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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 15:37

La construction d’une image de l'islam dans l'Europe du XVIe siècle


Si quelqu'un pense que nous vivons à l’époque d'un affrontement entre les civilisations occidentale et musulmane, les événements que nous voyons dans les médias peut sembler guère plus que des escarmouches si nous les comparons à la situation vévue tout au long  de la plus grande partie du Moyen âge et aux débuts de l'ère moderne. Quel était l'état des relations entre l'islam et le christianisme au XVIe siècle ? D'une part, le souvenir des Croisades continuait à être toujours vivante dans l'esprit des gens des deux côtés. L'année de la publication de la Restitution du christianisme (1553) coïncide avec le centenaire de la chute de Constantinople, qui avait provoqué un énorme impact en Europe et a été l'une des raisons qui, paradoxalement, a contribué à l'épanouissement de la Renaissance italienne. Dans la péninsule ibérique, à peine quelques décennies se sont écoulées depuis la conquête du royaume de Grenade par une alliance castillane-aragonaise.


Et non seulement ces événements importants étaient stockés dans la mémoire collective de l'Occident, mais dans ces mêmes années toute l'Europe vivait sous la menace turque comme s'il s'agissait d'une épée géante de Damoclès qui allait implacablement tomber sur tous. En 1526, le grand royaume de Hongrie fut abattu à la bataille de Mohacs, durant laquelle son roi même perdit la vie, et après, toute l'Europe centrale resta à la merci des troupes du sultan. La France non plus n’étant pas à l’abri de toute menace, comme le prouva le redoutable Barberousse qui, en 1519, saccagea  la région côtière de la Provence et s'empara de la ville de Nice en 1543. Même à Rome on sonna l’alarme lorsque les navires de Barberousse furent aperçus de la côte, et Venise dût payer une énorme quantité d'or et de céder plusieurs îles pour préserver son indépendance.


Dans ces circonstances d'une guerre sans merci, globale, et prolongée durant plusieurs siècles – avec seulement de brèves parenthèses – sur divers champs de bataille, avec différents protagonistes humains, mais avec une même réalité religieuse, à savoir une lutte  au niveau théologique qui était le pendant idéologique du conflit armé. Du côté chrétien, il était impératif d'affirmer le caractère inférieur et subordonnée de la nouvelle foi musulmane, si ce n’est sa nature diabolique, pour mieux souligner la prépondérance chrétienne afin d’encourager l'esprit de ses croyants.


jean_damascene_1.jpgJean Damascène * dont le grand-père avait assisté à la remise de la ville de Damas aux conquérants arabes, fut probablement le premier auteur chrétien qui a réfléchi sur la question et, dans son œuvre contre les hérésies, il n'hésite pas à décrire l'islam comme une dérivation de l'arianisme. Selon cet auteur, Mohammed découvrit par hasard les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, avec l'aide d'un moine chrétien qui était précisément d’hérésie arienne et il développa sa propre version de la doctrine chrétienne (Goddard, 2000, p. 39). Pour lui, Mahomet ne serait pas seulement un hérétique, mais le “précurseur de l’Antéchrist”. Pour plus de clarté, il faut savoir que, pour Jean de Damas,  pratiquement n’importe quel hérétique est précurseur de l’Antéchrist, et, en cela, il ne fait pas une distinction spéciale lorsqu’il traite de l’islam. mais il ne fait aucun doute que son travail a eu une influence énorme tant en Orient qu’en Occident, et qu’il a conditionné toutes les études faites en terres chrétiennes sur l'islam, à travers tout le Moyen Age.


* ndlt – vers 676-749 ;. connu aussi sous le nom de Jean de Damas, ou encore Jean Mansour, du patronyme de sa famille qui était d’origine arabe, considéré comme le dernier Père de l’Eglise, proclamé Docteur de l’Eglise en jean_damascene_icone_arabe.JPG1896 par le pape. Il suivit les pas de son père et arrière grand-père qui étaient chargés du recouvrement des impôt à la cour de Damas, à l’époque byzantine puis sous les Omeyyades. Il prit la défense des icônes lorsque l’empereur byzantin Léon III prit le parti des iconoclaste, puis il se retira dans une laure de Palestine. Il fut ordonné prêtre en 735. En dépit qu’il ait traité l’islam d’hérésie chrétienne, son corps repose dans une mosquée. (Pour plus ample information, voir l’article sur lui dans Wikipedia, lien). 


L'émergence de la Réforme protestante n'a pas changé beaucoup l’appréciation sur l'islam. Martin Luther craint que le christianisme ne soit finalement écrasées par l'avance musulmane et a appelé à fortifier la foi des chrétiens afin qu’ils résistent aux Turcs. Lorsqu'on lui demande si Muhammad était l'Antéchrist, il répond négativement, parce que l'islam était, selon lui,  trop grossier et irrationnel pour tenir un rôle aussi important, et il se montrait convaincu que l’Antéchrist, qui était plus effrayant et insidieux que ne l’était l’islam, aurait à se manifester au sein du christianisme afin d'être plus meurtrier : en fait, il ne pouvait être autre que le pape lui-même. Pour lui, on pouvait seulement espérer vaincre un ennemi extérieur que lorsqu’on aura vaincu l’ennemi de l’intérieur (Goddard, 2000, p. 111).


Quant à Calvin, il suivi également les stéréotypes du monde chrétien sur l'islam et condamnait l’idée que les Turcs puissent  prétendre mettre Mahomet à l'endroit correspondant au Fils de Dieu et ne pas reconnaître la divinité quand celle-ci se manifesta dans la chair. Avec l’emportement qui caractérisait son caractère, il conclut que les musulmans « sont coupables de perversités et conduisent de nombreuses personnes à la perdition, si bien qu’ils méritent d'être exécutés » (Goddard, 2000, p. 112). Comme on le voit, l’inclination de Calvin à envoyer à l'échafaud tous ceux qui étaient en désaccord avec lui n’était pas réservé uniquement à cet l'Espagnol qui l’avait tant mortifié pendant des années [ndlt - allusion à la correspondance entre Servet et Calvin, où le premier fit preuve d’arrogance critique vis-à-vis du Réformateur de Genève].


Toutefois, d'autres chrétiens de l'époque ont exprimé des opinions plus nuancées. Erasmus écrivit que les chrétiens ne pouvaient donner que bien peu de leçons aux autres en matière de religion, puisqu’ils étaient enclins à manquer aux commandements et commettaient des actes condamnables, et il affirma qu'il préférait « un Turc sincère plutôt qu’un faux chrétien » (cité dans Bataillon, 2000, p. 69). D'autres auteurs de la Renaissance italienne comme Nicolas de Cues * étudièrent l'islam avec un même esprit humaniste et la réconciliateur, et servirent ainsi de sources d'information très importante pour le jeune Servet.


* ndlt – Nicolas Krebs, 1401-1464, né au village de Cues au bord de la Moselle. Il fut le premier à remettre en cause la fameuse « Donation de Constantin » qui aurait été faite au pape de Rome et qui est effectivement un faux. Puis, il mit ses talents de diplomates au service du pape et acheva sa carrière comme évêque. En théologie, il s’appuya sur l’astronomie pour considérer le monde non plus comme clos, mais en mouvement et sans limite fixe. Il fut lecteur du mystique dominicain Maître Eckhart.

à suivre ...

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Published by La Besace des unitariens - dans (hist) SERVET Miguel
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