le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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par Jean-Claude Barbier, extraits de l’introduction au 11ème Cahiers Michel Servet Au risque de me perdre ; la foi (de retour ?) pour un ancien prêtre qui, désormais, assume son homosexualité 1967-2008, par Michel Bellin (écrivain) ; Itinéraires spirituels tome II, 24 p. + couverture, octobre 2008

Alors que la tradition évangélique nous livre un Jésus accueillant les mal aimés de son époque – les petits enfants, les femmes, y compris celles qui sont prostituées ou adultères, les éclopés, les aveugles, les lépreux, et puis les percepteurs d’impôt d’autant plus impopulaires qu’ils collaboraient pour César, ou encore les étrangers en la figure de la Samaritaine et du centurion romain de Capharnaüm, nombre de chrétiens d’aujourd’hui et nombre de leurs Eglises se réfugient derrière des critères discriminants : le non accès des hommes mariés, des femmes et des homosexuels au sacerdoce et aux fonctions ecclésiales dirigeantes, le non accès au mariage pour les homosexuels.


Les fondamentalistes s’en donnent à cœur joie en citant les nombreux versets bibliques reléguant les femmes à leur rôle traditionnel et accusant les homosexuels du plus grand des péchés. Lourd héritage pour tous ceux qui proclament, à l’encontre de l’exégèse historico-critique, que la Bible est la Parole de Dieu – alors qu’aucun auteur de cette magnifique bibliothèque n’a eu une telle audace !


L’Eglise auraient-elle perdu le souffle de ses fondateurs ? Force est de constater que sur ces questions, les conservateurs l’emportent : que de contorsions, que d’hésitations, que d’hypocrisies ! Les femmes, grâce à leur persévérance, ont désormais accès au rabbinat dans certains milieux juifs, aux charges pastorales et sacerdotales (à condition de choisir son Eglise !) et à l’épiscopat dans certains milieux chrétiens ; il en sera peut-être / sans doute de même, plus tard, pour l’imamat dans certains milieux musulmans. En attendant l’évolution des mœurs, les homosexuels portent sur eux les malédictions de la Bible juive ; ils en sont meurtris, du moins pour les plus jeunes d’entre eux et les non déclarés.


Les Eglises conservatrices, lorsqu’elles ne mettent pas en avant les versets bibliques, arguent que la question divise leurs ouailles, qu’il faut avancer avec prudence pour ne pas choquer les consciences, et patati et patata. Et c’est vrai que la communion anglicane, par exemple, se trouve pratiquement scindée entre conservateurs et progressistes depuis qu’un évêque américain a été élu en proclamant haut et fort son homosexualité ...

Hormis les Eglises très libérales qui ont pris fait et cause en faveur des homosexuels, comme par exemple les Eglises unitariennes-universalistes, le clivage conservateurs / progressistes traverse toutes les communautés religieuses. Il s’ensuit bien souvent une paralysie au nom du consensus nécessaire à la bonne entente, au nom de l’unité des croyants, au nom du respect de fidèles qui ne peuvent pas tout comprendre et qu’il faut préserver (indéfiniment ?) … et au détriment de la recherche de la vérité.


Alors faut-il s’enfermer dans cette absence de dialogue, dans ce rapport de force interne et souvent non dit, dans des argumentaires ressassés, ou bien ne faudrait-il pas poser les problèmes autrement ?


Aux conservateurs qui mettent en avant Dame Nature et les ingénieux mécanismes biologiques qu’elle a su mettre à la disposition de la nécessaire reproduction des espèces, ne faudrait-il pas rappeler que, du moins chez les êtres humains, l’orientation sexuelle adéquate à cette fonction n’est pas réussie à 100% . Force est de constater que, naturellement, certaines personnes se découvrent homosexuelles. Elles sont les premières à en souffrir. Il ne s’agit donc pas d’y ajouter une stigmatisation morale car l’éthique n’a rien à voir à ce niveau, les homosexuels n’étant ni plus ni moins moraux que les autres. Au même titre que les hétérosexuels, ils ont leurs fantasmes, leurs pratiques érotiques, leurs perversités ... et aussi, ne l’oublions pas, leurs amitiés fidèles et leurs amours romantiques.


Rappelons aussi que nos Eglises sont, somme toute, des institutions bien humaines, bien faillibles pour reprendre un terme catholique. Faut-il donc les sacraliser au nom du corps mystique du Christ ou bien d’une filiation apostolique qui resterait exclusivement masculine ? En quoi une femme ou un homosexuel serait-il moins bon dirigeant ? Dans nos sociétés modernes, ce sont désormais les qualités de la personne qui comptent, avant son genre, ses appartenances liés à la naissance ou son statut et rang social. La méritocratie va de pair avec la démocratie.


Enfin quelle présomption de la part des communautés religieuses de vouloir encore légiférer nos statuts matrimoniaux. Le mariage, du moins pour un pays comme la France, n’est plus l’affaire des religieux mais des mairies. C’est devant la société civile que les couples s’engagent à fonder une famille et c’est devant la Justice que les séparations et divorces peuvent être prononcées. Le rôle des acteurs religieux est tout simplement de proposer un accompagnement spirituel à la demande des couples qui le souhaitent.


C’est donc à la société civile, entre autres aux partis politiques, de débattre des formes de statut matrimonial, de la politique familiale à mettre en œuvre pour favoriser le bon renouvellement de la population, de l’adoption des enfants, des pratiques contraceptives à conseiller, des conditions pour avorter en cas de difficulté majeure (médicale ou sociale), etc. Sur toutes ces questions, les avis sont divers et contradictoires au sein d’une même communauté religieuse : en tant que telles, ces communautés ne peuvent s’engager au nom de leur troupe, ni d’un côté (le cléricalisme de Droite) ni de l’autre (le cléricalisme de Gauche) sans que ce soit manifestement un abus de confiance vis-à-vis de leurs membres, une confiscation de leur liberté de pensée.


Aux acteurs religieux, les cérémonies qui accompagnent les moments de nos vies, nos joies et nos peines. Qu’ils ne s’en plaignent pas puisque c’est la meilleure part, celle de Marie, sœur de Marthe et de Lazare " Car Marie a choisi la bonne part , qui ne lui sera pas enlevée "
(Lc 10, 42).

C’est bien entendu la fin d’un Dieu législateur, celui de Moïse, de Mahomet et d’autres fondateurs de religions. Mais, déjà, Jésus n’avait-il pas dit que la Loi est au service de l’homme et non pas l’inverse ?


[…] N’est-ce pas cette recherche de la vérité jusqu’au bout, avec intransigeance, sans compromis, sans négociation, qui est au cœur des évangiles ? Avons-nous peur des excès que réserve une telle exigence pour que nous nous arrêtions en chemin, au milieu du gué, pusillanimes ? Que sont les chrétiens et leurs Eglises s’ils n’osent ? où est, aujourd’hui, le sel de la terre ?


A la suite d’un Michel Servet (1511-1553) au destin si tragique et solitaire, puisqu’il fût brûler vif à Genève sur un bûcher de l’inquisition calviniste, la tradition unitarienne n’a eu de cesse de scruter les Ecritures avec les moyens dont dispose l’intelligence humaine : la raison et la philosophie, les sciences en progrès, la découverte du monde, l’appréhension globale de l’homme. De nos jours, avec l’unitarisme-universalisme, elle élargit cette quête dans le sens de l’universel à l’ensemble des religions et des sagesses de l’Humanité. […]


Allons nous jusqu’au bout de nous mêmes ?

Les "Cahiers Michel Servet" sont des documents, cours didactiques, actes de journée(s) ou de colloque, débats ou dossiers thématiques, etc., publiés par le réseau francophone Correspondance unitarienne ( correspondance.unitarienne@wanadoo.fr ). Contact : Jean-Claude Barbier, Résidence Les Saules, bât. C1, avenue du Maréchal Juin, F-33170 Gradignan, tél. 05 40 32 56 12. Le prix au numéro est de 5 euros (paiement par chèque, timbres tarif économique ou billets). 

 

Mardi 18 novembre 2008 2 18 /11 /2008 02:56
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander
par Pierre-Jean Ruff, dans "Des origines du christianisme aux cathares et des cathares à nous", Cahiers Michel Servet, n° 7, février 2007, p. 4

Dates repères du catharisme

 

1022 - Premier bûcher pour hérésie. 12 chanoines d’Orléans ont été condamnés pour sorcellerie et dépravation : ils déniaient toute valeur à l’eucharistie, doutaient par docétisme de l’humanité du Christ et ne reconnaissaient qu’un seul sacrement, le salut par l’imposition des mains.

1143 - Lettre d’Evervin, prévôt du monastère de Steinfeld en Rhénanie à Bernard de Clairvaux (futur saint Bernard) à propos des hérétiques : ils disent que c’est eux qui sont l’Eglise du Christ, supportent avec courage et grandeur d’âme les persécutions, baptisent non dans l’eau mais d’Esprit, ne croient ni en l’intercession des saints ni au purgatoire, refusent le pape, sont très nombreux et comptent bon nombre " de nos clercs et de nos moines ".

1163 - Premier emploi du terme de cathare par dérision. Deux étymologies sont possibles : ceux qui se considèrent purs, donc supérieurs, et ceux qui descendent du chat, symbole de Lucifer.

1167 - Concile cathare de Saint-Félix de Lauragais, avec la création de quatre évêchés cathares en France (Albi, Agen, Carcassonne et Toulouse).

1206 - Débuts de la prédication du chanoine Dominique Guzman (le futur saint Dominique) pour convertir les hérétiques.

1208 - Assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, près de Saint-Gilles.

1209 - Début de la croisade contre les " Albigeois ", prêchée par le pape Innocent III. Sac de Béziers. Chute de Carcassonne. Simon de Montfort désigné chef de cette croisade.

1210 - Mutilation des habitants de Bram. Chute des forteresses de Minerve, Termes et Puivert. Bûcher de Minerve (140 cathares brûlés).

1215 - Quatrième concile de Latran. Raymond VI, comte de Toulouse, perd ses droits au profit de Simon de Montfort.

1216 - Mort du pape Innocent III remplacé par Honorius III

1217 - Retour de Raymond VI à Toulouse. Second siège de Toulouse.

1218 - Mort de Simon de Montfort pendant le siège de Toulouse.

1222 - Mort du comte de Toulouse, Raymond VI, remplacé par Raymond VII.

1223 - Mort de Philippe Auguste, remplacé par Louis VIII.

1229 - Raymond VII capitule. Les cathares entrent dans la clandestinité.

1233 - Création des tribunaux d’inquisition confiés aux dominicains.

1240 - Chute de la forteresse de Peyrepertuse .

1242 - Meurtre de deux inquisiteurs à Avignonnet.

1243 - Début du siège de Montségur.

1244 - Prise de Montségur et bûcher où plus de 200 religieux et religieuses périrent.

1249 - Mort de Raymond VII de Toulouse.

1299-1310 - Résurgence du catharisme avec les frères Authié, notaires d’Ax-les-thermes, devenus prêtres cathares.

1321 – Bûcher à Villerouge-Termenès du dernier prêtre cathare connu, Guillaume Bélibaste.

 

Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /2008 16:33
- Par Pierre-Jean Ruff - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander
 

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Anne Brenon
a consacré toute sa carrière de recherche à l’hérésie médiévale. Archiviste paléographe et diplômée en Sciences religieuses, ancien conservateur en chef des Archives de France, elle a publié sur le sujet un certain nombre d’ouvrages historiques, parmi lesquels :

1990 – Le vrai visage du catharisme, éditions Loubatières, prix Notre Histoire.
1997 – Les cathares : Pauvres du Christ ou apôtres de Satan ? éd. Gallimard, coll. Découvertes. 2000 – Les archipels cathares, dissidence chrétienne dans l’Europe médiévale, Cahors, Dire édition. Réédité en 2003 par l’Hydre Editions.
2005 – les femmes cathares, éd. Perrin, Tempus.
2006 – Le dernier des cathares, Pèire Autier, éd. Perrin.

2006 - Le choix hérétique, La Louve éditions
2007 – Les cathares, éd. Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes.

2008 - " Catharisme et refus de la chair : une question piégée ? ", Evangile et Liberté, avril 2008, n° 218, p. 10-16

  

Anne Brenon,

Les archipels cathares, dissidence chrétienne dans l’Europe médiévale

préface de Jean Duvernoy, Dire éditions, Cahors, 2000.

 

Le Languedoc connaît au Moyen Age une prodigieuse effervescence religieuse. Le catharisme s'y enracine, et des mouvements évangéliques - vaudois, béguins - s'y montrent actifs et entreprenants. La mémoire musulmane est présente dans l'imaginaire. Le judaïsme est d'une grande vitalité et la culture "folklorique " reste vivace. Une liturgie particulière et des pratiques de dévotion originales, notamment autour des relations avec l'au-delà, s'imposent. Un dense réseau monastique s'établit. En Languedoc s'exerce aussi la réplique de l'Église officielle à l'hérésie par saint Dominique et les Prêcheurs, la croisade et l'inquisition. Présenter et analyser les croyances et les pratiques religieuses du Midi médiéval dans leur diversité dans leurs enjeux doctrinaux, politiques et sociaux, telle est l'ambition de l’ouvrage, sous la direction de Jacques Berlioz, dû à une équipe internationale d'historiens et d'historiennes. 

Anne Brenon, archiviste paléographe et diplômée en sciences religieuses de l'École des Hautes Études, ancienne conservateur du Centre national d’études cathares, a rassemblé dans cet ouvrage un grand nombre de ses textes fondamentaux de la plus haute tenue scientifique jusque-là dispersés. C'est une somme absolue, indispensable à tous ceux qui veulent aujourd'hui connaître et comprendre ces " Bons Chrétiens " que furent les cathares, mais aussi les racines profondes de la plus célèbre des hérésies médiévales. Alimenté et augmenté par les ressources de la recherche moderne, cet ouvrage fait avec autorité, et pour longtemps, le tour de la question.

