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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 11:55
par Matt Grant, traduit en français par Noëlle Colle, article à la Une paru dans le bulletin de la Correspondance unitarienne de mars 2010.

“The Ongoing Search for Renewed Hope” / En chemin vers une nouvelle raison d’espérer ; The American Unitarian , Quarterly Journal of the American Unitarian Conference (AUC), volume 4, n° 4, décembre 2005 (lien)

Lors de mon adolescence et le début de mes vingt premières années, je me suis posé des questions à propos de chaque dogme, de la tradition chrétienne en commençant par la Trinité. Je me suis rendu compte que, rationnellement, je ne pouvais accepter la conception trinitaire de Dieu, pas plus que les théories du Rachat, du Péché originel, de la Naissance virginale, de la Résurrection physique ou de la Damnation éternelle. D'après les standards de la plupart des Eglises organisées et mouvements chrétiens, je savais que je ne pouvais plus être considéré comme chrétien. Cependant j'ai toujours considéré qu'un chrétien était celui (celle) qui étudie et suit les enseignements de Jésus. Et, bien que sachant que mon hérésie me fermerait les portes de toutes les Eglises, j'ai toujours senti dans mon cœur que j'étais chrétien et cela n'a pas changé.

Après avoir rejeté la doctrine traditionnelle de l'Eglise, j'ai d'abord cherché à la remplacer par d'autres religions telles que le soufisme, le taoïsme, le sikhisme, la Réforme [protestante], le judaïsme et le bouddhisme. J'ai apprécié la beauté de ces religions et de la culture qui les entouraient, mais j'ai toujours senti l'appel du christianisme (bien que les questions de doctrine soient restées un obstacle).

Après avoir cherché un chemin de retour vers le christianisme, j'ai failli renoncer.

D'abord j’ai décidé que j'avais simplement besoin de fréquenter plus souvent l'Eglise et de me "re-conditionner" en un croyant. Mais plus j'essayais, plus je sentais spirituellement et rationnellement que ce n'était pas le bon moyen. Le besoin de croire ne se satisfaisait pas en effet en assistant simplement à des cérémonies dans de luxueuses églises, pour y réciter le Credo et chanter des chants qui parlaient d'aider les pauvres ; c'était simplement « sauter à travers un cerceau pour atteindre un ciel imaginaire ».

Je m’apprêtai donc à me résigner à être un athée ou du moins un agnostique. Mais je ressentais dans cette position un vide intellectuel et éthique ; il y manquait en particulier l'espoir que donne la foi. Avancer simplement à travers les événements de la vie comme semble le proposer l'athéisme manquait d'espérance.

Je suppose que ce qui m'a toujours frappé au sujet du besoin de croire c'est finalement qu'il doit être centré sur l'espoir de quelque chose de grand, sur la pensée que nous les humains ne sommes pas de simples machines biologiques, que nous avons à tenir compte des actions de notre vie, que l'Humanité n’est qu’une partie d'un plan plus large et que le but est d'arriver tous ensemble comme un tout à ce grand but plutôt que de nous centrer sur nos besoins immédiats. Malheureusement la plupart des religions du monde sont plus préoccupées par la définition de ce qu'est ce grand but (souvent c'est un moyen d'affirmer leur pouvoir) plutôt que d'apporter ce message fondamental d'espoir dont l'Humanité à tant besoin.

Cork-Unitarian-Church--l-eglise.jpgCork-Unitarian-Church.jpg

Par Internet, j'ai finalement trouvé des informations sur l'unitarisme - un courant de pensée, religieux, provenant de chrétiens dissidents qui rejetaient le dogme de la Trinité. Malheureusement, aujourd'hui, ce mouvement, qui semble composé surtout de membres qui passent par le classique processus de remise en cause du christianisme traditionnel, n'a pas gardé le même désir de rester au sein de l'Eglise chrétienne. Il semble tellement se complaire dans le processus de questionnement que cela est devenu maintenant le cœur du mouvement. Il en résulte que les unitariens anglais et américains sont maintenant un mouvement qui, s'il facilite l'exploration spirituelle par ailleurs nécessaire pour beaucoup de gens, n'apporte pas beaucoup plus. [ndrl : nous laissons à l’auteur la responsabilité de son appréciation]


Ayant visité leurs églises et lu leurs journaux, je me suis rendu compte que ce qu'ils semblaient proposer était à peine plus que le vide de l'athéisme ou de l'agnosticisme, plus préoccupés qu’ils étaient par définir pourquoi ils n'étaient pas chrétiens ou pourquoi ils étaient "plus que chrétiens seulement" [ ndlr - allusion à l'unitarisme-universalisme qui s'est élargi à l'interfaith ] - plutôt que de chercher un changement de vie, un message enthousiasmant d'espérance et un objectif.

En fin de compte j'ai découvert que certains unitariens gardaient une identité chrétienne centrée sur l'étude, apprenant et suivant les enseignements et exemples de Jésus avec un esprit ouvert s’étendant à l'environnement. Lors d'une visite à une église unitarienne à Leeds, le pasteur - alors que nous regardions à travers les bans en direction de l'autel- a renforcé mon impression d'avoir finalement trouvé la place où je pourrai nourrir une perspective spirituelle, en m'expliquant que ce qui importait n'était pas la place mais la passion de donner de l'espoir aux gens, qu'ils soient en train de mourir d'un cancer, de se trouver sans abris, de se battre contre la drogue ou toutes autres épreuves.

Ce n'était pas l'espérance dont parlait Karl Max - lorsqu'il disait que la religion était l'opium du peuple - mais plutôt un moyen d'aider les gens à faire face à leurs problèmes, les aider à voir plus loin que leurs difficultés actuelles, à penser positivement et essayer d'obtenir quelque chose de meilleur.

Ces deux ou trois dernières années, j'ai été plongé dans le christianisme unitarien d'une façon ou d'une autre. En général cela a été une période constructive et qui valait la peine, pendant laquelle j'ai commencé à retrouver une approche spirituelle de la vie. J'ai commencé à retrouver l'espérance dont chaque être humain à besoin.

Mais mon problème a toujours été le suivant. Pourquoi les chrétiens unitariens qui continuent à se situer à l'intérieur de la traditionnelle dénomination unitarienne, doivent-ils toujours se défendre et se justifier auprès des unitariens qui ne le sont pas ? C'est parce que ces derniers - souvent arrivés chez les unitariens avec une expérience très négatives des Eglises traditionnelles - voient le christianisme comme un système intolérant de dogmes archaïques. Cette situation conduit souvent à des débats répétitifs qui n'apportent rien, qui ne peuvent être considérés comme une saine discussion théologique, mais pourraient être traités plus exactement de "nitpicking" [ ndlt - c'est-à-dire en français "chercher les poux dans la tête de quelqu’un, couper les cheveux en quatre" ].

