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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 19:39
document transmis par Didier Le Roux *, publié dans la Correspondance unitarienne, n° 72, octobre 07, article à la Une.

D. Le Roux est éditeur du site " Unitariens " (http://site.voila.fr/unitariens) et par ailleurs membre du bureau de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) en qualité d’intendant (poste créé par décision de l’AG du 6 octobre 07)


" Le Monument de Michel Servet, de M. Jean Baffier, doit s’élever sur la place de la Vieille-Estrapade *. C'est une oeuvre originale, forte et consciencieuse, digne de l'auteur de ce Marat, qui méritait de figurer au palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Le Michel Servet de M. Jean Baffier répond bien à son objet et il serait à désirer que tous les statuaires [= au sens ancien de sculpteurs] chargés de l'exécution d'un monument commémoratif n'abordent une telle entreprise qu'après avoir aussi profondément creusé leur sujet que l'a fait ce statuaire de grand talent.

Comme nous l'avons raconté ici même, l'an dernier, M. Jean Baffier s'est, en effet, longuement documenté. Un portrait qu'il a trouvé à la Bibliothèque nationale lui a permis de restituer avec fidélité la physionomie de Michel Servet, et tous les détails du monument montrent qu'il s'est minutieusement inspiré du jugement du Conseil [de Genève] et des récits des contemporains.

Michel Servet avait quarante-deux ans quand il fut brûlé ; le statuaire l'a donc représenté dans la force de l'âge. Il lui a donné cet air d'énergie, de volonté et d'inflexible ténacité qui nous est révélé par son portrait et plus encore par le récit de sa vie et celui de ses derniers moments.

Il est debout sur le bûcher. De solides chaînes le lient étroitement, par la poitrine et par des chevilles, à un poteau auquel l'artiste a donné la forme d'un tronc d'arbre. D'autres chaînes enserrent ses mains, ramenées sur la poitrine. Tout dans sa tête, son port altier, le regard qui ne s'abaisse sur la foule qu'avec dédain et, quelques instants avant que de s'éteindre pour toujours, défie encore Calvin et sa théologie, les lèvres serrés et qui refusent de prononcer les paroles de rétraction exigées par Guillaume Farel et les autres tortionnaires, exprime merveilleusement, une indomptable ténacité et un souverain mépris. C'est une admirable tête de lutteur et d'apôtre.

Un exemplaire de la Christianismi Restitutio, pendu à une chaîne et qui partagea le supplice de son auteur, bat sur la cuisse du condamné.

Et quant au vêtement, il se compose d'une mauvaise chemise et de pauvres chausses qui, par endroits, laissent la chair à nu ; ceci en souvenir de ce qu'écrivait Servet aux membres du Conseil: 'Calvin est au bout de son rôle, ne sachant ce que doit dire, et pour son plaisir me voult ici faire pourrir en la prison. les poulx me mangent tout vif. Mes chausses sont deschirées et n'ay de quoi changer, ni pourpoint, ni chemise que une meschante.'

Ces lignes de Servet seront reproduites sur l'un des côtés du socle, pour expliquer ce délabrement de costume. Le socle nous délivre, pour une fois, de cet invariable piédestal où tous nos statuaires ont accoutumé de dresser leurs statues. Il figure un bûcher, légèrement stylisé pour s'accorder aux nécessités architecturales. Comme il est fait de bois vert 'pour prolonger la cérémonie', suivant l'expression de Voltaire, M. Jean Baffier y a mêlé quelques feuillages qui forment le décor où s'encadreront les inscriptions.

Enfin, voilà donc un monument qui sort de l'ordinaire. Michel Servet n'a rien de vulgaire, ni de banal ; l'originalité en est incontestable. C'est, de toutes façons, une fois en place, que cette statue ne saurait laisser les passants indifférents. Elle les contraindra à penser "

* la place de l’Estrapade est au sud-ouest du Panthéon. Finalement l’endroit choisi fut la place Mont-Rouge, devant la mairie du XIVème (place divisée depuis en deux squares : Ferdinant Brunot et Aspirant Dunand). L’inauguration de la statue se fit le 5 juillet 1908.

Source 
BOUVIER Charles, La question Michel Servet, Paris, éd. Bloud, 1908, 62 p. (" Questions historiques ").

Chaque fois que les chrétiens unitariens ont l’occasion de se réunir à Paris, ils n’oublient pas d’aller fleurir la statue de cette Michel Servet à Paris, ainsi les 6 mars 06 et 5 octobre 07 lors de leurs deux dernières AG. Voir notre message du 10 octobre dernier dans les Actualités unitariennes 


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Published by Didier Le Roux - dans CU 2007 - articles
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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 09:30
" Le décloisonnement des rôles cultuels " par Jean-Claude Barbier, communication à la journée organisée à Cluj-Napoca (Roumanie), le 21 juillet 2005, par le Réseau européen des protestants libéraux (European Liberal Protestant Network - ELPN) sur le thème "Les meneurs religieux libéraux au sein d'une société en changement : enjeux et possibilités"

Les rôles sociaux n’ont plus la même rigidité qu’autrefois et sont moins porteurs d’identité, l’attention étant davantage portée sur l’individu que sur des catégories sociales : clercs et laïcs, hommes et femmes, adultes et enfants, chrétiens de diverses confessions, chrétiens et autres croyants, chrétiens et non croyants, etc. Les frontières établies s’estompent entre le sacré et le profane (les écrits, les lieux, les rituels, etc.). Des célébrations entre chrétiens libres se multiplient actuellement en France ; y participent principalement des catholiques réformateurs, des protestants libéraux et des chrétiens unitariens. Une nouvelle liturgie post-confessionnelle est en train de naître. L’expression communautaire tient désormais compte de la liberté de conscience des participants et valorise leurs charismes individuels. La communauté réunie autour d’un culte est désormais volontaire et participante.

1 - Qui, jusqu'à présent, a eu accès aux rôles cultuels ?


L'histoire des religions montre que les principaux rôles cultuels ont été assumés de tout temps par des hommes en position sociale dominante :

- des "aînés de lignage" pour le culte des mânes des ancêtres ;
- des "seigneurs" à la tête de grands troupeaux ou de domaines agricoles, où la famille se trouve élargie par de nombreux dépendants, par exemple le patriarche Abraham érigeant des autels au dieu El en pays Hébron ;
- des "anciens", comme les presbytres (Tt 1,5) à la tête des communautés chrétiennes ;
- des "meneurs politico-religieux", comme Moïse et Aaron, des réformateurs du XIVème siècle tels que Jean Calvin ;
- des "professionnels" : desservant(e)s de sanctuaires et autels, chamans, devins, voyants, médiums, etc. - des "lettrés" : les évêques de la chrétienté, les imams de l'islam, les moines bouddhistes ;

Toutefois, lorsque les dieux ou Dieu s'en mêlent en inspirant directement les humains, il leur arrive de transcender les clivages entre genres et entre les classes d'âge. Les rôles se conjuguent alors à la fois au masculin et au féminin :

- des "béni(e)s" de Dieu : les jumeaux ou jumelles, les miraculés, les oints, etc. ;
- des "consacré(e)s" : enfants nazir, hommes et femmes retirées du Monde (ascètes, ermites, moines, vierges, etc.) ;
- des "inspiré(e)s" : les prophètes de la Bible mais aussi Miryam, la sœur d'Aaron, prophétesse après la traversée de la "Mer Rouge" (Ex 15, 20), la pythie de Philippe (16, 16-24), les fous et les folles en pays bamiléké (Cameroun), etc. ;
- et "les enfants" ne sont plus écartés. Pour leur innocence présumée, pour leur pureté de cœur, ils peuvent s'approcher des autels et porter des objets sacrés. Avec leurs enfants de chœur, certaines Eglises ont répondu à l'appel de Jésus en faveur des petits enfants.

2 - L'accès revendiqué au ministère pastoral dans les Eglises chrétiennes


Alors que Jésus attirait les femmes, les apôtres les repoussaient ! Jésus rencontra seule la Samaritaine. Il était sans ses apôtres avec Marie, Marthe et Lazare. La femme victime d'un écoulement, qui voulait toucher le vêtement de Jésus, et Marie de Bethsada, pour verser du parfum sur ses pieds, durent forcer le barrage des apôtres. Ce furent des femmes qui, les premières, découvrir la disparition du cadavre de Jésus. La première communauté judéo-chrétienne se réunit autour de Marie, mère de Jésus. Et pourtant, très rapidement, ce furent des hommes qui dirigèrent les Eglises chrétiennes ! Même si quelques rares cas, d'ailleurs ambiguës, peuvent être cités (Golias 2005)
.

Toutefois des milieux gnostiques préférèrent Marie Magdala à Pierre et en firent une héroïne (Ruff 2004). Le culte mariale, quant à lui, se développa à Ephèse dans les milieux johanniques ; et, en métastase lointaine, dans la péninsule arabique préislamique des 4è et 5ème siècle, des femmes rendaient un culte d'adoration à la Vierge Marie, lui présentant une fois l'an un petit pain ou gâteau. C'étaient les collyridiens du nom grec kollyris qui signifie "gâteau". Epiphane, qui en parle, les présente comme hérétiques (Théron 2005 : 131). Au Moyen âge européen, des abbesses dirigèrent de grands monastères, comme en France l'abbaye double (hommes et femmes) de Fontevraud fondée en 1101 près d'Angers par Robert d'Arbrissel et dont la direction de l'ensemble fut confiée à une femme. 

Mais il faudra attendre le début du féminisme aux Etats-Unis, au milieu du XIXème siècle, dans le milieu chrétien rationnel et progressiste qu'étaient alors les congrégations universalistes et unitariennes de la Nouvelle Angleterre, pour qu'une première femme pasteur soit consacrée. Ce fut Olympia Brown ,de l’Église universaliste d’Amérique, ordonnée en 1863.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, le quart des pasteurs unitariens-universalistes employés dans les congrégations, sont des femmes ; c’est le nombre le plus élevé de toutes les dénominations établies. Et si l’on compte celles qui sont en formation, presque la moitié des ministères de l’Association unitarienne universaliste (AUU) se trouvent dirigés par des femmes.

Ayant sans cesse élagué ses branches hérétiques, l'Eglise avait alors complètement oublié ses artotyrites du 2ème siècle, nommé ainsi parce qu'ils communiaient avec un pain (en grec : artos) … et du fromage (en grec : tyros). Ils entendaient par là réconcilier Caïn l'agriculteur et Abel l'éleveur. Ils étaient également pacifiques et égalitaires vis-à-vis de leurs femmes et admettaient qu'elles accèdent à la prêtrise et même à l'épiscopat (Théron 2005 : 84). C'étaient des Cyrénaïques d'inspiration montaniste qu'Epiphane range avec les Pépuziens (de la ville Pépuze où Jésus serait apparu sous une forme féminine !) ou Quintilliens (Augustin 1869).

En France, en dépit de notre histoire égalitariste et révolutionnaire, il faudra attendre l'après Seconde Guerre mondiale pour avoir des femmes rendant un culte public à Dieu, en 1926 pour l'Eglise luthérienne en Alsace (ECAAL) et en 1949 pour les Réformés. Les Anglicans (non présents en France) commencèrent eux aussi à nommer des femmes prêtres dans les années 50. 

