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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 09:35

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Pendant qu'il était à Cracovie, Socin s'impliqua dans les débats et discussions de l'Eglise et défendit l'Eglise contre ses ennemis (48) Son rôle majeur fût l'unification des diverses tendances du mouvement : anti-trinitaire, di-théiste, tri-théiste ; la question de l'adoration ou de la non-adoration de Christ ; le problème de la négation de l'autorité civile et du refus de participer à la vie civile ; la justification de la foi contre des vues rationalistes et antireligieuses. 

 

(48) Faustus Socinus, "Ad Jac. Palaeologi librum, cui titulus est Defensio de verae sententiae de magistratu politico" (dans Ecclesiis Christanis retinendo, contra quosvis eius impugnatores), etc. pro Rocviensibus responsio, dans BFP, op. cit., vol. 2 1-114.
 

On demanda bientôt à Socin de répondre à Jacobus Palaeologus, un ancien moine grec de Chios et réfugié religieux d’Italie, en ce qui concerne la question de la propriété sociale et de l’autorité politique (49). C’était, chez les Frères de Pologne, une partie d’un débat en cours sur l’usage de « l’épée » (ius gladii). Les Frères polonais étaient divisés sur cette question, les uns soutenaient la participation des vrais chrétiens à tous les actes de la vie politique et de la guerre, et les autres soutenaient qu’il fallaient interdire la participation à la vie politique et à la guerre, car cette dernière, entraînait nécessairement l’usage de la violence ce qui était contraire à la lettre de l’Evangile. La question était particulièrement aiguë en Pologne qui se considérait comme le « rempart du christianisme » [ndlr - contre les Mongols et l'islam des Ottomans]. Dans les premières années 1569-1570, après que la communauté racovienne ait été fondée, quelques Frères, influencés par les anabaptistes moraves et conduits par Grzegorz Paweł (1525-1591) ainsi que d’autres, soutinrent un pacifisme radical ainsi que le retrait de la vie politique du pays. Ils abolirent même l’institution des ministres et introduisirent un gouvernement communiste radical. Cependant, Szymon Ronemberg, un ancien de la congrégation de Cracovie, éradiqua ce radicalisme et réintroduisit la gouvernance des ministres. A sa demande, Palaelogus écrivit en 1572 son traité pour critiquer les premiers Racoviens et soutenir l’opinion qu’il était du devoir d’un chrétien de participer à la défense de son pays et à la protection de ses lois.


(49) Les  thèses avaient pour titre Assertiones Theologicae de Trino et Uno Deo adversus novos Samosatenicos (1581). La réponse de Socinus, Animadversiones, publiées en 1583. Matériaux collectés de Opera Socini, dans  BFP, op. cit., vol. 2, pp. 423-492.

Les principales congrégations des Frères polonais rejetèrent le pacifisme radical et s’impliquèrent dans la vie politique du pays. Mais en 1580 le manuscrit de Palaelogus fut imprimé par Szymon Budny (1533-1593 ), un ministre radical de Kleck, en Lithuanie, sans l’approbation de la congrégation, et les discussions entre les Frères recommencèrent. Palaelogus déforma les vue des anti-trinitaires racoviens qui avaient déjà abandonné leurs tendances sociales radicales. Des vues radicales pouvaient représenter un danger pour le pays et elles pouvaient être utilisées maintenant par les ennemis de Frères polonais pour dénigrer et déformer leurs idées ainsi que par le nouveau roi, Stefan Báthory, pour réprimer l’Eglise. A la demande spéciale et explicite des Frères, Socin accepta d’écrire une clarification et de défendre la position des Racoviens. Sa réponse fut approuvée par le synode de Chmielnik en 1581 et publiée de manière anonyme. Socin était un théoricien qui faisait face à un problème pratique et devait réconcilier les exigences d’une situation concrète à partir d’une spéculation abstraite.