L’avis de Michel Jas
: 

C’est un gros livre qui se dévore comme un gros gâteau !.. Il répondra aux questions dogmatiques que tout chrétien et particulièrement le lecteur protestant se pose au sujet du catharisme.


Anne Brenon écrit de façon limpide. Son style me fait penser à celui du professeur André Gounelle : le lecteur est rendu savant de façon naturelle, sans inutile effort ...

La série d’articles qu’elle a écrits et qui sont ici rassemblés, témoins de 15 ans de recherches érudites, se lisent avec passion : " les peurs de l’An Mil ", " le faux problème du dualisme absolu ", " l’Eglise du St Esprit ", " les ultra-chrétiens ", et seront, à mon point de vue, profitables à beaucoup d’un point de vue théologique et historique certes, mais aussi œcuménique et surtout spirituel ...
 

 

Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /2008 15:12
- Par Michel Jas - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander

Michel Jas est pasteur de l’Eglise réformée de France, à Perpignan en 1980, à Toulouse en 1985, à Nîmes Grand-Temple en 1992 et depuis 2002 à Montpellier. Marié et père de deux enfants.

Il est membre du Conseil régional de l’ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon, président de l’Association Evangile et liberté (mouvement du protestantisme libéral), et milite pour le renouveau œcuménique et le dialogue inter-religieux le plus ouvert qui soit.



Livres :

1992 - Braises cathares, filiation secrète à l'heure de la Réforme, Toulouse, Ed. Loubatières.

2007 - Incertitudes, les cathares à Montpellier, Béziers, Ed. Institut d’ études occitanes. 

Articles et contributions
 :

1984 - " Les Vaudois en Roussillon ", Conscience et Liberté, n° 27.

1990 - " Les cathares et nous ", Cahier Evangile & Liberté, n°89, septembre.

1996 - " Cathares et protestants, le colloque de Montréal ", Etudes Théologiques et religieuses, Montpellier / 4 ; réédité en 1997 par Heresis (Carcassonne) n° 26/27.

1998 -" Les cathares et la tolérance ", Actes de l’Université occitane d’été, Ed. Marpoc, IEO, Nîmes.

1998 - " L'orthodoxie protestante, le rêve albigeois, Schmidt et Peyrat ", Catharisme : l'édifice imaginaire, Heresis, 7.

1999 - " Le renouveau et la fin du catharisme languedocien au XIVe siècle, histoire d’une reconquête ratée par les frères Authié ", Académie de Nîmes.

2001 - "Cathares et protestants", Autour de Montaillou, un village occitan (sous la direction d’Emmanuel Le Roy Ladurie), colloque de 2000, L'Hydre Ed., 2001.

2002 - " Les deux églises du refus " Pyrénées, spécial Cathares : les forteresses de l’Hérésie, été

2003 - " Pas d’esséniens, pas de cathares : même combat ? " Cahier Evangile & Liberté, n° 170, octobre.

2005 - " D’une hérésie à l’autre, Survivances cathares ", Histoire médiévale, n° 1, mai-juin-juillet

2006 - " Les mémoires minoritaires", SHPNG, décembre.

2007 - préface à " Des origines du christianisme aux cathares et des cathares à nous " par Pierre-Jean Ruff, Cahiers Michel Servet, n° 7, février 07. 

2008 - " Mémoire protestante et manuscrits occitans perdus ", Actes du Colloque " Mémoire du catharisme " tenu les 12 et 13 mai 2007 à Mazamet, sous la présidence de Michel Grandjean, professeur d’Histoire du christianisme à l’Université de Genève, et publié en mars 2008 par la Maison des mémoire (Mazamet), contact@maison-memoires.com, pp. 82 à 93.

Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /2008 14:41
- Par Michel Jas - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander

"Des origines du christianisme aux cathares et des cathares à nous" par Pierre-Jean Ruff, Cahiers Michel Servet, n° 7 février 07, 16 p. + couv., préface de Michel Jas.

Préface de Michel Jas*

 

" Ceux qui furent brûlés nous dirent, dans leur défense, que cette hérésie était demeurée cachée jusqu’à nos jours depuis le temps des martyrs (c.-à-d. des Apôtres) et qu’elle s’était maintenue en Grèce et en d’autres terres. " écrivait Evervin, depuis une abbaye de Rhénanie, Steinfeld, vers 1143. Cette prétention à une antériorité du catharisme remontant à l’Antiquité a été contestée par les historiens. Nous savons aujourd’hui qu’il n’y a pas de lien entre cette minorité chrétienne médiévale et le manichéisme (qui fut lui une religion distincte du christianisme) dont on les a accusés pour pouvoir les condamner à la peine capitale, ni avec les autres gnostiques des premiers siècles chrétiens. Leur dissidence fut en grande partie endogène au Moyen Age.

Il n’empêche que nombre de parentés théologiques et spirituelles entre ces grands mouvements contestataires ne manquent pas de nous interroger. Particulièrement dans leur dépendance à l’égard de Jean (évangile et épîtres) : les gnostiques de l’Antiquité comme les cathares du Moyen Age pouvaient expliquer que " tout esprit qui confesse Jésus-Christ, venu dans (en, et non pas eis) la / sa chair est de Dieu " (in carne –et non pas in carnem-1 Jean 4/ 2) signifiait l’existence d’une autre dimension, sorte de double, " chair glorieuse " et non pas l’incarnation selon l’interprétation catholique. La théologie cathare par sa négation de l’enfer, au-delà, et des miracles, ici bas, est sur plusieurs points assez proche du libéralisme protestant. Toutefois Pierre-Jean Ruff fait bien de rappeler que les cathares n’étaient pas unitariens. Souvent, ils usaient de formules trinitaires (sans dogmatisation) ; les gnostiques valentiniens furent de leur côté peut être même les inventeurs de la Trinité (les Valentiniens aimaient, eux, spéculer !).

On ne peut qu’apprécier les réflexions actualisantes et pistes ouvertes par ce cahier. Pierre-Jean Ruff nous avait déjà initié à ce type de recherche avec "  Le christianisme des Bonshommes, message des cathares pour aujourd’hui " (en collaboration avec Anne Brenon, éditions du Foyer de l’Âme) et chez d’autres éditeurs : " Un seul Dieu ? ou le problème du mal " et "  Souffle des quatre vents, plaidoyer pour l’Esprit et la mystique ".

Je trouve intéressant cet a priori positif pour des vaincus de l’Histoire même si la cohérence de leur théologie ne peut qu’être reconstruite aujourd’hui par approximations. On ne peut s’extraire de l’élément subjectif. Les cathares que j’étudie me paraissent plus proche des Zundel, Varillon, Varone, Marcel Légaut, Wilfred Monod, Cobb, Berdiaeff (donc d’un certain libéralisme théologique oecuménique) que des théologiens cisterciens ou dominicains qui les persécutèrent. La vérité du christianisme se trouve souvent dans les marges de l’Eglise ! Et les marges de l’Eglise ne sont pas formées de séparations étanches ! Il y eut un temps ou les gnostiques et les cathares se situaient à l’intérieur de la grande Eglise. 

Les Valentiniens – à la différence des marcionites - participaient aux liturgies de l’Eglise pré-catholique et furent sans doute persécutés au même titre que les autres chrétiens par les empereurs de Rome ! Les cathares avant la croisade et l’Inquisition demandaient à leurs fidèles de ne pas mépriser leur premier baptême (le consolamentum étant sans doute compris comme une confirmation du baptême catholique ou un supplément d’âme). Autrement dit les fidèles cathares qui avaient tendance à " mépriser " le catholicisme se situaient dans les marges internes à la chrétienté. Ce qui renvoie à la pratique d’une double appartenance.

* président de l’association Evangile et liberté, auteur de " Braises cathares " et de " Les cathares à Montpellier "

Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /2008 14:22
- Par Michel Jas - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander

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Des origines du christianisme aux cathares et des cathares à nous " par Pierre Jean-Ruff, Cahiers Michel Servet n° 7, février 2007, 16 p. + couv.

Préface de Michel Jas (p. 1), mis en ligne dans La Besace des unitariens
Introduction et présentation de l’auteur (p. 3), mis en ligne dans La Besace des unitariens
Dates repères du catharisme (p. 4), mis en ligne dans La Besace des unitariens

I - L’évangile de Jean et le johannisme
(pp. 5-6)
 
 Première version mise en ligne le 28 décembre 2003 sur le site de Profils de libertés http://prolib.net/theologie/202.032.jean_gnos.pjr.htm, sous le titre " L'évangile de Jean et le gnosticisme "mis en ligne sur le site Protestants dans la ville le 14 novembre 07 sous le titre " L’évangile de Jean, la basilique Saint-Jean à Ephèse " http://castelg.club.fr/gl24.htm

II - Le christianisme gnostique
(pp. 7-8)

Mis en ligne sur le site Protestants dans la ville, le 14 novembre 07, sous le titre " Le christianisme gnostique, l’Eglise primitive ",
http://castelg.club.fr/gl27.htm

III - Le dualisme
(pp. 9-10)

Première version publiée sous le même titre dans la revue Vivre, 93/3, Lillois, 1993 et mis en ligne sur le site de Profils de libertés
http://prolib.net/libresens/208.001.dualisme.pjruff.htm, puis sur le site Protestants dans la ville, http://castelg.club.fr/gl72.htm

IV - Les Eglises cathares et leur clergé
(p. 11)

Première version mis en ligne sur le site Profils de libertés  le 5 octobre 2003
http://prolib.net/histoire/204.025.cathares.ruff.htm sous le titre " Les Bons Hommes " ; puis mis en ligne sur le site Protestants dans la ville, sous le titre " Les cathares ou Albigeois ", http://castelg.club.fr/gl31.htm

V – Lignes dominantes de la théologie cathare
(pp. 13-14)

Première version mise en ligne sur le site Profils de libertés le 28 décembre 2003.
http://prolib.net/theologie/202.031.theo_cathare.pjr.htm, puis mis en ligne sur le site Protestants dans la ville, sous le titre " Les cathares ou Albigeois " (avec " les Eglises cathares et leur clergé "), http://castelg.club.fr/gl31.htm

VI – le message des cathares pour aujourd’hui
(p. 15-16),

mis en ligne dans La Besace des unitariens


VII – Regard de foi sur le catharisme
(p. 16),

mis en ligne dans La Besace des unitariens

et aussi

- Bibliographie de Pierre-Jean Ruffmis en ligne dans La Besace des unitariens .
- " Les archipels cathares, dissidence chrétienne dans l’Europe médiévale " par Anne Brenon (2000), compte-rendu par Michel Jas, mis en ligne dans La Besace des unitariens .
- " Les religions médiévales et leurs expressions méridionales " sous la direction de Jacques Berlioz (2000), avis de Michel Jas, mis en ligne dans La Besace des unitariens .
- Les publications de Michel Jas sur le catharismemis en ligne dans La Besace des unitariens

Jeudi 15 novembre 2007 4 15 /11 /2007 09:30
- Par Pierre-Jean Ruff - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander
" Le décloisonnement des rôles cultuels " par Jean-Claude Barbier, communication à la journée organisée à Cluj-Napoca (Roumanie), le 21 juillet 2005, par le Réseau européen des protestants libéraux (European Liberal Protestant Network - ELPN) sur le thème "Les meneurs religieux libéraux au sein d'une société en changement : enjeux et possibilités"

Les rôles sociaux n’ont plus la même rigidité qu’autrefois et sont moins porteurs d’identité, l’attention étant davantage portée sur l’individu que sur des catégories sociales : clercs et laïcs, hommes et femmes, adultes et enfants, chrétiens de diverses confessions, chrétiens et autres croyants, chrétiens et non croyants, etc. Les frontières établies s’estompent entre le sacré et le profane (les écrits, les lieux, les rituels, etc.). Des célébrations entre chrétiens libres se multiplient actuellement en France ; y participent principalement des catholiques réformateurs, des protestants libéraux et des chrétiens unitariens. Une nouvelle liturgie post-confessionnelle est en train de naître. L’expression communautaire tient désormais compte de la liberté de conscience des participants et valorise leurs charismes individuels. La communauté réunie autour d’un culte est désormais volontaire et participante.

1 - Qui, jusqu'à présent, a eu accès aux rôles cultuels ?


L'histoire des religions montre que les principaux rôles cultuels ont été assumés de tout temps par des hommes en position sociale dominante :

- des "aînés de lignage" pour le culte des mânes des ancêtres ;
- des "seigneurs" à la tête de grands troupeaux ou de domaines agricoles, où la famille se trouve élargie par de nombreux dépendants, par exemple le patriarche Abraham érigeant des autels au dieu El en pays Hébron ;
- des "anciens", comme les presbytres (Tt 1,5) à la tête des communautés chrétiennes ;
- des "meneurs politico-religieux", comme Moïse et Aaron, des réformateurs du XIVème siècle tels que Jean Calvin ;
- des "professionnels" : desservant(e)s de sanctuaires et autels, chamans, devins, voyants, médiums, etc. - des "lettrés" : les évêques de la chrétienté, les imams de l'islam, les moines bouddhistes ;

Toutefois, lorsque les dieux ou Dieu s'en mêlent en inspirant directement les humains, il leur arrive de transcender les clivages entre genres et entre les classes d'âge. Les rôles se conjuguent alors à la fois au masculin et au féminin :

- des "béni(e)s" de Dieu : les jumeaux ou jumelles, les miraculés, les oints, etc. ;
- des "consacré(e)s" : enfants nazir, hommes et femmes retirées du Monde (ascètes, ermites, moines, vierges, etc.) ;
- des "inspiré(e)s" : les prophètes de la Bible mais aussi Miryam, la sœur d'Aaron, prophétesse après la traversée de la "Mer Rouge" (Ex 15, 20), la pythie de Philippe (16, 16-24), les fous et les folles en pays bamiléké (Cameroun), etc. ;
- et "les enfants" ne sont plus écartés. Pour leur innocence présumée, pour leur pureté de cœur, ils peuvent s'approcher des autels et porter des objets sacrés. Avec leurs enfants de chœur, certaines Eglises ont répondu à l'appel de Jésus en faveur des petits enfants.