Le 20 octobre 1949, Mlle Elisabeth Schmidt, pasteur de l’Église Réformée de Sète, est enfin consacrée (la question du ministère pastoral féminin, évoquée en 1939 au sein de cette Eglise, était ouvertement posée depuis 1945). Nous disons bien "Mademoiselle" car le synode qui s'est prononcé en faveur de cette promotion précise que l'intéressée resterait célibataire (sic !) et que les cas devaient être exceptionnels !

Mlle E. Schmidt était pourvue depuis 1936 d’une délégation pastorale annuelle. De telles délégations étaient accordées à des femmes, exceptionnellement, en temps de guerre, pour remplacer leurs maris pasteurs. Mme René Fpfender, née Marguerite Gueylard (1889-1976), fut ainsi pasteur des Églises réformées évangéliques à Troissy-en-Champagne, puis à Choisy-le-Roy entre 1916 et 1919, son mari étant mobilisé comme aumônier, Mme Bourquin, qui remplaça son mari, mort pour la France, comme pasteur à la tête d’un poste de la Société chrétienne du Nord, filiale de la Société centrale évangélique (SCE), et Myriam Garnier, veuve d’un officier des FFL et pasteur à Marennes) durant la Seconde Guerre mondiale (Vismes).

Seize ans après, en 1965, la question revient ; la société a évolué. Une forte minorité voit encore l’Eglise réformée comme une communauté patriarcale dont le pasteur est le père. A une courte majorité, le synode lève les restrictions précédentes. La décision définitive n’est arrêtée qu’en 1966, au synode de Clermont-Ferrand. Aux Colloques d’Orsay, en 1979 et 1982, des femmes réfléchissent au sacerdoce féminin, souhaitant qu’il favorise une relecture de la Bible (Maison).

Les Juifs sont à la traîne, mais ils franchissent le Rubicon en 1989 en faveur de Mlle Pauline Bebe, première femme rabbin de France. 

Chez les catholiques, le 4 juillet 2005, avec l'ordination de Geneviève Beney sur une péniche remontant le cours de la Saône à partir de Lyon, haut-lieu du christianisme gallo-romain, c'est le début d'une dissidence féminine qui marquera certainement le règne du nouveau pape, Benoît XVI.

Geneviève Beney, 56 ans, mariée sans enfant, est consacrée selon le rite catholique sur une péniche entre Rhône et Saône, par trois évêques femmes : Gisela Forster (Allemande du diocèse de Munich), Christina Mayr-Lumetzberger, (Autrichienne) et Patricia Freisen (Sud-Africaine en rupture avec l'ordre dominicain) (Tincq 2005). Ces dernières avaient été consacrées prêtres le 29 juin 2002 (au sein d'une cohorte de 6 femmes, cette fois là sur les eaux du Danube) par l'archevêque argentin Romulo Braschi, de l'Eglise catholique, apostolique et charismatique Jesus Rey (non reconnue par Rome), lequel était assisté en la circonstance de l'évêque autrichien Ferdinand Regelsberger et d'un évêque tchèque. Cette Eglise dissidente a son siège à Munich et revendique quelques 13 000 fidèles dans le monde, en Europe, Amérique du Nord et du Sud et Afrique. On annonce que 65 femmes catholiques dans le monde seraient en train de se préparer au sacerdoce, dont 40 Américaines ­ 9 Canadiennes et Américaines seront ordonnées prêtres ou diacres, le 25 juillet, à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, au Canada ­ et une vingtaine d'Européennes (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Suède, Suisse, etc.). Au sein de la première promotion de 2002, les trois femmes citées furent consacrée évêques un an après, en juin 2003 par le même évêque argentin. 

Rappelons que, dans les pays de l'Europe de l'Est comme la Pologne et la Tchécoslovaquie, l'Eglise catholique confia à des laïcs résistant au régime communiste le droit de consacrer des hosties, parmi eux, une femme ... mais mission sans lendemain une fois la répression terminée !

Ce combat féministe se poursuit donc de nos jours au sein des Eglises conservatrices, mais, déjà, d'autres catégories revendiquent elles aussi le même accès : des homosexuels, par exemple des prêtres et maintenant des évêques anglicans, des non-croyants aussi, comme le pasteur danois Thorkild Grosboel (Jacob 2003) qui, soutenu par nombre de ses pairs, refuse de démissionner de l'Eglise luthérienne du Danemark et des révérend(e)s de congrégations unitariennes-universalistes qui se disent "humanistes".

3 - Faut-il donc décléricaliser nos assemblées cultuelles ?


Mais ces combats pour l'accès au ministère pastoral, aussi sympathiques qu'ils soient, ne renforcent-ils pas le système clérical de nos Eglises ? Or celui-ci est de plus en plus mis en cause pour la gestion des communautés, des lieux de culte, des assemblées cultuelles, pour la distribution des sacrements, etc. L'existence même d'un clergé ne tend t-elle pas à instaurer une division féodale du travail entre des spécialistes du sacré et des laïcs, ceux-ci prenant en charge les clercs, mais se déchargeant volontiers sur eux pour tout ce qui a trait à la religion ?

Or, cette répartition des rôles a été mise à mal, entre autres, par :

- les mystiques qui ont toujours privilégié la relation directe et personnelle à Dieu,
- les Réformes protestante du XVIème siècle qui ont prôné la lecture directe et personnelle des Ecritures,
- la réaffirmation d'un Dieu providentiel omniprésent par les mouvements de type pentecôtistes,
- la liberté de pensée, l'individuation, l'information au sein d'un espace mondialisé.

Parallèlement aux cultes confessionnels, auxquels beaucoup de fidèles restent encore attachés et qui, pour eux, comporte une charge affective et identitaire non négligeable, apparaissent des célébrations "libres" entre chrétiens, ou encore entre des croyants de diverses religions (Barbier 2004). Lors de telles rencontres, les rôles ne sont plus statutaires. Des prêtres ou des pasteurs peuvent être présents, mais ils le sont à titre purement personnel et non plus en position d'officiant, de président ou de prédicateur. L'assemblée (l'ecclesia) s'auto-organise, répartit les rôles des uns et des autres pour la célébration, décide du déroulement de celle-ci, prépare des textes et des chants, etc. Les expressions personnelles sont privilégiées ; la parole est répartie entre tous les participants ; tous les modes d'expressions (et pas seulement la parole) sont les bienvenus ; les rôles sont temporaires et non plus statutaires ; les actions communes, comme la récitation communautaire d'un texte liturgique ou la manière de procéder à un rite, sont au préalable discutées. 

Au niveau local, la tradition unitarienne accepte déjà qu'il y ait des "ministres du culte" choisis au sein d'une communauté, directement par les paroissiens, sans avoir pour autant suivi le cursus d'une formation théologique de niveau universitaire ; mais dans ce cas, leur activité est circonscrite à leur seule communauté et ils ne peuvent exercer ailleurs.

Allons nous vers des Eglises sans clergé ?
 

Si le maintien d'un tel statut apparaît nécessaire lorsqu'il existe une tradition ecclésiale et des lieux de culte à gérer, il ne s'impose plus dans le cadre associatif qui est celui de nouvelles communautés dans les pays où il n'y a pas eu ce passé. En l'absence d'une paroisse ayant une masse démographique suffisante, la prise en charge d'un ministre du culte peut en effet dépasser les ressources du groupe. En plus, la présence d'un ministre du culte attitré, ou encore l'instauration d'un conseil presbytéral ou paroissial, présentent l'inconvénient de la réification des rôles statutaires. Le fonctionnement démocratique des associations peut s'en trouver limité, la personnalité et les agissements du "ministre du culte" ou de conseillers pouvant être contestés par certains.

Par contre, inversement, il serait imprudent d'occulter les aléas de la vie associative avec ses luttes internes de pouvoir, la disponibilité limitée de certains responsables qui sont bénévoles, le niveau insuffisant de plusieurs d'entre eux, etc. La règle d'une diversité ecclésiale au sein d'une même famille religieuse est ici opportune. A l'heure du choix individuel de sa religion ou de sa spiritualité ou de sa philosophie, à chacun sa congrégation !

notice bibliographique


AUGUSTIN
(saint), 1869 - Œuvres complètes traduites en français. 

BARBIER Jean-Claude
, 2004 - "Célébrer en liberté, annonce pour un partage du pain et du vin le 5 juin 2004 à Paris" et "Propositions pour des célébrations entre chrétiens libres", Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre, pp. 1-5.


Golias
, "Quand les femmes deviennent prêtres", juin 2005, hors-série n° 2, 57 p.).


JACOB Antoine
, 2003 - "Le cas du pasteur Thorkild Grosboel, qui ne croit pas en Dieu, trouble l'Eglise luthérienne du Danemark", Le Monde du 13 août.


MAISON Jean-Jacques
, *** - "Plaidoyer pour le bonheur", Evangile et liberté, n° ***, mis en archive sur le site de la revue (http://www.evangile-et-liberte.net/).
RUFF Pierre-Jean, 2004 - Marie de Magdala, figure de proue du christianisme de sensibilité gnostique, Nîmes : C. Latour, 164 p.).

THERON Michel
, 2005 - Petit lexique des hérésies chrétiennes, Paris : Albin Michel, 402 p. ,


TINCQ Henri
, 2005 - "Pour la première fois en France une femme a été ordonnée prêtre", article paru dans l'édition du Monde du 5 juillet. 

VISMES
(de) Bernard - "La question du ministère pastoral féminin dans l’Église réformée de France (ERF) par B. de Visme", La Revue Réformée, n° 204, site E&L, cité par Jean-Jacques Maison.


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Published by Jean-Claude Barbier - dans CMS articles
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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 16:31
" Propositions pour des célébrations entre chrétiens libres ", exposé fait par Jean-Claude Barbier à la rencontre organisée par le mouvement Jésus simplement à Mirmande (Drôme), du 19 au 24 mai (Ascension 2004) sur le thème "Comment Jésus et son enseignement s’inscrivent dans les sagesses du monde ? ", paru dans les Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre 2004, "Le culte chrétien de maison ; le partage de la parole, du pain et du vin avec des amis et des voisins", 2ème édition septembre 2005, pp. 3-5. 

Les chrétiens, disciples de Jésus dit le Christ, sont invités à reproduire les gestes que leur maître spirituel fit solennellement du temps de son vivant, à savoir, selon ce que nous rapportent les Evangiles, le baptême dans l’eau, le carême, le lavement des pieds et l’eucharistie. Cette imitation doit être aussi fidèle que possible. Le premier danger est de vouloir en effet adapter ces rites au goût du temps et à certaines interprétations théologiques, ce qui a multiplié les versions confessionnelles. Comment procéder pour que le culte chrétien conserve la force de ses origines ?

1 - s’adresser séparément à Dieu et à Jésus


Du fait du dogme trinitaire, nos prières liturgiques sont souvent ambiguës. Il y a confusion orale entre le Seigneur (Adôn, Adonaï = maître d’un domaine, désignant le maître de l’univers qu’est Dieu), avec un grand " S ", traduit en grec par Kyrios, et le seigneur, petit " s ", également " kyrios ", désignant Jésus " Notre Seigneur ". Cette confusion est manifeste dans la TOB et le rite latin de la liturgie catholique. Pour cela, nous recommandons la Bible traduite par André Chouraqui qui reproduit les appellations en hébreux.


