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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 11:34

« Georges Biandrata : le renard et le lion » (Giorgio Biandrata, La Volpe ed il Leone), pièce historique en deux actes de Ugo Rizzato, adapté et réalisé par Walter Scarafia, jouée en 7 représentations du 30 avril au 21 mai 2010 au théâtre du Marquis, à Saluzzo (Italie). Ci-dessous, la présentation de la pièce traduite librement en français par Jean-Claude Barbier.

 

Cette pièce est l’occasion de réunir autour de Giorgio Biandrata tous les personnages historiques du XVIème siècle dont il fut le protagandiste. Sur la photo, de gauche à droite : Michel Servet, Giorgio Bernardino (son neveu, soupçonné de son meurtre), Ferenc David (premier évêque de l’Eglise unitarienne de Transylvanie), la reine Isabelle (fille de Bona Sforza et épouse de Jean I Zapolva), Etienne Bathory (prince catholique qui succéda à Jean II Sigismond à la tête de la Transylvanie), Jean II Sigismond (fils d’Isabelle et de Jean I Zapolva), Bona Sforza (reine de Pologne et mère d’Isabelle), Campanus (moine dominicain symbolisant la Contre-Réforme), Giorgio Biandrata, Giovanni Alciati Paolo della Motta (médecin et compatriote italien qui fut également en Pologne), Guillaume Farel (pasteur à Neuchâtel et bras droit de Jean Clavin), Jean Calvin, Petrus Melius (le chef de file des calvinistes hongrois), Heinrich Bullinger (pasteur réformateur de Zurich qui succéda à Ulrich Zwingli) et Demetria (la mère du neveu supposé meurtrier).

 

giorgio_biandrata_teatro_del_marchesato.JPG
La pière commence avec la mort de Giorgio Biandrata en 1588, puis le procès d’Inquisition mené à Genève par Jean Calvin contre Michel Servet en 1553, se poursuit avec l’arrestation de l’évêque Ferenc David en 1579, pour revenir de nouveau à la mort du héros sous les coups répétés des représentants des autres religions tous ligués contre lui et ayant payé le neveu et sa mère pour ce crime.

L'intrigue (texte de Walter Scarafia) :

 

Qui l'a assassiné? En tant que directeur de scène j’ai voulu partir de sa mort, avec toute sa part d’obscurité, parce que celle-ci fut effectivement mystérieuse et sombre. Un originaire de Saluzzo à la fois aimé et haï en Europe ! Sa fin, je voulais qu’elle devienne l'une des pages les plus frappantes de l’histoire de l'Europe. Je voulais raconter l'histoire comme la froideur des des romans policiers, avec un style personnel et unique, avec l’obsession de comprendre comment ce fils de Saluzzo a été si connu à l’étranger et si ignoré chez lui ! Je voulais me concentrer uniquement sur la représentation de sa mort et les mécanismes de peur et de suspense, sans modifier le récit historique de l'auteur (Ugo Rizzato) et la recherche historique approfondie qui s'y rapportent

L’histoire (texte de présentation de Ugo Rizzato) :

 

Giorgio Biandrata, figure extraordinaire de notre région, était le fils de Bernardino Biandrate, propriétaire du château de Sanfront. Il est né en 1516 et a achevé ses premières études à Saluzzo. D’esprit très religieux, il fut aussi motivé par un idéalisme politique teintée de «machiavélisme». Sa vie exceptionnelle fut faite de relations intenses et quelque peu houleuses avec les plus grands protagonistes de l’histoire du XVIème siècle, tant sur le plan religieux que politique. Humaniste, de profonde culture biblique et théologique, il obtient à 17 ans son diplôme de médecine à l’université de Montpellier, puis, deux ans plus tard, à celle de Padoue, il se spécialise dans “les désordres organiques et nerveux des femmes”, qu’on appelle aujourd’hui la gynécologie. Il écrivit quelques traités sur ce sujet.

 

Sa réputation professionnelle l'amène à Cracovie, en Pologne, où il devient médecin personnel de la reine Bona Sforza, l’épouse du roi Sigismond Jagellon I de la Pologne. Quelques années plus tard, retourné en Italie, il y embrasse la Réforme, mais il doit s’exiler en Suisse. Il y est élu parmi les meneurs de la communauté italienne réformée de Genève.


