement tuer un homme ". Il a fallu l’italien Faustin Socin (comme le professeur Hillar vient de nous le rappeler) pour donner forme et structure institutionnelle à l’anti-trinitarisme - ou socianisme comme il allait être appelé dans bien d’endroits en Europe. Avec la publication en 1607 de son " Racovian catechism " en Pologne, se trouvait détaillé sous la forme de questions - réponses ce que les unitariens de son temps croyaient et pourquoi. Cet important document, pour lequel beaucoup allaient encore mourir, a pu aller de l’Europe à l’Angleterre, puis en Amérique. Là-bas, ces questions réponses ont été soumises à une nouvelle interprétation, une révision et une expansion radicale au cours des années.

Le nom " unitariens " pour définir ce nouveau mouvement religieux est apparu d’abord en Transylvanie. Ce fut là-bas que le roi Sigismond I, le premier et l’unique roi unitarien de l’histoire, décréta le premier édit de tolérance en 1557, quatre ans seulement après la mort de Servet. Profondément intéressé par la religion, il chercha à pacifier les conflits qui existaient entre catholiques romains, catholiques grecs [uniates], luthériens, calvinistes et unitariens nouvellement rassemblés. Les unitariens voyaient croître leurs effectifs grâce à la prédication persuasive de François David. David, dans sa quête pour la vérité religieuse, commença comme catholique, devint luthérien puis calviniste et finalement unitarien après avoir été influencé par les questions que Servet avait soulevées et de sa montée au bûcher. David fut un très éloquent et passionné avocat de la liberté individuelle de pensée, de la raison plutôt que la tradition ou l’autorité et de la tolérance religieuse qu’il exprima par ces mots : " chaque individu responsable seulement devant Dieu ".

Trois grands débats, largement diffusé compte tenu de la présence du roi qui attira des foules très attentives, furent organisés durant ces courtes mais excitantes années. Les différentes interprétations du christianisme dans le royaume y furent représentées et défendues Ce fut un moment exceptionnel dans l’histoire religieuse  : la vérité était recherchée dans un dialogue libre et ouvert et par un débat. Par acclamation populaire, François David en fut déclaré vainqueur Cependant, après la mort du jeune roi Sigismund I, en 1571, la tolérance religieuse fut restreinte. David fut emprisonné et resta en prison jusqu'à sa mort en 1589 tout en refusant de se rétracter. En effet pendant ces huit ans d’emprisonnement, sa lecture et sa réflexion le convainquirent de croyances encore plus hérétiques concernant Jésus, la naissance virginale, etc. Contrairement à Servet cependant, dans les pas duquel il marchait, David ne fut pas exécuté, ceci à cause de sa grande popularité parmi le peuple. Les quelques 500 Eglises qui sont devenues unitariennes à partir de sa prédication ont été autorisées à continuer mais ont été empêchées de prêcher ou de professer les nouvelles vues de plus en plus radicales de David. Les seules Eglises unitariennes établies en cette période en Europe occidentale qui survivent aujourd’hui se trouvent en Roumanie.

C’est en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis que l’unitarisme pourra s’établir plus fermement, fleurir et plus tard se développer. En effet, il viendra jouer un rôle significatif dans la culture et l’histoire de ces deux pays, même si le nombre des unitariens a été toujours relativement faible. Sans nul doute, les deux unitariens anglais qui ont eu la plus grande influence dans la formation de ce qui allait devenir l’unitarisme américain sont John Locke, philosophe et ardent défenseur de la raison et du libre discours, et Joseph Priestly, ministre de paroisse, scientifique de renom, découvreur de l’oxygène et avocat révolutionnaire de la démocratie.

Même s’il y a des différences manifestes entre Michel Servet et Joseph Priestley dans le langage, la culture, le tempérament - et plus de deux siècles et demi qui les séparent -, ils étaient tous les deux de brillants scientifiques et d’astucieux théologiens et chacun a apporté de grandes contributions dans les deux domaines que sont la religion et la science. Aucun d’eux ne pouvait rester tranquille quand la raison exigeait une réponse fut-elle controversée et dangereuse. Alors qu’il pratiquait la médecine à Vienne, Servet écrivit, publia et diffusa sa " Restitution du Christianisme ", qui bien sûr s’est terminé par son arrestation et tout ce qui a suivi. Priestley, alors qu’il était ministre de l’Eglise unitarienne de Birmingham, en Angleterre, passait ses jours de la semaine à faire des expériences dans son laboratoire et les dimanches il prêchait, du haut de sa chaire, des sermons soigneusement raisonnés et passionnés, mais hautement controversés, en faveur de l’esprit libre et ouvert en politique et en religion. Il soutint vigoureusement les révolutions française et américaine. Finalement, le gouvernement britannique envoya des gangs pour le faire taire, en ravageant sa maison et en détruisant son laboratoire. Il échappa de justesse et s’enfui en Amérique en 1794. Presque immédiatement, il établit la première Eglise unitarienne organisée comme telle en Amérique. A Philadelphie, alors capitale de notre nation, Priestly donna des sermons et des conférences sur l’unitarisme qui attirèrent beaucoup de leaders de notre jeune nation. Nombreux parmi eux étaient convaincus de la validité et de la viabilité de cette nouvelle approche religieuse par la vision minutieusement réfléchie et spirituellement affirmative de la nature humaine, du potentiel de l’homme à créer une société vraiment libre, juste et équitable dans cette terre vierge, libre des vieilles restrictions européennes de corps, esprit et âme. En fait Thomas Jefferson - auteur de notre déclaration de l’Indépendance et qui bientôt deviendra le 3ème président des Etats-Unis, prédit qu’"il n y a pas de jeune homme vivant en Amérique aujourd’hui qui ne deviendra pas unitarien avant qu’il ne meurt ". Heureusement pour l’Amérique, Jefferson était plus un homme d’Etat qu’un prédicateur ou un prophète !