Ce langage liturgique est d’autant plus navrant que les auteurs du Nouveau testament font, quant eux, la distinction. Pour Paul, la première adresse va à El ou à IHVH et en second à " notre seigneur Jésus-Christ ". Hormis les hymnes christiques, que l’on trouve dans les Philippiens (2 : 6-11) et les Colossiens (1 : 15-20), qui sont des propos de dévots lancés dans une surenchère verbale : Jésus comme une apparence de Dieu, égale à Dieu, etc. - dont la source d’inspiration semble être le verset de la Genèse où Dieu aurait fait l’homme à son image (aujourd’hui on dirait l’inverse pour stigmatiser l’anthropomorphisme de nos représentations de Dieu !).


Pour l’Ecole johannique, Jésus est le Fils unique de Dieu, son Fils bien aimé (et non Dieu le Fils) et le Fils est toujours écrit avec une majuscule, c’est-à-dire qu’il montre un titre, une filiation spirituelle et en aucun cas une filiation humaine. Seul le Prologue introduit une ambiguïté, bien que ce soit le Verbe qui est Dieu et non pas précisément le corps récipiendaire de Jésus : le Verbe éternel (la Sagesse, le Logos) créé avant toutes les autres créatures, avant le Monde, s’est fait chair à un moment donné de l’histoire. Nous sommes là plus proches des thèses qui seront celles des adoptionnistes et que de la construction trinitaire des concile de Nicée et de Chalcédoine. C’est cependant Dieu lui-même que Jésus reçoit en lui : " et le Verbe était Dieu ". Jésus devient, de par sa naissance miraculeuse - il est engendré par l’œuvre du Saint-Esprit - un médium permanent. Et effectivement, Jésus n’a pas reçu de Révélations ponctuelles, ou comme Muhammad des songes et des messages venant d’en haut. Il fait la volonté de Dieu puisqu’il est en intimité avec Dieu ; il fusionne avec lui.

2 - prendre en compte la diversité de nos représentations


Le terme " Dieu " gomme les sensibilités qu’introduisent les diverses appellations bibliques de Dieu. Or celles-ci sont souvent utilisées d’une façon précise. Le Qohélet, par exemple, et d’autres écrits hellénistes d’Alexandrie évoquent un dieu universel et non particulier : El, le dieu des langues sémitiques, et non IHVH, le dieu qui s’est manifesté au sommet du Sinaï à un peuple particulier. De même, aujourd’hui, les représentations de Dieu se sont diversifiées. Au Dieu personne, anthropomorphique, providentiel, paternel, se sont ajoutées bien d’autres images. Certains préfèrent parler de milieu divin, ou encore d’une énergie créatrice de Vie, etc. La liturgie ne devrait-elle pas désormais tenir compte de cette diversité ? Qui, aujourd’hui, peut parler de Dieu d’une façon dogmatique comme s'il savait tout sur la nature du divin ...


Nous savons aujourd’hui que chaque évangile, canonique ou apocryphe, s’adressait à des communautés particulières et que la façon de penser Jésus pouvait différer d’une communauté à une autre. Le langage est différent entre l’évangile des Eboniens, où Jésus est un prophète, et les écrits de l’Ecole johannique, où il est le récipiendaire de la Parole. Prenons ces différences comme des richesses de sens et non forcément des oppositions. Dans une assemblée liturgique, il vaut mieux alors être minimaliste afin de ne pas heurter les sensibilités, du moins pour les parties récitées ou dites au nom de l’assemblée. Parlons de Jésus, tout simplement, sans ajouter forcément " Christ ". Préférons le symbole des Apôtres à celui de Nicée-Chalcédoine. Définissons les chrétiens comme les disciples de Jésus " dit le Christ " et non comme les adeptes du seul christianisme trinitaire, etc.

3 - déconfessionnaliser la liturgie


La liturgie comporte des lectures communes. Pour celle-ci, si les textes confessionnels peuvent avoir leur intérêt - mais alors il faut les présenter comme tels en les datant - il vaut mieux nous référer directement aux textes de référence que sont les textes bibliques et, éventuellement ceux des Pères de l’Eglise. Des textes apocryphes ne sont pas non plus sans intérêt puisqu’ils font partie, eux aussi, de la production littéraire de la chrétienté antique (mais il vaut mieux, pour eux aussi, signaler leur date). D’une façon générale les textes anciens sont plus à même d’être acceptés car ils précèdent nos actuelles divisions, même si eux aussi illustrent des courants distincts d’un christianisme déjà pluriel. Une présentation du contexte de l’œuvre lue est en tout cas toujours souhaitable.


Par exemple, il vaut mieux réciter le Notre Père tel qu’il est dans le N.T., y compris son préambule : prier dans le silence et l’intimité ; et sans ajouter la doxologie finale qui est un ajout que certains pourrons estimer abusif. Ceci n’empêche pas la lecture d’une version confessionnelle, mais alors sans en faire une récitation collective et en mentionnant bien l’identité du texte. Il en est de même pour le baptême, le repas chrétien, etc.


Mieux, prenons les textes du N.T. pour ce qu’ils sont : des œuvres de croyants, de communautés particulières et non " La Parole de Dieu ". Les processions où l’on sacralise la Bible sont certes émouvantes, mais elles font dire aux textes plus qu’ils ne disent réellement. Le concept d’homélie, où le prêcheur est censé recevoir l’inspiration du Saint-Esprit … ainsi que ceux qui l’écoutent pieusement, suggère qu’on puisse parler au nom de Dieu. Cette détention de la parole divine nous apparaît comme une prétention naïve et, dans certains cas extrêmes, comme une usurpation pour manipuler les croyants. Que le croyant parle avec sincérité, cela nous suffit ! D’ailleurs des textes d’inspiration non chrétienne peuvent également être lus pour leur sagesse.


Les actes de foi sont bien sûr émouvants, mais il vaut mieux qu’ils n’impliquent pas toute la communauté car un credo ne sera pas forcément accepté en son entier par tous les présents. Par contre, il est tout à fait légitime pour un individu ou un groupe de proclamer sa foi en s’engageant lui-même. Les autres ne sont pas alors obligés de dire " amen ", mais peuvent toutefois manifester leur accompagnement spirituel étant entendu que chacun doit respecter la liberté intellectuelle des autres et que nous nous devons nous encourager mutuellement dans notre foi. Là aussi, les différences ne doivent plus être ressenties comme des hérésies, mais comme des complémentarités.


Afin d’éviter des discours pseudo consensuels, qui vont souvent de pair avec une langue de bois, nous devons encourager l’expression individuelle : choix de textes qui interpellent, expressions artistiques, prières spontanées, etc. La communauté saura alors, par un chant ou une autre expression collective, témoigner de son accompagnement.


Il est souhaitable que chaque communauté se sente libre d’innover en valorisant les charismes de ses membres, dans un cadre congrégationaliste qui accorde le maximum de liberté à chaque entité. Cette affirmation va de pair avec la joie de partager avec d’autres communautés, par exemple dans un cadre fédératif souple. A nous d’imaginer des structures organisationnelles qui favorisent à la fois l’expression individuelle et les relations aux autres.

4 - décléricaliser


Réjouissons d’avoir parmi nous des théologiens et des exégètes, ressources humaines indispensables à une Eglise chrétienne digne de ce nom. Mais ce sont là des charismes parmi d’autres qui ne justifient aucun monopole sur la direction de la communauté, ni sur la présidence des cultes.


Rappelons que les fonctions au sein d’une communauté ecclésiale, conformément à l’institutionnalisation du lavement des pieds (tiens ! un sacrement qu’on a oublié !) sont des services et non des honneurs. L’invitation au culte, le fractionnement du pain, le baptême d’un nouveau chrétien, etc., peuvent être fait par tout membre de l’ecclesia. Cela peut être l’hôte qui reçoit en sa maison, le doyen de la communauté, le Juif présent du fait de son ancienneté dans l’ordre de la Révélation, ou encore le visiteur de passage, etc.

5 - se centrer sur Jésus


Si l’on s’en tient aux paroles mêmes de Jésus qui ont institué la communion, celle-ci se fait par rapport à lui : ceci est mon corps, ceci est mon sang ; si plusieurs sont réunis en mon Nom, je serai au milieu d’eux ; etc. En langage coutumier on peut dire que Jésus se positionne en ancêtre d’une lignée spirituelle. Dès lors, la communion est un culte qui lui est rendu, vrai culte pour ceux qui pensent que Jésus est présent et qu’ils peuvent alors s’adresser à lui ou encore vivre à ce moment une relation mystique ; simple rite de fraternité pour les autres qui sécularisent cette cérémonie.


La communion chrétienne est d’abord un repas, issu de la tradition juive. Quitte à certains, selon la grande tradition chrétienne, à y ajouter une dimension rédemptrice, Jésus ayant vécu, selon les Evangiles, une christicité conforme aux textes messianiques du Premier testament. Bien sûr, Jésus nous a parlé de Dieu comme étant son Père et notre Père à tous. En ce sens, la communion chrétienne est aussi une invitation à une montée vers Dieu.


Le chrétien, en tant que disciple de Jésus, aura à développer une relation de disciple à maître, par la lecture des textes, mais aussi par l’imitation des gestes de Jésus : le baptême, la présentation des enfants au Temple, la récitation du Notre Père, le lavement des pieds, la communion, etc. Et bien entendu le perfectionnement moral.


L’ouverture de Jésus aux personnes qu’il rencontrait, nous invite nous aussi à cette ouverture, sans aucune exclusive. Jésus ne nous demande pas nos croyances (ce sont les Pharisiens et les Saduccéens qui l’abordent pour polémiquer), mais de le suivre. Dès lors, la communion chrétienne est ouverte - sans conversion préalable - à toute personnes, y compris des gens d’autres religions, ou encore à des agnostiques et à des athées, voir à des polythéistes. Que les personnes soient invitées telles qu’elles sont ; à elles ensuite de se positionner, en toute liberté de conscience, vis à vis de Jésus et de Dieu.

 

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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 16:00
Célébrer en liberté, annonce pour un partage du pain et du vin le 5 juin 2004 à Paris ", par Jean-Claude Barbier, chrétien unitarien, fondateur et animateur du réseau francophone " Correspondance unitarienne ", et Pierre Castaner, alter chrétien, Café courant d’air (Marseille), Fédération des réseaux du Parvis, paru dans Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre 2004, "Le culte chrétien de maison ; le partage de la parole, du pain et du vin avec des amis et des voisins", 2ème édition septembre 2005, pp. 1-3


Les Eglises confessionnelles, catholique, orthodoxe, puis protestantes ont cru devoir compléter le repas du Jeudi saint – que Jésus nous a demandé de reproduire – par des homélies, des credo, des conditions pastorales et autres, la célébration par un prêtre ou un pasteur, etc. Les chrétiens se sont querellés sur la signification de ce repas cultuel. Nous, chrétiens libres, nous pensons qu’un repas est ouvert à tous, sans discrimination, avec la chaleur du cœur et la conviction que Jésus s’adresse à tous, au delà des religions, des définitions théologiques, des croyances.


Pour nous, Jésus est d’abord un rabbin juif du 1er siècle dont l’enseignement et les actes, rapportés dans les évangiles, nous agréent. Nous sommes, par conviction personnelle et intime, ses disciples. Libre à chacun de " croire " qu’il est plus que cela : un guide qui nous conduit à Dieu, un médiateur parmi d’autres ou au contraire exclusif, le dépositaire de la Parole de Dieu ou encore Dieu lui-même qui se serait incarné en son Fils. Ce sont là des ajouts historiquement légitimes, mais qui doivent restés optionnels et non imposés. Jésus nous a promis d’être au milieu de nous dès lors que nous sommes réunis en son nom. Soyons au rendez-vous !