2 - L'accès revendiqué au ministère pastoral dans les Eglises chrétiennes


Alors que Jésus attirait les femmes, les apôtres les repoussaient ! Jésus rencontra seule la Samaritaine. Il était sans ses apôtres avec Marie, Marthe et Lazare. La femme victime d'un écoulement, qui voulait toucher le vêtement de Jésus, et Marie de Bethsada, pour verser du parfum sur ses pieds, durent forcer le barrage des apôtres. Ce furent des femmes qui, les premières, découvrir la disparition du cadavre de Jésus. La première communauté judéo-chrétienne se réunit autour de Marie, mère de Jésus. Et pourtant, très rapidement, ce furent des hommes qui dirigèrent les Eglises chrétiennes ! Même si quelques rares cas, d'ailleurs ambiguës, peuvent être cités (Golias 2005)
.

Toutefois des milieux gnostiques préférèrent Marie Magdala à Pierre et en firent une héroïne (Ruff 2004). Le culte mariale, quant à lui, se développa à Ephèse dans les milieux johanniques ; et, en métastase lointaine, dans la péninsule arabique préislamique des 4è et 5ème siècle, des femmes rendaient un culte d'adoration à la Vierge Marie, lui présentant une fois l'an un petit pain ou gâteau. C'étaient les collyridiens du nom grec kollyris qui signifie "gâteau". Epiphane, qui en parle, les présente comme hérétiques (Théron 2005 : 131). Au Moyen âge européen, des abbesses dirigèrent de grands monastères, comme en France l'abbaye double (hommes et femmes) de Fontevraud fondée en 1101 près d'Angers par Robert d'Arbrissel et dont la direction de l'ensemble fut confiée à une femme. 

Mais il faudra attendre le début du féminisme aux Etats-Unis, au milieu du XIXème siècle, dans le milieu chrétien rationnel et progressiste qu'étaient alors les congrégations universalistes et unitariennes de la Nouvelle Angleterre, pour qu'une première femme pasteur soit consacrée. Ce fut Olympia Brown ,de l’Église universaliste d’Amérique, ordonnée en 1863.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, le quart des pasteurs unitariens-universalistes employés dans les congrégations, sont des femmes ; c’est le nombre le plus élevé de toutes les dénominations établies. Et si l’on compte celles qui sont en formation, presque la moitié des ministères de l’Association unitarienne universaliste (AUU) se trouvent dirigés par des femmes.

Ayant sans cesse élagué ses branches hérétiques, l'Eglise avait alors complètement oublié ses artotyrites du 2ème siècle, nommé ainsi parce qu'ils communiaient avec un pain (en grec : artos) … et du fromage (en grec : tyros). Ils entendaient par là réconcilier Caïn l'agriculteur et Abel l'éleveur. Ils étaient également pacifiques et égalitaires vis-à-vis de leurs femmes et admettaient qu'elles accèdent à la prêtrise et même à l'épiscopat (Théron 2005 : 84). C'étaient des Cyrénaïques d'inspiration montaniste qu'Epiphane range avec les Pépuziens (de la ville Pépuze où Jésus serait apparu sous une forme féminine !) ou Quintilliens (Augustin 1869).

En France, en dépit de notre histoire égalitariste et révolutionnaire, il faudra attendre l'après Seconde Guerre mondiale pour avoir des femmes rendant un culte public à Dieu, en 1926 pour l'Eglise luthérienne en Alsace (ECAAL) et en 1949 pour les Réformés. Les Anglicans (non présents en France) commencèrent eux aussi à nommer des femmes prêtres dans les années 50. 

Le 20 octobre 1949, Mlle Elisabeth Schmidt, pasteur de l’Église Réformée de Sète, est enfin consacrée (la question du ministère pastoral féminin, évoquée en 1939 au sein de cette Eglise, était ouvertement posée depuis 1945). Nous disons bien "Mademoiselle" car le synode qui s'est prononcé en faveur de cette promotion précise que l'intéressée resterait célibataire (sic !) et que les cas devaient être exceptionnels !

Mlle E. Schmidt était pourvue depuis 1936 d’une délégation pastorale annuelle. De telles délégations étaient accordées à des femmes, exceptionnellement, en temps de guerre, pour remplacer leurs maris pasteurs. Mme René Fpfender, née Marguerite Gueylard (1889-1976), fut ainsi pasteur des Églises réformées évangéliques à Troissy-en-Champagne, puis à Choisy-le-Roy entre 1916 et 1919, son mari étant mobilisé comme aumônier, Mme Bourquin, qui remplaça son mari, mort pour la France, comme pasteur à la tête d’un poste de la Société chrétienne du Nord, filiale de la Société centrale évangélique (SCE), et Myriam Garnier, veuve d’un officier des FFL et pasteur à Marennes) durant la Seconde Guerre mondiale (Vismes).

Seize ans après, en 1965, la question revient ; la société a évolué. Une forte minorité voit encore l’Eglise réformée comme une communauté patriarcale dont le pasteur est le père. A une courte majorité, le synode lève les restrictions précédentes. La décision définitive n’est arrêtée qu’en 1966, au synode de Clermont-Ferrand. Aux Colloques d’Orsay, en 1979 et 1982, des femmes réfléchissent au sacerdoce féminin, souhaitant qu’il favorise une relecture de la Bible (Maison).

Les Juifs sont à la traîne, mais ils franchissent le Rubicon en 1989 en faveur de Mlle Pauline Bebe, première femme rabbin de France. 

Chez les catholiques, le 4 juillet 2005, avec l'ordination de Geneviève Beney sur une péniche remontant le cours de la Saône à partir de Lyon, haut-lieu du christianisme gallo-romain, c'est le début d'une dissidence féminine qui marquera certainement le règne du nouveau pape, Benoît XVI.

Geneviève Beney, 56 ans, mariée sans enfant, est consacrée selon le rite catholique sur une péniche entre Rhône et Saône, par trois évêques femmes : Gisela Forster (Allemande du diocèse de Munich), Christina Mayr-Lumetzberger, (Autrichienne) et Patricia Freisen (Sud-Africaine en rupture avec l'ordre dominicain) (Tincq 2005). Ces dernières avaient été consacrées prêtres le 29 juin 2002 (au sein d'une cohorte de 6 femmes, cette fois là sur les eaux du Danube) par l'archevêque argentin Romulo Braschi, de l'Eglise catholique, apostolique et charismatique Jesus Rey (non reconnue par Rome), lequel était assisté en la circonstance de l'évêque autrichien Ferdinand Regelsberger et d'un évêque tchèque. Cette Eglise dissidente a son siège à Munich et revendique quelques 13 000 fidèles dans le monde, en Europe, Amérique du Nord et du Sud et Afrique. On annonce que 65 femmes catholiques dans le monde seraient en train de se préparer au sacerdoce, dont 40 Américaines ­ 9 Canadiennes et Américaines seront ordonnées prêtres ou diacres, le 25 juillet, à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, au Canada ­ et une vingtaine d'Européennes (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Suède, Suisse, etc.). Au sein de la première promotion de 2002, les trois femmes citées furent consacrée évêques un an après, en juin 2003 par le même évêque argentin. 

Rappelons que, dans les pays de l'Europe de l'Est comme la Pologne et la Tchécoslovaquie, l'Eglise catholique confia à des laïcs résistant au régime communiste le droit de consacrer des hosties, parmi eux, une femme ... mais mission sans lendemain une fois la répression terminée !

Ce combat féministe se poursuit donc de nos jours au sein des Eglises conservatrices, mais, déjà, d'autres catégories revendiquent elles aussi le même accès : des homosexuels, par exemple des prêtres et maintenant des évêques anglicans, des non-croyants aussi, comme le pasteur danois Thorkild Grosboel (Jacob 2003) qui, soutenu par nombre de ses pairs, refuse de démissionner de l'Eglise luthérienne du Danemark et des révérend(e)s de congrégations unitariennes-universalistes qui se disent "humanistes".

3 - Faut-il donc décléricaliser nos assemblées cultuelles ?


Mais ces combats pour l'accès au ministère pastoral, aussi sympathiques qu'ils soient, ne renforcent-ils pas le système clérical de nos Eglises ? Or celui-ci est de plus en plus mis en cause pour la gestion des communautés, des lieux de culte, des assemblées cultuelles, pour la distribution des sacrements, etc. L'existence même d'un clergé ne tend t-elle pas à instaurer une division féodale du travail entre des spécialistes du sacré et des laïcs, ceux-ci prenant en charge les clercs, mais se déchargeant volontiers sur eux pour tout ce qui a trait à la religion ?

Or, cette répartition des rôles a été mise à mal, entre autres, par :

- les mystiques qui ont toujours privilégié la relation directe et personnelle à Dieu,
- les Réformes protestante du XVIème siècle qui ont prôné la lecture directe et personnelle des Ecritures,
- la réaffirmation d'un Dieu providentiel omniprésent par les mouvements de type pentecôtistes,
- la liberté de pensée, l'individuation, l'information au sein d'un espace mondialisé.

Parallèlement aux cultes confessionnels, auxquels beaucoup de fidèles restent encore attachés et qui, pour eux, comporte une charge affective et identitaire non négligeable, apparaissent des célébrations "libres" entre chrétiens, ou encore entre des croyants de diverses religions (Barbier 2004). Lors de telles rencontres, les rôles ne sont plus statutaires. Des prêtres ou des pasteurs peuvent être présents, mais ils le sont à titre purement personnel et non plus en position d'officiant, de président ou de prédicateur. L'assemblée (l'ecclesia) s'auto-organise, répartit les rôles des uns et des autres pour la célébration, décide du déroulement de celle-ci, prépare des textes et des chants, etc. Les expressions personnelles sont privilégiées ; la parole est répartie entre tous les participants ; tous les modes d'expressions (et pas seulement la parole) sont les bienvenus ; les rôles sont temporaires et non plus statutaires ; les actions communes, comme la récitation communautaire d'un texte liturgique ou la manière de procéder à un rite, sont au préalable discutées. 

Au niveau local, la tradition unitarienne accepte déjà qu'il y ait des "ministres du culte" choisis au sein d'une communauté, directement par les paroissiens, sans avoir pour autant suivi le cursus d'une formation théologique de niveau universitaire ; mais dans ce cas, leur activité est circonscrite à leur seule communauté et ils ne peuvent exercer ailleurs.

Allons nous vers des Eglises sans clergé ?
 

Si le maintien d'un tel statut apparaît nécessaire lorsqu'il existe une tradition ecclésiale et des lieux de culte à gérer, il ne s'impose plus dans le cadre associatif qui est celui de nouvelles communautés dans les pays où il n'y a pas eu ce passé. En l'absence d'une paroisse ayant une masse démographique suffisante, la prise en charge d'un ministre du culte peut en effet dépasser les ressources du groupe. En plus, la présence d'un ministre du culte attitré, ou encore l'instauration d'un conseil presbytéral ou paroissial, présentent l'inconvénient de la réification des rôles statutaires. Le fonctionnement démocratique des associations peut s'en trouver limité, la personnalité et les agissements du "ministre du culte" ou de conseillers pouvant être contestés par certains.

Par contre, inversement, il serait imprudent d'occulter les aléas de la vie associative avec ses luttes internes de pouvoir, la disponibilité limitée de certains responsables qui sont bénévoles, le niveau insuffisant de plusieurs d'entre eux, etc. La règle d'une diversité ecclésiale au sein d'une même famille religieuse est ici opportune. A l'heure du choix individuel de sa religion ou de sa spiritualité ou de sa philosophie, à chacun sa congrégation !

notice bibliographique


AUGUSTIN
(saint), 1869 - Œuvres complètes traduites en français. 

BARBIER Jean-Claude
, 2004 - "Célébrer en liberté, annonce pour un partage du pain et du vin le 5 juin 2004 à Paris" et "Propositions pour des célébrations entre chrétiens libres", Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre, pp. 1-5.


Golias
, "Quand les femmes deviennent prêtres", juin 2005, hors-série n° 2, 57 p.).


JACOB Antoine
, 2003 - "Le cas du pasteur Thorkild Grosboel, qui ne croit pas en Dieu, trouble l'Eglise luthérienne du Danemark", Le Monde du 13 août.


MAISON Jean-Jacques
, *** - "Plaidoyer pour le bonheur", Evangile et liberté, n° ***, mis en archive sur le site de la revue (http://www.evangile-et-liberte.net/).
RUFF Pierre-Jean, 2004 - Marie de Magdala, figure de proue du christianisme de sensibilité gnostique, Nîmes : C. Latour, 164 p.).

THERON Michel
, 2005 - Petit lexique des hérésies chrétiennes, Paris : Albin Michel, 402 p. ,


TINCQ Henri
, 2005 - "Pour la première fois en France une femme a été ordonnée prêtre", article paru dans l'édition du Monde du 5 juillet. 