Ceci n'est pas uniquement la faute des non-chrétiens - bien que, selon mes connaissances, ils aient souvent été les instigateurs de tels débats - mais aussi des chrétiens unitariens (y compris moi-même). Nous, chrétiens unitariens, sommes trop souvent préoccupés par ce qui fit dans le passé le succès de l'unitarisme à savoir "le souci de préserver la tradition chrétienne". Trop souvent nous nous laissons entraîner à argumenter et à discuter simplement dans le cadre de l'unitarisme. Et trop souvent nous sommes loin de prendre en considération la valeur des autres traditions, les nouveaux courants et autres dénominations de chrétiens libéraux, préférant rester confortablement à l'intérieur de nos associations et congrégations essentiellement bourgeoises.

Mais au XXIème siècle cela ne va plus. Il y a eu un brassage de peuples qui se sont ouverts au changement technologique, économique, politique et social ; leurs systèmes spirituels et éthiques ont du mal à s'adapter à ce monde complètement différent ; certaines religions ont essayé de s'élever contre ce changement en se construisant un "bunker" idéologique. Une partie du christianisme et de l'islam ont adopté cette position. Ils sont incapables d'adapter leurs communautés paroissiales au monde nouveau ; alors ils s'en retirent, souvent même le combattent. D'un autre côté des petits groupes de croyants comme les unitariens ou les quakers, incapables eux aussi de concilier leurs croyances avec le monde moderne, rejettent celui-ci [ndlr : jugement hâtif ! nous ne voyons pas à quels groupes unitariens et quakers l’auteur fait ici allusion].

Le christianisme unitarien a la possibilité d'offrir une autre solution. Il est assez souple et ses croyances peuvent être réévaluées et, si nécessaire, changées à la lumière des nouvelles connaissances. De plus, comme il est basé sur un solide message d'espérance, il peut continuer à apporter aux gens le sentiment d'avoir un but et la vision de quelque chose de plus grand - d'abord fondé sur les exemples et enseignements de Jésus, mais aussi parce qu’il est ouvert à d'autres sources de sagesse, de compréhension et d'intuition.

La position actuelle du christianisme unitarien peut cependant poser problème. Les chrétiens unitariens sont trop souvent un mouvement pour la préservation plutôt que pour le progrès, en tant que groupe primitivement bourgeois dans sa recherche, en tant que communauté qui, souvent à l'origine, s'est organisée pour réagir contre l'unitarisme moderne; et en tant que collectivité internationale apparemment gelée par son religieux respect pour l'Eglise fondatrice de Transylvanie - plutôt que de se tourner dans son propre pays vers d'autres groupes qui pourraient offrir un bien meilleur moyen pour construire au XXIème siècle un mouvement basé sur la foi. [ ndlr : là aussi, nous témoignons que l’Eglise unitarienne de Transylvanie est une Eglise tout à fait « moderne » dans le sens où l’entend l’auteur lui-même ].

J'ai commencé à penser quitter ce chemin. Parce que j'étais continuellement entraîné dans le jeu du chat et de la souris avec les autres unitariens qui ont peur des chrétiens parmi eux et, jusqu'à un certain point, je trouvai une mentalité de petite chapelle à beaucoup de communautés européennes de chrétiens unitariens où il semble, quoiqu'il en soit, que le plus important soit d'être vu comme allant régulièrement à l'Eglise, participant aux commissions et payant son dû à l’Eglise mère de Transylvanie. [ ndlr : chaque Eglise unitarienne locale gère ses propres ressources financières et l’aide qui a été envoyée à l’Eglise de Transylvanie l’a été bénévolement pour l’aider à sortir de la période du communisme roumain où elle a beaucoup souffert ]

Travailler en groupe pour ceux qui en ont le plus besoin, faire l'aumône, se battre pour la Justice, etc., ne faisait pas partie de ce plan. Ce que le révérend Cliff Reed écrivait dans une récente édition de The Unitarian Christian Herald montre un point de vue différent et je pense que cela restera en moi jusqu'à la fin de ma vie. Il écrit :

" Ce jour là le Fils de Dieu passait par là en route vers le pub, mais personne ne le remarqua. Ils étaient tous sur le chemin de l'église pour une fois. Dans une des églises, ils mangèrent le Fils de Dieu- ou pensèrent qu'ils le faisaient. Dans une autre église, ils acclamèrent son nom avec force mais semblèrent plus intéressés à s'en prendre les uns aux autres. Dans une autre église, ils se demandèrent s'il y avait un fils de Dieu, où s'il y avait un Dieu. Le fils de Dieu les laissa à leurs affaires comme il a toujours fait. Mais au pub, il parla avec un ami brisé par la vie et lui rendit l'espoir "

C'est un passage très émouvant et je trouve qu'il montre bien le sens des enseignements et exemples de Jésus. Jésus n'était pas concerné par ce qui se passait dans des endroits qui se proclamaient eux-mêmes "Maison de Dieu" ; il était concerné par la maison de l'Humanité. Il a apporté l'espérance aux peuples en mettant sans cesse en avant et en vivant la compassion et la justice, en mettant constamment en lumière le principe fondamental de notre union les uns avec les autres et avec la Grande force qui nous a donné naissance et nous conduit à travers nos existences.

Ainsi donc, je continue ma recherche pour une nouvelle espérance - le voyage avait commencé lorsque j'ai compris que le système d'espérance que proposait mon Eglise locale était à peine plus qu'un système de doctrines et de contrôle - je sens grandir en moi le besoin de quitter les chrétiens unitariens. Si tout ce que nous faisons, nous chrétiens unitariens est de simplement conserver "la tradition", de construire des Maisons de Dieu en briques et en mortier, de rester gelés dans le souci du respect de nos pères fondateurs, de rester en constante position de défense à l'intérieur de notre famille, alors ma place ne s'y trouve peut-être pas.

Si nous, chrétiens unitariens, voulons contribuer aux luttes de l'Humanité du XXIème siècle, alors nous avons besoin d'entreprendre un sérieux processus de réévaluation. Nous avons besoin de nous "reconnecter" avec la totale nouvelle forme de pensée que l'on trouve dans le mouvement des chrétiens progressistes. Et alors, utilisant cette source et forme de pensée héritée du passé, sortir de notre petit confort et nous engager dans la société avec une force de compassion, de justice et d'union, cherchant peut-être l'inspiration en regardant vers d'autres groupes de chrétiens socialement actifs tels que l'Armée du salut.