Nous sommes persuadés que si la religion chrétienne était ainsi présentée, beaucoup de jeunes, qui n’adhèrent plus aux constructions métaphysiques, retrouveraient le sens d’une adhésion simple et concrète à la personne de Jésus. Nous sommes également persuadés que nombre d’agnostiques retrouveraient dans le christianisme un lieu d’accueil, chaleureux, et de recherche spirituelle libre.


Notre intention n’est pas de créer une autre Eglise confessionnelle – il y en a déjà suffisamment ! – , ni de contester d’autres chrétiens qui peuvent ressentir le besoin d’un encadrement clérical, mais nous voulons vivre LIBREMENT notre foi chrétienne, en toute responsabilité, d’une façon adulte, au nom d’un christianisme d’expression plurielle. Cette affirmation de " chrétiens libres " réunit des catholiques qui s’affichent " réformateurs ", notamment au sein de la Fédération des Parvis, des protestants libéraux, des chrétiens unitariens du réseau " Correspondance unitarienne " et d’autres qui se disent " alter-chrétiens ". Qu’importe les étiquettes, qui ne sont que des points de départ, puisque nous nous retrouvons tous, d’une façon ou d’une autre, en Jésus.


Nous vous convions à une première célébration commune en espérant que cette première rencontre sera suivie d’autres à Paris et dans d’autres villes de nos pays francophones.


Cette célébration sera préparée par des représentants des diverses mouvances sus mentionnées. Nous aurons à la perfectionner au fur et à mesure de notre expérience communautaire et des avis des uns et des autres. Mettons nous résolument à un travail liturgique correspondant à notre mentalité moderne. Il est important que lors de ces célébrations chacun puisse s’exprimer librement, avec sa façon de dire sa foi.


Nous pouvons déjà tenir compte de l’expérience de Pierre Castaner, promoteur du Café Courant d’air à Marseille et qui a eu à animer de telles célébrations " libres " lors des deux dernières AG de la Fédération des réseaux du Parvis : " célébrer Jésus avec les signes forts du pain rompu et du vin versé partagés en frères et soeurs ; célébration que nous voulons sans dogmes, sans doctrine, sans pouvoir, sans titre de prêtre ou  pasteurs ! Nous voulons que ces signes forts de Jésus soient mis en valeur hors des prières rabâchées et répétitives, mais retrouvés dans la simplicité et la beauté du geste, du chant, du silence et de la prière ". Un effort liturgique doit être fait " Je souhaiterais que cette liturgie soit souple, libre, respirante, fraternelle, audacieuse mais aussi chargée de beauté : table dressée, bougies, fleurs, de la qualité. Il faudrait, me semble-t-il,  retrouver à la fois la splendeur d’une liturgie cistercienne la sobriété protestante, le partage fraternel ; bref, de nos Eglises respectives, développer la beauté de nos héritages et se débarrasser des lourdeurs et des expressions de la foi qui ne passent plus. ".


Nous sommes pleinement conscients qu’il s’agit bel et bien d’une transgression de normes confessionnelles. C’est ce que fit Jésus en son temps et ce qui lui valu la haine d’une bonne partie du clergé de l’époque.


Il nous reste à trouver un lieu adéquat pour au moins une centaine de personnes. Que les uns et les autres se mettent en quête d’un lieu comme Jésus demanda à ses disciples de le faire, la veille de ses dernières Pâques. Après la célébration, nous partagerons sandwichs et gâteaux pour prolonger nos instants fraternels et envisager l’avenir : améliorer notre liturgie, inviter nos amis et sympathisants, susciter d’autres célébrations, décider d’un rythme, etc. Répercutez cet appel auprès de vos correspondants, tout autour de vous, et soyons nombreux à ce premier rendez-vous. Ce sera la fête !

*
*     *

 

Ce fut la fête. Nous étions une cinquantaine à Paris. Le 16 juin, des chrétiens libres de Nancy se réunissaient à leur tour pour célébrer dans le même esprit. Nous tenons à votre disposition la très belle liturgie qu’ils ont élaboré à cette occasion. Chrétiens libres de toute confession, coordonnez vous localement et osez célébrer en commun votre foi !


Après ce premier culte, un comité d’organisation s’est constitué et a rédigé un manifeste à destination des médias :


" Le samedi 5 juin, à Paris, a eu lieu une célébration du partage de la Parole, du pain et du vin en mémoire de Jésus entre chrétiens libres. Elle a réuni des catholiques de la mouvance de la Fédération des réseaux du Parvis, des protestants libéraux et des chrétiens unitariens, soit au total une cinquantaine de personnes. Elle a été ressentie par les participants comme un moment fort de joie et de partage, ainsi que Jésus nous y invite. La richesse et l’originalité de cette célébration hors norme tenait à la diversité des participants, au climat de grande liberté d’expression et d’écoute réciproque, mais aussi à une libre communion suivie d’un repas convivial. Il s’agissait avant tout de participer à une célébration fidèle au message de l’Evangile, s’adressant à tous ceux et celles que les célébrations actuelles ne satisfont plus. Bien entendu, l’offre en est largement proposée à tous ceux qui cherchent un climat de liberté d’expression et de rite pour partager et vivre l’essentiel de leur prière communautaire. Nous respectons les Eglises mais nous voulons célébrer autrement avec des chrétiens en liberté quelle que soit leur appartenance ou pas à une Eglise. Nous envisageons de nous retrouver ainsi régulièrement pour un partage de la Parole et des agapes telles que Jésus les pratiquait avec ses disciples et que l'Eglise a reprises à son compte "

* comité d'organisation constitué de Paul Abéla, président de la commission liturgique du Parvis " Célébrer autrement ", Pierre Castaner, fondateur du Café Courant d’Air au Vieux Port de Marseille, membre du Parvis, Pierre-Jean Ruff, pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF), Jean-Claude Barbier, fondateur du réseau " Correspondance unitarienne ". 

 Ce texte fut envoyé au mois de juin à plusieurs bulletins de mouvement (Correspondance unitarienne, Parvis, Jonas, Quelques nouvelles, etc.) et à des journaux (Témoignage chrétien, La Vie, Golias, etc.). Il a été à la Une du site " Profils de liberté " et à la page d'accueil de celui de la Fédération des réseaux des Parvis. Il a été publié par la lettre électronique n° 89 du 10 mai 2004 de "Jonas sous son ricin", puis par Golias dans son n° 99 de novembre-décembre 2004 (pp. 33-34), accompagné par le discours de Pierre Castaner à l'ouverture de notre célébration du 4 juin … et d'un appel à la transgression de la part de la direction du journal.


Pierre Castaner
: "Retrouvons le beau geste du pain rompu et du vin versé qui circule de main en main, en fraternité. Il est évident que, chargés de nos traditions catholiques, protestantes, unitariennes et d'autres encore, nous n'avons sans doute pas tout à fait la même conception et la même vision de ce que nous allons célébrer et vivre … peu importe, soyons ouverts, soyons généraux, accueillants, disponibles. […] Ce geste porteur n'appartient ni aux prêtres ni aux pasteurs. Il nous est donné en héritage par nos pères, quelles que soient nos traditions, et nous voulons en goûter le sel trop souvent perdu, la saveur, et sa portée au-delà des Eglises. […] Pourquoi s'embarrasser d'une tonne de prières, de formules, de spécialistes du sacré ? Paratger le pain et le vin ? Pas seulement "en mémoire de Jésus". Cela risquerait de faire ancien combattant, mais "en devenir avec Jésus". Le pain et le vin comme signe visible de notre lien, de notre relation, de notre communion à Jésus pour nous rendre présent Celui qui nous inspire et nous anime et pour nous rendre présents les uns aux autres. […] Et notre devenir, mes amis, est prometteur au-delà des Eglises, au-delà des dogmes et des doctrines, osons célébrer comme des disciples en liberté ! Et j'ose croire, au risque de nous étonner, que même des agnostiques peuvent nous retrouver autour de ces gestes simples du pain rompu et du vin versé et partagé. Les évangiles nous invitent à une telle liberté. Mes amis, entrons en liberté !"

 *
*   *

A l’occasion du séjour en France du président de l’Assemblée des chrétiens unitariens du Burundi (ACUB), Fulgence Ndagijimana, les chrétiens unitariens de Bordeaux, dans le cadre d’une série de soirées de partage spirituel avec la communauté baha’ie ont organisé un repas chrétien le 14 octobre 2004 . Une dizaine de personnes y participèrent. 


Pour la troisième fois consécutive, la Fédération des réseaux du Parvis, réunie à Draveil les 27-28 novembre, clôture son assemblée générale par un culte célébré en liberté. Nous savons par ailleurs que nombre de communautés de base osent, sans bruit, presque en clandestinité, répéter les gestes que fit Jésus avec ses disciples en instituant l’eucharistie. 


Ce Cahiers Michel Servet, veut encourager tous ces chrétiens à oser, selon l’exhortation de Pierre Castaner à l’ouverture de notre rencontre à Paris le 4 juin 2004. Michel Servet écrivit la " Restitution du christianisme ", ce qui lui valut, en 1553 le bûcher à Genève. En 2004, nous avons voulu " restituer " le repas chrétien et le faire savoir.
 

 

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19 septembre 2007 3 19 /09 /septembre /2007 16:27

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Présentation : cap sur le Saint-Laurent, par Léo Poncelet

L’éditorialiste s’inquiète : pourquoi la greffe unitarienne ne prend-t-elle pas chez les francophones à Montréal en particulier (où il y a pourtant une Eglise unitarienne depuis les années 1840) et au Québec en général. Il cite Margaret Claveau (1), qui, dans une allocution donnée à Edmonton, en 1994, soutenait qu’on ne pouvait pas dissocier la sociologie et la théologie. S’inspirant de la " théologie contextuelle " de Mark De Wolfe (2), elle affirmait qu’il y aura, un jour, une Eglise unitarienne du Québec, et que celle-ci sera très différente des autres Eglises unitariennes. La " Révolution tranquille " contre l’emprise catholique au Québec fait qu’aujourd’hui le mot " Eglise " fait fuir ! Les rites cultuels et spirituels n’ont plus la cote. L’humanisme religieux des unitariens-universalistes est lui aussi englobé dans cette défaveur. Si bien que les unitariens francophones du Québec vivent une double solitude : francophones dans un pays à majorité anglophones, francophones au sein d’une Eglise de tradition anglophone …

et, j’ajouterai volontiers, rejet de leur spiritualité et religion d’une part par les chrétiens d’autres confessions, restés fidèles au christianisme, et par les athées qui considèrent que ce sont là des choses du passé ! Pas simple d’expliquer aux autres son identité et de l’affirmer … surtout si l’on est unitarien-universaliste (donc censé être anglophone et suspecté d’être selon les uns trop croyants ou pas assez croyants!

1. Margaret Claveau, Une Eglise unitarienne du Québec, A talk given at the Canadian Unitarian Council Annual General Meeting, Edmonton, AB, May 1994.

2. Mark DeWolfe, Our Corner of the Mosaic:Unitarian Universalism and the Canadian Contextual Theology. A paper given at the Canadian Unitarian Council Annual Meeting in Paris, ON in May 1985. Available from CUC headquarters, Toronto, ON.