L’unitarisme et sa sœur , le mouvement religieux libéral appelé l’universalisme, ont commencé en Amérique en grande partie en réponse au Grand réveil qui fut un puissant fondamentalisme, un protestantisme du renouveau qui prêchait un Evangile extrême mettant en avant un enfer de feu et de damnation, et qui avait, quelques années auparavant, balayé les Colonies. En réaction, spécialement à Havard College, les professeurs et les étudiants commençèrent à lire Castellion, Socin et Locke et méditèrent les arguments de Servet. La raison les convainquit que les doctrines de la prédestination, de l’homme pécheur et d’un Dieu coléreux était inappropriées à un monde qu’il leur appartenait de modeler dans cette nouvelle terre très prometteuse. La valeur et la dignité essentielle à la nature humaine, la responsabilité de l’homme à créer son propre ciel et son propre enfer sur terre semblait être une interprétation plus valide de la Bible et de l’enseignement de Jésus.

Les universalistes sont arrivés aux mêmes conclusions, en partant d’une approche différente. Au lieu d’une première attention sur la dignité et valeur humaine et la responsabilité personnelle à vivre une bonne vie, les universalistes ont insisté sur le fait qu’un Dieu aimant pouvait et voulait sauver toute la race humaine. Il ne pouvait en aucun cas damner ses enfants aux feux éternels et à l’enfer. Pour les deux groupes, l’attention était d’abord portée sur notre vie sur cette planète et ce que les humains peuvent et doivent faire pour créer une bonne vie pour nous-mêmes et pour la société en général, nous tous étant enfants d’un Dieu juste et aimant.

Aujourd’hui, pour les unitariens universalistes, l’intérêt n’est qu’historique pour les questions théologiques du temps de Servet, ou pour beaucoup de questions et croyances particulières avec lesquelles nos récents ancêtres ont jonglées. Bien avant la fusion des deux mouvements libéraux que nous venons de citer, il y a un quart de siècle, nous avions rejeté toute obligation vis-à-vis d’une profession de foi quelle qu’elle soit comme condition d’inclusion dans nos communautés de Foi. La liberté personnelle individuelle de croyance est en effet le plus sacré principe. Nous insistons en disant que chacun d’entre nous doit être libre de croire ou de ne pas croire selon que notre raison nous l’indique ou notre conviction personnelle, l’expérience de nos jours, les conseils de nos cœurs et esprits. Quoique différents de ceux Servet, les particularités de ce que nous devons croire ou ne pas croire, les principes qui nous guident sont et restent les mêmes.

Un large pourcentage des UUs aujourd’hui se déclarent " religieux humanistes ", beaucoup disent être des agnostiques et, certains, des athées déclarés. Mais si nombre d’entre nous trouvent que les visions et les croyances diverses ne font plus sens aujourd’hui pour notre voyage spirituel, ce n’est pas le cas pour d’autres. Certains se disent chrétiens, mais ce n’est pas le cas de beaucoup d’entre nous. Suivant l’idée du philosophe américain du 19ème siècle, essayiste et ministre unitarien, Ralph Waldo Emerson, nous regardons aussi vers d’autres cultures, traditions religieuses et exemples d’une vie éthique et spirituelle à côté de celle de Jésus - ou bien encore dans d’autres exemples de notre héritage judéo-chrétien. Certains trouvent en Buddha une figure plus porteuse de sens que le Christ . Beaucoup de UUs cependant pourraient être d’accord avec le philosophe allemand unitarien et médecin humanitaire Albert Schweitzer, qui, en dernière analyse, affirmait que toutes les croyances éthiques et religieuses et les valeurs morales peuvent et doivent être réduites à un seul principe évident : la révérence pour la vie.

Les congrégations et les Eglises unitariennes se trouvent ensemble dans un mouvement continental, au sein de l’Association unitarienne universaliste (UUA : Unitarian Universalist Association). Là, nous partageons la référence commune à une déclaration de principes qui est stipulée dans les statuts de notre association. Nous affirmons et promouvons :

1° la valeur et la dignité inhérente à toute personne ;

2. la recherche libre et responsable de la vérité et du bon sens ;

3. le respect de la Vie, dont nous faisons partie

et 4. le but d’une communauté humaine est de réaliser la paix, la liberté et la justice pour tous.

Cette déclaration portant sur l’objectif des religions est en résonance très lointaine avec les arguments de Servet contre l’usage de la Trinité et son cri courageux sur le bûcher, nous, unitariens contemporains, nous nous pensons comme faisant partie d’une évolution de son temps au nôtre. Nous sommes également les héritiers de tous ceux qui ont douté et questionné toute vérité, quoique honorée, et qui ont pensé qu’une nouvelle façon de penser et d’interpréter étaient nécessaires. Nous nous situons dans cette recherche continuelle pour plus de sagesse et de compréhension de cette vie que nous partageons tous et devons, d’une certaine manière, aider à créer un monde meilleur pour les créatures de Dieu.