[ ndlr. d’une façon assez générale les unitariens sont très engagés sur les questions environnementales, d’écologie, de lutte contre les discriminations sexuelles notamment contre l’homophobie, de tolérance religieuse, etc. Aux Etats-Unis, au XIXème siècle, des pasteurs unitariens ont été les tout premiers à lutter contre la pauvreté ouvrière des grandes villes (1), à militer pour l’abolition de l’esclavage (2), à promouvoir, avec les universalistes, le mouvement féministe, etc. ]

(1) par exemple avec Joseph Tuckerman à Boston 1826-1838 (lien)
(2) par exemple Théodore Parker (lien)


Construire de nouvelles églises, sauvegarder la gloire de vieilles églises, prêcher la grandeur des fondateurs, publier un journal sans but [sic !], faire une conférence ici et là, critiquer pour le simple plaisir de critiquer, cela ne va pas. Le XXIème siècle demande de nous beaucoup plus que cela.

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Published by Matt Grant - dans CU 2010 - articles
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 07:20
Théodore Parker, sa vie et ses oeuvres - un chapitre de l'histoire de l'abolition de l'esclavage aux Etats-Unis, chap. VI - Réformateur américain, extrait ; par Albert Réville, 1865. Voir le texte complet sur le site "Unitariens".

Pour lui, nous l'avons vu, la religion répondait à un besoin inné de la nature humaine et devait être le levain purificateur, le mobile vivifiant de l'activité quotidienne. Être religieux et viser à la perfection sur tous les domaines qu'il est donné à l'homme de parcourir, pour lui c'était tout un. Car si sa religion se résumait dans l'amour de Dieu, son Dieu, qu'il se gardait bien de définir, était essentiellement la perfection vivante, absolue.

La liberté la plus entière, civile, politique, religieuse, est une des premières conséquences de tels principes, une des premières exigences de leur application. Car l'homme ne peut se développer dans le sens du perfectionnement de son être que moyennant la liberté.

theodore_parker_dean_grodzins.jpgQuand on voit ce que, grâce à une liberté si souvent restreinte, à un développement encore bien entravé, l'homme a déjà réalisé des progrès, des réformes, des conquêtes, sur la nature brute ; quand on observe qu'en définitive la vraie moralité et la vraie piété profitent régulièrement des découvertes ou des améliorations émancipant l'homme des servitudes et des entraînements de la vie purement sensuelle ; quand on saisit, et dans l'histoire, et dans son propre cœur, cette loi du perfectionnement continu, qui n'est autre chose que l'action incessante du Créateur sur sa créature intelligente qu'il attire vers sa perfection à lui-même, qu'il fait venir à lui en faisant briller à ses yeux la splendeur de l'idéal, - la religion change nécessairement non pas de principe, mais de formes et de contenu. Si elle est la conscience et le resserrement volontaire du lien qui unit l'homme à Dieu, il est clair qu'elle doit inspirer surtout un sentiment profond et continu du devoir du perfectionnement en soi et autour de soi.

Donc le culte, public ou privé, l'exercice religieux en général, au lieu d'être son propre but à lui-même ou la monnaie d'un salut qui s'achète, devient un ensemble de moyens dont le but est ; d'activer et de faciliter le perfectionnement de l'homme tout entier, corps, intelligence et cœur. Ceci mérite qu'on s'y arrête. Dans les temps où, étranger à l'idée de progrès, l'homme ne voyait dans la Divinité qu'une formidable puissance avec laquelle il fallait avant tout se mettre en règle, coûte que coute, moyennant des rites magiques ou des absolutions sacerdotales, ou des professions de dogmes pour ainsi dire salutifères, la vie religieuse et la vie ordinaire faisaient deux choses non seulement distinctes, mais encore séparées ; juxtaposées l'une à l'autre, mais sans pénétration réciproque. L'homme travaillait, gagnait, se mariait, se livrait aux plaisirs de son choix et aux labeurs de sa position ; et puis, il priait, il observait des rites, il fréquentait des prêtres, il hantait des églises, il récitait son chapelet de litanies ou de dogmes. Sans doute les religions quelque peu développées, le christianisme surtout, même sous ses formes les plus imparfaites, ont toujours prétendu diriger aussi la vie ordinaire par leur enseignement moral ; mais comme les inévitables transgressions étaient expiées ou compensées par l'un ou l'autre des moyens extérieurs et factices que nous avons énumérés, il en résultait qu'en fin de compte la vie religieuse reprenait, avec sa supériorité sur la vie ordinaire, son caractère à part et continuait de former l'antithèse pure et simple de celle-ci.

C'est ainsi que, pour être religieux, il fallait retrancher autant que possible sur la vie naturelle ; par exemple, passer des heures, des jours, dans des prières indéfiniment réitérées, dans les jeûnes, dans les cérémonies religieuses. On se retirait du monde pour entrer en religion. Le couvent, en effet, était l'idéal. Tous n'y pouvaient entrer, parce que tous n'en étaient pas capables. Mais ceux qui restaient en dehors n'avaient rien de mieux à faire que de se rapprocher de la vie monastique autant que le permettaient les exigences du siècle. Tout cela était absurde, mais logique : Dieu et le monde étaient censés séparés l'un de l'autre, opposés l'un à l'autre; donc la vie religieuse et la vie du inonde devaient l'être aussi. Telle est, on peut le voir, l'idée fondamentale qui détermine la direction suivie par la piété catholique au Moyen âge.

La Réforme fit beaucoup pour briser ce dualisme. Elle fit rentrer en grande partie la vie religieuse dans la vie ordinaire. Ne reconnaissant plus de rite magique ni de pouvoir sacerdotal réel, réhabilitant le mariage et la vie de famille, déniant tout mérite aux œuvres extérieures et n'admettant pas que l'homme pût être sauvé autrement que par sa propre foi individuelle et vraiment à lui, elle diminua considérablement le terrain visible, réservé, qu'occupait avant elle la vie religieuse proprement dite, mais elle rendit plus intense et plus continue l'action des principes religieux sur les sentiments et les actes de l'existence quotidienne.

Cependant elle ne sut pas aller jusqu'au bout de son principe. Son tort fut surtout de confondre la foi avec l'adhésion à certaines thèses dogmatiques, lesquelles, restant souvent sans influence aucune sur le cœur et la conscience, leur étaient en réalité aussi extérieures, aussi étrangères, qu'avaient pu l'être auparavant des paroles de prêtre ou des indulgences de papier. Ce dualisme reposait encore sur le point de vue, peu modifié théoriquement par la Réforme dans ses premiers jours, d'un Dieu et d'un monde opposés l'un à l'autre. De là vint que le protestantisme eut aussi et a encore son bigotisme, son formalisme et son opposition méticuleuse à la vie pleinement humaine. L'opinion s'établit souvent dans son sein que les hommes les plus religieux étaient ceux qui lisaient le plus la Bible, assistaient au plus grand nombre de prédications, priaient le plus souvent, professaient la plus stricte fidélité à l'orthodoxie confessionnelle. Le protestantisme eut son patois de Canaan, comme le catholicisme a son jargon de sacristie, et ce qui, en apparence, n'était qu'un ridicule, était au fond l'indice d'une hostilité plus ou moins avouée à la vie simple et naturelle. De là, en effet, ce puritanisme sombre qui condamnait comme diaboliques l'art, la science, la joie honnête. L'important, c'est qu'on pratique, dit le bigotisme ultramontain; l'essentiel, c'est qu'on professe, dit le bigotisme protestant.