3. Raymond Drennan, L’unitarianisme canadien: l’idée d’une possibilité, Tribune libre unitarienne, vol.1, no.1, 2005.


Une Américaine au Québec
, par Diane Rollert

Venue des Etats-Unis, Diane Rollert, nouvelle pasteur de l’Eglise unitarienne de Montréal, est arrivée (depuis2 mois) avec un " esprit neuf " pour reprendre une expression zen à la mode qu’elle s’applique volontiers. " Le défi, disent les maîtres zen, est de garder la même ouverture d’esprit que celle que vous aviez lors de votre arrivée. Le défi est de savoir envisager le monde avec le regard de l’enfant, plein d’émerveillement et d’admiration. ". […] " Tout ça pour vous dire qu’en tant qu’Américaine, transplantée au Québec récemment, j'ai probablement cette innocence de l’enfance. Je voudrais m’y accrocher, du moins pour un certain temps. Je m’efforce d’absorber l’histoire d’ici, si nouvelle encore pour moi. Il y a tant d’événements que j’aimerais relier ensemble et comprendre. "

" Comme nouvelle venue, il faut que je vous dise que j’ai découvert ici quelque chose de formidable. Il y a une franchise naturelle, une cordialité et une gentillesse que je n’ai jamais trouvées en Nouvelle-Angleterre. Alors que je me débats avec mon français, je ne rencontre que de l’amabilité. Après avoir vécu tant d’années dans un milieu terriblement homogène, je me réjouis de la diversité que je rencontre ici à chaque jour. J’adore la façon dont les conversations passent du français à l’anglais, à l'espagnol et à l'italien. Il y a ici une richesse culturelle que je n’ai jamais rencontrée ailleurs au monde. "

Découverte du Québec, donc, avec toutefois à l’appui deux documents d’archives de l’Eglise : "Coming to Quebec" (daté de 1995), où Emmanuel Freitas, dans son introduction, fait remarquer que la majorité des membres de l’Eglise unitarienne de Montréal proviennent d'en dehors du Québec, et "Growing up in Quebec" (1994) où des membres de cette même communauté, nés et élevés au Québec, expliquent comment, loin des passions politico-linguistiques, il est possible de vivre l’ouverture aux autres qui est requise par la foi inclusive des unitariens-universalistes. Certes les clivages sociologiques peuvent toujours être transcendés par des relations interindividuelles positives … mais jusqu’à quel point ? La nouvelle pasteur préfère parler de la diversité en général (ce qui est fort bien, et tout à fait dans la ligne de l’UUisme) mais ne dit rien sur la place qu’elle souhaite voir prendre par les unitariens francophones au sein de la congrégation qu’elle anime … (ce qui correspondrait mieux à notre attente, du moins dans le cadre d’une revue francophone !).


Survol de l’histoire du Québec et de sa culture, par Valmyre Bourdon,

texte paru en 1994 dans Growing Up in Québec A series of Sunday Services by Members of the Unitarian Church of Montreal,. Quebec History and Culture:An Overview ; adaptation française de Léo Poncelet.

" Dans son roman classique, Two Solitudes, Hugh McLennan a dépeint en détail les différences culturelles entre les Français et les Anglais. (1) Comme un Canadien-français protestant, j’ai pu connaître ces deux solitudes de l’intérieur, raison pour laquelle je m’identifie à chacune d’elles. "

1. Two Solitudes raconte le parcours de francophones et d’anglophones du Québec, entre la crise de la conscription de 1917 et l’aube de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire révèle de nombreux contrastes présents dans le Québec de l’époque : ruraux et urbains, catholiques et protestants, pacifistes et partisans de la guerre. Ce roman canadien-anglais fut publié en 1945. 


Canada--ACM-Saint-John-mai-2006-nouveau-bureau.jpegle nouveau bureau du CUC, élu à la rencontre annuelle de 2006, à Saint-John, au mois de mai.

Le Conseil unitarien canadien (CUC) : de la dépendance à l’autonomie 1961-2002, par Charles W. Eddis

"The CUC : From Colony to Nation 1961-2002" (1) allocution du 24 juin 2002 à la Société d'histoire unitarienne universaliste, à Québec", par Dr Charles Eddis, pasteur émérite de l’église unitarienne de Montréal. Traduction de l’anglais.  Note de l’auteur : mon expression " De la dépendance à l'autonomie" est empruntée du livre, From Colony to Nation: A History of Canada (Toronto - Longmans, Green and Company 1946 4th rev. ed. 1964 5th ed. 1977 McLelland and Stewart Limited). Avec mes remerciements et mes excuses à Arthur R.M. Lower.

Il y a différence d’histoire, de tradition, de culture, de mentalité entre le Canada et les Etats-Unis, nous dit l’auteur : " Les Canadiens ne s’attendent pas d’être compris par les Américains, unitariens universalistes américains confondus. L’UUA est bien renseignée et efficace en tant qu’organisme national américain. Elle a entrepris, à toute fin utile, une vocation continentale, seulement après coup, présupposant que ce qui fonctionne aux États-Unis fonctionne aussi au Canada. Les Canadiens ont parfois été agacés d’être exclus des résolutions américaines votées sur les questions sociales, et parfois choqués d’être inclus, comme si les mêmes questions avaient la même pertinence et la même urgence au Canada qu’aux États-Unis. Pour les Canadiens, l’ordre du jour de l’UUA était parfois le mauvais programme. Les Canadiens ont souvent souhaité se rencontrer seuls, entre eux, pour définir leur propre programme, et y donner suite "

Ceci en (long) préambule avant de nous parler de l’acquisition d’une autonomie du CUC par rapport à l’Unitarian Universalist Association (UUA) of Congregations, de 1961 à 2002 (mais les premiers frémissements de cette histoire remontent à 1898 et surtout depuis 1946). Ce long processus a été émaillé de malentendus (il faut dire qu’on parlait surtout de gros sous !) sans qu’il y ait eu toutefois de divergences théologiques ou idéologiques, les protagonistes restant dans le pur style du pragmatisme anglo-saxon. Certains, nous confie l’auteur, coulèrent des larmes lorsque le cordon ombilical fut coupé … ce qui expliquerait pourquoi le titre de l’article ne fasse pas de vague car on en reste à l’autonomie ! En fait, il faudrait un épilogue pour savoir si, aujourd’hui, depuis le 1er juillet 2002, le CUC  est devenu tout à fait indépendant !

Eglise-unitarienne-de-Montr--al.jpgLes unitariens de Montréal : un sanctuaire de respect, par Nancy Labonté

article paru dans la revue Cité laïque, automne 2006

Première ville canadienne à accueillir les unitariens, Montréal les voit s’installer au début du 19e siècle. Ils proviennent de Nouvelle-Angleterre, d’Angleterre et d’Irlande. Ils se regroupent, en un premier temps, sous la bannière des presbytériens. Ils amassent des fonds considérables et établissent le siège de leur groupe au sud-est de l’actuel Square Victoria. Leur première célébration officielle, en 1832, attire 80 personnes, ce qui est respectable, compte tenu de la modeste population de Montréal qui s’élevait à moins de 30 000 habitants.

Les unitariens de Montréal ne sont plus uniquement chrétiens depuis les années 40 suite à la prédication du pasteur Angus Cameron. Par exemple, ils marient des personnes de confessions différentes, des personnes athées ou agnostiques, et aussi des couples de gais et de lesbiennes depuis les années 60. On compte aujourd’hui 250 membres.

Le sanctuaire situé au 5035, De Maisonneuve Ouest est un lieu neutre et inspirant où le divin est traité avec discrétion. Cette communauté exprime une acceptation à l'égard des croyances de ceux qui la fréquentent. Par exemple, ses membres peuvent être agnostiques, athées, humanistes, déistes, théistes, animiste, panthéistes, etc. D’autres sont chrétiens, bouddhistes, juifs ou hindous. "

" L’Église unitarienne de Montréal (ÉUM) est autonome et ses comités décident des orientations, des budgets, des actions engagées et même du contenu des célébrations selon un modèle démocratique. Il faut savoir que les assemblées unitariennes se définissent elles-mêmes, avec très peu de contrôle provenant des instances centrales comme la UUA ou le CUC.

La structure des célébrations est une alternance de lectures, de pièces musicales, de chants et de temps de méditation encadrant une réflexion personnalisée présentée par un pasteur ou un laïque. Les unitariens universalistes valorisent le caractère inspirant des textes de toutes sortes, qu’ils soient littéraires, philosophiques, scientifiques ou spirituels. Cette liturgie honnête et respectueuse propose des circonstances pour croître – et non pour croire !

Le rituel de base est épuré au maximum et, dénudé de toute référence biblique, si ce n’est que le calice, qui de toute façon contient une flamme au lieu du mythique vin. De plus en plus, les pratiquants apportent leurs expériences spirituelles et offrent parfois des cérémonies inspirées des rites néo-païens, juifs, autochtones ou autres.

L’ÉUM est active dans ses engagements progressistes : un sanctuaire écologiquement sain, une association avec Action Communiterre pour la réalisation de son jardin, des produits biodégradables pour l’entretien de l’immeuble — même le café est équitable ! Cela sans oublier que l’ÉUM manifeste depuis ses débuts un attachement à la culture. Déjà en 1920 elle abritait une troupe de théâtre importante à Montréal. On y présente des concerts, comme l’événement Jazz for Justice qui permet d’amasser des fonds qui sont ensuite versés à des œuvres humanitaires. ".

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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 20:15

http://www.uuqc.ca/Tribune%20Libre/tribune1_1_0.html


Ce numéro sur la tolérance
, présentation par Maurice Cabana-Proux

 

1 - L'actualité :


La détresse du peuple libanais et les assassins de l’enfance, par Léo Poncelet (paru le 31 juillet 2006)


Lettre ouverte au gouvernement et au peuple canadiens, réflexion d’outre-tombe de Saja Al-Akhras, 
imaginée par Dr Najat Mustapha.

Cette lettre a été lue par la Docteur lors de l’émouvante cérémonie commémorative au Centre libanais de Montréal, dimanche soir le 23 juillet 2006, pour rendre un dernier hommage à la famille montréalaise Al-Akhras. Celle-ci a succombé, le 16 juillet, au raid israélien réduisant en cendres le village d’Aitaroun, dans le sud du Liban.


Projet de résolution des Nations-Unies
, commentaire de Normand Gosselin


Prenons du recul face à la détresse du peuple libanais
, commentaire de Fabrice Descamps


Qu’est-ce qu’Israël peut réaliser ?
 par Immanuel Wallerstein

 

2 - De la tolérance :


Hanoucca, fête des lumières, par Joshua Snyder

Larges extraits reproduits dans La Besace des unitariens, rubrique " des fêtes et des rites ", message du mardi 18 septembre 07.
A noter un passage où le pasteur unitarien-universaliste évoque la dissidence de l’American Unitarian Conference (AUC) en la traitant d’intolérante car ayant refusé la discussion interne, ce qui est bien insuffisant comme présentation d’un conflit  ! 
Voir dans le n° précédent, un article du même auteur " Qui te lie ? " La théologie de la libération et la croyance libérale


Michel Onfray et les passions françaises
, par Fabrice Descamps

L’auteur affirme une filiation historique entre le gallicanisme et l’anti-cléricalisme outrancier d’un Michel Onfray.