VISMES
(de) Bernard - "La question du ministère pastoral féminin dans l’Église réformée de France (ERF) par B. de Visme", La Revue Réformée, n° 204, site E&L, cité par Jean-Jacques Maison.


Dimanche 30 septembre 2007 7 30 /09 /2007 09:30
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander
" Propositions pour des célébrations entre chrétiens libres ", exposé fait par Jean-Claude Barbier à la rencontre organisée par le mouvement Jésus simplement à Mirmande (Drôme), du 19 au 24 mai (Ascension 2004) sur le thème "Comment Jésus et son enseignement s’inscrivent dans les sagesses du monde ? ", paru dans les Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre 2004, "Le culte chrétien de maison ; le partage de la parole, du pain et du vin avec des amis et des voisins", 2ème édition septembre 2005, pp. 3-5. 

Les chrétiens, disciples de Jésus dit le Christ, sont invités à reproduire les gestes que leur maître spirituel fit solennellement du temps de son vivant, à savoir, selon ce que nous rapportent les Evangiles, le baptême dans l’eau, le carême, le lavement des pieds et l’eucharistie. Cette imitation doit être aussi fidèle que possible. Le premier danger est de vouloir en effet adapter ces rites au goût du temps et à certaines interprétations théologiques, ce qui a multiplié les versions confessionnelles. Comment procéder pour que le culte chrétien conserve la force de ses origines ?

1 - s’adresser séparément à Dieu et à Jésus


Du fait du dogme trinitaire, nos prières liturgiques sont souvent ambiguës. Il y a confusion orale entre le Seigneur (Adôn, Adonaï = maître d’un domaine, désignant le maître de l’univers qu’est Dieu), avec un grand " S ", traduit en grec par Kyrios, et le seigneur, petit " s ", également " kyrios ", désignant Jésus " Notre Seigneur ". Cette confusion est manifeste dans la TOB et le rite latin de la liturgie catholique. Pour cela, nous recommandons la Bible traduite par André Chouraqui qui reproduit les appellations en hébreux.


Ce langage liturgique est d’autant plus navrant que les auteurs du Nouveau testament font, quant eux, la distinction. Pour Paul, la première adresse va à El ou à IHVH et en second à " notre seigneur Jésus-Christ ". Hormis les hymnes christiques, que l’on trouve dans les Philippiens (2 : 6-11) et les Colossiens (1 : 15-20), qui sont des propos de dévots lancés dans une surenchère verbale : Jésus comme une apparence de Dieu, égale à Dieu, etc. - dont la source d’inspiration semble être le verset de la Genèse où Dieu aurait fait l’homme à son image (aujourd’hui on dirait l’inverse pour stigmatiser l’anthropomorphisme de nos représentations de Dieu !).


Pour l’Ecole johannique, Jésus est le Fils unique de Dieu, son Fils bien aimé (et non Dieu le Fils) et le Fils est toujours écrit avec une majuscule, c’est-à-dire qu’il montre un titre, une filiation spirituelle et en aucun cas une filiation humaine. Seul le Prologue introduit une ambiguïté, bien que ce soit le Verbe qui est Dieu et non pas précisément le corps récipiendaire de Jésus : le Verbe éternel (la Sagesse, le Logos) créé avant toutes les autres créatures, avant le Monde, s’est fait chair à un moment donné de l’histoire. Nous sommes là plus proches des thèses qui seront celles des adoptionnistes et que de la construction trinitaire des concile de Nicée et de Chalcédoine. C’est cependant Dieu lui-même que Jésus reçoit en lui : " et le Verbe était Dieu ". Jésus devient, de par sa naissance miraculeuse - il est engendré par l’œuvre du Saint-Esprit - un médium permanent. Et effectivement, Jésus n’a pas reçu de Révélations ponctuelles, ou comme Muhammad des songes et des messages venant d’en haut. Il fait la volonté de Dieu puisqu’il est en intimité avec Dieu ; il fusionne avec lui.

2 - prendre en compte la diversité de nos représentations


Le terme " Dieu " gomme les sensibilités qu’introduisent les diverses appellations bibliques de Dieu. Or celles-ci sont souvent utilisées d’une façon précise. Le Qohélet, par exemple, et d’autres écrits hellénistes d’Alexandrie évoquent un dieu universel et non particulier : El, le dieu des langues sémitiques, et non IHVH, le dieu qui s’est manifesté au sommet du Sinaï à un peuple particulier. De même, aujourd’hui, les représentations de Dieu se sont diversifiées. Au Dieu personne, anthropomorphique, providentiel, paternel, se sont ajoutées bien d’autres images. Certains préfèrent parler de milieu divin, ou encore d’une énergie créatrice de Vie, etc. La liturgie ne devrait-elle pas désormais tenir compte de cette diversité ? Qui, aujourd’hui, peut parler de Dieu d’une façon dogmatique comme s'il savait tout sur la nature du divin ...


Nous savons aujourd’hui que chaque évangile, canonique ou apocryphe, s’adressait à des communautés particulières et que la façon de penser Jésus pouvait différer d’une communauté à une autre. Le langage est différent entre l’évangile des Eboniens, où Jésus est un prophète, et les écrits de l’Ecole johannique, où il est le récipiendaire de la Parole. Prenons ces différences comme des richesses de sens et non forcément des oppositions. Dans une assemblée liturgique, il vaut mieux alors être minimaliste afin de ne pas heurter les sensibilités, du moins pour les parties récitées ou dites au nom de l’assemblée. Parlons de Jésus, tout simplement, sans ajouter forcément " Christ ". Préférons le symbole des Apôtres à celui de Nicée-Chalcédoine. Définissons les chrétiens comme les disciples de Jésus " dit le Christ " et non comme les adeptes du seul christianisme trinitaire, etc.

3 - déconfessionnaliser la liturgie


La liturgie comporte des lectures communes. Pour celle-ci, si les textes confessionnels peuvent avoir leur intérêt - mais alors il faut les présenter comme tels en les datant - il vaut mieux nous référer directement aux textes de référence que sont les textes bibliques et, éventuellement ceux des Pères de l’Eglise. Des textes apocryphes ne sont pas non plus sans intérêt puisqu’ils font partie, eux aussi, de la production littéraire de la chrétienté antique (mais il vaut mieux, pour eux aussi, signaler leur date). D’une façon générale les textes anciens sont plus à même d’être acceptés car ils précèdent nos actuelles divisions, même si eux aussi illustrent des courants distincts d’un christianisme déjà pluriel. Une présentation du contexte de l’œuvre lue est en tout cas toujours souhaitable.


Par exemple, il vaut mieux réciter le Notre Père tel qu’il est dans le N.T., y compris son préambule : prier dans le silence et l’intimité ; et sans ajouter la doxologie finale qui est un ajout que certains pourrons estimer abusif. Ceci n’empêche pas la lecture d’une version confessionnelle, mais alors sans en faire une récitation collective et en mentionnant bien l’identité du texte. Il en est de même pour le baptême, le repas chrétien, etc.


Mieux, prenons les textes du N.T. pour ce qu’ils sont : des œuvres de croyants, de communautés particulières et non " La Parole de Dieu ". Les processions où l’on sacralise la Bible sont certes émouvantes, mais elles font dire aux textes plus qu’ils ne disent réellement. Le concept d’homélie, où le prêcheur est censé recevoir l’inspiration du Saint-Esprit … ainsi que ceux qui l’écoutent pieusement, suggère qu’on puisse parler au nom de Dieu. Cette détention de la parole divine nous apparaît comme une prétention naïve et, dans certains cas extrêmes, comme une usurpation pour manipuler les croyants. Que le croyant parle avec sincérité, cela nous suffit ! D’ailleurs des textes d’inspiration non chrétienne peuvent également être lus pour leur sagesse.


Les actes de foi sont bien sûr émouvants, mais il vaut mieux qu’ils n’impliquent pas toute la communauté car un credo ne sera pas forcément accepté en son entier par tous les présents. Par contre, il est tout à fait légitime pour un individu ou un groupe de proclamer sa foi en s’engageant lui-même. Les autres ne sont pas alors obligés de dire " amen ", mais peuvent toutefois manifester leur accompagnement spirituel étant entendu que chacun doit respecter la liberté intellectuelle des autres et que nous nous devons nous encourager mutuellement dans notre foi. Là aussi, les différences ne doivent plus être ressenties comme des hérésies, mais comme des complémentarités.


Afin d’éviter des discours pseudo consensuels, qui vont souvent de pair avec une langue de bois, nous devons encourager l’expression individuelle : choix de textes qui interpellent, expressions artistiques, prières spontanées, etc. La communauté saura alors, par un chant ou une autre expression collective, témoigner de son accompagnement.


Il est souhaitable que chaque communauté se sente libre d’innover en valorisant les charismes de ses membres, dans un cadre congrégationaliste qui accorde le maximum de liberté à chaque entité. Cette affirmation va de pair avec la joie de partager avec d’autres communautés, par exemple dans un cadre fédératif souple. A nous d’imaginer des structures organisationnelles qui favorisent à la fois l’expression individuelle et les relations aux autres.

4 - décléricaliser


Réjouissons d’avoir parmi nous des théologiens et des exégètes, ressources humaines indispensables à une Eglise chrétienne digne de ce nom. Mais ce sont là des charismes parmi d’autres qui ne justifient aucun monopole sur la direction de la communauté, ni sur la présidence des cultes.


Rappelons que les fonctions au sein d’une communauté ecclésiale, conformément à l’institutionnalisation du lavement des pieds (tiens ! un sacrement qu’on a oublié !) sont des services et non des honneurs. L’invitation au culte, le fractionnement du pain, le baptême d’un nouveau chrétien, etc., peuvent être fait par tout membre de l’ecclesia. Cela peut être l’hôte qui reçoit en sa maison, le doyen de la communauté, le Juif présent du fait de son ancienneté dans l’ordre de la Révélation, ou encore le visiteur de passage, etc.

5 - se centrer sur Jésus


Si l’on s’en tient aux paroles mêmes de Jésus qui ont institué la communion, celle-ci se fait par rapport à lui : ceci est mon corps, ceci est mon sang ; si plusieurs sont réunis en mon Nom, je serai au milieu d’eux ; etc. En langage coutumier on peut dire que Jésus se positionne en ancêtre d’une lignée spirituelle. Dès lors, la communion est un culte qui lui est rendu, vrai culte pour ceux qui pensent que Jésus est présent et qu’ils peuvent alors s’adresser à lui ou encore vivre à ce moment une relation mystique ; simple rite de fraternité pour les autres qui sécularisent cette cérémonie.


La communion chrétienne est d’abord un repas, issu de la tradition juive. Quitte à certains, selon la grande tradition chrétienne, à y ajouter une dimension rédemptrice, Jésus ayant vécu, selon les Evangiles, une christicité conforme aux textes messianiques du Premier testament. Bien sûr, Jésus nous a parlé de Dieu comme étant son Père et notre Père à tous. En ce sens, la communion chrétienne est aussi une invitation à une montée vers Dieu.


Le chrétien, en tant que disciple de Jésus, aura à développer une relation de disciple à maître, par la lecture des textes, mais aussi par l’imitation des gestes de Jésus : le baptême, la présentation des enfants au Temple, la récitation du Notre Père, le lavement des pieds, la communion, etc. Et bien entendu le perfectionnement moral.


L’ouverture de Jésus aux personnes qu’il rencontrait, nous invite nous aussi à cette ouverture, sans aucune exclusive. Jésus ne nous demande pas nos croyances (ce sont les Pharisiens et les Saduccéens qui l’abordent pour polémiquer), mais de le suivre. Dès lors, la communion chrétienne est ouverte - sans conversion préalable - à toute personnes, y compris des gens d’autres religions, ou encore à des agnostiques et à des athées, voir à des polythéistes. Que les personnes soient invitées telles qu’elles sont ; à elles ensuite de se positionner, en toute liberté de conscience, vis à vis de Jésus et de Dieu.

 

Samedi 29 septembre 2007 6 29 /09 /2007 16:31
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander
Célébrer en liberté, annonce pour un partage du pain et du vin le 5 juin 2004 à Paris ", par Jean-Claude Barbier, chrétien unitarien, fondateur et animateur du réseau francophone " Correspondance unitarienne ", et Pierre Castaner, alter chrétien, Café courant d’air (Marseille), Fédération des réseaux du Parvis, paru dans Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre 2004, "Le culte chrétien de maison ; le partage de la parole, du pain et du vin avec des amis et des voisins", 2ème édition septembre 2005, pp. 1-3


Les Eglises confessionnelles, catholique, orthodoxe, puis protestantes ont cru devoir compléter le repas du Jeudi saint – que Jésus nous a demandé de reproduire – par des homélies, des credo, des conditions pastorales et autres, la célébration par un prêtre ou un pasteur, etc. Les chrétiens se sont querellés sur la signification de ce repas cultuel. Nous, chrétiens libres, nous pensons qu’un repas est ouvert à tous, sans discrimination, avec la chaleur du cœur et la conviction que Jésus s’adresse à tous, au delà des religions, des définitions théologiques, des croyances.


Pour nous, Jésus est d’abord un rabbin juif du 1er siècle dont l’enseignement et les actes, rapportés dans les évangiles, nous agréent. Nous sommes, par conviction personnelle et intime, ses disciples. Libre à chacun de " croire " qu’il est plus que cela : un guide qui nous conduit à Dieu, un médiateur parmi d’autres ou au contraire exclusif, le dépositaire de la Parole de Dieu ou encore Dieu lui-même qui se serait incarné en son Fils. Ce sont là des ajouts historiquement légitimes, mais qui doivent restés optionnels et non imposés. Jésus nous a promis d’être au milieu de nous dès lors que nous sommes réunis en son nom. Soyons au rendez-vous !