En cela, l'un et l'autre ont dévié de la pensée chrétienne fondamentale. L'important, l'essentiel, a dit Jésus, c'est qu'on aime. Aimez, et vous pratiquerez ce qu'il faut faire; aimez, et vous verrez ce qu'il faut croire. Ama et fac quod vis * (Aime et fais ce que tu veux.), a dit Augustin dans son meilleur moment ; et nous ajouterons : Ama et crede quod poleris * (Aime et crois ce que tu peux.) :

Supposons maintenant qu'au lieu de séparer Dieu du monde, on voit dans le monde la manifestation permanente de Dieu lui-même ; que l'on cherche par conséquent les lois immanentes du monde physique et moral, en se disant que ce sont autant de volontés divines; que l'on arrive par cette voie à la conclusion que l'homme est appelé de Dieu à travailler, à vivre en société, comme fils, époux et père, comme citoyen d'une ville et d'un pays, comme membre enfin de la grande famille humaine; que ce sont là les sphères, non contraires, mais concentriques, dans lesquelles doit se déployer son être et se réaliser son perfectionnement, — dès lors la religion, consistant uniquement en formes, en rites et en dogmes, aura perdu toute espèce de valeur.

La doctrine religieuse essentielle posera quelques principes, très riches d'applications, mais très simples en eux-mêmes. La vie religieuse tiendra relativement peu de place dans l'existence en tant que vie distincte, mais — et c'est là le grand côté de ce point de vue - elle agira du dedans sur cette existence tout entière. Elle en fera une prière continue. Selon la profonde expression d'un apôtre, le manger et le boire, le sommeil et la veille, le repos et le travail, tout sera à la gloire de Dieu. Le laboureur à la charrue, l'ouvrier au chantier ou à l'usine, la mère au berceau de son enfant, l'homme d'affaires dans son cabinet, l'artiste à son atelier, le savant dans ses recherches, tous porteront partout, dans les petites choses comme dans les grandes, leur désir, leur soif de perfection.

C'est par religion que l'on voudra donner à tout le cachet du soigné, du beau, du noble, du bien ; en un mot, du parfait. C'est par religion que l'on s'abstiendra de ce qui souille, énerve ou asservit l'âme. C'est par religion qu'on travaillera à l'extinction des misères et des corruptions sociales. C'est par religion qu'on sera libéral en politique, réformateur pacifique et philanthrope ingénieux. C'est par religion que l'on voudra s'instruire et s'instruire encore, et que les autres aussi puissent toujours plus s'instruire. « Plus de lumière, on n'y voit jamais trop, » tel sera l'hommage continuel qu'une telle religion rendra au Dieu qui est lumière lui-même. Et c'est par le concours de tous ces désirs purs, de tous ces efforts ardents, de toutes ces luttes vaillantes contre le mal et les ténèbres qu'enfin le royaume de Dieu viendra sur la terre comme il vient déjà dans le cœur de tous ceux qui s'enrôlent dans cette croisade sainte.

La religion ainsi conçue paraît à peu près annihilée aux partisans des religions du passé, habitués qu'ils sont à la considérer comme nécessairement liée à des actions et à des formes spéciales. Et pourtant elle est aussi réelle, aussi continue, aussi bienfaisante que la sève invisible qui vivifie le tronc, les branches et les plus petits rameaux d'un arbre vigoureux et sain. Elle plonge par ses racines dans l'élément légitime, bien souvent exagéré, mais plus souvent encore méconnu, du mysticisme. A la seule condition de ne pas se poser en ennemi de la raison et de la conscience, le mysticisme, cette joie intense que l'on puise dans le sentiment de la communion personnelle avec Dieu, est une volupté désirable et fortifiante.

Ou tout nous trompe, ou c'est là la religion qu'il faut au XIXe siècle. C'est celle surtout qu'il faudra au XXe. C'est de ce côté seulement qu'est désormais la joie, la joie pure et confiante, ce signe sacré des grandes choses qui commencent.

Cette religion des temps modernes n'est pas autre chose au fond que l'épanouissement du principe évangélique devenu vie et puissance en Jésus de Nazareth. Aimer de tout son cœur Dieu, c'est-à-dire la perfection idéale réelle, n'est-ce pas le premier de tous les commandements ? Et aimer comme soi-même l'homme, c'est-à-dire l'être qui possède la perfection virtuelle, l'être perfectible, n'est-ce pas le second, semblable au premier? C'est de cela que dépendent la loi et les prophètes, toute vraie moralité et toute sainte espérance. Ceux qui ont accusé l'Évangile de Jésus de diminuer l'énergie humaine, le faisant ainsi collatéral du bouddhisme, n'en ont pas compris le premier mot. Le bouddhisme a connu l'amour de l'homme : de là sa valeur morale et sa beauté ; mais il a ignoré l'amour de Dieu : de là sa faiblesse et sa stérilité.

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Published by Albert Réville - dans (hist) PARKER Théodore
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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 11:00

Article à la Une - « Un shahada pour les chrétiens unitariens ?" par Matt Grant (Royaume Uni), traduit par Noëlle Colle. “The Unitarian Christian Shahada ?”, The American Unitarian , Quarterly Journal of the American Unitarian Conference, volume 4, n° 1, mars 2005, (lien)
Informations (lien) :
- le décès d’une pionnière de l’ICUU, notre instance internationale
- le IIIème symposium théologique de l’ICUU
- naissance de l’Association unitarienne-universaliste francophone (AUUF)
- Le Conseil des unitariens et universalistes français (CUUF) élargit sa représentativité
Libres propos (lien) :
Le Sermon de la montagne, traduit par Petrus (Lorient)
Christ Rédempteur ou autres Jésus, par Raymond Bath (Montignies-sur-Sambre, Belgique)
Le culte relie les fidèles entre eux, par Jean-Claude Barbier (Bordeaux),
Message d’envoi du 29 janvier 2010 par Jean-Claude Barbier :
Le réseau de la Correspondance unitarienne est unitarien comme son nom l’indique et, conformément à notre tradition, son bulletin – et toutes ses autres activités – sont ouverts à tous les croyants et non croyants libéraux (ouverts aux autres non dogmatiques et tolérants). Vous trouverez donc dans nos bulletins des opinions diverses qui n’engagent bien entendu que leurs auteurs. Nous vous invitons à vous joindre à eux en nous envoyant vous aussi vos textes. Notre bulletin se veut être un espace d’expression. Notre réseau est interactif, n’hésitez pas à nous écrire.
En ce début d’année, nous voulons remettre à jour notre liste de diffusion. Si vous ne lisez pas nos bulletins ni ne les archivez, mais si vous les mettez au panier - ne serait-ce parce que vous n’avez pas le temps de les lire, nous vous demandons de nous signaler en toute simplicité votre souhait de vous désabonner. Ceci facilitera notre travail de gestion. Merci d’avance.