Unis vers celle, 
par Michael Abitbol

L’auteur est responsable de l’Association Spirituelle Laïque Unisson 06 et met cette prière en exergue de son intervention "Ô, Grand Esprit, aide moi à ne jamais juger un autre avant d'avoir chaussé ses mocassins pendant au moins trois lunes." sagesse amérindienne


Pierre-Bayle.jpgTricentenaire de la mort de Pierre Bayle
, par Maurice Cabana-Proulx

" Cette année, plusieurs activités auront commémoré le 300e anniversaire de la mort du philosophe Pierre Bayle. De Carla-Bayle, sa ville natale dans le sud-ouest de la France, à Rotterdam, grande ville commerciale des Pays-Bas où il a vécu en exil, des colloques et des conférences auront souligné (Paris en novembre, etc.) l’apport considérable de ce penseur. Poste France a émis un timbre et une nouvelle société consacrée à son œuvre a vu le jour. ". Large extrait du " Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Crist : Contrains-les d’entrer ou Traité de la tolérance universelle "


Les origines de la tolérance triomphante et du triomphalisme de la tolérance,
 par Maurice Cabana-Proulx

Critique du livre de Perez Zagorin, How the idea of Religious Toleration Came to the West, Princeton University, 2003, selon lequel les idées de tolérance religieuse auraient émergées au XVI° siècle européen.

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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 18:46

Joshua Snyder est un pasteur unitarien, sermon du 9 décembre 2001 à la Second Unitarian Church of Omaha Traduit de l’anglais et reproduit dans la Tribune libre unitarienne, vol. II, n° 2, 2006.

http://www.uuqc.ca/Tribune%20Libre/tribune1_1_0.html



juda--sme--Hanouka-messashanouka.jpgDemain, c’est la première soirée de Hanoucca. Hanoucca, en réalité, est une fête mineure dans le calendrier juif, passant au second plan après les grandes solennités comme la Pâque, Rosh Hashana et Yom Kippou. Hanoucca, en raison de sa proximité de Noël et d’autres jours fériés anciens, a ravi la vedette plus qu’autrement. Cela est une bonne chose, je pense. Hanoucca peut nous donner nombre de leçons instructives, à nous les unitariens universalistes. C'est pourquoi, ce matin, durant cette saison des fêtes, je propose d’offrir "un droit de réponse", pour ainsi dire, à la tradition hébraïque.

D’où vient la tradition de Hanoucca ? On vous a tous, certes, raconté la petite histoire que voici. Une fois, dans le temple, on ne trouva qu’une petite fiole, contenant juste assez d’huile d’olives pour alimenter le chandelier pendant une journée, et pourtant, celui-ci resta allumé pendant huit jours. C’est pour commémorer ce miracle que les Juifs fêtent Hanoucca, en allumant, pendant huit nuits, une bougie sur la menora. Mais ceci n’est qu’une partie de l’histoire. L’enjeu véritable de ce miracle est la révolte maccabéenne, objet de notre sermon d’aujourd’hui. Le livre des Maccabées fait partie des "Apocryphes"; il est reconnu comme canonique par les catholiques et les orthodoxes, non par les juifs et les protestants, étant écrit en grec et non en hébreux. Malgré tout, les juifs considèrent, pas seulement la Bible , mais le livre des Maccabées comme une partie de leur tradition d’ensemble.

Le livre des Maccabées décrit l’histoire hébraïque, un peu après l’époque d’Alexandre le Grand. Durant cette période, les Grecs avaient pris le contrôle d’Israël et s’évertuaient à y instituer leur religion, leur culture et leur mode de vie, aux dépens de la loi judaïque et de la convention. Certains Juifs du temps s'accommodaient de cette assimilation, mais d’autres non. Judas, le fils de Mattahias, devint le chef de la rébellion d'Israël contre le dirigeant hellénique et ses lois oppressives. Judas Maccabée, dénommé le marteau, ressentait cette dépendance comme une injustice, voire une malédiction. Dieu n’avait-il pas conclu une alliance avec Israël ? Pour le peuple hébreu, renoncer à la foi de leurs aïeux et de leurs mères était impensable. Cela voulait dire perdre son identité. Donc Judas donna le coup d’envoi à ce que d’aucuns pourraient baptiser la première révolution pour la liberté religieuse et politique. Mais ne vous y trompez pas ; c’était une guerre, au demeurant très vilaine. Au bout du compte, Judas finit vainqueur, et les juifs ont pu se consacrer à leur religion en restant fidèle à la Torah. C’est de cela dont nous allons parler ce matin: Judas qui purifie et reconstruit le temple pour en faire un lieu propice au culte.

Cette histoire de Judas Maccabée et sa lutte triomphante pour la liberté religieuse touchent une corde sensible chez l’unitarien universaliste, je crois. Ceci me fait penser à la soi-disant trinité unitarienne de la liberté, la raison, et la tolérance. Il y a presque un siècle, le grand historien unitarien Earl Morse Wilbur écrivit que la liberté, la raison, et la tolérance, ou ces trois thèmes, sont, à son avis, sans cesse présents dans l’histoire unitarienne depuis la Réforme. Depuis qu’il étala cette théorie dans ses deux volumes intitulés " History of Unitarianism ", la liberté, la raison et la tolérance sont devenues un lieu commun dans les cercles unitariens universalistes. Aussi, je pense que l’histoire de Judas Maccabée concernant Hanoucca illustre ces thèmes très bien. […].


La liberté, la raison et la tolérance sont des idées révolutionnaires, mais avec tout le respect que je dois à Earl Morse Wilbur, je pense qu’elles ont leurs limites, pour notre époque. Peut-être que ces idées étaient à propos pour l’universalisme à l’aube du siècle dernier, mais au tournant de ce siècle, je pense que les unitariens universalistes ont besoin de quelque chose de plus. "Liberté, raison, tolérance" est une belle phrase, mais il y a quelque chose qui manque, quelque chose de très important. Il lui manque le sens de la communauté et de la responsabilité sociale. La liberté, la raison et la tolérance, en tant que le cœur de la pensée unitarienne universaliste, aboutissent dans une forme d’individualisme, qui isole, et avec laquelle nous ne nous sentons plus aussi à l’aise maintenant que par le passé. La liberté, sans entrave, devient le laisser faire, qui isole. Je peux choisir d’être avec les autres, mais rien ne m’y oblige. De plus, la tolérance laisse entendre que je vais seulement vous tolérer. Je peux être en désaccord avec ce que vous dites, mais cela est votre affaire. Je n’ai pas à m’en soucier. Dans un sens, la tolérance banalise la croyance religieuse des autres. La raison, qui caractérise l’unitarianisme, au moins depuis Channing, a aussi besoin d’être associée à la compassion et à la finesse de l’intelligence de notre vie intérieure.

Alors que la liberté, la raison et la tolérance sont de bonnes idées en soi, il faut y joindre une quelconque forme de compréhension et de communauté pour contrebalancer l’individualisme qu’elles sous-entendent. Il faut chercher, autant que possible, à se situer dans un contexte qui s’efforce de comprendre la vie comme un tout social et organique, et non comme des actes isolés. Au lieu de la tolérance, par exemple, en tant qu’unitariens universalistes, nous aurions beaucoup plus besoin de pratiquer le pluralisme. Le pluralisme ressemble à la tolérance par son aspect où chaque personne peut dire et être ce qu’elle est vraiment, mais il s’y ajoute une interaction avec les autres. Dans une communauté pluraliste, les bouddhistes ne tolèrent pas seulement les chrétiens, mais parlent avec eux. Les bouddhistes les écoutent, et ce que les chrétiens ont à dire leur importent ; et, plus important encore, ils apprennent d’eux. Mon rapport avec l’autre est un principe fondamental du pluralisme. Le pluralisme m’oblige de demeurer à l’écoute d’autrui, et je dois m’attendre à être, peut-être, transformé dans mes interactions avec mon vis-à-vis. La liberté de la croyance religieuse, sans égard à la responsabilité réciproque, est insuffisante. Ma liberté individuelle ne m’affranchit pas de ma responsabilité sociale. Pour faire court, disons que, de mon point de vue, le sens donné aux mots, liberté, raison et tolérance par Earl Morse Wilbur, doit être enrichi d’une bonne dose de compréhension et d’amour pour la communauté. [...].

Hanoucca nous enseigne, à nous unitariens universalistes, de voir les aspects importants de notre propre religion. Que nous ne pouvons pas être tolérants comme des individus isolés, mais seulement en tant que sujets insérés dans un réseau de relations sociales. Ce réseau est sacré parce qu’il reflète la nature interconnectée et organique de la vie elle-même.

Puissions-nous nous éveiller à la transformation qui découle de notre relation avec les autres. Que la liberté, la raison, et la tolérance soient pratiquées entre nous et pas seulement envers nous. Et que le monde tienne compte des leçons de Hanoucca, pendant le temps sacré de l’année. Amen. Allez en paix.

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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 17:14


Pasteur unitarienne américaine, l’auteur a donné ce discours en anglais devant la communauté unitarienne et universaliste de Sterling, dimanche le 12 mars 2000 ; traduit en français et publié dans la Tribune libre unitarienne, vol. 2, n°1, 2006 ; larges extraits choisis ici par Jean-Claude Barbier pour La Besace des unitariens.


Pour le texte intégral, voir  http://www.uuqc.ca/Tribune%20Libre/tribune1_1_0.html


"[…] Les gens sont mus par les mêmes besoins primaires quand ils cherchent une communauté ecclésiale : sens à la vie, relations significatives, affinité intellectuelle, émotionnelle et spirituelle, expérience d'un développement et d'une transformation personnels, et l'appartenance à une communauté spirituelle favorable à la croissance et la nouveauté. Ces besoins sont universels; ils ne sont pas propres aux unitariens universalistes. Mais, malgré tout, il y a quelque chose d'unique aux congrégations unitariennes universalistes; et il y a donc lieu de prendre compte de ces particularités lors de la formulation d'une théologie de l'adhésion. 

La liberté, la raison, la tolérance, l'intégrité et le don de soi. Combinez ces traits d'identité avec les besoins humains fondamentaux, quête de sens, sociabilité, croissance et transformation personnelles et vous avez une communauté unitarienne florissante ! Alors, quelle est la façon pour ces communautés-types de pratiquer la théologie? Bien que nos communautés, composées surtout de gens bien éduqués de la classe moyenne, soient à plusieurs égards très différentes des communautés ecclésiales de base en Amérique latine qui ont donné naissance à la théologie de la libération, il y a tant de points communs entre notre façon de pratiquer la religion et leur façon de pratiquer la théologie, que j'ose penser que nous pouvons apprendre beaucoup les uns des autres.

Pour l’auteur, la théologie de la libération se caractérise par :

1° une praxis réflexive. Ce qui veut dire que des personnes scrutent ensemble à la lumière de la pensée critique, leur expérience vécue, leur contexte culturel, leur histoire, et leurs croyances. Ensuite, ils amorcent des actions à partir de cette réflexion. Ce processus n'est pas linéaire, mais cyclique. La réflexivité et la praxis mettent en branle le processus continu d'un dialogue religieux avec le monde. […] En ce sens, une théologie de la libération est toujours située. Ce qui signifie que celle-ci est toujours enracinée dans un temps et un lieu donnés; elle surgit à partir des expériences vécues de personnes engagées dans le processus dialogique. C'est ce qui rend toute personne capable - peu importe son niveau d'instruction - de pratiquer la théologie. Bien que cette théologie soit ancrée dans la réalité quotidienne, elle est aussi en relation avec l'universel, et tendue vers la quête de sens. Le théologien afro-américain James Cone a dit : Je crois fermement que les questions qui intéressent la théologie devraient être celles qui surgissent à partir du vécu dans la société alors que les personnes cherchent du sens dans un monde déshumanisé.