Nous sommes persuadés que si la religion chrétienne était ainsi présentée, beaucoup de jeunes, qui n’adhèrent plus aux constructions métaphysiques, retrouveraient le sens d’une adhésion simple et concrète à la personne de Jésus. Nous sommes également persuadés que nombre d’agnostiques retrouveraient dans le christianisme un lieu d’accueil, chaleureux, et de recherche spirituelle libre.


Notre intention n’est pas de créer une autre Eglise confessionnelle – il y en a déjà suffisamment ! – , ni de contester d’autres chrétiens qui peuvent ressentir le besoin d’un encadrement clérical, mais nous voulons vivre LIBREMENT notre foi chrétienne, en toute responsabilité, d’une façon adulte, au nom d’un christianisme d’expression plurielle. Cette affirmation de " chrétiens libres " réunit des catholiques qui s’affichent " réformateurs ", notamment au sein de la Fédération des Parvis, des protestants libéraux, des chrétiens unitariens du réseau " Correspondance unitarienne " et d’autres qui se disent " alter-chrétiens ". Qu’importe les étiquettes, qui ne sont que des points de départ, puisque nous nous retrouvons tous, d’une façon ou d’une autre, en Jésus.


Nous vous convions à une première célébration commune en espérant que cette première rencontre sera suivie d’autres à Paris et dans d’autres villes de nos pays francophones.


Cette célébration sera préparée par des représentants des diverses mouvances sus mentionnées. Nous aurons à la perfectionner au fur et à mesure de notre expérience communautaire et des avis des uns et des autres. Mettons nous résolument à un travail liturgique correspondant à notre mentalité moderne. Il est important que lors de ces célébrations chacun puisse s’exprimer librement, avec sa façon de dire sa foi.


Nous pouvons déjà tenir compte de l’expérience de Pierre Castaner, promoteur du Café Courant d’air à Marseille et qui a eu à animer de telles célébrations " libres " lors des deux dernières AG de la Fédération des réseaux du Parvis : " célébrer Jésus avec les signes forts du pain rompu et du vin versé partagés en frères et soeurs ; célébration que nous voulons sans dogmes, sans doctrine, sans pouvoir, sans titre de prêtre ou  pasteurs ! Nous voulons que ces signes forts de Jésus soient mis en valeur hors des prières rabâchées et répétitives, mais retrouvés dans la simplicité et la beauté du geste, du chant, du silence et de la prière ". Un effort liturgique doit être fait " Je souhaiterais que cette liturgie soit souple, libre, respirante, fraternelle, audacieuse mais aussi chargée de beauté : table dressée, bougies, fleurs, de la qualité. Il faudrait, me semble-t-il,  retrouver à la fois la splendeur d’une liturgie cistercienne la sobriété protestante, le partage fraternel ; bref, de nos Eglises respectives, développer la beauté de nos héritages et se débarrasser des lourdeurs et des expressions de la foi qui ne passent plus. ".


Nous sommes pleinement conscients qu’il s’agit bel et bien d’une transgression de normes confessionnelles. C’est ce que fit Jésus en son temps et ce qui lui valu la haine d’une bonne partie du clergé de l’époque.


Il nous reste à trouver un lieu adéquat pour au moins une centaine de personnes. Que les uns et les autres se mettent en quête d’un lieu comme Jésus demanda à ses disciples de le faire, la veille de ses dernières Pâques. Après la célébration, nous partagerons sandwichs et gâteaux pour prolonger nos instants fraternels et envisager l’avenir : améliorer notre liturgie, inviter nos amis et sympathisants, susciter d’autres célébrations, décider d’un rythme, etc. Répercutez cet appel auprès de vos correspondants, tout autour de vous, et soyons nombreux à ce premier rendez-vous. Ce sera la fête !

*
*     *

 

Ce fut la fête. Nous étions une cinquantaine à Paris. Le 16 juin, des chrétiens libres de Nancy se réunissaient à leur tour pour célébrer dans le même esprit. Nous tenons à votre disposition la très belle liturgie qu’ils ont élaboré à cette occasion. Chrétiens libres de toute confession, coordonnez vous localement et osez célébrer en commun votre foi !


Après ce premier culte, un comité d’organisation s’est constitué et a rédigé un manifeste à destination des médias :


" Le samedi 5 juin, à Paris, a eu lieu une célébration du partage de la Parole, du pain et du vin en mémoire de Jésus entre chrétiens libres. Elle a réuni des catholiques de la mouvance de la Fédération des réseaux du Parvis, des protestants libéraux et des chrétiens unitariens, soit au total une cinquantaine de personnes. Elle a été ressentie par les participants comme un moment fort de joie et de partage, ainsi que Jésus nous y invite. La richesse et l’originalité de cette célébration hors norme tenait à la diversité des participants, au climat de grande liberté d’expression et d’écoute réciproque, mais aussi à une libre communion suivie d’un repas convivial. Il s’agissait avant tout de participer à une célébration fidèle au message de l’Evangile, s’adressant à tous ceux et celles que les célébrations actuelles ne satisfont plus. Bien entendu, l’offre en est largement proposée à tous ceux qui cherchent un climat de liberté d’expression et de rite pour partager et vivre l’essentiel de leur prière communautaire. Nous respectons les Eglises mais nous voulons célébrer autrement avec des chrétiens en liberté quelle que soit leur appartenance ou pas à une Eglise. Nous envisageons de nous retrouver ainsi régulièrement pour un partage de la Parole et des agapes telles que Jésus les pratiquait avec ses disciples et que l'Eglise a reprises à son compte "

* comité d'organisation constitué de Paul Abéla, président de la commission liturgique du Parvis " Célébrer autrement ", Pierre Castaner, fondateur du Café Courant d’Air au Vieux Port de Marseille, membre du Parvis, Pierre-Jean Ruff, pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF), Jean-Claude Barbier, fondateur du réseau " Correspondance unitarienne ". 

 Ce texte fut envoyé au mois de juin à plusieurs bulletins de mouvement (Correspondance unitarienne, Parvis, Jonas, Quelques nouvelles, etc.) et à des journaux (Témoignage chrétien, La Vie, Golias, etc.). Il a été à la Une du site " Profils de liberté " et à la page d'accueil de celui de la Fédération des réseaux des Parvis. Il a été publié par la lettre électronique n° 89 du 10 mai 2004 de "Jonas sous son ricin", puis par Golias dans son n° 99 de novembre-décembre 2004 (pp. 33-34), accompagné par le discours de Pierre Castaner à l'ouverture de notre célébration du 4 juin … et d'un appel à la transgression de la part de la direction du journal.


Pierre Castaner
: "Retrouvons le beau geste du pain rompu et du vin versé qui circule de main en main, en fraternité. Il est évident que, chargés de nos traditions catholiques, protestantes, unitariennes et d'autres encore, nous n'avons sans doute pas tout à fait la même conception et la même vision de ce que nous allons célébrer et vivre … peu importe, soyons ouverts, soyons généraux, accueillants, disponibles. […] Ce geste porteur n'appartient ni aux prêtres ni aux pasteurs. Il nous est donné en héritage par nos pères, quelles que soient nos traditions, et nous voulons en goûter le sel trop souvent perdu, la saveur, et sa portée au-delà des Eglises. […] Pourquoi s'embarrasser d'une tonne de prières, de formules, de spécialistes du sacré ? Paratger le pain et le vin ? Pas seulement "en mémoire de Jésus". Cela risquerait de faire ancien combattant, mais "en devenir avec Jésus". Le pain et le vin comme signe visible de notre lien, de notre relation, de notre communion à Jésus pour nous rendre présent Celui qui nous inspire et nous anime et pour nous rendre présents les uns aux autres. […] Et notre devenir, mes amis, est prometteur au-delà des Eglises, au-delà des dogmes et des doctrines, osons célébrer comme des disciples en liberté ! Et j'ose croire, au risque de nous étonner, que même des agnostiques peuvent nous retrouver autour de ces gestes simples du pain rompu et du vin versé et partagé. Les évangiles nous invitent à une telle liberté. Mes amis, entrons en liberté !"

 *
*   *

A l’occasion du séjour en France du président de l’Assemblée des chrétiens unitariens du Burundi (ACUB), Fulgence Ndagijimana, les chrétiens unitariens de Bordeaux, dans le cadre d’une série de soirées de partage spirituel avec la communauté baha’ie ont organisé un repas chrétien le 14 octobre 2004 . Une dizaine de personnes y participèrent. 


Pour la troisième fois consécutive, la Fédération des réseaux du Parvis, réunie à Draveil les 27-28 novembre, clôture son assemblée générale par un culte célébré en liberté. Nous savons par ailleurs que nombre de communautés de base osent, sans bruit, presque en clandestinité, répéter les gestes que fit Jésus avec ses disciples en instituant l’eucharistie. 


Ce Cahiers Michel Servet, veut encourager tous ces chrétiens à oser, selon l’exhortation de Pierre Castaner à l’ouverture de notre rencontre à Paris le 4 juin 2004. Michel Servet écrivit la " Restitution du christianisme ", ce qui lui valut, en 1553 le bûcher à Genève. En 2004, nous avons voulu " restituer " le repas chrétien et le faire savoir.
 

 

Samedi 29 septembre 2007 6 29 /09 /2007 16:00
- Par Jean-Claude Barbier et Pierre Castaner - Publié dans : CMS articles - Communauté : Religions en toute liberté - Recommander

"UNITARIENS" sur le site New Advent http://www.newadvent.org/, traduit en français par Christian Phéline, 4 mars 2007, à paraître dans Les Cahiers Michel Servet n° 9, "L'unitarisme dans les encyclopédies".

   

 

Secte * protestante libérale qui est attachée comme dogme distinctif, à la croyance en une seule personne divine plutôt que Dieu en trois personnes. 
* La Besace : New Advent est une encyclopédie catholique et le terme "secte", pris dans son sens ancien, désigne ici tout simplement une dissidence chrétienne 

I - APPELLATION ET DOCTRINE

Sous sa signification courante, le nom désigne tous ceux qui ne croient pas à la Trinité, fussent-ils chrétiens ou non-chrétiens ; selon son utilisation actuelle spécifique, il s’applique à cette forme organisée de chrétienté qui repose sur l’unicité de la personnalité de Dieu. Le terme semble être né vers 1570, et fut utilisé dans un décret de la Diète tenue en 1600 à Lecsfalva en Transylvanie, il fut accepté officiellement par décision ecclésiastique en 1638. Il supplanta les désignations variées de anti-trinitariens, ariens, racoviens, et sociniens. En Angleterre le nom apparaît pour la première fois en 1682. A dater de 1815, il devient fréquent aux U.S., quoique mal reçu par certains anti-trinitariens, et omis du titre officiel de certaines congrégations dont la position religieuse était pourtant voisine. On peut expliquer cette résistance par le fait que les parties concernées étaient réticentes à insister sur toute affirmation doctrinale. Les associations d’historiens font état du nom de presbytériens, souvent utilisé à propos des unitariens dans les Iles Britanniques, et de congrégationalistes unitariens, en usage aux U.S.A.


Aucun critère standard de croyance n’est inclus dans cette désignation et aucun examen de doctrine n’est requis comme condition d’acceptation dans la communauté. La coopération de toutes les personnes désireuses de faire progresser les intérêts d’un christianisme épuré (non dogmatique, pragmatique) est bien accueillie au sein de l’unitarisme.
 

S’il fournit cette coopération, chaque membre jouit d’une totale liberté en ce qui concerne ses opinions religieuses personnelles et nul cadre de propositions doctrinales n’est soumis à l’acceptation de l’ensemble des unitariens. Le lien entre eux tient plus dans leur tendance à refuser les dogmes qu’à une uniformité de croyance. L’autorité de la Bible est conservée jusqu’à un certain point, mais son contenu est soit accepté soit répudié selon la faveur reçue du tribunal suprême de la raison individuelle, qui dans ce cas fait loi. On considère Jésus Christ comme subordonné au Père, et bien que l’épithète divin lui soit appliquée au sens large assez souvent, beaucoup le considèrent comme un très doué et puissant leader mais cependant humain. C’est un maître à suivre et non un Dieu à adorer. Pour ses disciples, sa passion et sa mort sont une inspiration et un exemple et non la réparation effective et de remplacement pour les péchés des hommes. Il est le plus haut modèle que nous puissions imiter pour perfectionner graduellement notre union avec Dieu. Enseigner ainsi la mission de Jésus-Christ n’est que le complément logique du refus unitarien de la Chute de l’homme et dans la même ligne cohérente, conduit à la suppression des sacrements.


En fait, deux d’entre eux sont conservés, baptême et eucharistie, mais leur pouvoir de conférer la grâce est nié et leur réception est déclarée inutile [ndlr plutôt non obligatoire] . Le baptême est administré aux enfants, rarement aux adultes, plus pour raisons sentimentales et dans un but éducatif, que partant de la certitude des résultats spirituels produits sur l’âme du bénéficiaire. L’eucharistie, loin d’être considérée comme sacrificielle, est simplement regardée comme une cérémonie de mémoire. L’espérance rassurante du salut universel est suivie par la majorité des membres.
 

En résumé, l’unitarisme de nos jours n’est guère plus qu’une religion naturelle et montre chez certains membres une tendance à la spéculation panthéiste. L’organisation d’Eglise en Angleterre et aux USA est strictement congrégationnelle ; chaque congrégation particulière dirige toutes ses affaires sans supervision, convoque et renvoie son pasteur et enfin juge des idées religieuses exprimées en chaire. En Transylvanie le gouvernement de l’Eglise est exercé par un évêque qui réside à Kolozsvar (Klausenburg) assisté par un consistoire. Le titre épiscopal qu’il porte ne demande aucune consécration spéciale mais dénote simplement la fonction de contrôleur ecclésiastique.
 

