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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 09:07

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Faust Socin écrivit ses œuvres théologiques majeures pendant qu'il résidait en Suisse et même en Italie. Ses œuvres de Pologne étaient l'élucidation de ses doctrines théologiques. Il s'opposa à la doctrine chiliaste (millénariste) qui était acceptée par beaucoup de chrétiens et de groupes chrétiens – les ébionites, les marcionites, les apollinaristes, Justin Martyr, Tertullien, beaucoup d'anabaptistes ; la non-adoration du Christ qui était soutenue par Francis Dávid et Palaelogus ; le deuxième baptême ; et à la doctrine sociale radicale de quelques uns de ses supporters polonais. Le cœur de ses doctrines étaient celles qui coïncidaient avec les doctrines des Frères polonais : 1) l'anti-trinitarisme ou négation du concept traditionnel de la Trinité ; 2) l'unitarisme ou négation de la préexistence du Fils (Jésus) ; 3) Le concept de Rédemption au travers des actes moraux ; 4) le concept du dualisme radical, une différence radicale entre Dieu et l'Homme ; 5) le statut mortel d'Adam avant sa chute ; 6) la religion conçue comme la pratique de principes éthiques, c’est à dire la conviction que les commandements moraux, tels que le sermon sur la Montagne, doivent être pratiqués ; 7) la conviction que l'Homme est capable de développer la volonté de suivre Christ et ainsi de parachever son salut ; 8) l'opposition au mysticisme qui demandait une illumination spéciale afin de comprendre et d'interpréter les Ecritures ; 10) Socin acceptait une position empirique qui dit que notre connaissance vient de l'expérience de nos sens : Nam, ut dictum est a Philosopho, nihil est in mente, sive in intellectu, quod non prius fuerit in sensu (Comme un philosophe l'a dit rien n'est dans l'esprit, rien n'est dans l'intellect qui n'ait d'abord été dans les sens) (55).

(55) Faustus Socinus, Commentarius in Epistolam Joannes Apostoli primam, dans BFP, op. cit., vol. 1, p. 237.
 

La différence de théologie entre les Frères polonais et Socin portait sur le rejet de Socin du pessimisme anthropologique que les Frères avaient hérité de la tradition luthéro-calviniste, ainsi que sur le rejet du second baptême [ndlr - le refus d'être rebaptisé conformément aux vues des anabaptistes].

La connaissance de Dieu et l'autorité de l'Ecriture

Pour Socin la seule manière de connaître Dieu est au travers de l'Ecriture elle même, de la parole révélée de Dieu. Ainsi il a nié toute possibilité d'une connaissance naturelle de Dieu provenant d'une idée innée ou de la contemplation de la nature. La religion est basée sur la Révélation, elle vient de la foi et ainsi donc il n'existe pas de religion naturelle : religio res naturalis nequaquam est (56). Il mentionne comme preuve les découvertes récentes des Nouveaux mondes où il n'existait pas de religions [ndlr – point de vue erronée de sa part]. De plus, ceci est affirmé implicitement par l'Ecriture, et même s’il y avait une religion, elle n'aurait aucune valeur. La Révélation vient de Dieu dans un processus historique (57).


(56) Faustus Socinus, Praelectiones theologicae, dans BFP, op. cit., vol. 1, p. 537.
(57) Faustus Socinus, Praelectiones theologicae, dans BFP, op. cit., vol. 1, p. 537

Socin argue qu'il ne pourrait y avoir que quatre raisons pour lesquelles un chrétien pourrait douter de l'authenticité absolue de l'Ecriture : 1) si on ne peut avoir confiance dans les auteurs ; 2) si les auteurs ne sont pas identifiés ; 3) si on pense ou on sait avec certitude que le texte a été corrompu ; 4) s’il existe des témoignages contraires. Socin élimine tous ces doutes en arguant que les apôtres ne pouvaient contredire les préceptes de la vérité chrétienne, et que les chrétiens doivent croire inconditionnellement à l'Ecriture Sainte, c'est-à-dire à son interprétation philologique. Pour ceux qui professent d'autres religions, il faut démontrer la prééminence du christianisme. Et ceci il le tente au travers de sa compréhension de la religion : nominalement ; la religion pour Socin est essentiellement morale et consiste en promesses et préceptes. Selon Socin, on trouve dans le christianisme les plus splendides et les plus grandes promesses ainsi que les meilleurs préceptes. Si la vérité de la religion était indiscutable, il n'y aurait aucune différence entre les bonnes est les mauvaises et il n'y aurait aucune raison pour récompenser et punir. Pour Dieu, la religion c'est la Révélation ; pour l'Homme, la religion c'est la foi et la conviction qu'il faut suivre les promesses divines et que les promesses vont être honorées (58).


(58) Faustus Socinus, Explicatio primae partis primi capitis Evangelii Joannis, dans BFP,  op. cit., vol. 1, pp. 74-88.