" Je persiste à défendre l'idée que la théologie surgit à partir de solide et réelle expérience de vie: vient d'abord l'expérience (la religion) et ensuite vient la réflexion sur cette expérience (théologie) " pasteur Richard Gilbert.

2° C’est une théologie de l'action. Elle est en dialogue avec la culture, elle cherche à comprendre l'histoire d'un peuple à la lumière de leur expérience de l'oppression et de la liberté, de l'exploitation et de la justice. [..]

3° la théologie de la libération est optimiste. L'Histoire y est exploitée non seulement pour comprendre ce qui s'est passé mais ce qui aurait pu se passer et ce qui peut encore se passer. C'est, au fond, avoir recours à l'Histoire pour projeter un avenir plus prometteur, ce que Isasi-Diaz, représentante de la théologie mujerista, appelle l'avenir préférentiel comme une source d'espoir. L'universalisme unitarien a toujours eu une foi en l'espoir au point parfois d'être accusé d'un trop grand optimisme. Mais notre foi dans l'avenir ne vient pas d'une méconnaissance des souffrances actuelles, mais d'avoir su les transformer par voie d'un processus approfondi de réflexion et d'actions. C'est pourquoi le pasteur UU Fred Muir dit que notre utilisation de la théologie de la libération nous donne une raison d'espérer. L'engagement pour la construction d'une société juste, et, au bout du compte, une nouvelle humanité, présuppose la confiance en l'avenir.

4° le processus fondamental de la théologie de la libération est la réflexion critique. C'est sur ce point, je crois, que du travail passionnant peut se réaliser dans nos communautés unitariennes universalistes. Nous avons déjà une tradition qui valorise la raison. Nous avons trop souvent cru que seuls les gens bien éduqués sont en mesure de pratiquer la théologie unitarienne universaliste. Toutefois, la pasteur Lucy Hitchcock, dans un entretien avec la Commission UU d'évaluation, nous a rappelé que les gens pauvres, sans éducation, sont capables de comprendre le monde d'un point de vue réflexif. Hitchcock invoqua les travaux de Paulo Freire à cet égard. Freire a accompli un travail révolutionnaire parmi les populations incultes et analphabètes du Brésil. Son but a été d'activer le processus du passage de la conscience naïve à la conscience critique. […] nous pourrions tous devenir ce que Gustavo Gutierrez, le père de la théologie de libération, a appelé des intellectuels organiques; c'est-à-dire, des théologiens pleinement et personnellement engagés dans les réalités historiques.

5° - Un processus qui cherche la justice. Les théologies de libération sont toutes issues dans le contexte de l'expérience de l'oppression économique, sociale et raciale/ ethnique. Chacun des différents courants de la théologie de la libération pose des questions qui reviennent toujours à la même interrogation de base : Que signifie cette expérience douloureuse vu les promesses que notre croyance particulière dit que Dieu a faites ? En d'autres termes, où se situe Dieu dans le processus d'oppression ? La réponse, quelle qu'elle soit, est que Dieu manifeste nettement une option préférentielle pour le pauvre. Les Évangiles sont lus suivant cet éclairage comme aussi les prophètes dans les textes hébraïques. […]

Isasi-Diaz s'étend longuement sur le développement du sujet moral chez les femmes hispaniques. Être un sujet moral veut dire communiquer son expérience à d'autres; permettre à d'autres gens de devenir autonomes. Dans la théologie mujerista , le sujet moral se soucie des générations futures; c'est-à-dire, devenir un sujet moral signifie assumer une charge de responsabilité de plus en plus importante face à la communauté et à l'aide à lui donner. Ceci n'a rien à voir avec la réalisation de soi, mais concerne la transformation de l'expérience de toute une communauté. La vie dit-elle, est vie si elle est liée aux autres. Cette idée de relation générative a aussi été mentionnée dans notre sermon sur la théologie de l'amitié de Mary Hunt. C'est un concept important dans toutes les théologies relationnelles. Les relations significatives dans une communauté ecclésiale mènent à la transformation à la fois de l'individu et de la communauté.

Quoiqu'une grande partie de la théologie de libération soit issue de la tradition théiste, le thème du sujet moral connaît un écho chez le théologien unitarien universaliste William R. Jones, un humaniste convaincu. Certains d'entre vous aimeriez peut-être le livre de Bill intitulé Is God a White Racist? Jones nous incite à croire au principe d'humanité En d'autres termes, que vous soyez croyant ou pas, vous faites bien d'agir comme si un meilleur monde était de votre responsabilité !

6° - l'humanisme. Pas la définition contemporaine de l'humanisme en opposition au théisme, mais dans le sens plus traditionnel de la Renaissance qui plaçait l'expérience humaine au centre comme source de l'autorité pour la morale et les décisions éthiques. Gutierrez décrit bien cela. Le genre humain est vu comme assumant consciemment la responsabilité de son propre destin. […]


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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 17:07

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Présentation : l’espérance d’un monde alternatif
, par Léo Poncelet

Nous avons largué les amarres, il y a un an. Tribune libre unitarienne entreprend sa seconde année. Nous avons eu de la chance, seulement quelques cordages à renforcer, quelques filets à ravauder, aucuns trous dans le bois à calfeutrer. Ayant mouillés dans des rades lointaines, noués de nouveaux liens avec la terre, nous embarquons à nouveau dans "l’arche de Noé, version unitarienne contemporaine" dont nous parle Jean-Claude Barbier(voir précédent n°) pour appareiller. Larguons les amarres, hissons les voiles, puis sachons garder le cap sur d’autres horizons inconnus.


Les liens entre le communisme et le christianisme
, par Yann Germain

chrétien et membre du Parti Communiste Français


Communiste et chrétien
, par Bruno Cadez

Journaliste à Liberté hebdo (journal communiste du Nord de la France), membre du réseau de la " Correspondance unitarienne ", modérateur du groupe de discussion " Unitariens francophones "


Christianisme et communisme, 
par Jérôme Béguin

Une approche historique


Marxisme et christianisme pratique
, par Fabrice Descamps

L’auteur propose une définition de ce qu’il appelle le " christianisme pratique " : Ce que j'entends par christianisme pratique doit être très soigneusement séparé de la religion chrétienne. On peut être athée et être un chrétien pratique. Dans les Evangiles, Jésus nous apprend que la religion qu'il prêche s'appuie sur deux commandements qu'il considère comme équivalents. Le premier dit: " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ". Le deuxième dit : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même ". Comme, pour le Christ, les deux commandements sont, je le répète, parfaitement équivalents, il est logique que, pour lui, le meilleur moyen de manifester son amour pour Dieu soit d'aimer son prochain. Un chrétien pratique est donc quelqu'un qui applique le deuxième commandement, quoi qu'il pense par ailleurs du premier. On peut être un chrétien pratique et bouddhiste, musulman, agnostique ou encore athée, voire fervent catholique. Inversement, on peut aller à la messe tous les jours et ne pas être un chrétien pratique. Mais, dans ce cas, je crois qu'on n'a rien compris au christianisme: mieux vaut aller à la pêche le dimanche. Il me semble que ce que les unitariens ont en tête, dans leur grande majorité, est un christianisme pratique qui laisse sagement chacun libre de croire ou ne pas croire qu'appliquer le deuxième commandement équivaut à appliquer le premier. Chaque unitarien pense ce qu'il veut du premier, mais il tient au deuxième. ".

Puis, après avoir établi le bilan du marxisme historique, il fait le procès du christianisme dogmatique : " En ce qui concerne le christianisme théorique, c'est-à-dire le christianisme dogmatique, il présente un certain nombre d'affirmations arbitraires qui peuvent difficilement emporter l'adhésion d'un être rationnel. C'est pourquoi l'unitarianisme est précisément né de la critique et de l'abandon de ces affirmations les unes après les autres. En France, un certain nombre d'unitariens se disent prêts à pousser très loin cette critique mais s'arrêtent au milieu du gué en refusant de critiquer le concept de dieu et la centralité de l'enseignement de Jésus **. Cette soudaine pusillanimité après tant d'audaces me surprend et me semble tout aussi arbitraire ".

* la revue a choisi le mot " unitarianisme " et non " unitarisme " (ce dernier ayant par ailleurs un sens politique auquel les Québécois sont très sensibles, celui d’unité d’un Etat par opposition au fédéralisme)

** allusion aux statuts de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) qui se réfèrent à la croyance en un Dieu Un et à l’enseignement de Jésus.

Enfin, à partir de la situation aux Etats-Unis, il espère en une Eglise unitarienne qui soit vraiment internationale, dégagée du modèle américain  : " Quand le christianisme dogmatique nord-américain aura cessé d'incarner le christianisme pratique, alors d'autres religions, adossées à des civilisations montantes, auront la capacité d'en prendre le relais et de traduire ce christianisme pratique en actes. Ou alors, ces civilisations prospères seront largement déconfessionnalisées, comme l'Europe aujourd'hui, et n'auront plus besoin de donner à ce christianisme pratique d'enveloppe ecclésiale. Le marxisme est mort avec la puissance soviétique et le fondamentalisme protestant est lié, pour le meilleur et pour le pire, à la puissance américaine. Mais le christianisme pratique, lui, est increvable. Quel que soit son futur nom.

Espérons que les unitariens sauront, mieux que tout autre courant religieux, lui donner une Eglise, je veux dire, une vraie Eglise internationale, pas un rejeton nord-américain de plus. S'ils y parviennent, l'unitarianisme a de beaux jours devant lui ".


Communisme chrétien, 
par Joshua Foust

L’auteur est un jeune universitaire américain, étudiant à l’université du Colorado à Boulder en sciences politiques et relations internationales.


L’Eglise catholique et le monde
, par Immanuel Wallerstein

L’auteur a été présenté dans le n° précédent. L’article correspond au " commentaire n° 159 ", du 15 avril 2005. Un bilan historique de l’Eglise catholique au moment de l’enterrement du pape Jean-Paul II
 

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illustration évoquant la théologie de la libération vue dans le cahier d'Evangile et liberté consacré aux nouveaux courants de la théologie :"Dire Dieu aujourd'hui", n° 201, août-septembre 2006,  http://www.evangile-et-liberte.net/


" Qui te lie ? " La théologie de la libération et la croyance libérale
, par Joshua Snyder

pasteur unitarien américain, l’auteur donna ce discours en anglais devant la communauté unitarienne de l’Omaha, le 9 mars 2003

Après avoir montré combien la théologie de la libération insiste sur la différence entre riches (dominants) et pauvres (dominés), l’auteur témoigne de sa foi en une humanité unie.

