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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 00:39

  "Michel ou la quête du monothéisme idéal", condéfrence de Vincent Schmid, donnée à Paris, à la Société d'histoire du protestantisme français (SHPF), le 17 novembre 2009, reproduit avec l'autorisation de l'auteur. Le découpage en 8 parties et les sous-titres conrrespondants sont de la rédaction. Le document original a été publié en fichier pdf sur le site de la paroisse Saint-Pierre de Genène (lien).


Michel-Servet--Vincent-Schmid-copie-1.jpgVincent Schmid est pasteur protestant réformé à cette paroisse. Il a écrit un livre sur Michel Servet aux Editions de Paris Max Chaleilen 2008 "Michel Servet. Du bûcher à la liberté de conscience", 175 p. (lien)


Au coeur de ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Servet », à jamais attachée à l’image de Jean Calvin, se tient une opposition intellectuelle absolue entre les deux hommes.


Avant toute chose, je veux être clair : il n’y a pas de commune mesure entre l’immense construction théologique du réformateur de Genève et les thèses très expérimentales de l’Espagnol d’Aragon. À bien des égards, elles ne sont pas comparables.


La pensée de Calvin est bien connue, en cette année de jubilé qui s’achève il en a beaucoup été question. La pensée de Servet, pratiquement pas. Je vais tenter ce soir de l’explorer dans ses axes principaux, ce qui devrait nous permettre de mieux comprendre la fin de non-recevoir qui lui fut adressée par Calvin avec la conséquence terrible que l’on sait.


Au moment d’entrer dans cette exploration, je vous recommande de ne pas perdre de vue qu’au XVIe siècle les idées, surtout les idées religieuses, peuvent très vite se révéler dangereuses et même mortelles. L’hérésie, c’est-à-dire l’opinion particulière en matière de foi, tant en terre catholique qu’en terre protestante, est considérée comme un crime de droit commun. L’accusation la plus grave est celle de blasphème – c’est d’ailleurs sur ce motif que Servet est condamné. Au moment de la Réforme, les Etats protestants s’en tiennent au code justinien et aux lois de Frédéric II, promulguées en 1240, qui prévoient la mort de l’hérétique. Les protestants comme les catholiques considèrent que la société entière doit former un bloc compact et unanime animé d’une même foi. La lutte contre ceux que l’on appelait les « dogmatiseurs errants » est commune aux uns et aux autres. Et l’intention des réformateurs n’était nullement de permettre un pluralisme de croyance, même minimal, dans les Eglises qu’ils ont fondées. La Réforme en son commencement a été tout ce que vous voudrez, sauf tolérante… La tolérance n’est alors qu’en germe chez quelques rares esprits d’avant-garde, Erasme, Rabelais, Etienne Dolet et bien sûr plus tard Castellion.


Venons-en à Michel Servet. Pour tenter de cerner le personnage, sur la biographie duquel à vrai dire on sait peu de choses, il faut se replonger dans l’ambiance culturelle très spéciale de l’Espagne à l’aube du XVIe siècle. Il est né à Villeneuve d’Aragon, près de Saragosse, en 1509 (ou1511 selon certains), donc il est un contemporain de Calvin. La Reconquête de la Péninsule par les rois catholiques Ferdinand et Isabelle s’est achevée depuis 1492 avec la bataille de Grenade qui scelle la fin d’Al Andalus, l’ultime bastion arabe en Europe. La même année est promulgué l’édit d’expulsion des juifs. Les musulmans suivront plus tard, après quelques décennies de misère. Dans la région de Valence et en Aragon d’où est originaire Servet, la présence arabe est encore significative jusqu’à la fin du XVIe siècle. Ils sont installés en tant qu’artisans, marchands ou paysans. Les juifs et les musulmans qui sont restés se trouvent contraints de pratiquer la double appartenance religieuse. Extérieurement ils font profession d’être chrétiens mais dans l’intimité, ils restent attachés à leur rite d’origine. On les surnomme les marranes et les morisques. Ce sont des chrétiens automatiquement suspects. C’est la raison pour laquelle les Espagnols ont une mauvaise réputation proverbiale dans toute l’Europe chrétienne. L’Inquisition où s’illustre le sanguinaire Torquemada, et la police de Charles-Quint se montrent impitoyablement répressives à leur endroit. Michel Servet a grandi dans une atmosphère de catholicisation fanatique et il a certainement été le témoin direct du drame de l’assimilation forcée d’une population espagnole encore très multiculturelle.


Sans doute convient-il de ne pas idéaliser la très longue période de domination arabe en Espagne, car ce fut une domination souvent guerrière. Mais il ne faut pas non plus en sous-estimer la fécondité culturelle et scientifique. Ainsi, Michel Servet décrit la petite circulation du sang à partir des écrits d’un médecin arabe, Ibn Al Nafîs, qui vécut a Damas au XIIe siècle. L’Espagne a été le théâtre d’une rencontre des civilisations, rencontre bien illustrée par la parabole des trois anneaux de Boccace. Ces trois anneaux figurent la parenté, plus étroite qu’on ne veut bien l’admettre, qui relie les trois monothéismes, juif, chrétien et musulman, tributaires d’une révélation commune.


La quête intellectuelle de Michel Servet se déroule sous l’éclairage de cette parabole. Mon hypothèse est que, spectateur dans sa prime jeunesse des violences faites aux consciences au nom de la vérité catholique, il cherche une solution à ce drame humain. Puisque le vent souffle partout en Europe dans le sens d’une réforme de la chrétienté, sa solution à lui sera théologique et religieuse.


Servet entame sa formation à Saragosse. À ce moment-là, Erasme de Rotterdam, le prince des humanistes, exerce une influence immense sur les Universités européennes. Un certain nombre d’érasmiens espagnols traduisent et répandent des écrits de Luther, ce qui alimente une effervescence religieuse connue sous le nom d’alumbrados (les inspirés). Ces croyants d’un nouveau genre rompent avec la hiérarchie cléricale et attendent la fin du monde. Servet, qui est un partisan fervent de l’inspiration directe, se sent proche de cette mouvance. Mais l’Inquisition réagit avec une férocité extraordinaire et diligente les premiers autodafés comme à Valladolid ou 77 hérétiques montent sur le bûcher : il n’y aura pas de Réforme durable en Espagne.

A suivre …

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Published by Vincent Schmid - dans (hist) SERVET Miguel
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