Il n’est pas inapproprié de mentionner un incident qui s’est passé en 1962, au grand concile Vatican II, avec Jean XXIII sur l’unité des chrétiens. Les unitariens n’étaient pas invités à participer aux délibérations du concile, car nous n’étions pas considérés comme des chrétiens authentiques, nous étions toutefois acceptés comme observateurs. Le révérend dr. Dan Greeley, alors président de l’UUA, fut invité à une réception que le Pape donna aux participants du concile. Lorsque le révérend Greeley fut présenté au pape, celui-ci s’est immédiatement exclamé en riant et fit remarqué "  Ah oui, vous êtes les personnes qui ont créé une religion avec toutes nos hérésies !". Ceci pourrait sembler une manière bien frivole de définir l’histoire de notre foi, laquelle ne fut pas sans mérite. Tout a commencé avec Servet cela lui coûta la vie. Hérétique est souvent ce qu’un esprit questionnant, un esprit ouvert et enquêtant, finit par être appelé. Cette attitude n’est-elle pas essentielle cependant, à l’avancement de la connaissance et de la compréhension dans tous les domaines de la vie ?

Les unitariens sont bien sûr, les descendants spirituels de Servet, seulement très peu d’entre nous sont de sang espagnol. J’ai déjà dit que mon pèlerinage d’il y a 27ans m’avait persuadé que, en général, très peu d’attention était apportée au fait que Servet fut Espagnol. Bien sûr, il a été dit que l’une des raisons pour lesquelles ses arguments concernant la Trinité furent froidement reçus à Bâle et ailleurs était parce qu’il était suspecté d’être Espagnol et peut être l’un de ces marranes [Juifs convertis de force au catholicisme et qui étaient suspectés de continuer en douce leurs pratiques]. Il était certainement en dehors du christianisme orthodoxe européen. Après tout, il est venu d’une terre où l’influence corruptrice des juifs et des musulmans n’avaient pu qu’affaiblir les croyances chrétiennes durant les nombreuses années du règne des Maures. Lors de son jugement, Servet nia qu’il était de descendance juive et avança même qu’il n’aiderait pas plus un mahométan qu’un démon.

Mais dans " Erreurs de la Trinité ", il avait signalé que cette abstraction philosophique non biblique, qu’était la Trinité, empêchait beaucoup de chrétiens à avoir des relations plus immédiates avec les autres croyants alors qu’à travers un Jésus vraiment humain ces relations auraient été facilitées. Aussi était-ce ce qui empêchait le christianisme d’être une religion vraiment universelle. Sans l’imposition restrictive de la Trinité comme test ultime selon lequel les infidèles vivront ou mouront, l’Eglise pourrait librement et ouvertement accueillir les musulmans et les juifs.

Sans nul doute, était-ce le plus osé de ses rêves, l’ultime refus du cours de la réalité, la pire des hérésies religieuses et politiques. Les Maures venaient enfin d’être chassés d’Espagne. Les catholiques et les protestants ayant peur des nouvelles invasions à partir de l’Est, n’avaient aucun intérêt à rendre le christianisme ouvert aux croyances étrangères. Il n’y a pas moyen de savoir quelle vision Servet avait de cette approche plus universelle de la foi, qu’il avait effleurée quelques années auparavant. Ceci n’apparaît pas vraiment dans sa " Restitution du christianisme " ; peut être avait-il abandonné toute pensée en ce sens comme désespérée. Ceci serait encore plus hérétique pour l’Europe de son temps. Ou peut être a t-il gardée dans son cœur une part de ce saint esprit de Dieu qu’il avait proclamé comme animant la circulation sanguine de chacun sans considération de race ou de religion.

Il connaissait Jésus comme juif et avait une riche connaissance de l’histoire juive, coutumes et croyances qu’il fut lui-même de descendance juive ou pas. Il connaissait le coran et l’avait étudié en arabe. Il savait que Mahomet considérait Abraham, Moïse et Jésus comme des messagers de Dieu. Et que toutes les trois religions étaient comme Mahomet l’avait dit " les religieux, personnes, peuples du Livre ". Il savait et sentait tout ceci d’une manière spéciale et unique, parce qu’il était Espagnol.

Proclamer une telle approche universelle à la religion aujourd’hui est probablement aussi hérétique et naïf que de se détourner des contraintes de la réalité comme à l’époque de Servet. Mais cette vision et compréhension de l’humanité que nous partageons tous sur cette minuscule planète qui est la nôtre, nous unitariens universalistes croyons qu’elles doivent nous guider pour nous mener hors de cette morosité mortelle dans laquelle nous pataugeons. Aujourd’hui avec la bigoterie religieuse, la division et la haine qui montent tous les jours.

Sans doute, les siècles du règne des Maures en Espagne ne furent-ils pas le ciel sur la terre en Espagne, bien qu’ils soient ainsi décrits aujourd’hui afin de satisfaire notre recherche désespérée pour savoir comment faire pour que les peuples de différentes coutumes et croyances puissent vivre ensemble dans la paix et l’harmonie. Mais ceci a été l’histoire et la culture unique de l’Espagne dont Servet a été témoin même quand l’Inquisition la détruisait. N’est ce pas que l’Espagne a une occasion spéciale de dire au monde les possibilités que votre histoire démontre si explicitement ? Par quelle voix, sinon celle de Servet, ceci serait-il proclamé ? La vie de Servet, son incroyable parcours de vie, ses nombreuses et distinguées réalisations, le sens de sa mort sont un grand héritage dont nous devons tous être fiers.

Puisse quelque chose de ce feu toujours questionnant et courageux esprit qui était en Servet soit dans chacun d’entre nous aujourd’hui et toujours. Parce qu’ici il y a encore beaucoup à faire.

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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 13:16

"Les Sociniens - Pourquoi n’acceptaient-ils pas la Trinité ?", Réveillez-vous ! , 22 novembre 1988, pages 19-20.

"Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, et le Saint-Esprit est Dieu, et cependant il n’y a pas trois Dieux mais un seul Dieu", voilà en quels termes le symbole d’Athanase définit la Trinité. Les Églises de la chrétienté enseignent ce dogme depuis plus de seize siècles et, encore aujourd’hui, il est considéré comme "la doctrine fondamentale de la religion chrétienne". Toutefois, l’est-il vraiment? Au cours de l’Histoire, quelques hommes et femmes courageux ont, souvent au prix de leur vie, osé prétendre que la Bible apporte un enseignement différent.

Michel Servet fut de ceux-là, et il mena une vie de fugitif. Par un jour de printemps de l’an 1553, à l’aube naissante, le respecté médecin s’échappa de sa prison en robe de chambre, son bonnet de nuit sur la tête, et s’enfuit dans la campagne française. Son procès, organisé par les autorités catholiques de Vienne, dans l’Isère, venait de tourner en sa défaveur; celles-ci savaient qui il était : leur grand ennemi, Jean Calvin, chef du protestantisme genevois, avait aidé à son arrestation.

Dans ces premières années de la Réforme, catholiques et protestants se vouaient une haine mortelle; pourtant, ils étaient unis par une haine encore plus grande vis-à-vis de cet homme. Le crime de Michel Servet s’appelait hérésie. Il avait écrit des livres prouvant que l’enseignement des Églises sur la Trinité n’est pas biblique. Ainsi déclara-t-il: "La Trinité, le baptême des enfants et les autres sacrements chers à la papauté sont des enseignements de démons."

Où pouvait-il aller? Peut-être savait-il qu’il avait un petit groupe de partisans dans le Nord de l’Italie. Toujours est-il que, sans cesser de se cacher, il décida de s’y rendre. Cependant, passant par Genève, il fut reconnu malgré son déguisement. Devant les autorités de la ville, Calvin le chargea et usa de son influence pour qu’il soit exécuté. C’est ainsi que le 27 octobre 1553 il fut brûlé vif, un de ses livres attaché à la cuisse. Il mourut en priant pour ses ennemis. Il avait refusé de se rétracter. Certaines des personnes qui assistaient à ses derniers moments, saisies par ce spectacle, cessèrent de croire en la Trinité.

Lélius Socin faisait partie de ces Italiens qui avaient été influencés par les écrits de Michel Servet; cette cruelle exécution l’incita à examiner la doctrine de la Trinité. Ayant conclu lui aussi à son caractère non biblique, il fit part de ses convictions à son neveu, Fauste, auquel il confia même tous ses papiers et écrits. Véritablement impressionné par ce qu’il découvrait, Fauste se décida peu à peu à abandonner sa vie confortable de courtisan pour faire connaître à autrui ce qu’il apprenait dans la Bible.

Pourchassé par l’Inquisition, Socin partit en direction du nord. En Pologne, il rencontra un petit groupe d’anabaptistes [ndlr. plutôt des calvinistes en rupture de ban et influencés par l’anabaptisme] qui se faisaient appeler "Les frères (...) qui ont rejeté la Trinité". Cette religion apparut clairement à Socin comme étant la plus proche de la vérité biblique. Il s’installa donc à Cracovie et commença à écrire pour défendre la cause de ces hommes. […] Illustration, page 21 : Michel Servet. Ses livres prouvaient que la Trinité est une fausse doctrine.

texte présenté à La Besace des unitariens par Fabien Girard

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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 12:58

De l’un de nos rédacteurs en Espagne " Michel Servet, seul dans sa quête de la vérité ", Réveillez-vous !, mai 2006, pages 18-21.

 affiche pour le 450° anniversaire de la mort de Michel Servet, en 2003. Instituto de Estudios Sijenesnses Miguel Servet, Villanueva de Sijena, Aragon.

 

Nous sommes le 27 octobre 1553 à Genève, en Suisse. Michel Servet est brûlé sur le bûcher. Son bourreau, Guillaume Farel, bras droit de Jean Calvin, lance cet avertissement aux témoins de l’exécution : " [Servet] est un homme sage qui pensait sans doute enseigner la vérité, mais il est tombé aux mains du Diable [...]. Gare que cela ne vous arrive ! " Qu’a fait ce malheureux pour mériter un tel sort ?

Michel Servet voit le jour en 1511, dans le village de Villanueva de Sigena, en Espagne. Il devient très tôt un élève brillant. Un biographe écrira qu’" à l’âge de 14 ans il connaît le grec, le latin et l’hébreu, et [qu]’il a une vaste connaissance de la philosophie, des mathématiques et de la théologie ". Alors qu’il est encore adolescent, Servet se retrouve secrétaire de Juan de Quintana, confesseur de l’empereur espagnol Charles Quint. Au cours de ses voyages officiels, il constate les divisions religieuses profondes qui affligent son pays, où juifs et musulmans ont été exilés ou convertis de force au catholicisme.

À l’âge de 16 ans, Servet part en France étudier le droit à l’Université de Toulouse. C’est là qu’il voit pour la première fois une Bible complète. Il est alors strictement interdit de la lire, mais Servet le fait en cachette. Au bout de sa première lecture, il se jure de la lire " des milliers de fois encore ". La Bible qu’il étudie est probablement la Polyglotte de Complute, une version où figurent les langues originales (hébreu et grec) avec, en parallèle, une traduction latine. Son étude des Écritures ainsi que la décadence morale du clergé qu’il a constatée en Espagne ébranlent sa foi dans la religion catholique.