" Pour moi, il est clair que les unitariens universalistes doivent balayer d’un revers de la main cette division rigide de la race humain entre " nous autres, les bons " et " les autres, les méchants ". Ma citation préférée d’Oscar Wilde est " Il y a deux sortes des gens dans le monde. Ceux qui divisent le monde en deux groupes, et ceux qui ne le font pas ". Comme le sous-entend l’épithète de leur confession, les universalistes unitariens ont toujours plus ou moins refusé de diviser le monde en deux camps. Les universalistes croient que tous les humains, sans exception, sont sauvés et iront au ciel après leur mort. Dieu étant infiniment bon et miséricordieux, il ne peut donc pas diviser l’humanité en brebis et en boucs. Les unitariens quant à eux croient que Dieu est un, non divisé en trois parties. Kenneth Patton, un unitarien universaliste, a baptisé la spiritualité humaniste " la religion pour un monde unifié ". Il s’est efforcé tant bien que mal à évoquer les symboles religieux et l’esprit de tous les peuples de la terre. Il pressentit qu’il y a une humanité commune au-delà des différences culturelles et linguistiques. Cela anticipe sur ce qui fut plus tard connu comme le septième principe unitarien. Celui-ci encourage la révérence pour la toile interdépendante de la vie dont nous faisons tous partie. Dans les dernières vingt années, ce principe a pris de l’envergure et un sens pour nombre d’unitariens universalistes. On pourrait amasser un tas d’exemples qui attestent que ces derniers, sont, dans l’ensemble, parmi ceux qui refusent de diviser le monde en deux moitiés ".

" D’une part, j’aime bien la critique de théologie de la libération concernant l’injustice globale, et je lui donne raison de considérer la religion comme un moyen d’action sur notre propre situation. D’autre part, ce que j’aime moins, c’est sa conviction que son peuple sera parmi les vainqueurs de l’histoire, et que les autres, qui sont les ennemis, voire les suppôts de Satan, seront exterminés, à la fin des temps. Fred Muir (1), pasteur unitarien universaliste d’Annapolis dans le Maryland, a écrit abondamment sur cette question; il a même imaginé une théologie de la libération unitarienne universaliste. Il rompt avec le lieu commun d’un Dieu céleste en lutte continuelle contre le mal. Plutôt, prenant l’exemple sur la toile interdépendante de la vie, Dieu est le cosmos, la source de toute vie et de la création. Muir s’auto-définit comme panthéiste; il croit que Dieu et le cosmos sont synonymes, en quelque sorte. Dieu n’est pas un être séparé et distinct de la création. L’existence d’une toile interdépendante veut dire que le monde humain est lié au monde non-humain, des plantes, des animaux, et de la nature. Cette compréhension cosmique de l’interdépendance, qui est la définition de Muir de Dieu, élimine la victoire d’un camp au détriment d’un autre. Plutôt, elle suppose la recherche de la justice avec pondération.

Quand trois personnes ont plus de richesses que soixante des pays les plus pauvres, certes il y a quelque chose qui ne va pas. Il y a là des conditions propices pour inciter l’opprimé à renverser son oppresseur. Ces révolutions finissent la plupart du temps par échanger un tyran contre un autre, sans mettre fin une fois pour toute à la tyrannie. L’histoire démontre que troquer un Tsar pour un Staline, un Tito pour un Milosovic, un empereur pour un Mao, n’a pas grande utilité. La théologie de la libération unitarienne universaliste a le mérite de s’attaquer au problème systémique du déséquilibre et de l’injustice, faisant de celui-ci le problème de tout le monde, non seulement celui des soi-disant méchants. Cette théologie holiste et moniste de la libération, qui voit l’humanité comme faisant partie d’un monde interdépendant, recherche le bien commun, sans exclure personne. Quand d’un côté il y a le camp vainqueur des opprimés et de l’autre côté, le camp d’un dictateur défait, les graines sont semées pour voir germer encore une autre révolution sanglante. Le dualisme radical débouche sur beaucoup de souffrances ".

(1) Muir, Fredric John. A Reason for Hope: Liberation Theology Confronts a Liberal faith


Les théologies de la libération
, par Roberta Finkelstein

Voir larges extraits reproduits dans La Besace des unitariens, rubrique " Tribune libre unitarienne ", du 18 septembre 07


Tableau sélectif du communisme chez les chrétiens, de l’Eglise primitive à nos jours
, par Maurice Cabana-Proulx

Une chronologie avec auteurs et évènements ayant marqué cette longue évolution depuis les Esséniens, en passant par les anabaptistes du XVI° s.


La conférence de Montréal sur le climat brouille les cartes
(rubrique : " point de vue sur l’actualité "), par Léo Poncelet.

Des milliers de délégués de 188 pays et de l'Union européenne se sont réunis à Montréal, au Palais des Congrès, du 28 novembre au 9 décembre 2005, pour la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Leur but : débattre si on doit négocier de nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre suite à la première phase du protocole de Kyoto, se terminant en 2012.

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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 10:12

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Présentation : quelle vie future ?  par Léo Poncelet


La vie future
, par Roger Sauter

fonds-Roger-Sauter--enseignant----Asmara-6--r--duction-50-.JPGThéologien laïc, membre de l’Union protestante libérale (ULP) de Genève, président d’honneur de l’Association unitarienne francophone (AUF). Homélie prononcée lors du culte de clôture de l’AG de l’AUG qui s’est tenue à Ferney-Voltaire le dimanche 21 octobre 2001. Voir sur le site de La Besace des unitariens la rubrique consacrée à l’auteur (SAUTER Roger).


L’histoire de Joseph
, par Denis Boudeau

Présentation de la Commission scolaire de la Vallée-des-Tissérands, au Forum social mondial de Porto Alegre au Brésil en janvier 2002. L’auteur, dans un récit fictif, raconte l’histoire de Joseph en l’an 2050 pour mieux souligner l’impact de la mondialisation sur l’éducation dans ce moment des grands choix historiques.


Les jeux ne sont pas faits,
par Ilya Prigogine

reprise d’un texte mis en ligne sur le site de l’Unesco et paru dans " Lettres aux générations futures "  ; l’auteur, qui est chercheur en Belgique a reçu le prix Nobel de chimie ; ses réflexions sur le développement des techniques de l’information

" Mon message aux générations futures voudrait donner des arguments pour lutter contre la résignation et le sentiment d'impuissance. Les sciences récentes de la complexité nient le déterminisme, elles insistent sur la créativité à tous les niveaux de la nature. Le futur n'est pas donné. ". L’auteur évoque les sciences de la complexité avec le concept de bifurcation où la trajectoire d’un flux choisit l’une des branches parmi bien d’autres possibles et crée ainsi l’événement. " Ces bifurcations apparaissent à des points singuliers où la trajectoire suivie par un système se subdivise en " branches ". Toutes les branches sont possibles, mais une seule va être réalisée. Une bifurcation ne survient pas généralement seule, il apparaît une succession de bifurcations. Cela conduit à un aspect historique, narratif, même dans les sciences fondamentales. C'est la " fin des certitudes ", le titre de mon dernier ouvrage. Le monde est une construction, une construction à laquelle nous pouvons tous participer. ". Enfin, l’auteur constate l’importance des nouvelles techniques de communication : " Où en sommes nous ? Je suis persuadé que nous approchons d'un point de bifurcation lié aux progrès de l'informatique et de tout ce qui l'entoure, tels les multimédias, la robotique ou intelligence " artificielle ". C'est la networked society avec ses rêves de village global. ". L’individu y a toute sa place : " Nous sommes à la période des fluctuations où l'action individuelle reste essentielle ".


Le siècle dernier, le dernier millénaire
, par Immanuel Wallerstein

Commentaire n° 31, paru en anglais le 1er janvier, 2000 sur le site du Fernand Braudel Center, Binghamton University. L’auteur est un sociologue américain et directeur de ce centre. Il est bien connu pour ses travaux sur le système-monde moderne. Pour lui, le XX° siècle aura été marqué par l’hégémonie des États-Unis et la résurgence du monde non-occidental (la prise au pouvoir des mouvements de libération nationale à peu près partout en Asie, en Afrique et en Amérique latine). Mais grande désillusion liée à la survivance des inégalités et à leur accentuation au sein de l’économie-monde capitaliste

" Le second grand changement était d’ordre moral. Le système capitaliste est un système dans lequel l’accumulation incessante du capital est non seulement possible, mais légitimée, et auquel on accorde la priorité sociale. Ceux qui refusent de jouer selon ses règles deviennent perdants- économiquement, politiquement et culturellement. Le génie, qui fut toujours présent, a été libéré de la bouteille. Et tous ceux qui l’avaient auparavant gardé embouteillé- les leaders religieux, les dirigeants, et la majorité de la population mondiale - sont restés là quelque peu penaud. Ce génie n’est jamais apparu si puissant qu’en 2000. Quelques uns s’en réjouissent; beaucoup le déplorent; la plupart se résignent à prendre leur mal en patience. La stabilité de ce type de système repose en grande partie sur la passivité de la majorité. C’est ici que la désillusion de 1968 et des années subséquentes vient en ligne de compte. La désillusion détruit la passivité ".


La mondialisation et le nouvel ordre économique
, par Valmyre A. Bourdon

L’auteur est directeur commercial à la retraite, ancien président de l’Église unitarienne de Montréal et membre fondateur du Mouvement universaliste au Québec. Dans cet article, il dénonce l’Accord de libre-échange Nord-Américain (Alena) qui impose une certaine mondialisation, et débouche sur sur une réflexion relative à la démocratie : " Les unitariens posent, en principe, que tout être humain a droit à la liberté de conscience et de s'organiser suivant le processus démocratique qui en découle. Est-ce que les dirigeants des grandes entreprises donnent le même sens que nous au mot démocratie ? ".


Le dossier sur la mondialisation des grandes entreprises : un système axé sur la croissance économique infinie n’est pas durable
, par David C. Korten

L’auteur est président du People Centered Development Forum et auteur d’un certain nombre de livres sur le pouvoir des entreprises, entre autres When Corporations Rule the World). Article paru en février 2005 dans JUSTnews, revue publiée en anglais par les unitariens canadiens pour la justice sociale.


L’Extrême-Orient et le Monde : les prochaines décennies
, par Immanuel Wallerstein

Second article de l’auteur. Commentaire no. 157, paru en anglais le 15 mars 2005 sur le site du Fernand Braudel Center, Binghamton University : http://fbc.binghamton.edu/commentr.htm


Lors de nos cultes, le partage en paroles et en gestes
, par Jean-Claude Barbier, fondateur et animateur du réseau francophone " Correspondance unitarienne ", secrétaire général de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU).,

Publié dans la rubrique " Lettre à la Rédaction ". Dans le prolongement de l’article du pasteur R. Drennan qui, dans la livraison précédente (vol. 1, n° 1), nous invitait à ouvrir nos " possibilités " et de l’éditorial nous invitant à " larguer les marres ", l’auteur précise que cela ne va pas sans continuer à se référer aux grandes sagesses de l’humanité : "L’unitarisme contemporain a effectivement un rôle pionnier à jouer dans cette sortie des religions, comme nous y invite Raymond Drennan. Il y a bien sûr des amarres à larguer ! Mais aussi des cordages à renforcer, des filets à ravauder, des trous dans le bois à calfeutrer, un travail de marin en quelque sorte qui sait affronter la haute mer, mais à partir de la terre ferme ! Sachons embarquer dans l’arche de Noé, version unitarienne contemporaine, avec les biscuits et autres provisions que sont les patrimoines des grandes sagesses de l’humanité, dont le christianisme fait indiscutablement partie … " 

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