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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 19:50

suite des articles précédents


christ___mazilles.jpgCommençons avec les Erreurs de la Trinité, qui sont une phase de déconstruction du dogme. Il s’agit d’un manifeste divisé en sept grands chapitres constituant une critique radicale de ces deux dogmes-clés du christianisme classique que sont la double nature du Christ (vrai homme, vrai Dieu) et la Trinité (un Dieu unique en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit).


Pourquoi s’attaque-t-il en priorité à ces dogmes-là ? Dans la longue histoire de l’Espagne judéo-musulmane, les controverses publiques entre traditions spirituelles ont été nombreuses. Certaines sont restées célèbres. S’y rattachent par exemple les noms du musulman Walid al Baji à Saragosse, du talmudiste Nahmanide à Barcelone ou du chrétien Raymond Lulle à Valence.

 

Christ de l'abbaye de Mazilles

 

Immanquablement, la question trinitaire se retrouve au centre des débats. L’idée d’un Dieu unique en trois personnes et celle d’un homme-Dieu restent incompréhensibles voire choquantes pour une conscience non chrétienne.


Pour Servet, c’est la principale difficulté à aplanir si l’on veut espérer non seulement se faire comprendre mais attirer ces consciences non chrétiennes. Le but qu’il poursuit, c’est la définition d’un christianisme judéo- et islamo compatible. Pour cela, il lui faut se défaire de dogme trinitaire et du dogme de la double nature.


La règle que se fixe Michel Servet, c’est l’Ecriture sainte : « Je trouve toute science et toute philosophie dans la Bible » dit-il. Cette Bible, qu’il a découverte alors qu’il faisait son droit à Toulouse, il l’aborde dans ses langues originelles qu’il maîtrise bien – mieux que Calvin ne l’insinue lors du procès de Genève.


Lorsqu’il cite le premier Testament, il se montre familier de l’exégèse juive. Dans son approche du texte grec du Nouveau Testament, il a tendance à privilégier les sémitismes. L’Ecriture est incompréhensible prévient-il « pour ceux qui ne connaissent pas les habitudes de langage qui lui sont propres ».


Voilà qui, à première vue, devrait le rapprocher de Calvin qui lui aussi pose le principe de « l’Ecriture seule guide et maîtresse. » Mais il existe une différence de taille. Alors que Calvin admet les conclusions des conciles anciens qui ont défini les dogmes de la Trinité et de la double nature du Christ, Servet les rejette avec énergie. Car ces conciles sont à ses yeux responsables d’avoir inoculé au christianisme « la peste philosophique venue des Grecs », source de toutes ses déviations ultérieures. Ces ergoteurs de Grecs, de surcroît « ignares en matière d’hébreu », Michel Servet les déteste.


Vous constatez que c’est un partisan de la table rase. Son rejet de la Tradition est complet. Et il reproche à Calvin de s’être arrêté en chemin. Comment Calvin justifie-t-il de ne s’affranchir que d’une partie seulement de la Tradition ? Comment peut-on à la fois se réclamer du Sola Scriptura et avaliser les premiers conciles ? Et pourquoi seulement les premiers d’ailleurs ? « Dans la Bible tout entière, on ne trouve pas un seul mot sur la Trinité, ni sur ses personnes, ni sur une seule nature en plusieurs êtres. » Alors que Calvin estime que les Pères conciliaires n’ont pas trahi la Bible mais qu’ils l’ont plutôt résumée, Servet juge le contraire : « Les livres de l’Ecriture sainte, qui font autorité, nous enseignent très ouvertement que c’est bien un homme qui est appelé Christ ». Tant et si bien que la Trinité lui apparaît comme une forme d’idolâtrie, une réintroduction par la bande du polythéisme des Grecs. Pour ainsi dire « trois dieux ou un Dieu tripartite » dont les adorateurs sont des « tritoïtes ». On serait même en présence d’une sorte d’athéisme, « athées, c’est-à-dire des gens sans Dieu véritable » puisque la Trinité est une caricature. Le dogme trinitaire n’est qu’un « théisme dégénéré, mille fois inférieur à celui du mosaïsme et du Talmud, inférieur même à la théologie du Coran ».


Ce dogme trinitaire, Servet le voit aussi comme le fruit abstrait confus de l’esprit mathématique qui a inventé au Père céleste « un fils mathématique ». L’esprit mathématique part à l’assaut du mystère de Dieu avec l’ambition démesurée de le résoudre, le mettre en équation. L’esprit mathématique représente pour Servet la quintessence de la connaissance grecque. Mais il est voué à l’échec dès lors qu’il s’agit de Dieu. Proche sur ce point de la théologie juive, Servet insiste beaucoup sur le Dieu inconnaissable, qui « transcende toutes choses, dépasse tout intellect et tout esprit. La connaissance véritable de Dieu est celle qui révèle non pas ce qu’il est, mais ce qu’il n’est pas ».

à suivre ...

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Published by Vincent Schmid - dans (hist) SERVET Miguel
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