Ses doutes augmentent lorsqu’il assiste au sacre de Charles Quint. Le roi espagnol est couronné empereur du Saint Empire romain par le pape Clément VII. Assis sur sa chaise à porteurs, le pape reçoit le roi, qui lui baise les pieds. Servet écrira plus tard : " J’ai vu de mes propres yeux que le pape était porté sur les épaules des princes, en grande pompe, et adoré par le peuple le long des rues. " Impossible pour lui de concilier tout ce faste et cette prodigalité avec la simplicité de l’Évangile.

Sa quête de la vérité religieuse

Discrètement, Servet abandonne son emploi chez Quintana et entreprend seul sa recherche de la vérité. Selon lui, le message du Christ ne s’adresse ni aux théologiens ni aux philosophes, mais au petit peuple qui désire le comprendre et le mettre en pratique. Il est donc bien résolu à examiner le texte biblique dans les langues originales et à rejeter tout enseignement contraire aux Écritures. Détail intéressant, le mot " vérité " et ses dérivés sont les termes qui apparaissent le plus souvent dans ses écrits.

En étudiant l’Histoire et la Bible, Servet parvient à la conclusion que le christianisme s’est corrompu au cours des trois premiers siècles de notre ère. Il apprend que Constantin et ses successeurs ont propagé de faux enseignements qui ont finalement conduit à l’adoption de la Trinité comme doctrine officielle. À l’âge de 20 ans, Servet publie Des erreurs du dogme trinitaire (De Trinitatis erroribus), œuvre qui fera de lui l’une des principales cibles de l’Inquisition.

Servet est clairvoyant. " Dans la Bible, écrit-il, il n’est pas fait mention de la Trinité [...]. Nous apprenons à connaître Dieu, non pas grâce à nos conceptions philosophiques orgueilleuses, mais grâce à Christ. " Il aboutit aussi à la conclusion que l’esprit saint n’est pas une personne, mais la force de Dieu en action.

Les œuvres de Servet vont quand même susciter des réactions positives. Sebastian Franck, réformateur protestant, écrira : " Servet, l’Espagnol, prétend dans son traité qu’il y a une seule personne en Dieu. L’Église romaine soutient qu’il y a trois personnes en une seule essence. Je suis plutôt d’accord avec l’Espagnol. " Cependant, l’Église catholique romaine et l’Église protestante ne pardonneront jamais à Servet d’avoir contesté leur doctrine.

Par son étude de la Bible, Servet en vient à rejeter d’autres doctrines chrétiennes. Il pense aussi que l’utilisation des images est contraire aux Écritures. Voilà pourquoi, un an et demi après avoir publié Des erreurs du dogme trinitaire, il s’adresse avec respect aux catholiques et aux protestants en ces termes : " Je ne suis ni en accord ni en désaccord avec l’un ou l’autre des deux camps. Tous deux me semblent avoir quelque vérité et quelque erreur. Chacun remarque les erreurs de l’autre, mais aucun ne discerne les siennes. " Quant à Servet, il reste seul dans sa quête de la vérité.

Sa sincérité ne l’empêche toutefois pas de tirer quelques conclusions erronées. Par exemple, il pense qu’Har-Maguédôn et le règne millénaire de Christ auront lieu de son vivant.

À la recherche de la vérité scientifique

Contraint de fuir ses persécuteurs, Servet change son nom en celui de Villeneuve et s’installe à Paris, où il obtient des diplômes en art et en médecine. Sa curiosité scientifique l’amène à pratiquer la dissection pour comprendre le fonctionnement du corps humain. Selon certains, il deviendra le premier Européen à décrire la circulation pulmonaire du sang, dont il parlera dans son livre Restitution du christianisme (Christianismi restitutio). Ce n’est que 75 ans plus tard que William Harvey expliquera tout le système circulatoire.

Servet prépare également une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée. Cette œuvre a un succès tel que certains qualifieront Servet de père de la géographie comparée et de l’ethnographie. Lors de son procès à Genève, Servet sera accusé d’avoir décrit la Palestine comme une terre stérile, peu cultivée. Servet se défendra en affirmant que sa description s’appliquait à son époque et non à celle de Moïse, où le pays ruisselait certainement de lait et de miel.

Servet écrit aussi un traité sur les sirops, Syruporum universa ratio, dans lequel il propose une approche nouvelle, équilibrée, d’une certaine médecine. La richesse des connaissances médicales contenues dans cet ouvrage fait de Servet un pionnier dans les domaines de la pharmacologie et de l’emploi des vitamines. Impressionné par les compétences de Servet dans tant de domaines, un historien le qualifiera de " l’un des plus grands esprits de l’histoire humaine, qui a contribué à la culture universelle ".

Un opposant redoutable

Ceux qui cherchent la vérité ont toujours eu beaucoup d’opposants (Luc 21:15). Parmi les nombreux adversaires de Servet figure Jean Calvin, qui a établi un État protestant autoritaire à Genève. L’historien Will Durant dit de lui que " sa dictature ne reposait pas sur la loi ou la force, mais sur la volonté et le caractère " et qu’il " était aussi consciencieux que n’importe quel pape dans le rejet de l’individualisme de la foi ".

Servet et Calvin se sont probablement rencontrés à Paris alors qu’ils étaient jeunes hommes. Dès le départ, leurs personnalités se sont affrontées, et Calvin est devenu l’ennemi de Servet le plus implacable. Bien qu’étant lui-même réformateur, il finit par dénoncer Servet à l’Inquisition. Servet réussit de justesse à quitter la France, après y avoir été brûlé en effigie. Cependant, il est reconnu et fait prisonnier à Genève, ville frontalière où la parole de Calvin fait loi.