Christologie anti-trinitarienne

Dans son premier traité publié en 1562, Explicatio primae partis primi capitis Evangelii Joannis (59), Socin donne une interprétation différente des versets traditionnels de Jean (Jean 1 :1-3) ce qui nie le dogme Trinitaire. Traditionnellement ce chapitre était interprété sur la base de la philosophie grecque et de la religion qui assume l'existence d'une deuxième personne, le Fils de Dieu ou Parole ou Logos, comme une entité cosmique préexistante avec Dieu le Père, lequel était unie à lui par la même substance. A un certain moment le Fils de Dieu est devenu "chair", c'est-à-dire un être humain Jésus, pendant qu'il était toujours Dieu.


(59) Valentinus Smalcius, “De Christo,” dans Epitome Colloquii Racoviae habiti anno 1601, eds., Lech Szczucki and Janusz Tazbir (Warsaw: Państwowe Wydawnictwo Naukowe, 1966), pp. 35-39.

L'argument de Socin contre cette interprétation repose sur son inconséquence avec les autres passages de l'Ecriture. Dans l'interprétation de Lelio et de Faust le "commencement" ne se réfère pas au commencement des choses dans la Genèse, mais doit être compris comme le début de l'enseignement de Jésus. La vue que la Parole (Logos) existait avant le temps comme un être cosmique a été acceptée dans la théologie traditionnelle sous l'influence de la philosophie platonicienne et n'est pas dérivée des Evangiles. Dans les Evangiles, le mot Logos (Parole) signifie le Jésus historique, l'homme, le fils de Marie qui a été crucifié et non un Logos éternel et cosmique, c’est à dire la volonté de Dieu. Lelio et Faust aussi remarquent qu'il est aussi absurde d'accepter littéralement la phrase "et la Parole était Dieu." Socin met l'accent sur le fait que, dans l'Ecriture, le terme Dieu était souvent utilisé comme une métaphore destinée à insister sur le rang et l’importance de la personne à qui on donnait cette appellation. L'Ecriture appelle les anges, les dirigeants, et les juges "dieux", et le terme "Dieu" dans Jean 1 devrait être compris dans ce sens. Jean utilise ce terme pour Jésus Christ pas dans le sens littéral de l'égalité avec Dieu, mais pour insister sur la dignité de Jésus qui avait une mission de créer un nouveau monde, puisque "toutes choses ont été faites par lui." Ainsi Jésus était un homme, déjà prévu dans le plan de Dieu, qui est né dans un temps historique donné et à qui il a été donné une mission. A cause de ceci, c'est à bon droit qu'il mérite l'adoration.

Egalement fausse est l'affirmation que Christ est mort pour les péchés humains. Socin a discuté cette question dans ses derniers écrits. Le dogme de l'Expiation et de la Satisfaction est, selon Socin, contraire à la raison et au sens de la justice. Le vrai rôle de Jésus était de montrer au peuple comment être sauvé. En mourant sur la croix, Jésus a prouvé qu'aucun sacrifice ne pourrait empêcher le peuple d'obéir aux commandements de Dieu. La résurrection a confirmée la justesse des enseignements de Jésus. Ainsi la résurrection est l'armature centrale de son message. Par elle son message est confirmé et il est affirmé que, si les gens suivent son enseignement, ils seront relevés d'entre les morts. Et dans ce sens seul Christ peut être appelé Sauveur. Après sa résurrection, Dieu a donné à Christ tout pouvoir sur le monde et les peuples et dans ce sens il peut être appelé dieu.

La véritable compréhension de l'expression scripturaire "le Fils de Dieu" appliquée à Jésus n'est pas qu'il est né par la puissance du Saint Esprit, mais à cause de son "identité" avec le Père qui consiste en trois fonctions, la connaissance, l'immortalité, et la puissance (60). 1) Jésus connaissait les cœurs et les esprits des hommes comme aucun autre ange ou prophète ; 2) Jésus était le seul et le premier homme à se lever vers l'immortalité. Quoique l'Ecriture mentionne Enoch et Elie qui furent emmenés au ciel, ils n'ont pas été ressuscités d'entre les morts et il n'y a pas d'indication qu'ils aient été faits immortels ; 3) Jésus avait pouvoir sur les corps et les esprits humains. Il commande aussi les bons et les mauvais esprits et il juge les hommes et les récompense en accord avec leurs mérites où leurs péchés, par la vie éternelle ou la punition. Mais le pouvoir de Jésus s'étend seulement aux personnes qui appartiennent à l'Eglise. Et l'Eglise est comprise comme le peuple qui a quelque connaissance de Jésus, même ceux qui le refusent.


(60) Valentinus Smalcius, “De Spiritu Sancto,” dans Epitome, op. cit., p. 42.

L'expression "Saint Esprit" ne dénote pas la troisième personne d'un Dieu. Le Saint Esprit n'est pas une personne ou un être cosmique, c'est la puissance de Dieu et son efficacité dans l'action. Cette puissance a la propriété de sanctifier le peuple (61).

 

(61) Faustus Socinus, Praelectiones Theologicae, dans BFP, op. cit., vol. 1, p. 541.

à suivre ...

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Published by Marian Hillar - dans sur le socinianisme
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