II - HISTORIQUE
 

 A - en Europe 

La première Eglise détenant des croyances unitariennes fut fondée en Pologne sous le règne de Sigismond II (1548-72). L’an 1568 vit l’installation et la reconnaissance de congrégations de ce type en Transylvanie. Alors qu’en Pologne l’unitarisme fut complètement aboli en 1660, dans l’autre pays, il se maintint malgré des persécutions temporaires. L’Eglise transylvanienne est d’origine socinienne puis supprima l’adoration de Jésus-Christ, rejetant de la sorte ce qui la différenciait principalement du strict unitarisme. Son appellation actuelle est Eglise unitarienne hongroise [ndrl maintenant Eglise unitarienne de Roumanie] encore que assez peu de ses membres habitent en Hongrie.
 

En Angleterre, l’organisation de l’unitarisme devint effective beaucoup plus tard. C’est John Biddle (1615-62) qui essaya de fonder une première congrégation mais elle ne survécut pas à son auteur. Par contre les efforts de Théophilus Lindsey (1723-1808) eurent plus de suite, en 1773 il se retira de la communion anglicane, il organisa l’année suivante une congrégation unitarienne à Londres et en 1778 il bâtit la chapelle d’Essex Street. A la même époque, les vues anti-trinitaires furent répandues par le scientifique Joseph Priestley, pasteur d’une congrégation à Leeds (1768-80) puis à Birmingham. Son travail dans ce dernier endroit fut interrompu en 1791 par un soulèvement populaire, et trois ans plus tard il émigra aux USA. D’autres, parmi lesquels Thomas Belsham (1750-1829) et Lant Carpenter (1780-1840) poursuivirent la propagation de l’unitarisme en Angleterre. Des restrictions légales étaient toutefois encore en vigueur à l’égard des personnes opposées à la doctrine de la Trinité et freinaient leur travail. Mais en 1813, la plupart de ces inconvénients disparurent, et en 1844, une liberté totale fut obtenue en dépit de l’opposition, par le Dissenters’ Chapels Act, que l’on nomme quelquefois Charte unitarienne.
 

Dès 1825, les unitariens anglais avaient conclu une union avec leurs coreligionnaires lointains sous le nom d’Association unitarienne anglaise et à l’étranger, cette société répandait de la littérature religieuse et défendait les intérêts de la secte. Les perspectives de cette activité furent éclairées par l’apparition d’un défenseur très doué des vues unitariennes. le Dr. James Martineau (1805-1900). Après une résistance réussie contre l’opposition du début, sa personnalité domina l’unitarisme anglais pendant une longue période. Ses écrits ont eu une influence marquante loin au delà de l’Angleterre, et continuent de faire progresser la cause du christianisme libéral. Ses disciples ont repris son travail et dépassent les vues radicales du maître.
 

L’Ecosse ne s’est jamais montrée une terre propice à la propagande unitarienne. Une congrégation a été organisée en 1776 à Edimbourg et l’Association unitarienne écossaise fut formée en 1813 mais le progrès dans ce pays a été insignifiant et rares y sont les congrégations.
 

En Irlande, l’unitarisme existe surtout dans le Nord où il a trouvé ses adhérents parmi les presbytériens, il peut sans faire erreur être considéré comme une branche autogouvernée du groupe presbytérien.
 

On rencontre encore des congrégations unitariennes aux colonies britanniques, Australie, Canada principalement. Chez les protestants français, un bon nombre sont de pensée unitarienne quoique anonymement.
 

B - en Amérique
 

Vers le milieu du 18° siècle, les opinions unitariennes s’infiltrèrent parmi les congrégationalistes de Nouvelle-Angleterre. Elles étaient propagées par Jonathan Mayhew (1726-1766) pasteur de la West Church de Boston depuis 19 ans, et Charles Chauncey (1705-85) dans la même ville. La première église organisée fut la Kings Chapel à Boston quand la congrégation, jusque là épiscopale, ôta toute référence à la Trinité dans son Livre de Prière commune et assuma en 1787 une existence indépendante. Des congrégations s’organisèrent également à Portland et Saco (Maine) en 1792 et en 1794, Joseph Priestley démarra sa propagande en Pennsylvanie ; c’est toutefois particulièrement en Nouvelle Angleterre que le mouvement gagna du terrain. La nomination en1805 du révérend Henry Ware à la Hollis Chair of Divinity au Harvard College et la nomination, au cours des deux années suivantes, de quatre candidats libéraux à des postes importants de professeurs de la même institution, amena ce lieu d’études à subir une influence unitarienne considérable. Son école de théologie fut fondée et organisée par la dénomination en 1817 et resta sous son contrôle jusqu’en1878, puis devint sans dénomination.
 

Alors que la diffusion des idées unitariennes fut relativement rapide, l’organisation d’Eglises fut retardée par la réticence de certains à se séparer des communautés congrégationalistes dont ils étaient membres. Avant que la séparation devint effective, une violente controverse s’engagea entre les ailes libérales et conservatrices du congrégationalisme Ces choses atteignirent leur sommet lorsque en 1819 le révérend William Ellery Channing, au cours d’un sermon prêché à Baltimore pour l’installation du révérend. Jared Sparks, recommanda la reconnaissance des croyances unitariennes partagées par les membres libéraux et les congrégations. Ce discours se montra décisif et les parties concernées se mirent immédiatement à s’organiser en autonomie. Depuis ce jour et jusqu’à sa mort en 1842, Channing fut le leader reconnu de la dénomination. C’est sous ses auspices que l’Association américaine unitarienne fut fondée à Boston en 1825 pour promouvoir les intérêts unitariens.
 

Après sa mort, la tendance radicale devint prédominante sous la direction de Théodore Parker (1810-60) dont l’influence prit la succession de celle de Channing. L’autorité de la Bible, qui était reconnue par la vieille école, fut sous Parker largement sacrifiée aux principes d’une critique destructive, et l’unitarisme dériva rapidement vers les spéculations rationalistes. A l’activité de Channing et Parker vint s’ajouter l’influence plus répandue et générale du poète et philosophe unitarien Ralph Waldo Emerson (1803-82). Quoique démissionnant de sa charge de la deuxième Eglise congrégationaliste de Boston après une courte période (1829-32), il continua de prêcher de nombreuses années et sa popularité d’écrivain et de conférencier ne pouvait qu’apporter du prestige aux idées religieuses avancées qu’il défendait. Les intérêts de la propagande unitarienne furent également servis par la création de la Western Conference of Unitarians en1852 et celle de la National Unitarian Conference en 1865. A Boston en1900, fut organisé le Conseil international des unitariens et autres penseurs religieux libéraux et ouvriers, dont le caractère était plus universel. Il siégea à Londres (1901), Amsterdam (1903), Genève (1905), Boston (1907), et Berlin (1910). A cette dernière convention, le titre officiel fut changé en International Congress of Free Christians and other Religious Liberals. Son propos reste identique, soit : " ouvrir la communication avec ceux qui, dans tous pays, s’efforcent d’unir une religion pure avec une liberté parfaite et d’augmenter parmi eux, fraternité et coopération ".
 

III PROPAGANDE . INSTITUTS EDUCATIFS , STATISTIQUES.
 

La corporation unitarienne adressa un missionnaire en Inde en 1855, et depuis 1887, a lancé une active propagande au Japon ; pourtant ses efforts missionnaires à l’étranger, vus en gros, n’ont pas été considérables. Ceci concorde avec son attitude généralement indifférente pour le dogme et ses efforts pour faire progresser le christianisme sans appuyer sur ses articles de foi particuliers ; ses membres dans le passé ont participé aux caisses missionnaires dans les autres dénominations. Leurs efforts ont porté plutôt sur la dissémination de littérature parmi les nations civilisées qu’en l’envoi de missionnaires vers les contrées non chrétiennes. Cette méthode de recrutement s’est montrée efficace en partie à cause de la tendance actuelle libérale, rationaliste et excessivement individualiste, mais aussi grâce à nombre d’éminents personnages et auteurs doués qui ont adhéré aux doctrines unitariennes et les ont défendues. Les ressources financières destinées à la propagande ont été assurées par le riche planteur jamaïcain Robert Hibbert (1770-1849) créateur du fonds qui porte son nom. Il en résulta les Conférences Hibbert bien connues et aussi le " Hibbert Journal " plus récent. Une organisation de caractère unique est la " Post-office Mission "qui, par correspondance et envoi de livres et de périodiques, tend à apporter du courage aux dépendants et joie aux souffrants.
 

L’Eglise n’a fait aucun effort déterminé pour organiser des institutions charitables de son fait [La Besace : si, en 1941, le Service unitarien pour aider les exilés européen fuyant le nazisme].
 

Un nombre important de son corps pastoral, (ouvert aux femmes) a reçu sa formation au sein d’institutions éducationnelles dépendant d’autres sectes. Cependant, l’Eglise a fondé à cet usage les écoles suivantes :le Collège unitarien de Kolozsvar (Hongrie) [ndrl : actuelle Roumanie], et pour Angleterre et Pays de Galles, le Home Collège unitarien missionnaire, à Manchester, le Manchester College à Oxford, le Collège presbytérien à Carmarthen, en Amérique, la Harvard Divinity School à Cambridge, Massachusetts, la Meadville Theological school., à Meadville Pennsylvanie, et la Pacific Unitarian School qui fut nommée ultérieurement : la Star King School for the Ministry, à Berkeley, Californie. Aux USA, la dénomination conserve à côté de ces écoles de formation pastorale, sept académies toutes situées sauf une dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre.
 

Le nombre de personnes partageant les idées unitariennes ne peut être évalué même approximativement, car nombreux sont ceux qui sans hésiter rejettent la doctrine des Trois Divines Personnes et conservent la croyance en un Dieu unique sans jamais s’affilier à l’Eglise. Parmi ceux ci on compte non seulement de nombreux théologiens libéraux et critiques d’avant-garde, mais aussi certaines dénominations religieuses qui, soit en totalité comme les Hicksite Friends, ou en grand nombre comme les unitariens-universalistes, sont unitariens de façon distinctive.

Dimanche 15 juillet 2007 7 15 /07 /2007 05:23
- Par Christian Phéline - Publié dans : CMS articles - Recommander

Encyclopedia Britannica 1911, http://encyclopedia.jrank.org/fr/, traduction en français de Christian Phéline, janvier 2007, texte à paraître dans le n° 9 des Cahiers Michel Servet "L'unitarisme dans les encyclopédies".

   UNITARISME, système de pensée chrétien et d’observance religieuse basé sur la personne unique de la divinité, en opposition à l’orthodoxie trinitaire, le divin existant en la seule personne du Père.

Les unitariens ont une histoire qui remonte à la période apostolique ; ils se réclament d’une antériorité doctrinale précédant Nicée et d’une continuité d’opinion depuis les communautés ariennes jusqu’aux penseurs individuels de nos jours. Quoiqu’il en soit, il est certain que la Réforme du XVIème siècle a été accompagnée, en chaque pays européen, d’une éclosion plus ou moins importante d’opinions anti-trinitaires. Supprimée systématiquement dans les cas individuels, ce type de doctrine est finalement devenu malgré tout l’emblème de diverses communautés religieuses en Pologne (depuis disparues), en Hongrie * (où elles sont encore vivantes) et, beaucoup plus tardivement, en Angleterre.

* note de traduction : en Transylvanie (Roumanie) et en Hongrie depuis que la Transylvanie a été rattachée à la Roumanie en 1919

Outre la doctrine fondamentale, les pratiquants sont marqués par certaines caractéristiques, qui sont : une tolérance extrême, une tendance à minimiser l’indispensable, une répugnance à exprimer leur foi, une approche historique des écritures.
 

Martin Cellarius
(1499-1564), ami de Luther, est habituellement considéré comme le premier pionnier écrivain du mouvement ; la position anti-trinitaire de Ludwig Haetzer ne fut révélée qu’après son exécution (1529) pour anabaptisme. Les écrits à partir de 1531 de Servet, et son sort (1553) ont stimulé la réflexion dans la même direction. Les Dialogues (1563) de Bernardino Ochino, tout en défendant la Trinité, ont établi des objections et réticences qui en ont convaincu plus d’un. Dans son 27ème dialogue, Ochino indique la Hongrie comme le refuge possible de la liberté religieuse. Ce fut en effet en Pologne et en Hongrie que furent formées en premier et tolérées les premières communautés religieuses expressément anti-trinitaires. En Pologne, en plusieurs lieux des manifestations d’opinion anti-trinitaires apparaissent très tôt. A l’âge de 80 ans, Catherine, épouse de Melchior Vogel ou Weigel, fut brûlée à Cracovie (1539) pour apostasie, bien qu’il n’ait pas été clair que ses vues aillent plus loin qu’un simple déisme. 

En Pologne
 

En Pologne, le premier synode de l’Eglise réformée se tint en 1555. Lors du second, en 1556, Gregory Pauli et Peter Gonesius confessèrent des tendances anti-trinitaires et anabaptistes. L’arrivée de Biandrata en 1558 fournit un chef au groupe. En 1565, la diète de Piotrkow exclut les anti-trinitaires du synode ; à partir de cette date, ceux-ci tinrent leurs propres synodes sous le nom d’Eglise mineure. Connus sous d’autres noms (celui d’ariens était le plus commun), cette formation ne prit à aucun moment de son histoire une autre désignation que celle de " chrétiens ". Arienne à l’origine (bien que refusant toute adoration du Christ) * et anabaptiste, l’Eglise mineure fut (vers 1588) influencée par les idées de Fausto Sozzini qui avait pris racine en Pologne en 1579. En 1602 James Sienynski établit, à Rakow, un collège et une imprimerie ; celle-ci édita le Catéchisme de Rakow en 1605.