Calvin fait infliger de cruels traitements à Servet lorsque celui-ci est en prison. Toutefois, au cours de son procès, Servet se dit prêt à changer d’opinion à condition que son adversaire lui fournisse des arguments bibliques pour le convaincre. Calvin s’en montre incapable. À la fin du procès, Servet est condamné au bûcher. D’après des historiens, il sera le seul dissident religieux à avoir été brûlé en effigie par les catholiques et brûlé vif par les protestants.

Un précurseur de la liberté religieuse

Même si Calvin s’est débarrassé de son rival, il perd de son emprise. L’exécution injustifiée de Servet révolte toute l’Europe. Elle fournit aussi un argument de poids aux défenseurs de la liberté individuelle, pour qui personne ne doit être tué à cause de ses croyances. Ils deviendront plus déterminés que jamais à poursuivre leur lutte pour la liberté religieuse.

" Ni Dieu ni son esprit n’ont conseillé un tel acte, protestera le poète italien Camillo Renato. Christ n’a jamais traité de la sorte ceux qui l’ont renié. " Quant à Sébastien Castellion, humaniste français, il écrira : " Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. " Servet lui-même avait déclaré : " Pour moi, c’est une affaire très grave que de tuer des hommes parce qu’on les croit dans l’erreur ou pour quelque détail d’interprétation des Écritures, quand on sait que même les élus peuvent se tromper. "

L’exécution de Servet laissera une trace indélébile. À ce propos, on lit dans Michel Servet, géant intellectuel, humaniste et martyr (angl.) : " La mort de Servet a été un tournant décisif dans l’évolution des idéologies et des mentalités qui prévalaient depuis le IVe siècle. " " D’un point de vue historique, ajoute ce livre, Servet est mort pour que la liberté de conscience devienne un droit civil de l’individu de la société moderne. "

En 1908, un monument a été érigé à la mémoire de Servet en France, dans la ville d’Annemasse, à environ 5 kilomètres du lieu de son exécution. Il porte cette inscription : " Michel Servet, [...] géographe, médecin, physiologiste, a bien mérité de l’humanité par ses découvertes scientifiques, son dévouement aux malades et aux pauvres, l’indomptable indépendance de son intelligence et de sa conscience. [...] Ses convictions étaient invincibles et il avait fait à la cause de la vérité le sacrifice de sa vie. "

[Notes]

Les autorités espagnoles ont exilé 120 000 juifs qui n’acceptaient pas le catholicisme. En outre, plusieurs milliers de Maures ont péri sur le bûcher.

Voir l’article " La Polyglotte de Complute : une aide à la traduction qui a fait date ", dans La Tour de Garde du 15 avril 2004.

Dans son œuvre Declarationis Iesu Christi Filii Dei (Déclaration sur Jésus Christ, fils de Dieu), Servet qualifie de déroutante la doctrine de la Trinité. Il fait remarquer que les Écritures ne contiennent " pas la moindre syllabe " de ce mot.

En prison, Servet signera sa dernière lettre ainsi : " Michel Servet, seul, mais confiant en la protection assurée de Christ. "

La Révolution religieuse, trad. Y. Rosso et B. Médici, Lausanne, éditions Rencontre, La Réforme II, 1963, p. 223-4.

Contre le libellé de Calvin, après la mort de Michel Servet, trad. E. Barilier, Genève, éditions Zoé, 1998, p. 161.

V. Zuber, Les conflits de la tolérance, Michel Servet entre mémoire et histoire, Paris, éditions Champion, 2004, p. 147.

[Encadré/Illustrations, page 21]

Servet et le nom " Jéhovah "

Dans sa quête de la vérité, Servet en vient également à employer le nom de Jéhovah. Quelques mois après que William Tyndale a utilisé ce nom dans sa traduction du Pentateuque, Servet publie Des erreurs du dogme trinitaire, livre tout au long duquel il cite le nom de Jéhovah. " L’autre nom, explique-t-il, le plus saint de tous, הוהי, [...] peut être interprété ainsi : [...] ‘ celui qui fait être ’, ‘ celui qui transforme en essentiel ’, ‘ la cause de l’existence ’. " Il fait aussi remarquer : " Le nom de Jéhovah ne convient qu’au Père. "

En 1542, Servet édite aussi la célèbre traduction latine de la Bible par Sanctes Pagninus (voir ci-dessous). Dans ses nombreuses notes marginales, il met encore en valeur le nom divin. Par exemple, il mentionne le nom Jéhovah en marge de textes-clés tels que Psaume 83:18, où figure le mot " Seigneur ".

Dans sa dernière œuvre, Restitution du christianisme, voici ce qu’il dit concernant le nom divin, Jéhovah : " [Il] est clair [...] que nombreux furent ceux qui prononcèrent ce nom dans l’Antiquité. " -

texte présenté à La Besace des unitariens par Fabien Girard

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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 12:21

Albert Monot, " Michel Servet ", Le Réformiste, 15 novembre 1904, reproduit dans la Zion’s Watch Tower en 1905, p. 118

Le jour du seigneur dans lequel nous nous trouvons le fera connaître. " 1 Cor. 8:13

Il met à découvert ce qui est caché dans les ténèbres. " Job 12:22.

statue de Michel Servet à Villanueva de Sijena (Aragon), hommage lors de la visite des membres de l'International Council of Unitarians and Universalists (ICUU) en novembre 2005  

Par une série d'articles publiés l'an dernier dans l'Eclaireur de Vienne, j'ai essayé d'attirer l'attention sur cette noble figure que fut Michel Servet, dont le nom estimable est aujourd'hui tombé dans l'oubli. J'ai en même temps demandé à mes concitoyens de réhabiliter la mémoire de ce novateur en lui élevant un monument sur une place publique de Vienne. Ma proposition a été bien accueillie. Je voudrais maintenant que tous les libres-penseurs de France, que tous les esprits libres en fussent informés, afin de leur permettre de coopérer à l'œuvre de réparation que j'ai eu l'honneur de provoquer. C'est pourquoi je m'adresse au Réformiste, avec la certitude que le propagateur de l’orthographe simplifiée [ndlr : en fonction de la phonétique ?]  (Jean S. Barès, directeur du Réformiste) reproduira mon appel et le fera connaître aux quatre coins de notre pays.