A Genève, ses idées unitariennes (l’unitarianisme est la doctrine qui affirme l'unicité de Dieu et, par conséquent, le refus du dogme de la Trinité et la négation de la divinité du Christ) et son étude des Ecritures le mettent en contradiction avec les idées réformistes de Jean Calvin, chef de l'Eglise de Genève. Il s’ensuit son expulsion de la Suisse ou plutôt sa fuite afin de ne pas tomber aux mains de l'Inquisition, qui, à peine trois ans plus tôt, avait mis sur le bûcher, le médecin espagnol Miguel Servet, accusé d'hérésie à cause de son livre sur "Erreur de la Sainte Trinité”. Ces affirmations du médecin ibérique, Biandrata les reprenait à son compte.


Avec son ami et collègue médecin Giovanni Paolo Alciati della Motta, originaire de Savigliano, Biandrate trouve refuge en Pologne, qui fait alors figure de pays libre, d’une nation où un édit du roi autorise la cohabitation de plusieurs dénominations religieuses, où catholiques et réformés sont à égalité de droits. Il sera partie prenante des synodes qui conduiront à la formation d’une Eglise unitarienne en Pologne. Puis il se retrouve médecin et conseiller en Transylvanie à la cour d’Isabelle, fille de Bona Sforza et veuve du roi Jean Zapolva mort jeune. Il appuya et fut partie prenante de la candidature du catholique Etienne Bathory à la royauté de Pologne et de Hongrie et il put garder son rôle de conseiller.


Il fut tué en 1588 à Alba Julia, et il est difficile d'identifier clairement le motif de ce meurtre. Il a été contraint de prendre des mesures décisives parfois cruelles ; il fut appelé un renard (1) pour sa ruse et un lion (2) pour la force avec laquelle il influenca les serviteurs du bras séculier (le lion, en fait) à frapper ceux qui nuirait à son Église. Il se retrouva propriétaire d’une grande fortune, qui était le résultat d’une vie dévouée aux rois et reines de son temps. Cela lui fut-il fatal ? Son neveu, Georges Bernardino, qu’il avait fait venir auprès de lui, l’aurait-il empoisonné ou étranglé ?


Nombre d’Eglises unitariennes sont encore en activité en Europe ; il existe même une Eglise unitarienne en Italie. Aux Etats-Unis, les unitariens, appelés là-bas unitariens-universalistes, sont 502 000. Ils s’honorent d’avoir eux cinq présidents de leur République ayant appartenu à leur foi : Thomas Jefferson, John Adams, John Quincy Adams, Millard Filmore, William Howard Taft. Les unitariens contemporains participent à toutes les batailles pour les droits civiques. En cela, traversant eux-aussi les frontières, ils sont les dignes successeurs de Georges Biandrata.

(1) ndlr : Jean Calvin tint à mettre en garde les Réformés polonais de l’arrivée en leur pays de G. Biandrata en ces termes : "Quel monstre Giorgio Biandrata est, ou plutôt, combien de monstres il stimule". Peter Vermigli, réformé de Zurich, avisera de même par écrit les Polonais que l’intéressé niait de la même façon que son mentor Gribaldi, que le père et le fils soient de la même essence. Mais faut-il pour autant le traiter de renard ? La franchise des opinions ne pouvait pas se faire à cette époque car la vie était rapidement mise en danger. Quant à ses talents de conseiller auprès des reines et des rois, de médiateur pour défendre les intérêts de son Eglise, cela relève de la diplomatie et non pas de la ruse dont le renard est le symbole depuis les fables de La Fontaine !


(2) ndlr - le lion : la solidité d’une formation professionnelle et la réussite dans l’exercice de la médecine, le sérieux de ses engagements, la stabilité avec la constitution d’un patrimoine personnel en Transylvanie, l’organisation d’une filière d’immigration en ce pays pour les humanistes italiens, mais en aucun cas le pouvoir politique lui-même. Même s’il fut influant, il ne succéda pas à F. David à la tête de l’Eglise unitarienne et n’y exerça pas de rôle fonctionnel. Là aussi la référence au lion relève de la seule responsabilité de l’auteur de la pièce.

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Published by Valter Scarafia et Ugo Rizzato - dans (hist) BIANDRATA Giorgio
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