* note de traduction : Non ! les Frères polonais considéraient que Jésus, ayant été divinisé par Dieu après sa mort, avait le droit à un culte.

En 1610 commença une réaction catholique menée par les Jésuites. L’installation à Rakow fut supprimée en 1638, sous le prétexte que deux jeunes avaient démoli un crucifix en dehors de la ville. Vingt ans plus tard, la diète polonaise accorda aux anti-trinitaires le choix entre se conformer ou s’exiler. Or l’Eglise mineure comportait plusieurs magnats polonais, mais ceux-ci ayant adopté les vues de Sozzini écartant les chrétiens de toute fonction de direction, se trouvaient politiquement impuissants. L’application du décret, précipitée d’un an, eut lieu en 1660. Certains se soumirent ; d’autres émigrèrent en Hollande en grand nombre (les remontrants les reçurent comme leurs membres, selon les termes de leur credo apostolique) ; d’autres vers la frontière allemande ; un contingent s’installa en Transylvanie, à Kolozsvar, sans toutefois entrer au sein de l’Eglise unitarienne, mais en maintenant une organisation distincte jusqu’en 1793.

A Amsterdam, on publia (1665-1669) la Bibliothèque des frères polonais, comportant les travaux de Hans Krell, leur principal théologien, de Jonas Schlichting, leur porte-parole, de Sozzini et de Johann Ludwig Wolzogen ; en page titre de cette collection, figurent les mots : " quos Unitarios vacant " introduisant ainsi ce terme en Europe de l’Ouest.
 

En Transylvanie et en Hongrie
 

Il n’y a nulle trace évidente d’une opinion anti-trinitaire précédant l’apparition de Biandrata à la cour de Transylvanie en 1563. Son influence s’exerça sur Francis David (1510-1579), qui fut successivement catholique, luthérien, calviniste et anti-trinitaire. En 1564 David fut élu, par les calvinistes, évêque des Eglises hongroises en Transylvanie et nommé prédicateur de la cour de John Sigismund, prince de Transylvanie. Sa contestation de la Trinité commença par des doutes sur la nature du Saint-Esprit . Son adversaire dans les discussions publiques fut le leader calviniste Peter Juhasz (Melius) ; Biandrata le soutint. John Sigismund, adoptant les vues de son prédicateur de cour, publie (1568) un édit de liberté religieuse, prise par la Diète de Torda, autorisant David (qui conservait son titre existant) à transférer sa charge d’évêque des calvinistes aux unitariens ; Kolozsvar devint alors à majorité unitarienne.


Un catholique, Stephen Bathory, succède en 1571 à John Sigismund et les ennuis commencent. Sous l’influence de John Sommer, recteur du gymnase de Kolozsvar, David abandonne vers 1572 le culte du Christ. La tentative de conciliation de Sozzini ne fit qu’empirer les choses ; jugé comme innovateur, David mourut en prison à Déva en 1579. Le culte du Christ devint un usage reconnu par l’Eglise ; il est toujours présent dans le livre de cantiques officiel édité en 1837, mais il en est retiré dans l’édition de 1865. D’autre part, une nouvelle secte apparaît en 1621, les Sabbatariens, à forte tendance judaïsant ; bien que n’étant pas tolérée, elle persista jusqu’en 1848.


Le terme " unitarius " (on le dit introduit par Mélius dans des discussions en 1569-1571) est lisible sur document pour la première fois dans un décret de la Diète de Lecsfalva en 1600 ; il ne fut adopté officiellement par l’Eglise qu’en 1638. Parmi la série des 23 évêques, les plus distingués furent : George Enyedi (1592-1597) dont les Explications furent en vogue en Europe, et Michel Lombard Szentabrahami (1737-1758) qui raviva la force de son Eglise, brisée par la persécution et les expropriations, et lui donna la constitution actuelle. En 1787, sa Summa universae theologise secundum Unitarios, de sensibilité socinienne avec des modifications arminiennes, fut acceptée par Joseph II comme manifeste officiel de la doctrine ; celle-ci demeure en l’état mais aucune adhésion n’a jamais été exigée. La dénomination officielle est Eglise hongroise unitarienne * comptant plus de 60 000 membres, la plupart en Transylvanie, particulièrement parmi le peuple szekler, quelques uns en Hongrie ; leur évêque a un siège au parlement hongrois. A Kolozsvar, siège du consistoire, se trouve le collège principal, les autres sont à Torda et à Szekely-Keresztilr.

* note de la traduction : l’article datant de 1911 ne tient pas compte du rattachement de la Transylvanie à la Roumanie. On distingue aujourd’hui l’Eglise unitarienne de Roumanie (avec 80 000 unitariens lors du recensement de la population totale en 1992) et l’Eglise unitarienne de Hongrie (évaluée à près de 5 000 fidèles) .

Jusqu’en 1818 l’existence permanente de ce groupe était méconnue des unitariens anglais, les relations sont depuis devenues plus étroites ; depuis 1860, une série d’étudiants [transylvains] ont fini leur éducation théologique au Manchester College à Oxford, et d’autres à La Maison unitarienne du Collège des missions.
 

En Angleterre

Entre 1648 (avec John Assheton) et 1612, un nombre limité d’unitariens furent soit exécutés, soit épargnés suite à leur abjuration. Parmi les brûlés vifs, citons George Van Paris (1551), chirurgien flamand, Patrick Packingham (1555), usurier, Matthew Hamont (1579), commerçant en charrues, John Lewis (1583), Peter Cole (1587), tanneur, Francis Kett (1589), médecin et auteur, Bartholomew Legate (1612), marchand d’habits, dernière victime de Smithfield, et le fanatique Edward Wightman (1612), consumé à deux reprises. En tous cas, la contamination semble provenir de Hollande. Les deux dernières exécutions firent suite à la dédicace à James I de la traduction latine du Catéchisme de Rakow (1609), sans que celui-ci en ait été prévenu à l’avance. La vogue de la pensée socinienne, qui séduisit un temps des hommes tels que Falkland et Chillinworth, conduisit à ce quatrième canon de1640 dirigé contre les livres sociniens, mais qui tourna court.

L’ordonnance de 1648 condamne le dénie de l’existence de la Trinité, mais elle resta lettre morte car Cromwell pesa sur le procès de Paul Best (1590-1657) et John Biddle (1616-1662). En 1650, à Chester, John Knowles était prédicateur laïc de tendance arienne. De 1652 à 1654, puis de 1658 à 1662, Biddle anima à Londres un groupe socinien. Outre ses écrits personnels, il réimprima et traduisit le Catéchisme de Rakow et la Vie de Socin (1653). Son disciple Thomas Firmin (1632-1697), conducteur de travaux et philanthrope, ami de Tillotson, fut amené aux idées de Sabellius * par un homme d’Eglise nommé Stephen Nye (1648-1719).

* hérésiarque chrétien du IIIème siècle dont la doctrine tendait à réduire la distinction entre les trois personnes de la Trinité (sa doctrine, le sabellianisme, est proche du modalisme ou monarchianisme).

Firmin a émis une remarquable série de pamphlets contradictoires (1690-1699). Le terme " unitarien " émerge d’abord en 1682 et figure dans le titre de la Brief History (1687). Il fut interprété dans un sens large comme couvrant tous ceux qui, à quelques variantes près, considéraient l’Etre divin comme personne unique. Le projet ultérieur de Firmin était de créer des sociétés unitariennes " au sein de l’Eglise ". Thomas Emlyn (1663-1741) fut le premier prédicateur à se qualifier d’unitarien. Il réunit à Londres une congrégation en 1705, ce qui était contraire à la Loi de tolérance de 1689 laquelle excluait tous ceux qui prêchaient ou écrivaient contre la Trinité.


Il est notable que, en Angleterre, la dispute socinienne lancée par Biddle a précédé la controverse arienne initiée par Samuel Clark et sa doctrine de la Trinité selon les Ecritures (1712). Au cours du XVIII° siècle, les idées des ariens et semi-ariens étaient en vogue à la fois dans l’Eglise et chez les " dissidents ". L’atmosphère libre des académies des dissidents favorisait les idées nouvelles. La conférence de Salter Hall , réunie pour débattre de la prétendue hérésie de James Peirce (1693-1726), eut l’effet de laisser à chaque congrégation le choix de sa propre orthodoxie (1719). Déjà les baptistes s’étaient séparés de la doctrine courante.


En 1689, les presbytériens rejoignirent les " indépendants ", en accord avec eux pour supprimer les deux dénominations et encourager des fonds communs. Mais à Londres, l’union qui avait été réalisée pour gérer un fonds commun fut dissoute en1693 ; le temps aidant, des désaccords dans la gestion de ces fonds conduisirent au rattachement à la dénomination presbytérienne des théologiens libéraux, bien que de nombreuses chapelles unitariennes anciennes fussent des fondations indépendantes. Cependant, la moitié au moins des chapelles presbytériennes (de 1690 à1710) revinrent aux mains des congrégationalistes.


Les meneurs en matière d’une christologie purement humaine provenaient principalement des indépendants comme Nathaniel Lardner (1684-1768), Caleb Flaming (1698-1779), Joseph Priestley (1733-1804), Thomas Belsham (1750-1829). La formation d’une dénomination unitarienne distincte date de 1773, lors du retrait de Theophilus Lindsey (1723-1808) de l’Eglise anglicane, au moment de l’échec de la pétition dite des " Plumes " au Parlement (1772) demandant la fin des serments d’allégeance. Cette démission de Lindsey avait été précédée en Irlande par celle de William Robertson, D.D.(1705-1783) que l’on nomme " le père du non-conformisme unitarien ". Elle fut suivie par d’autres retraits de gens d’Eglise, la plupart pasteurs démissionnaires, si bien que le vœu de Lindsey d’un mouvement unitarien demeurant au sein même de l’Eglise anglicane n’aboutit pas. Progressivement, cette théologie unitarienne déborda l’arianisme dans un nombre considérable de congrégations dissidentes.


La Loi de tolérance fut abolie en 1779. On substitua alors, à l’allégeance aux articles doctrinaux de l’anglicanisme, la seule croyance aux Ecritures. En 1813, les lois pénales dirigées contre les adversaires de la Trinité furent abolies. En 1825, l’Association unitarienne en Grande-Bretagne et à l’étranger fut fondée par amalgame de trois sociétés plus anciennes, littéraire (1791), missionnaire (1806), et des droits civils (1818).


Les propriétés gérées par des unitariens et créées antérieurement à 1813 furent l’objet d’attaques. Le procès de la chapelle de Wolverhampton commença en 1817, celui encore plus important du Fonds Hewley, en1830 ; tous deux furent réglés au désavantage des unitariens en 1842. Un appel au Parlement aboutit à la Loi des paroisses dissidentes (1844) qui affirme que 25 ans d’existence d’une pratique légitiment son maintien actuel si les doctrines ne sont pas spécifiées dans les statuts.


L’unitarisme un peu aride de Priestley et de Belsham, enfermé dans une philosophie déterministe, fut graduellement modifiée sous l’influence de Channing (voir plus loin) dont les travaux firent l’objet de plusieurs réimpressions et furent diffusés très largement grâce aux efforts de Robert Spears (1825-1899). Une autre influence américaine, qui se montra efficace en réduisant ce qu’il pouvait y avoir de rigide dans le surnaturalisme – toutefois restreint - de Belsham et de ses successeurs, fut celle de Theodore Parker (1810-1860). En métropole, l’enseignement de James Martineau (1805-1900) rencontra au début quelques résistances, puis fut amplement reçu, aidé qu’il était par l’influence de John Tayler (1797-1869) et John Hamilton Thom (1808-1894).


La mouvance unitarienne a produit de remarquables érudits tels que John Kenrick (1788-1877), James Yates (1789-1871), Samuel Sharpe (1799-1881), mais il y eut peu de prédicateurs populaires, encore que George Harris fasse exception (1774-1859). L’Annuaire publié par ce dernier recense 406 congrégations en Angleterre et pays de Galles ; quant à la formation des pasteurs, il cite le Collège de Manchester d’Oxford (ce qui fait remonter son ancienneté à l’académie de Richard Franklandr, au début de 1670 ), la Maison unitarienne du Collège des missions (fondé en 1854 à Manchester par John Relly Beard, D.D., et William Gaskell), et le Collège presbytérien de Carmarthen.


La littérature anglaise des périodiques unitariens débute avec le Dépositaire théologique de Priestley (1769-1788), et ensuite le Dépositaire mensuel (1806-1838), le Réformateur chrétien (1834-1863), la Revue de prospective (184*-1854), la Revue nationale (1855-1864), la Revue théologique (1864-1879) et, actuellement, le Journal d’Hibbert, l’une des créations du Trust Hibbert, fondé par Robert Hibbert (1770-1849) et nommé à l’origine l’Antitrinitarian Fund.


A noter que ce fonds devint opérationnel en 1853 ; il a procuré des bourses et des aides financières à des communautés, a financé des conférences annuelles de 1878 à 1894, et a maintenu une chaire d’histoire de l’Eglise au Collège de Manchester depuis 1894. Les activités générales du groupe sont dirigées partiellement par son association (Essex street, Strand) et aussi par sa Conférence nationale (qui tint des séances triennales), installée en 1882. Elle gère deux journaux hebdomadaires, l’Enquêteur et la Vie chrétienne.
 