Michel Servet naquit en 1511 à Tudelle-en-Navarre [ndlr : plutôt Villanueva de Sijena en Aragon]. C'est du moins ce qui ressort de l'interrogatoire que lui fit subir à la prison de Vienne le grand inquisiteur Mathieu Dry, d'horrible mémoire.

D'après cet interrogatoire, et contrairement aux estimations de la plupart de ses historiens, Michel Servet qui, à quatorze ans, entendait parfaitement le latin, le grec et l'hébreu, passa en 1526 en Italie à la suite de Quintaine, confesseur de Charles-Quint, et ne put, par conséquent, étudier le droit à Toulouse [ndlr : pourtant si !].

Il ne fut pas davantage un disciple de Socin, puisque Socin (Lélius) ne vint au monde qu'en 1525. Il serait plus exact de regarder Servet comme un précurseur et de dire que Socin fut un servétiste, car le premier ouvrage de Servet contre la Trinité [note ajoutée par la Watch Tower : Michel Servet avait une juste notion de Dieu, comme jadis Arius (Jean IV : 3), fraternisait avec les anabaptistes et tenait aux bonnes œuvres, les fruits de l'Esprit. Il aura probablement entendu de son prédécesseur, l'illuminé Jean Denck qui faisait voir publiquement le non-fondé des tourments éternels et qui comme Servet avait été beaucoup persécuté.] et les principaux dogmes de la religion chrétienne [nominale], De Trinitatis Erroribus, paru en 1531. Socin n'avait alors que six ans.

Après de nombreuses disputes en Allemagne avec les chefs de la Réforme, Oecolampade, Capito, Bucer, Michel Servet vint en France, où il étudia à Paris la médecine sous Sylvius et Fernel. Nous le retrouvons ensuite à Lyon, en qualité de correcteur chez les frères Frellon, imprimeurs-libraires, et sous le nom de Michel Villeneuve. C'est là que l'archevêque de Vienne, Pierre Palmier, le rencontra et l’engagea à venir exercer la médecine dans l'ancienne capitale Allobroge.

Servet accepta, et l'archevêque le logea près de son palais. II y resta douze années, chéri et estimé de toute la population. Voir les Mémoires de l’abbé Cachet d'Artigny (Paris, Debure, 1749), qui contiennent des renseignements fort intéressants sur Servet, notamment les interrogatoires qu'il subit à la prison de Vienne et le texte complet du jugement ecclésiastique. L'abbé d'Artigny ayant eu à sa disposition au moment où il écrivait ses Mémoires, les archives alors intactes de l'archevêché de Vienne, a donné des détails précis qu'ont ignoré nombre d'autres historiens.

Le 3 janvier 1553, l'imprimeur viennois Balthazar Arnollet livra à Servet — connu à Vienne sous le nom de Villeneuve - les 700 exemplaires de son dernier ouvrage, intitulé Christianismo Restitutio. Il n'en reste plus qu'un seul, qui est à la Bibliothèque nationale.

Calvin connut cet ouvrage par le libraire Frellon. Il avait voué à Servet une haine implacable et il s'empressa de le dénoncer au cardinal de Tournon, archevêque de Lyon, lequel dépêcha à Vienne l'exterminateur des Vaudois, l’inquisiteur Matthieu Dry. Michel Servet fut arrêté et incarcéré le 1 avril à la prison de Vienne, d'où il s'échappa le 7 suivant. Son procès fut néanmoins instruit. Condamné au bûcher comme hérétique, par contumace, il fut brûlé en effigie, place Saint-Martin, le 17 juin 1553.

Entre temps, Servet avait été arrêté à Genève. Un nouveau procès fut instruit sur l'ordre de Calvin, et le 27 octobre de" la même année, le bûcher de Champel fut allumé. Michel Servet resta deux heures au milieu des flammes, sans vouloir rétracter aucune de ses doctrines. Il mourut courageusement en persistant dans ses affirmations et ses négations.

Ainsi donc, quelle destinée étrange fut celle de Servet. Deux fois condamné au bûcher comme hérétique, une fois à Vienne par les catholiques, une deuxième fois a Genève par les protestants. Deux fois brûlé, d'abord à Vienne, en effigie, avec ses livres, ensuite à Genève, tout vif ! Le cas est unique, l'illustre savant, à la fois médecin habile, théologien émérite, écrivain, penseur, philosophe, a été persécuté aussi bien par les catholiques que par les protestants, en combattant leurs doctrines et en proclamant le ridicule de leurs dogmes. …

Nulle calomnie posthume ne viendra ternir la réputation de Servet, qui fut "chéri et estimé de tous", dit l'Abbé d'Artigny, chanoine de la cathédrale de Vienne.

Honorer la mémoire de ce martyr, de ce savant, de cette victime des religions [erronées] , c'est faire œuvre de justice; c'est, dans la ville de Vienne livrée par le grand patronat à l'Eglise et à ses prêtres, faire une excellente propagande anticléricale.