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Published by la Correspondance unitarienne - dans CU les sommaires
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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 13:09
Le Sermon de la montagne, traduit par Petrus, peintre et écrivain, catholique ; voir son site ; texte envoyé à la Correspondance unitarienne le 16 décembre 09 par son oncle, Michel Jamet (Nantes)

Jésus entama le mémorable Sermon sur la montagne par la haute invocation qui nous est parvenue sous la forme un peu naïve de : "Bienheureux les pauvres en esprit". Comme d’habitude, la traduction n’aide guère, le mot bienheureux ayant repris celui que le grec "makarioi/μακάριοι" avait benoîtement transcrit pour l’hébreu ashréi, suggérant le mouvement (dérivé de : marcher). L’expression christique serait sans doute mieux rendue par : "En avant !". Le docte André Chouraqui, dans son indispensable traduction de la Bible, a opté pour : "En marche !"

Ensuite, les pauvres ne le sont pas forcément puisque, le grec "ptokhos/πτωχος" désigne plutôt un mendiant (ce qui est plus qu'une nuance) et plus généralement quelqu’un qui se blottit, reprenant (selon le même processus) le mot hébreu ‘anawim évoquant ceux qui se courbent, les humiliés. On voit tout de suite la dynamique entre être blotti, prostré, et aller de l'avant, ce qui me semble une notion importante totalement occultée. Jésus (le rouge ?) appelle donc à la révolte les victimes d’oppressions ! physiques ou morales.

Enfin, la mention : en esprit que l’on peut lire dans Matthieu (5, 3) n’existe pas chez Luc (6, 20). Que l’un l’ait rajoutée ou que l’autre l’ait omise, peu importe : le sens est complété ou simplifié sans être dénaturé. "Debout ! les damnés de la Terre ..." serait donc à peine une interprétation d’une portée assez appropriée, voire plus que la formule usuelle à mon sens édulcorée, si ce n'est dénaturée ...

Christ Rédempteur ou autres Jésus, par Raymond Bath (Montignies-sur-Sambre, Belgique)

Réjouis parce que j’y trouve mes réflexions de juin dernier sur le comportement religieux. Attristé de constater combien de « chrétiens » tombent d’un excès dans l’excès contraire.

De Jésus-Christ égal au Père on refait un Jésus totalement homme à la convenance modernistes : un contestataire un peu exceptionnel, un moraliste, un révolutionnaire pacifique, un précurseur des francs-maçons, un socialiste avant l’heure, tout ce qu’on veut sauf un Rédempteur. Un gentil toqué qui se prend pour un enfant de Dieu. Un Spartacus sur le doux. Bref un Jésus conforme au « Da Vinci Code », un Jésus mari de Marie de Magdala et père de famille ordinaire.

La nuit précède le jour, l’ignorance est avant la connaissance, la mauvaise foi rend plus évidente la bonne. «La Moisson » est aux mains du Très-Haut et de ses anges. Nous ne sommes que des humains. Ne nous surestimons pas !

Le culte relie les fidèles entre eux, par Jean-Claude Barbier (Bordeaux), message du 1er juillet 2009 au groupe Yahoo « Unitariens francophones » (lien)

C'est effectivement en priant ensemble, en allumant notre calice, le même jour, et en échangeant ensuite que nous allons nous sentir plus proches les uns les autres. C'est çà qui est important et qui fera vivre notre Eglise pour tous, qui fonctionne sur la Toile (lien).


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Published by La Besace des unitariens - dans CU 2010 - articles
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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 12:41

Informations parues dans le bulletin de la Correspondance unitarienne du mois de février 2010 (n° 100)

Le décès d’une pionnière de l’ICUU, notre instance internationale

La révérende américaine Polly Laughland Guild (1924-2009) est décédée à Weston, dans le Massachusetts, où elle habitait le samedi 7 novembre 2009. Déjà très active au sein de l’International Association of Religious Freedom (IARF), elle s’est investie, avec son mari Ted, au début des années 1990, dans le programme international de l’Unitarian Universalist Association (UUA). Dans ce cadre, elle a participé à la mise sur pied du réseau mondial des unitariens, l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU) en 1995. Coordinatrice bénévole, elle assura la gestion du site de cette organisation jusqu’en 2008, tenait les archives, était en relation avec les groupes émergents partout dans le monde. Sa disparition soulève beaucoup d’émotion. Ses obsèques ont eu lieu à la Follen Church Society (lien),

à Lexington, dans son Etat ; elle en était révérende émérite.

Le IIIème symposium théologique de l’ICUU

L’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU) organise un 3ème symposium théologique (après Oxford, en Angleterre, en 2001, et Kolozsvâr, en Transylvanie, en 2006), sur le thème suivant : " 
Notre identité unitarienne dans le monde d’aujourd’hui ? que signifie une appartenance religieuse ? Celle-ci est-elle encore valable ? Comment cohabite-t-elle avec d’autres identités (géographiques, nationales, politiques, de genre, etc. ) ".

Il se tiendra au centre de conférences de Rolduc, à Kerkrade, près de Maastricht aux Pays-Bas, où l’accueil sera organisé par la Fraternité des Remonstrants (une Eglise libérale existant depuis le XVIème siècle, née d’une contestation du calvinisme), du mardi 13 juillet au soir au vendredi soir 6 juillet. Il sera précédé par une retraite à l’usage des ministres du culte unitarien, au même endroit, du 9 au 12 juillet.

L’AG annuelle de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU)


Cette AG se tiendra à Nantes le samedi 6 mars. A cette occasion, la présidente, Noëlle Colle, lance un appel à candidature pour le renouvellement du bureau.

Naissance de l’Association unitarienne-universaliste francophone

Nous saluons la naissance, le jeudi 29 octobre 2009, d'une nouvelle association unitarienne basée en France : l'AUUF. Nos Actualités unitariennes du 30 octobre 2009 ont reproduit le communiqué qui a été fait par les cofondateurs.

" La noble tradition unitarienne-universaliste anglo-saxone constituera le socle de notre histoire, même si nous élaborerons une expression spécifique, adaptée à notre mentalité, à nos institutions et nos pratiques de vie. " (Hassan Aslafy). Contact

Le Conseil des unitariens et universalistes français élargit sa représentativité

Le CUUF, en plus de ses trois membres administratifs qui sont ses co-fondateurs : Jean-Claude Barbier, Alain Lauzet et Maël Strom, comprend désormais 5 représentants d’association ou autre activité : Régis Pluchet pour l’AFCU (chrétiens unitariens), Hassan Aslafy pour l’AUUF (unitariens-universalistes), Jean-Charles Sikner pour le réseau de la Correspondance unitarienne, Yohann Amal pour le groupe Yahoo Unitariens francophones (qui comprend à ce jour 111 membres) et Fabien Maisonneuve pour les Amitiés islamo-unitariennes

Notre identité unitarienne dans le monde d’aujourd’hui ? que signifie une appartenance religieuse ? Celle-ci est-elle encore valable ? Comment cohabite-t-elle avec d’autres identités (géographiques, nationales, politiques, de genre, etc. ) ".

