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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 14:59

suite des articles précédents


Pour conclure cette revue sommaire de la valorisation que Servet fait de l’islam dans la « Restitution », on peut noter qu’il renouvelle ses éloges d’une façon effusive aux nommés « mahométans » pour détester les idoles et abominer ce qu’il appelle l’ « idolâtrie papale ». Le contraste entre le pape et le Prophète, qu’il a déjà répétée à plusieurs reprises, révèle jusqu’à quel point Servet tient ici l’islam en considération d’une façon de loin supérieure de qu’il est prêt à admettre dans d'autres passages du texte. La supériorité de l'islam sur la religion prêchée par Rome lui paraît évidente et il regrette seulement que, à cause de la folie des sophistes « et non par sa propre méchanceté », Mahomet n'ait  pas reconnu le Christ comme le fils du Dieu éternel.


Nous pouvons nous demander d'où Servet obtint ces idées, souvent erronées ou peu précises sur la religion musulmane. Je pense que nous pouvons rejetez ce que le disent les mal informés, qui attribuent son attitude à la présence musulmane en Espagne. Il semble que ce soit pas le cas et les références faites, dans les biographies qui lui ont été consacrées, aux  juifs et aux musulmans en Espagne, qu’ils soient convertis ou non, distraient davantage qu’ils n’apportent des données positives sur la question.


Par ailleurs, la trajectoire de la vie de Servet l’amène à un très jeune âge à Toulouse, puis au Nord de l'Italie, dans plusieurs villes en Allemagne,  en France, et enfin en Suisse, très loin des territoires sous l'influence de la culture musulmane. Par conséquent, toutes les données vérifiables suggèrent que sa connaissance de l'islam se réduit à la lecture des œuvres de Nicolas de Cues et de Monte Croce qu’il a faite dans sa jeunesse, et, éventuellement, sa lecture de la traduction latine du Coran où il se contenta de chercher les citations qu’il connaissait déjà afin d’en confirmer le texte et la numérotation. C’est probablement par ces lectures, et aussi les rumeurs et les commentaires qu'il a pu entendre des étudiants et des voyageurs, que Servet construisit son image de l'islam.


Tant de citations coraniques et tant de commentaires élogieux des enseignements de l'islam sur le Dieu unique ne pouvaient pas passer inaperçus, et pendant le procès en hérésie auquel il fut soumis à Genève, ses accusateurs se sont empressés de lui jeter cela au visage. Ils ne le firent pas seulement pour y chercher des motifs pour le condamner, mais il y avait une crainte réelle que les idées de l'islam se répandent en Europe ; or c'étaient les idées de l'ennemi et la tolérance ne pouvait que conduire, à leur point de vue, à l'affaiblissement des sociétés chrétiennes : l’apologie de l’islam était le cheval de Troie qui précédait la conquête turque. Comme Bainton souligne à juste titre dans sa biographie de Michel Servet, les procureurs devraient également garder à l'esprit que les terres sur lesquelles l'arianisme avait prévalu étaient finalement tombées sous la domination musulmane (Bainton 2004, pp 129-30), et en fait, nous avons vu que beaucoup pensaient que l'islam était simplement une variante bizarre de la vieille hérésie arienne.


A ce niveau du procès, la distinction entre la christologie arienne et celle de Servet était une subtilité fort peu utile quant à ses effets pratiques. En Toute remise en cause de la Trinité équivalait à une adhésion à l'arianisme ou à une conversion immédiate ou future à la foi juive ou musulmane. Servet opta pour une défense surprenante, car il allégua qu’il se sentait libre de citer le Coran dans ces passages où se transmettait la vérité, bien que, lui, personnellement, il réprouvait le livre en tant que tel et, selon les procès-verbaux, il déclara qu’il ne pensait pas avoir aidé Mahomet pas plus qu’il aiderait le diable lui-même (Bainton 2005, p. 129). On pourrait penser que ces paroles, bien que soutirées sous la pression, pourraient représenter la vraie pensée de Servet sur la foi musulmane.


Toutefois, compte tenu des textes, cela semble très discutable. Dans la « Restitution », Servet ne compare jamais Mahomet avec le diable, mais par contre réserve ses images diaboliques au pape et aux partisans de la doctrine trinitaire. Et comme nous l'avons vu, il considère souvent l’islam comme supérieur aux trinitaires, car il est fidèle à la révélation divine reflétée dans la Torah et s’inspire d’elle, préservant ainsi la conception d’un Dieu un et indivisible ; ce qui est pour lui la vérité fondamentale de la religion telle qu’il l’entend.. Dès lors, ne serait-il pas profondément contradictoire que Servet pensa que Mohamed soit équivalent ou semblable à Satan ?


Peut-être le Malin pourrait-il chasser les pratiques idolâtres et défendre la vraie doctrine de Dieu, préservant ainsi parmi les hommes la vérité que les philosophes avaient réussi à cacher dans le christianisme ? Satan étant le maître de la tromperie, l’appellation de « diaboliques » ne correspond-il pas mieux à eux, les « sophistes » ? Il n’est certainement pas soutenable que Servet conçoive l’islam comme quelque chose de diabolique, et si réellement cette phrase a été recueillie sans qu’il y ait eu une manipulation de la part des copistes, nous pouvons supposer qu’il s’agissait là d’un recours défensif pour faire face aux graves accusations dont il était l’objet. En outre, pour Servet, ce n’était pas une priorité de défendre l’islam durant ce procès de Genèvre, mais il devait défendre ses propres positions et préserver sa vie, si bien qu’il est bien compréhensible qu’il ait eu recours aux arguments les plus utiles pouvant atteindre cet objectif.

à suivre

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Published by Jaume de Marcos - dans (hist) SERVET Miguel
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