J'aurai complété ce rapide exposé en rappelant que Servet, le premier, découvrit le principe de la circulation du sang qui, plus tard, immortalisa Harvey…".

texte présenté à La Besace des unitariens par Fabien Girard

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 15:52

Une page de la Réformation.  Les doctrines de Michel Servet et de Jean Denck.", Le phare de la Tour de Sion, vol. 1908, page 196

" Il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé, ni de secret qui ne doive être connu. " Matth. X. 26.

Le nom de Michel Servet a été beaucoup prononcé ces derniers temps. A Champel-Genève où, le 27 octobre 1553, Servet fut brûlé vif, les fils respectueux de Calvin lui ont érigé une pierre commémorative (Matth. 23:30). A Annemasse (Haute-Savoie), on vient de lui ériger un monument. Et à l'occasion de l’inauguration, Servet fut représenté comme la victime de l'intolérance religieuse et comme l'incarnation du principe de la libre pensée. On a fait remarquer très bien que c'est Genève qui aurait dû s'honorer de ce monument, que les Genevois de 1908 auraient ainsi réparé le crime de leurs ancêtres.

Mais peu a été dit des doctrines mêmes de Servet, et en général on les ignore passablement. II est prouvé cependant que Servet avait des relations avec les anabaptistes de son temps, et qu'à l'inverse des grands réformateurs il préconisait les bonnes œuvres, disant que si on n'est pas justifié par les œuvres (mais seulement par la foi), on parvient par les bonnes œuvres à un plus haut degré de salut. En d'autres termes, nous disons aujourd'hui qu'une fois justifiés, si nous nous consacrons entièrement à Dieu et sortons vainqueurs, nous atteindrons a l'immortalité, au plus haut degré de salut.

Hans Denck

Les plus illustres persécutés des chefs anabaptistes du temps de la Réformation étaient tous, comme Servet, des anti-trinitaires - citons ici quelque peu le plus illuminé d'entre eux, nous voulons nommer Jean Denck.

Selon L. Keller, archiviste royal de Saxe - qui a fouillé la plupart des bibliothèques de l'Allemagne, de la Suisse et des Pays-Bas - Jean Denck, conducteur des anabaptistes dans les années 1525 - 1527, voulait simplement former un groupement des amis de Dieu. Instituteur à Nürnberg (Bavière) il eut un différent avec le pasteur luthérien de cette ville au sujet de la cène [Denck s'accordait plutôt avec Zwingli] et dut quitter la ville au milieu de la nuit. Depuis ce moment Denck prêcha ouvertement dans le Sud de l'Allemagne, mais il fut persécuté de ville en ville par ceux qui venaient de secouer le joug de Rome, jusqu'à ce que, grâce au* bons offices de son ami Oecolampade, on lui permît de venir mourir à Bâle.

Denck connaissait parfaitement le grec et l'hébreu, ayant fait ses études avec Erasme. De concert avec L. Hetzer de Zurich il traduisit les prophètes de l'Ancien Testament plus correctement que Luther et avant lui ; cette traduction est connue sous le nom de " Traduction de Worms ". Il pratiqua le baptême par immersion, écrivit plusieurs brochures, sur la loi de Dieu, sur l'amour, etc., et ce qui est surprenant pour l'époque prêcha contre les tourments éternels. Keller montre qu’il y a eu des jours où des milliers se convertissaient aux idées de Denck et que, sans l'intervention des autorités, tout Strasbourg, par exemple, serait devenu anabaptiste. Anti-trinitaire, Denck croyait au seul vrai Dieu (Jean 17 ; 3 - à l'Eternel, au Père céleste), à son Fils Jésus, notre Sauveur et à l'Esprit saint, une puissance de Dieu, contrairement à la Trinité une et indivisible - de 3 personnes n'en formant qu'une seule, de 3 êtres séparés, mais unis et non divisés, de trois Dieux tous égaux et pourtant l'un supérieur ou inférieur à l'autre.

C'est ce dieu trinitaire que Servet tournait à l’ironie, mais non pas le Dieu du ciel, le tendre Père révélé dans la Bible. Les enseignements de M, Servet étaient un peu ceux de Jean Denck. Il n'admettait pas le baptême des enfants, pas plus que la sombre prédestination de Calvin.

Bref, nous pensons que ces martyrs de la foi, tels que Servet, Denck et autres, enseignaient la pure vérité de la Parole et marchaient dans le sentier de la lumière de leurs jours. Ils discernaient déjà à leur époque, plus vaguement sans doute, les vérités sublimes que nous pouvons voir si clairement aujourd’hui grâce à la lumière ascendante du lever glorieux du Soleil de la Justice que nous dévoile l'Aurore du Millenium

Les temps ont changé ; au point de vue doctrinaire les grandes Eglises sont devenues plus tolérantes aujourd'hui, par contre les multiples dénominations baptistes, mennonites, etc., chérissent et soutiennent hautement les doctrines anti-bibliques de la Trinité et des tourments éternels. Mais loué soit Dieu ! nous n'avons dans " ce temps de la fin ", plus à craindre l'inquisition de Torquemada, le bûcher ardent de Champel, l'eau froide du lac de Zurich, les dragonnades de Louis XIV, ou d'être bannis et traqués de ville en ville comme les fauves, l'augmentation de la connaissance ne le permettant plus.

Eh bien, chers lecteurs du Phare, puisque nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins (Hébr. 12 : 1), disons en plein jour ce qui a été dit à l'ombre et prêchons sur Ies toits ce que ces vaillants combattants des siècles moyenâgeux (Dan. 11 : 32) se sont dit à l'oreille. - Matth. 10:27.

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