Il se tiendra au centre de conférences de Rolduc, à Kerkrade, près de Maastricht aux Pays-Bas, où l’accueil sera organisé par la Fraternité des Remonstrants (une Eglise libérale existant depuis le XVIème siècle, née d’une contestation du calvinisme), du mardi 13 juillet au soir au vendredi soir 6 juillet. Il sera précédé par une retraite à l’usage des ministres du culte unitarien, au même endroit, du 9 au 12 juillet.

L’AG annuelle de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU)


Cette AG se tiendra à Nantes le samedi 6 mars. A cette occasion, la présidente, Noëlle Colle, lance un appel à candidature pour le renouvellement du bureau.

Naissance de l’Association unitarienne-universaliste francophone

Nous saluons la naissance, le jeudi 29 octobre 2009, d'une nouvelle association unitarienne basée en France : l'AUUF. Nos Actualités unitariennes du 30 octobre 2009 ont reproduit le communiqué qui a été fait par les cofondateurs.

" La noble tradition unitarienne-universaliste anglo-saxone constituera le socle de notre histoire, même si nous élaborerons une expression spécifique, adaptée à notre mentalité, à nos institutions et nos pratiques de vie. " (Hassan Aslafy). Contact

Le Conseil des unitariens et universalistes français élargit sa représentativité

Le CUUF, en plus de ses trois membres administratifs qui sont ses co-fondateurs : Jean-Claude Barbier, Alain Lauzet et Maël Strom, comprend désormais 5 représentants d’association ou autre activité : Régis Pluchet pour l’AFCU (chrétiens unitariens), Hassan Aslafy pour l’AUUF (unitariens-universalistes), Jean-Charles Sikner pour le réseau de la Correspondance unitarienne, Yohann Amal pour le groupe Yahoo Unitariens francophones (qui comprend à ce jour 111 membres) et Fabien Maisonneuve pour les Amitiés islamo-unitariennes

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 12:00
En article à la Une, par Matt Grant (Royaume Uni), traduit par Noëlle Colle pour la Correspondance unitarienne (n° 100, février 2010). “The Unitarian Christian Shahada ? ”, The American Unitarian , Quarterly Journal of the American Unitarian Conference (AUC), volume 4, n° 1, mars 2005 (lien),

Pour devenir musulman on doit d’abord passer par ce qu’on appelle « Shahada ». Le Shahada, une des cinq règles fondamentales de l’islam, peut être considéré comme une confession de foi qui marque l’entrée dans l’« ummah » musulmane. « Ashadu la illaha il Allah,wa ash-hadu anna Muhammadur rasul Allah », ce qui peut être traduit ainsi : « j’atteste qu’il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah et j’atteste que Mohammed est son Messager ».

shahada.gifLa beauté de cette déclaration de foi réside dans sa simplicité. Il est certainement beaucoup plus difficile de vivre sa vie en tant que musulman que de prononcer une déclaration et ceux qui la vivent vraiment sont généralement des gens très engagés avec une foi profonde et affirmée. Cependant l’important est que cette simple déclaration ne soit pas seulement un point de départ clair pour un musulman au niveau personnel mais aussi qu’elle serve d’unité à travers le grand monde islamique.

musulman récitant la shahada, dessin en calligraphie

La question que je me suis posée en lisant ces lignes était de savoir si ma propre déclaration de foi pouvait se résumer aussi simplement. Je suis devenu unitarien environ vers l’âge de vingt ans. En réalité j’ai toujours été un unitarien. Cependant, c’est en investiguant les doctrines des anglicans, des méthodistes, de l’Armée du salut (religions dans toutes lesquelles je me suis d’abord un peu engagé) que je me suis rendu compte que je n’étais pas trinitaire. Après quelques autres recherches, j’ai pris conscience que mes croyances étaient tout à fait unitariennes. Pendant toute ma vie, j’ai toujours senti que les bases de ma foi étaient « Un seul Dieu » et l’amour d’un homme appelé Jésus qui nous conduit à Dieu et nous montre comment vivre. Je n’ai jamais consciemment cru dans des concepts tels que la Trinité, le Péché originel, et n’ai certainement jamais accepté l’idée que Dieu, le sculpteur plein d’amour de ce monde si merveilleusement beau, soit le même qui ait voulu que le meilleur de ses hommes meure pour pouvoir pardonner à tous les autres.

Comme la plupart des unitariens je me pose constamment des questions et fais des recherches concernant mes croyances. Je peux dire que, malgré tout, mes croyances sont assez claires. J’admets que je ne suis pas certain de la résurrection et pense parfois que Jésus a pu survivre à la crucifixion. A d’autres moments, certaines lectures me font penser qu’il est simplement mort pour ses croyances et c’est tout. En d’autres occasions je me réjouis avec l’idée qu’il est ressuscité, en tant qu’esprit ou métaphore, ce qui le fait vivre dans les pensées, la mémoire, les mots et les actions de ses adeptes.

J’ai la même approche pour Dieu. Je croyais que « Dieu est partout », mais l’imaginais (oui, je croyais qu’il était un homme) assis dans le ciel. Cependant je me suis récemment fait une idée plus approfondie de Dieu et ai discuté de ces idées avec mes frères unitariens. Je pense maintenant que Dieu n'a pas de sexe et je vois sa présence partout et dans toute chose. J'ai même un terme technique pour présenter cette pensée à mes amis. C'est le "panenthéisme" [ndlr : Dieu à la fois Créateur, donc externe, et en même temps immergé dans sa Création, donc interne à elle] et je le leur dis avec conviction.

En dépit de mon esprit de recherche et de ma tendance à me plonger régulièrement dans le doute, une chose me reste certaine - il y a un Dieu. Une autre certitude est qu'une figure historique nommée Jésus a existée et, comme chacune de nous, a vécu sur cette terre en tant qu'être humain. En outre je pense que cet homme a donné à ce monde et à nos vies un sens que nul autre être connu n'a réussi à faire. Mais j'ai encore beaucoup de questions sans réponses. Entre autres : fut-il envoyé directement sur terre par Dieu ou a-t-il acquis lui-même la position de Messie par ses propres réflexions et actions qui l'ont rendu proche de Dieu ?