En Ecosse
 

On a beaucoup insisté sur l’exécution, à Edimbourg (1697), de l’étudiant Thomas Aikenhead, coupable de blasphème envers la Trinité. Les travaux de John Taylor, D.D. (1694-1761) sur le péché originel et l’absolution eurent beaucoup d’influence à l’Est de l’Ecosse comme nous l’apprennent Robert Burns et d’ autres tels que William Dalrymple, D.D.(1723-1814) et William M’Gill, D.D. (1732-1807) qui, avec d’autres " modérés ", furent soupçonnés de la même hérésie. Mais un unitarisme déclaré n’a jamais eu une grande vogue en Ecosse. Seule congrégation anciennement fondée, celle d’Edimbourg, par séparation en 1776 de l’une des " associations fraternelles " créées par James Fraser, de Brea (1639-1699). Les efforts missionnaires de Richard Wright (1764-1836) et George Harris (1794-1859) eurent des effets passagers. Il existe actuellement sept congrégations. L’Association unitarienne écossaise fut fondée en 1813, essentiellement par Thomas Southwood Smith, un médecin réformateur de la santé. Le Trust McQuaker fut fondé en 1889 dans un but de propagande.
 

En Irlande
 

Le procès à Dublin (1703) de Thomas Emlyn attisa la controverse sur la Trinité ; il fut soumis à amende et peine d’emprisonnement pour avoir rejeté la divinité du Christ. En 1705, les pasteurs presbytériens du Nord ont fondé la Société de Belfast visant à discuter de la théologie, ce qui créa un courant d’opinion refusant les normes de Westminster. La tolérance vis-à-vis des " dissidents ", retardée en Irlande jusqu’en 1719, fut accordée enfin sans restriction doctrinale.


Un an plus tard, au synode général de l’Ulster, se forma un courant d’opinion hostile à l’adhésion des principes édictés, aboutissant en 1725 à la séparation des non souscrivant dirigés par John Abernethy d’Antrim, lesquels formèrent un conseil presbytéral à part. Celui-ci fut placée hors juridiction, mais non excommunié. Lors du siècle suivant, ses membres ont exercé une haute influence sur leurs frères du synode, mais l’influence opposée de la Mission des dissidents écossais (depuis 1842) causa une réaction. Le conseil presbytéral d’Antrim devint graduellement arien et le même type de théologie s’étendit plus ou moins à la Southern Association, connue depuis 1806 comme Synode de Munster. Dès 1783, dix des quatorze conseils presbytéraux du synode général avaient déclaré optionnelle l’adhésion aux Articles [anglicans] ; le code du Synode en 1824 affirma que la foi est déclarée orthodoxe quelle soit par adhésion ou par examen ; Henry Cooke, D.D. (1788-1868) s’opposa de toutes ses forces à ce compromis et réussit finalement à vaincre (1829) son opposant arien Henry Montgomery, LL.D. (1788-1865). Montgomery mena alors une dissidence qui aboutit au Synode remonstrant (1830), réunissant trois conseils presbytéraux, et il devint le meneur du mouvement unitarien.


En 1910, le collège presbytéral d’Antrim, non souscrivant, mystique plus que rationaliste en sa théologie, prit part à un Synode général qui réunit les membres du synode de Munster avec les " catholiques chrétiens ", comme ceux-ci se nommaient eux-mêmes, venant de l’Eglise irlandaise presbytérienne des non-souscrivant. Cela tendit à mettre en harmonie 38 congrégations et quelques postes missionnaires.

Note de traduction : les articles de l’Encyclopédie Britannica pouvant faire l’objet de modifications de la part d’intervenants multiples, ce passage a été manifestement caviardé, mélangeant allègrement l’histoire de l’Irlande avec celle des Etats-Unis. Nous ne pouvons qu’en donner, sous toute réserve, une traduction très libre.

Jusqu’en 1889, il y eut à Belfast le maintien de deux chaires de théologie dans l’esprit progressiste de l’époque [il s’agit sans doute de chaire d’église]. Par ses essais sur le Système de l’exclusion et la Dénonciation de la religion (1815) et ses Objections à Scott Porter (180*-1880), Henry Montgomery ( ?) fut un pionnier en matière de critique biblique [selon Earl Morse Wilbur il y eut une controverse en 1834 à Belfast opposant le révérend John Scott Porter au Dr. Bagot ; le débat dura 4 jours].
 

Aux Etats-Unis
 

Dans son sermon sur Le christianisme unitarien, prêché à Baltimore en 1819 à l’occasion de l’ordination de Jared Sparks, puis dans un autre sermon à New-York en 1821, William Ellery Channing se fit le défenseur du mouvement.


Note de traduction
: le texte semble qualifier E.W. Channing, dans ses vues et pratiques, de plus " conservateur " que ses frères anglais. Il semble aussi présenter cet auteur américain comme interprète de la littérature unitarienne provenant d’Irlande (qui se diffusait au niveau de New-York avec les immigrés ?), notamment à partir de 1832 sur le thème de la Bible favorable à la piété.


Il en résulta plusieurs périodiques unitariens : Les Chrétiens (qui se développa au sein des Eglises congrégationalistes), suivi du Magazine irlandais unitarien. Il y eut aussi Le Disciple et Le Presbytérien non-souscrivant. Tous ces journaux contribuèrent à l’émergence, en 1825, de l’Association unitarienne américaine à Boston.


Note de la traduction
: Des références bibliographiques sont données mais elles sont intraduisibles.


L’Association publia des tracts et des livres, aida des Eglises pauvres, envoya des missionnaires aux quatre coins du pays, et établit de nouvelles églises dans presque tous les Etats. Essentiellement non sectaires, animé d’un zèle missionnaire modéré, le mouvement unitarien s’est développé lentement. Son influence s’est principalement exercé au niveau de la culture générale et de la littérature pour les élites du pays. Plusieurs de ses ministres furent formés dans le cadre d’autres dénominations, mais la Faculté de théologie d’Harvard fut unitarienne de 1816 à 1870, avant de devenir un département de l’Université sans orientation confessionnelle spécifique.


L’Ecole de théologie de Meadville (PA) fut fondée en 1884, et l’Ecole de théologie unitarienne de Berkeley, en Californie, en 1904.


La réflexion unitarienne a traversé trois périodes aux USA. La première, de 1800 à 1835, influencée surtout par la philosophie anglaise, a été semi-surnaturelle et insuffisamment rationnelle, tournée vers la philanthropie et la pratique du christianisme. Son distingué interprète a été le Dr Channing. La deuxième période, de 1835 à 1885, influencée profondément par l’idéalisme allemand, devint progressivement rationnelle quoique teintée de mysticisme dans sa théologie. En 1865 la Conférence unitarienne nationale s’organisa, adoptant une assise résolument chrétienne en affirmant que ses membres étaient " les disciples du seigneur Jésus Christ ". La minorité plus rationaliste créa alors la Libre association religieuse destinée à "encourager l’étude scientifique de la théologie et à encourager la fraternité spirituelle". L’Association unitarienne de l’Ouest prit la même position et ne basa sa fraternité sur aucune référence dogmatique, mais il affirma son désir d’établir " la vérité, la droiture et la charité dans le monde ".


Cette période de controverses et de fort développement théologique prit fin en pratique peu après 1885, et c’est par un vote quasi unanime lors de la conférence nationale de Saratoga, en 1894, qu’elle fut consommée : " les dites Eglises se conforment à la religion de Jésus, dans la mesure où, en accord avec son enseignement, la pratique se résume à l’amour pour Dieu et pour l’homme. La conférence reconnaît que sa constitution est Congrégationaliste dans sa tradition et sa politique. Rien ,déclare t’elle, dans cette constitution, ne saurait être interprété comme acte d’autorité, et nous invitons cordialement à notre équipe de travail tous ceux qui, bien que différant en conviction, seraient en concordance générale avec notre esprit et nos objectifs pratiques ". Les meneurs de cette période furent Emerson et son idéalisme, et Théodore Parker, avec son acceptation du christianisme comme religion absolue.


La troisième période débutant vers 1885, fut celle du rationalisme, de la reconnaissance d’une religion universelle, de la large acceptation de la méthode et de la théorie scientifique, et d’un effort éthique pour réaliser l’aspiration suprême du christianisme. L’harmonie et l’unité ont atteint un niveau probablement jamais atteint dans aucune autre communauté religieuse. Le nombre des Eglises augmenta régulièrement. L’ouverture fraternelle aux progrès qui caractérise la religion moderne. Cette dernière phase devient évidente à travers l’organisation du Conseil international des penseurs et artisans religieux unitariens et autres libéraux, à Boston, le 25 mai 1900, dans le but " d’établir la communication avec tous ceux qui travaillent en tous pays, désireux d’allier une religion pure à une parfaite liberté, et d’accroître la fraternité et la coopération entre eux ". Ce conseil s’est réuni tous les deux ans, à Londres, Amsterdam et aux USA.


L’unitarisme aux USA a suivi essentiellement le même développement qu’en Angleterre, il a traversé les stades de l’arminianisme, arianisme, anti-trithéisme, puis un rationalisme et un modernisme basé sur une acceptation clairvoyante des résultats d’une étude comparée de toutes les religions. Au seuil du 18° siècle, l’arminianisme fut représenté en Nouvelle-Angleterre et sporadiquement ailleurs, tendance qui fut accentuée par les excès du Grand Réveil mené par Jonathan Edwards et George Whitefield. Avant la Guerre d’Indépendance, l’arianisme émergea dans des cas individuels et les influences françaises en faveur de déisme se répandirent, sans toutefois s’organiser en courant distincts au sein des Eglises.


C’est la Faculté d’Harvard qui, au milieu du 18°, représentait déjà la forme de pensée la plus avancée de l’époque et une vingtaine au moins de pasteurs en Nouvelle-Angleterre avaient une prédication essentiellement unitarienne. Jonathan Mayhew (1720-1766) se distingue comme pasteur de la West Church de Boston de 1747 à 1766. Il prêchait l’unité stricte de Dieu, la nature subordonnée du Christ et le salut individuel. Charles Chauncy (1705-1785), pasteur de la First Church, de 1727 à sa mort, opposant majeur d’Edwards et de son Réveil, était à la fois unitarien et universaliste. Ebenezer Gay (1696-1787) de Hingham, Samuel West (1736-1807) de New Bedford, Thomas Bernard (1748-1814) de Newbury, John Prince (1751-1836) et William Bentley (1758-1819) de Salem, Aaron Bancroft (1755-1836) de Worcester, et bien d’autres étaient unitariens. La première officialisation de la foi unitarienne fut celle de la King’s Chapel à Boston ; elle établit James Freeman (1759-1853) en 1782 et révisa le Prayer Book selon une liturgie unitarienne modérée en 1785.


Le révérend William Hazlitt (père du critique et romancier connu), en visite aux Etats Unis en 1783-1785, publia le fait qu’il existait des unitariens à Philadelphie, Boston, Charleston, Pittsburg, Hallowell, au Cape Cod et ailleurs. Des congrégations unitariennes furent organisées en 1792 par Thomas Oxnard à Portland et Saco. La Première Eglise de Plymouth à Soo accepta une foi plus libérale. John Priestley vint aux USA. en 1794, et organisa une Eglise unitarienne à Northumberland (PA) la même année, et en 1796, une autre Eglise à Philadelphie. Ses écrits eurent une grande influence .Donc, de 1725 à 1825, une croyance plus rationnelle et tolérante s’établit en Nouvelle-Angleterre et au-delà. En 1805, la nomination d’Henry Ware (1764-1845) comme professeur de théologie à Harvard, fut le signe distinctif du changement. La même année sortirent les livres unitariens de John Sherman (1772-1828) et Hosea Ballou (1771-1852) puis, en 1810, celui de Noah Worcester (1758-1837). Au début du 19°, à une exception près, toutes les Eglises de Boston étaient occupées par des prédicateurs unitariens ; leurs opinions étant diffusées dans des périodiques et organismes variés. Durant cette période, des Eglises s’installèrent à New York, Baltimore, Washington, Charleston et encore ailleurs. William Ellery Channing fut installé à l’Eglise congrégationaliste de Fédéral Street de Boston en 1803 (…)
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L’influence d’Emerson est devenue prépondérante à partir de 1885, modifiée par la prédication plus scientifique de Minot J. Savage, qui puisait ses inspirations chez Darwin et Spencer. Au-delà de lui-même, le courant unitarien obtint une large reconnaissance grâce au travail d’hommes public tels que Henry Whitney Bellows et Edward Everett Hale ; il bénéficia aussi de l’influence remarquable de James Freeman Clarke et la popularité de Robert Collyer. Les Eglises unitariennes aux USA était, en 1909, au nombre de 461, avec 541 pasteurs. Le nombre des inscrits dans l’Eglise peut être estimé à 100 000 ; les journaux sont : le Registre chrétien, hebdomadaire publié à Boston ; l’Unité, hebdomadaire à Chicago ; l’Unitarien, mensuel à New York ; L’ancien et le nouveau, mensuel publié à Des Moines ; Le Pacifique unitarien, à San Francisco. Voyez aussi les ouvrages de Joseph Henry Allen, Notre mouvement libéral en théologie (Boston 1882) et Suite pour notre mouvement libéral (Boston, 1897) ; John White Chadwick, Croyances unitariennes anciennes et nouvelles (Boston, 1894) et, particulièrement, de John Ellery Channing L’Unitarisme, son origine et histoire, un cours de 16 lectures (Boston, 1895), George Willis Cooke, l’Unitarisme en Amérique, son origine et développement (Boston, 1902) ; et l’Annuaire unitarien (Boston).

Dimanche 15 juillet 2007 7 15 /07 /2007 04:54
- Par Christian Phéline - Publié dans : CMS articles - Recommander
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