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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 14:47

suite des articles précédents et fin


Quelques conclusions


Ce serait une erreur et un anachronisme que de prétendre convertir Servet en un penseur de la diversité religieuse du monde et en promoteur du dialogue inter religieux avant la lettre. Servet, reconnaissons-le, n’était pas intéresser à connaître le Coran avec exactitude, ni à se familiariser avec les préceptes, coutumes et traditions islamiques ; il ne croyait pas à des idées syncrétiques, ni à la pérennité *. Servet s’intéressait prioritairement au Christ.
* ndlt – à la différence de l’éternité, la pérennité reste inscrite dans le temps (Christian Godin, Dictionnaire de la philosophie, Fayard / éditions du temps, 2004, p. 961).


Toute la théologie de Servet tourne autour du Christ, axe central de ses préoccupations et de son expérience spirituelle. Pour ainsi dire, Servet était amoureux de la figure du Christ ; il la vivait avec passion et intensité, et il utilisa toute sorte d’argument et de faits à sa disposition pour la défendre. C’est avant tout dans cette perspective, depuis cet amour qui le ravit et pour lequel il donne sens à son existence, et qu’il veut défendre de ce qu’il considère comme étant de graves erreurs et déformations, qu’il faut comprendre les citations du Coran dans l’œuvre servètienne. Pour autant, nous pouvons dire que Servet utilise le Coran dans son œuvre, non pour le Coran lui-même, mais comme il l’admit à son procès, pour corroborer ses propres idées sur la façon dont devait être comprise correctement la relation du Christ avec Dieu le Père.

Cependant, il serait également injuste de déprécier la contribution que fait Servet, simplement parce que le dialogue avec l'islam n'est pas parmi ses priorités. Comme nous l'avons vu, son attitude fondamentalement tolérante avec la religion islamique, la reconnaissant comme une forme légitime, quoique incomplète d’adorer le Dieu unique, et la joignant au judaïsme dans l’ensemble des religions soumises à la Loi, et par là acceptant qu’un bon croyant musulman est aussi digne d’être sauvé que quiconque d’autre s’il honore Dieu et fait de bonnes actions, tout cela représente un contraste radical par rapport à la pensée dominante de son époque. Il s’inscrit ainsi dans la ligne libérale et tolérante marquée par l’influence d’Erasme. C’était un type de religiosité  qui était plus préoccupée par l’honnêteté du caractère et de l’intention que par les signes externes de soumission aux autorités religieuses (De Marcos 2006, pp 31-33).

Pourquoi Servet, plus que pour les appartenances religieuses et les institutions humaines, a-t-il tant été fasciné par la vérité et par la recherche radicale et obsessive de celle-ci, à qui il consacra sa vie ? Son intention n’était pas de réformer le christianisme, mais de le restituer à son état original avant qu’il ne fut déformé par de vaines élucubrations. Il ne voulait pas développer une nouvelle doctrine chrétienne plus attrayante pour les croyants d'autres religions, mais tenir en éveil la vérité. Et cette vérité réveillée, par elle-même, était assez forte pour abattre toutes les barrières qui empêche la concorde entre les gens. Si le judaïsme et l'islam avaient préservé la vérité sur Dieu et le Christ dans leurs doctrines respectives, il était nécessaire que le christianisme corrige son erreur, commencée à Nicée et maintenue pendant plus de mille ans, et de rétablir la vérité. Et ce sera dans cette vérité partagée par tous qu’on trouvera l'unité de tous les enfants de Dieu. Ce fut le rêve qui motiva Servet a aller au-delà de la révélation chrétienne pour la chercher auprès d’autres frères dans la foi d’Abraham, en écoutant ce que eux disaient, et en appréciant la vérité qu’il crut y rencontrer et en leur ouvrant les portes pour qu’ils fassent partie de sa grande vision du monde et de Dieu.


Notice bibliographique


Bainton, R.H. (2005). Hunted Heretic : The Life and Death of Michael Servetus 1511-1553. Providence : Blackstone Editions.
Barón Fernández, J. (1989). Miguel Servet : Su vida y su obra. Madrid : Espasa-Calpe.
Bataillon, M. (2000). Erasmo y el erasmismo. Barcelona : Crítica.
De la Cruz Palma, Ó. (2002). “La Trascendencia de la Primera Traducción Latina del Corán (Robert de Ketton, 1142)”: Collatio nº 7, pp. 21-28. (lien)
De Marcos Andreu, J. (2006). La influencia de Erasmo en las obras de Miguel Servet. Villanueva de Sigena : Instituto de Estudios Sigenenses “Miguel Servet”.
Goddard, H. (2000). A History of Christian-Muslim Relations. Edinburgh: Edinburgh University Press, Ltd.
Hughes, P. (2005). “Servetus and the Quran” : Journal of Unitarian Universalist History, Volumen XXX. Chicago : The Unitarian Universalist Historical Society.
Muhammad (1986). El Corán. Julio Cortés (ed.). Barcelona : Herder.
Servet, M. (1980). Restitución del Cristianismo. Ángel Alcalá (ed.). Madrid : Fundación Universitaria Española.
Servet, M. (2004). De errores acerca de la Trinidad. En Obras Completas, Vol. II-I. Primeros escritos teológicos. Zaragoza : Prensas Universitarias de Zaragoza.
Stephens, W.P. (2005). “Bullinger and Zwingli on the Salvation of the Heathen” : Reformation and Renaissance Review, Volumen 7. 2-3. Glasgow : Journal of the Society for Reformation Studies.

fin

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Published by Jaume de Marcos - dans (hist) SERVET Miguel
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