Pour faire le point je dirai ceci : Nous pouvons nous poser beaucoup de questions si nous avons une foi solide, si nous avons des croyances inattaquables dont nous sommes sûres qu'elles sont la vérité. Croire en Un Dieu ; considérer que toute la création est une ; et croire en un Jésus humain en tant que le plus grand leader, enseignant, et modèle que l'Humanité ait connu, voilà ma shahada. En dépit de toutes les questions, de toutes les incertitudes de ma foi, de tous les moments de doutes, c'est toujours le point de départ où je reviens. C'est le fondement de mes croyances et la base qui dirige ma vie.

C'est aussi ce qui m'unit à mes condisciples chrétiens unitariens. Nous sommes tous unis par notre croyance en Un Dieu et la conviction que Jésus nous offre la meilleure voie pour conduire nos vies. Nous pouvons avoir des différences dans la façon dont nous voyons Dieu et dans le rôle exact que Jésus a joué, dans le choix de ses enseignements que nous trouvons les plus importants, et dans la façon dont nous pensons que sa vie s'est terminée, MAIS il nous reste toujours une solide foi qui nous unit et nous réunit en une communauté de foi.

Beaucoup a déjà été dit sur ce site [ndlr : celui de l’American Unitarian Conference] au sujet de la division et du manque de direction que les idées du post-unitarisme chrétien ont apportées [ndlr : l’unitarisme-universalisme]. Je pense que pour nous, chrétiens unitariens, nous pouvons éviter ce problème en adoptant formellement une déclaration. Nous devons limiter cette déclaration à quelques lignes comme le shahada de l'islam. Nous devons prendre exemple sur eux pour cela et mettre au point une déclaration qui nous unisse en tant que communauté et donne à notre foi un point de départ qui soit clair. Voici une suggestion : " Nous croyons qu'il y a Un Dieu, nous affirmons l'unité de la Création et adoptons l'exemple et l'enseignement de Jésus pour guider nos vies ".

La beauté de cette déclaration est qu'elle ne nous lie pas par un long contrat de doctrine et n'interdit ni le débat, ni la pensée libre. C'est un point de départ partagé, une unité pour notre communauté et un message simple pour les gens qui cherchent un groupe de croyants. Une des raisons principales pour lesquelles les gens ne vont pas à l'église c'est que, ayant grandi dans une société où la pensée est libre et reçu une éducation de haut niveau, ils ont développé des esprits curieux et se trouvent pris dans la camisole de force des dogmes qui les étouffe et crée souvent en eux un sentiment de confusion et d'égarement.

Cependant le problème, avec l'unitarisme en l'état actuel des choses, est que, tout en nous permettant la discussion et la liberté de pensée, il n'y a rien d'autre qui nous unisse autour d'une cause commune et du sens de la communauté.

Un autre avantage d'une telle déclaration serait qu'elle nous permettrait de dire aux juifs, aux sikhs, aux musulmans, et aux hindous : "Voyez, nous avons la même croyance en Un Dieu. Nous essayons de connaître Dieu et de mener une vie utile en prenant Jésus pour guide tandis que vous choisissez un guide différent. Mais nous poursuivons tous le même but."

De cette façon nous permettrions à nos  amis des autres religions de savoir où nous en sommes, à qui ils ont à faire, et nous pourrions développer des relations basées sur un terrain commun. Entendant cela, les plus raisonnables fidèles des grandes religions du monde verraient immédiatement qu'à ce niveau de base nous partageons maintenant la même croyance, ensemble dans la communauté des monothéistes. Vraiment c'est un point de vue enthousiasmant !

Ndlr : l’Eglise unitarienne de Transylvanie a été fondée en 1568 précisément sur cette base là ! De même que les associations chrétiennes unitariennes en Europe (depuis 1990 avec l’Unitarian Christian Association au Royaume-Uni, depuis 1992 avec l’Association unitarienne francophone en France puis l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens en 1996, et depuis 2002 en Afrique noire francophone). L’auteur a donc du retard à l’allumage ; mais c’est toujours bon de rappeler les bases.

Quant au rapport entre chrétiens unitariens et unitariens-universalistes, les représentants des associations chrétiennes unitariennes, réunis à Avignon en août 2007, ont adopté une attitude positive de fraternelle cohabitation et collaboration.

Faut-il en revenir aux professions de foi d’antan ? Les chrétiens unitariens ont un manifeste, celui d’Avignon (lien), et les unitariens-universalistes des « principes », soit des formes peut-être plus modernes et plus souples qui portent à la réflexion et évitent le dogmatisme.

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 18:42
note de Pascal Acker, le 30 décembre 2009

Aux Etats-Unis, l'évangélisme apparaît avec le Réveil protestant du début du XIXème siècle. La distinction est bien établie dès 1815 entre libéraux (dont les universalistes, de l’Eglise universaliste américaine, et les unitariens), évangéliques (adeptes de ce Réveil centré sur un Jésus rédempteur et trinitaire) et "orthodoxes" (à savoir les conservateurs au sein de toutes les Eglises). Cet évangélisme n'est pas le pentecôtisme, qui, lui, naîtra au début du siècle suivant. Ces chrétiens "évangéliques" pouvaient être luthériens, réformés, méthodistes, baptistes ou anglicans. 

Au milieu du XIXème siècle, les tensions entre les chrétiens libéraux et unitariens, d’une part, et les chrétiens "évangéliques" d’autre part, étaient suffisamment vifs pour que cela se répercuta au niveau des mouvements de jeunesse. A partir de 1852 des Young Men's Christian Unions (YMCU) furent fondées (soit une dizaine d'associations dans le NE des USA, des années 1850 à 1900) après que la Young Men's Christian Association (YMCA) de Boston (qui existe toujours) refusa jusqu'en 1931 l'adhésion des "libéraux", à savoir des chrétiens qui se refusaient aux professions de foi au nom de la liberté de conscience.

Le "test de Portland" ou "base de Portland" stipulait que "seuls ceux qui professent aimer et avouent publiquement leur foi en Jésus, le Rédempteur, comme étant de nature divine, et qui témoignent de leur foi en devenant et en restant membres d'Eglises qui sont tenues comme "évangéliques", et aucune autres, peuvent être autorisés à voter et exercer des fonctions". Avec les libéraux, les catholiques, puis les Mormons furent non desiderata. Cette profession de foi évangélique resta exigée jusqu'en 1931.

YMCU-Boston.JPGLes YMCU conservèrent leur totale indépendance tant par rapport à l’American Unitarian Association (AUA) que de l’Universalist Church of America (UCA), mais elles sombrèrent avec la Guerre de Sécession, les jeunes ayant été recrutés pour la guerre où s'étant portés volontaires. Seule la YMCU de Boston, la BYMCU, repris courageusement ses activités en 1868.

