Partager l'article ! CU 117, juillet 2012 - une discussion sur l'anarchisme chrétien: En écho à l’article sur l’anarchisme chrétien paru dans la Correspondanc ...
la besace des unitariens
le site documentaire de la Correspondance unitarienne
La besace qui contient le pain du voyage, de l’exil, de l’itinérance – tel fut le destin des premiers unitariens aux XVIe et XVIIe siècles, chassés des villes catholiques, luthériennes et calvinistes à cause de leur anti-trinitarisme, quand ils n’étaient pas décapités ou brûlés vif sur place. Avec les cathares, les vaudois, les lollards, les hussites, les huguenots et bien d’autres, ils furent les hérétiques de la chrétienté, ne manquant jamais d’emporter dans leur besace de proscrits, à côté de la miche de pain, une bible et leurs écrits. Ce site est un hommage à eux rendu.
Vous y trouverez la littérature francophone concernant l’unitarisme : une bibliographie, le sommaire des bulletins internes des associations, la référence d’articles déjà publiés ou leur reproduction, etc. Voilà une bien grande et lourde besace ! mais vous pourrez, à votre tour, la transporter, grâce aux miracles de l’informatique, avec une clef USB !
Pour les unitariens, loin des dogmes et des " mystères " théologiques, la religion va de pair avec la raison, les connaissances scientifiques et l’expérience vécue et intime de chacun. La lecture des connaissances acquises, l’étude attentive des réflexions d’autrui, la communication des idées ont toute leur valeur.
contact : correspondance.unitarienne@wanadoo.fr
En écho à l’article sur l’anarchisme chrétien paru dans la Correspondance unitarienne n° 116, ce
débat qui eut lieu du 7 au 10 avril 2012 au sein du forum « Unitariens francophones » (sur Yahoo) (lien).
Marike - L'anarchisme (sans gouvernement ni autorité) est pour moi un mot entièrement
négatif : déconstruction de tout sans reconstruction. Dans ce cas je ne peux y mettre aucun chercheur qui découvre pour "avancer" dans le domaine de la connaissance... ni aucun élément positif en
quoi que ce soit.
Laurens Trobat - L'anarchie c'est l'ordre moins le pouvoir. Il faut aller au-delà des
caricatures (même si certains anarchistes, hélas, s'y complaisent). Dans les années 20 il y a eu en Ukraine des expériences de gestion libertaire des biens publics et de l'appareil productif.
Pendant la guerre d'Espagne, il y eut, en Catalogne et en Aragon, des expériences communalistes agraires. A la même période, les services publics de la ville de Barcelone étaient autogérés selon
un mode anarcho-syndicaliste. J'ajoute qu'au départ les mutuelles étaient une idée anarchiste... Tout cela pour dire que l'anarchisme ce n'est pas la bordelocratie, l'anomie ou le nihilisme. Ce
n'est pas non plus un truc fumeux de doux rêveurs ou d'excités.
Yves Lecornec - Bonjour Marike, L’anarchie ce n’est nullement le désordre ou le
nihilisme, mais un Ordre immanent à la société. Les anarchistes (voir Proudhon) rejettent l’autorité et la subordination pour promouvoir l’égalité et la coordination. A
l’autorité doit donc se substituer la notion de contrat et de société égalitaire contractuelle ou mutualiste. Utopie sans aucun doute, mais utopie directrice qui alimente par exemple les courants
fédéralistes et autogestionnaires. Dans le domaine religieux c’est aussi l’esprit du congrégationalisme contre les structures centralisées et hiérarchiques. Fédéralisme politique, fédéralisme
économique, autonomie mais responsabilité partout, personnellement je me sens assez à l’aise dans ce courant... Ne confondons pas anarchie et “bande à Bonnot”... Amicalement
Jean Pierre Babin - Les remarques d’Yves nous éclairent et évitent des confusions ou de
fâcheux contresens. Il en est de même pour les épicuriens qui n’ont rien à voir avec des gourmets ou des gourmands. De même pour les stoïciens dont la doctrine dépasse de loin une résistance à la
douleur ou aux souffrances. Pour tous ces sujets (anarchisme compris) n’hésitez pas à faire la dépense des « que sais-je ? » qui nous apportent l’essentiel sur un sujet.
