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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 19:34

suite des articles précédents


servetmundo.jpgAu service de cette critique en règle, notre auteur met un éclectisme cultivé. Car Servet a beaucoup lu et son érudition est parfois étonnante. Il a lu les pères de l’Église, surtout ceux qui vont dans son sens, ainsi que bien des scolastiques médiévaux. Il se réfère aux maîtres juifs, en particulier David Kimchi, rabbin toulousain, et Maïmonide, qu’il cite souvent. Il a lu le Coran – sans doute dans la traduction de Marc de Tolède – pour en retenir sa présentation de Jésus prophète, mais également l’idée d’une révélation unique et primitive de Dieu qui par la aurait été falsifiée, notamment par les conciles. Il emprunte aussi à l’islam la négation du Péché originel. Lors du procès de Genève, alors qu’on lui fait grief de se référer à ce « méchant livre du Coran », il a cette réponse à la Jeanne d’Arc : « D’un méchant livre, on peut tirer de bonnes choses ».

 

portrait de Michel Servet sur fond de bûcher


Enfin fort logiquement, il accorde un intérêt soutenu à ceux qui ont été déclarés hérétiques par l’Église. Depuis que la vérité sur le Christ a été perdue par l’Église, ce sont les hérétiques qui sont porteurs des parcelles de cette vérité perdue. « Toutes les hérésies du monde sont nées de la méconnaissance du Christ ». Et lui-même se présente comme un continuateur d’Arius, le perdant de Nicée: « La route de la recherche de la vérité a été fermée depuis l’époque des philosophes ariens ».


Maintenant qu’il a balayé la double nature du Christ et la Trinité, Servet se retrouve placé devant les questions suivantes, qui ne sont pas minces : Que reste-t-il de la personne du Christ et de son rôle, étant entendu qu’il doit demeurer une figure centrale et attractive à laquelle les juifs et les musulmans puissent adhérer, puisque c’est le but de Servet ? Et que faire des passages bibliques dans lesquels le divin est clairement associé à la personne du Christ – saint Jean et saint Paul notamment ?


C’est à partir de là que la pensée de Servet devient embrouillée. Il procède par essais successifs, pas forcément cohérents entre eux. L’impression générale qu’on en retire est celle d’une réflexion inachevée, expérimentale, un peu brouillonne. Tantôt il nous dit que le Christ historique est un prophète éminent, comme dans le Coran. Il est un prophète au sens ou il est la voix du Père invisible. Il est l’oracle de Dieu comme furent oracles les prophètes sous la Loi. Quoiqu’un peu plus qu’eux tout de même : « Le Fils de l’homme, le Christ vivant, est le but de toute la Bible ». C’est pourquoi ses paroles sont le fondement de la véritable Église à venir.


Tantôt le Christ représente la sagesse divine. Cette sagesse est l’âme du monde et par instants, Servet frise le panthéisme : le Christ remplit toute chose, il est partout dans l’univers, de la moindre fleur aux plus lointaines étoiles.


Il nous dit encore que le Christ est fils de Dieu non par nature mais par grâce et par privilège. Au moment de son baptême, le Père l’a sanctifié, oint et glorifié. Le Christ est donc fils agréé du Dieu éternel et non le fils éternel de Dieu.


Parfois, le Christ tient de l’émanation néoplatonicienne ou des séphirots de la Kabbale – dont Servet n’est pas tout à fait ignorant. Je cite : « De Dieu coulent les rayons des essences et les anges rayonnants, des souffles essentiels sortent de la poitrine du Père, comme des fils sortent du sein de leur père. » D’où il faut conclure que le Christ est divin d’une certaine manière, mais pas à la manière définie par les Conciles. « Le Christ habite le Père comme la voix habite celui qui parle ».


Tout ceci n’est pas très systématique, il faut bien l’admettre. Dans la forme de l’expression intellectuelle, nous sommes aux antipodes de Calvin.

à suivre ...

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Published by Vincent Schmid - dans (hist) SERVET Miguel
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