La fusion en 1961 entre l’AUA et l’UCA et la naissance consécutive de l’Unitarian Universalist Association (UUA) ne mit pas fin à son existence, mais elle semble avoir cessé ses activités suite à la vente d'une bonne partie de son quartier général bostonien et de sa colonie de vacances du New Hampshire en 1993 (à une heure de route de Boston). Les infrastructures sportives existent toujours et fonctionnent sous un autre nom. Je ne sais pas s'il s'agit d'un simple changement de nom ou d'une cession de ses activités. Le bâtiment du siège, dont la façade (illustration jointe) est d'architecture gothique, est, quant à lui, classé et abrite aussi des services administratifs du Emerson College. La BYMCU ("B" pour Boston) aura marqué la vie bostonienne pendant plus de 150 ans (lien). Depuis 2003 elle s'appelle Boyslton Street Athletic Club (BSAC) (lien).

Entre temps, à la fin du XIXème siècle, sans doute pour élargir les mouvements de jeunesse aux jeunes filles, l’UCA (les universalistes) fonde en 1896 la Young People's Christian Union et l’AUA, deux ans plus tard, en 1898, la Young People's Religious Union ; toutes deux étaient statutairement indépendantes par rapport à leur Eglise respective.

Mais, les deux mouvances évoluant d’une façon semblable en s’ouvrant à des agnostiques et à des «humanistes» (non théistes adhérant à une dimension spirituelle de la vie), les deux organisations de jeunesse fusionnèrent en 1953, soit 8 ans avant les 2 Eglises, au sein de la Liberal Religious Youth (LRY). Mais, souvent en conflit avec les adultes de l'Unitarian Universalist Association (l’association qui était résultée de la fusion des deux Eglises), la LRY fut dissoute en 1982 et remplacée par les Young Religious Unitarian Universalist (YRUU), toutefois les relations semblent être restées un peu difficiles.

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Published by Pascal Acker - dans sur l'unitarisme
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 13:23
ferenczjozsef.jpgJózsef Ferencz, né en 1835, fut évêque de l'Eglise unitarienne de Transylvanie de 1876 à sa mort en 1928. Il écrivit entre autres un "Catéchisme unitarien hongrois" en 1864 qui, en 1991 connaissait sa 20ème édition, et, en 1907, "A Short Account of the Unitarian Church of Hungary", aux éditions Jókai.

Ce texte, en anglais, vient d'être numérisé par Google pour le compte de l'American Libraries, à partir d'un ouvrage de la collection "Americana" de l'université de Harvard. Il est donc entièrement consultable sur site.
http://www.archive.org/details/ashortaccountun00feregoog  

La Transylvanie faisait naguère partie de la Hongrie ; d'où le titre.

Cette information nous a été communiquée par le révérend Roberto Rosso (Italie).
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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 04:38

Article à la Une - " L'Unitarisme français est-il spécifique ? " par Jean-Claude Barbier, mis en ligne sur le site de l'Eglise unitarienne francophone dans la rubrique "unitarisme français / French Unitarianism" ; traduit en anglais par Kelly Kilmer Hall (Etats-Unis) sous le titre "Is French Unitarianism specific ?" (à la rubrique "English translation" du même site).
Message d'envoi, le 22 décembre 09
Le réseau de la Correspondance unitarienne, fondé à Bordeaux en octobre 2002, a joué un rôle majeur dans la définition d’un unitarisme "à la française" à la suite des efforts commencés en juillet 1986 avec la fondation de la toute première association unitarienne française, ceci grâce à son bulletin mensuel, ouvert à tous les croyants libéraux, et à ses autres activités éditoriales (sites et série des Cahiers Michel Servet).

Notre article à la Une, rédigé à la demande d’une séminariste de l’Ecole de théologie unitarienne de C
 hicago, a été, pour nous, l’occasion de faire un bilan d’orientation. Il ouvre la nouvelle année : notre unitarisme s’appuie sur des institutions (dont désormais une instance nationale et une Eglise sur la Toile), mais aussi sur une réflexion de fond qui le rend indépendant au sein de l’unitarisme contemporain. Malgré sa jeunesse, il n’est nullement un duplicata de ce qui se fait ailleurs, reprenant ainsi la tradition unitarienne qui veut que chaque communauté décide souverainement de son destin. Cette contribution est un texte d’auteur, n’engageant que ce dernier, et non un manifeste. Une version en anglais paraîtra très bientôt sur le site de notre Eglise.

Je vous souhaite un bon l'An neuf avec boules prospères de gui et petits houx aux fruits rouges vifs.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 15:18

Article à la Une : " Jésus n’est pas Jésus-Christ, Dieu merci ! " par Roger Parmentier

Mis en ligne dans La Besace des unitariens le vendredi 11 décembre 09 ; reproduit dans Le Mot mensuel n° 38 de décembre 2009, le bulletin électronique mensuel du mouvement "Ecoute et Partage", sous le titre "Jésus n'est pas le Jésus-Christ des Eglises"  ; et sur le site Spiritualités unitariennes, plurielles et universelles, sous le titre "Jésus en prison aujourd’hui", dans la rubrique "unitarisme et universalisme", le lundi 30 novembre 09

Informations : Des baptêmes chez les unitariens français, mis en ligne dans La Besace des unitariens du vendredi 11 décembre 09
Libres propos : mis en ligne dans La Besace des unitariens du vendredi 11 décembre 09 :
" En cette période de Noël … plus que jamais l’Espérance " (Jean Riedinger),
" S’informer sur les aspects positifs et négatifs de chaque religion " (Raymond Bath),
" Redécouvrir l’Ancien Testament en lisant L’Institution chrétienne de Jean Calvin " (Marie-Claire Lefeuvre), " A propos de Calvin en général et de la prédestination en particulier " (Michel Jamet), " Message d’adieu " (Jean-Pierre Babin), " Aimer Jésus " (Jean-Claude Barbier et Yohann Amal).
Message d'envoi de Jean-Claude Barbier le 29 novembre 09
En ce mois de Noël, nous sommes heureux de vous faire parvenir plusieurs textes concernant le rabbi Ieshoua de Nazareth, le Nazôréen des Actes des apôtres et de l’Evangile de Jean, à commencer par un article à la Une du pasteur Roger Parmentier, puisqu’à Noël sa naissance nous est présentée comme Bonne nouvelle à tous et Paix pour le monde entier.

Et puis, puisque nous évoquions le mois dernier la génération montante des unitariens français (" le paysage unitarien francophone évolue "), voici une série de baptêmes (enfants de parents unitariens ou jeunes adultes non baptisés ayant fait leur choix). Les unitariens acceptent les baptêmes de tous les autres chrétiens, sans aucune exception. Ils baptisent au nom de Jésus et accompagnent le nouveau disciple du Christ vers l’Eglise de son choix (notre Eglise unitarienne francophone ou une autre Eglise) et vers la communauté de proximité où il peut trouver place ; le baptême n’est pas un rituel isolé, magique : il nous introduit nécessairement à une communauté chrétienne. Sans communauté, pas de baptême !

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