Laurens Trobat - Lire "Anarchie et christianisme" de Jacques Ellul
(éditions de la Table Ronde). Un très bon livre. Sinon, pour ce qui est des expériences anarchistes concrètes (comme le disait Théodore Monod ce qui est intéressant dans l'utopie
c'est ce qui peut être mis en œuvre, pas la pure spéculation intellectuelle), lire "L'Espagne libertaire (1936-1939)" de Gaston Leval, qui en plus du travail d'historien qu'il a
effectué a vécu ça directement.
Samantha Fink - Il existe un recueil "Anarchistes et juifs, histoire d'une rencontre"
qui est résumé ici (lien) et dont on peut lire un extrait ici (lien) (cliquer sur "bonnes pages").
Pour Jacques Ellul et l'anarchisme chrétien j'ai trouvé cela (lien).
Yves Lecornec - Lire aussi “Anarchie et personnalisme” d’Emmanuel Mounier.
Jean-Claude Barbier – Merci aux uns et aux autres pour toutes ces références.
Je comprends le soucis de Marike car je sais combien les institutions sont importantes. Et puis, c’est vrai que nos amis
anarchistes sont souvent égocentriques et aiment jouer aux éléphants dans un parterre de porcelaine sans aucun soucis de diplomatie ! Ceci dit, s’ils dérangent et provoquent des clash parfois
inopportuns, leur rôle est indispensable à toute mouvance qui veut aller de l’avant et ne pas ronronner sur un passé fut-il prestigieux. En quelque sorte, ils ont un rôle fonctionnel, même s’il
ne faut pas forcément leur confier des tâches de gestion et de direction qu'ils ne revendiquent d'ailleurs pas.
Dans l’héritage du prophétisme judéo-chrétien, et alors que nombre d’Eglises l’ont mis sous le boisseau, l’unitarisme
français s’honore de maintenir en son sein cette présence vivifiante avec les unitariens belges Pierre Bailleux, (qui nous manque beaucoup depuis sa mort en janvier 2008) et
Jacques Cecius, et puis en accueillant des voix protestantes comme celles d’Emile Mihière et Roger Parmentier. C’est dans cet esprit que nous
avions publié en juin 2010, un Cahiers Michel Servet (n° 13) sur « Les inspirés pas toujours compris » (lien). Anarchistes et prophètes auront toujours porte ouverte chez nous et c’est la raison d’être de la rubrique de nos Actualités unitariennes intitulé «
A contre courant, la page des prophètes » (lien)
Laurens Trobat - Là encore on est dans le procès d'intention et l'étalage de lieux
communs....
Par exemple, quand tu écris "nos amis anarchistes sont souvent égocentriques et aiment jouer
aux éléphants dans un parterre de porcelaine sans aucun soucis de diplomatie !", quels ont été les contacts avec les anarchistes (autrement que sur du papier ou devant des reportages) qui
te permettent d'affirmer ceci? As-tu côtoyé suffisamment d'anarchistes pour pouvoir affirmer cela ? Il y a chez les anarchistes la même proportion d'individus immatures que dans les autres
mouvances politiques, ni plus ni moins...
De même l'idée reçue selon laquelle "il ne faut pas forcément leur confier des tâches de gestion et de direction qu'ils ne
revendiquent d'ailleurs pas " est fausse. Les anarchistes ont un réel désir de transformer le monde et donc d'assumer les responsabilités de gérer ce changement, même si cela passe par des formes
d'organisation qui sont atypiques au regard des schèmes politiques traditionnels. Lors de la guerre d'Espagne, les bataillons formés d'anarchistes (dont la célèbre colonne
Durrutti) n'ont pas démérité d'après les historiens. De même, il y a eu, comme je le rappelai précédemment, des expériences concrètes de gestion libertaire (notamment les
services municipaux de la ville de Barcelone). J'ai eu la chance, dans ma jeunesse, d'entendre le témoignage de vétérans des communes libertaires d'Aragon (1936-1939) qui avaient gardé un
souvenir ému de leur expérience.
Plus récemment l'école libertaire Bonaveture (sur l'île d'Oléron) a fonctionné efficacement durant des
années à la fin des années 90 en réussissant à dispenser une scolarité gratuite. Et a dû sa fermeture à des tracasseries administratives venant des Pouvoirs publics et non à un dysfonctionnement
interne...
Après, il faut dire qu'historiquement les anarchistes ont joué de malchance. Que ce soit Nestor Makhno qui,
en Ukraine, après avoir vaincu les armées tsaristes a été écrasé par l'Armée rouge, ou les anarchistes espagnols qui ont été pris entre le marteau franquiste et l'enclume stalinienne. Il est vrai
que dans une situation de conflit les exigences de démocratie de l'anarchisme font difficilement le poids face à la force brute du fascisme ou du bolchevisme. Cela n'enlève rien au mérite de
l'anarchisme ni à ses tentatives de réalisation. Michel Ragon a écrit un roman retraçant l'histoire de l'anarchisme au XXème siècle qu'il a intitulé "La mémoire des vaincus".
J'aime beaucoup cette expression.
Jean-Claude Barbier - Cher Laurens. Loin de moi de traiter d'immatures les amis
anarchistes que j'ai pu fréquenter. Je ne l'ai pas écrit, je ne l'écrirai jamais, et je ne le pense absolument pas.
Marike - Merci beaucoup à Yves et à vous tous qui avez éclairé le sujet. Une fois de
plus tout n'est-il pas dans les définitions de mots ou dans les travaux qui soutiennent ces mots, en orientent les définitions dans un sens ou dans un autre ? Finalement les mots ont-ils encore
un sens ? Enfin les mots évoluent ; ex le mot gentil dans gentilhomme et le mot gentil maintenant... Et la définition du mot libertaire ? Je m'y perds !
Samantha Fink - Eh oui les mots n'ont pas le même sens, non seulement selon les époques
comme l'a si pédagogiquement expliqué Laurens à propos de la Cène, mais selon les personnes qui les emploient. Ainsi, si je dis "anarchie" ou "libertaire", je dis quelque chose de positif, même
si je ne m'y connais pas trop, car on m'a appris que c'était une belle idée. Finalement c'est une sorte de préjugé du coup. Mais je ne comprends vraiment pas pourquoi l'absence de hiérarchie
serait a priori négative? Ce qui me paraît un préjugé encore plus répandu.
Laurens Trobat - Moi ce qui m'a beaucoup aidé c'est d'abord de lire les œuvres des
"grands noms" de l'anarchisme (Proudhon, Bakounine, Kropotkine, etc.). Puis ensuite les rencontres que j'ai pu faire. Parce que si tu t'en tiens
à ce que tu peux lire ça et là sur l'anarchisme, tu ne vas pas aller plus loin que des idées reçues. Quelqu'un a dit un jour que plus qu'aucune autre mouvance politique, l'anarchisme collectionne
les images négatives et stéréotypées. Sur le site de Radio-Libertaire tu dois trouver en podcast des enregistrements de l'émission "L'idée anarchiste" que j'ai écouté quelquefois et qui est
rudement intéressante.
Samantha Fink - Proudhon je crois que j'aurais du mal (pour moi il
détient la palme de la misogynie). L'émission "L'idée anarchiste", je ne connaissais pas, merci !) J'ai fouillé ma mémoire et celui que j'avais lu, c'était Malatesta, en plus il
est sur le net pour ceux que ça intéresse -- j'ai un peu oublié mais j'en garde un bon souvenir, agréable à lire et le relirai avec plaisir (lien).
Laurens Trobat - Dans Proudhon, il y a de tout, du sublime ("Qu'est-ce
que la propriété?") au pire (la mysoginie, l'antisémitisme, l'anti-protestantisme, etc.). Il faut trier le bon grain de l'ivraie. Je persiste à dire que " Qu'est-ce que la propriété ? " est un
texte politique majeur. Fondateur de l'anarchisme mutuelliste. Après il s'est parfois fourvoyé et même contredit. Malatesta c'est pas mal non plus.
Marike - Finalement, les mots anarchie, libertaire... ce qui importe pour moi c'est la
fidélité aux évangiles, le fil à plomb de la pensée. Si on quitte l'essence des Evangiles pour ces mots-là... alors...
Laurens Trobat - L'anarchisme chrétien ça existe aussi. En plus la plupart des gens que
j'ai connus dans le milieu anarchiste sont plutôt tolérants envers les croyances religieuses. Il ne faut pas forcément chercher à tout opposer... La chimie des idées comme disait
Nietzsche...
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