Dans la première partie de sa Réponse, Socin reprend la doctrine des Racoviens qui est basée sur le sermon sur la Montagne. L’Etat n’a pas besoin des chrétiens pour son activité militaire et n’a pas le droit de forcer les chrétiens à y participer. On ne peut vaincre le mal que par la force spirituelle. Et il ne peut pas exister de guerre voulue par Dieu. Mais il approuve la résistance armée contre un Gouvernement qui persécuterait les opinions religieuses d’un groupe de ses citoyens. En même temps il condamne les doctrines religieuses qui soutiendraient la destruction armée de toutes formes de pouvoir politique. La vie religieuse est séparée de la vie politique et ne doit jamais user de moyens politiques ou militaires.

Dans la seconde partie, Socin répond à la question de la participation aux fonctions de l’autorité civile malgré l’usage du serment et des tribunaux. Socin ne dénie pas à l’autorité le droit d’exiger le serment et de punir les malfaiteurs. Mais en même temps il combat l’idée que les vrais chrétiens ne devraient pas s’adresser à la justice des autorités civiles mais devraient résoudre leurs problèmes par eux mêmes. Socin n’accepte pas l’argument qu’en ne punissant pas l’injustice on commet une plus grande injustice et il prend pour exemple l’indulgence pratiquée par les païens. Le détachement de la vie civile signifie seulement pour Socin d’éviter les interactions avec les impies et les non-religieux. Un chrétien peut détenir une charge civile si elle ne lui demande pas de verser le sang d’un autre chrétien. Dans le cas d’une guerre de défense de sa patrie, Socin affirme que la prohibition de la violence et du sang versé ne s’applique pas au Gouvernement mais aux chrétiens individuels. Un chrétien devrait obéir aux autorités comme à Dieu, mais en aucun cas ne devrait agir contre un des principes clairement exprimés par Christ. Il peut obéir à l’ordre d’aller à la guerre mais ne doit pas tuer. De même dans le cas de la défense, on peut terrasser l’ennemi de tous les moyens possibles mais on ne doit pas tuer. Un chrétien peut aussi aller au tribunal mais seulement pour la restitution de sa propriété, jamais pour demander un châtiment.

 

Socin a été contraint à ces positions ambiguës par la situation sociale et politique de l’époque. La vraie pensée de Socin était un désintérêt total des affaires du monde, un rejet de la vie politique et sociale. Etant pressé, cependant, de défendre les Racoviens contre les attaques de leurs ennemis et du roi, il trouva un recours dans une casuistique détaillée. De plus, pour éviter tout conflit avec l’Etat, il insista sur la suprématie de l’autorité civile et sur les devoirs religieux des individus. Une attaque en règle contre les unitariens vint sous la forme de thèses écrites d’un soi disant Collegium Posnaniensis contre la doctrine unitarienne, Socin y répondit par une réfutation (50). 

 

(50) Listy, op. cit., Ep. XIV, vol. 1, p. 157.
 

En 1580 il écrivit à Cracovie son quatrième traité, d’abord en italien sur la suggestion d’André Dudith, un Hongrois, clerc dissident et ancien évêque de Pecs qui trouva refuge en Pologne (51). 

 

(51) Listy, op. cit., Ep. XIV, vol. 1, p. 157.
 

Avec le temps Socin attira l’attention de l’opposition catholique et fut dénoncé au roi Báthory comme un fauteur de trouble. Sur les conseils de ses amis, il déménagea en mars 1583 au village de Pwalikowice (aujourd’hui Rożnowa) près de Cracovie. Ce village appartenait à Krzysztof Morsztyn, ancien étudiant de Wittenberg et favorable à l’Eglise des Frères polonais. Socin épousa la fille de son hôte en 1586, de qui il eut une fille, Agnès, en 1587. Mais il perdit sa femme la même année.

En 1587, à la mort du Grand duc de Toscane, Francis II, la protection de Socin par le duc et sa sœur Isabella Medici cessa et la propriété de sa famille fut confisquée comme appartenant à un dangereux hérétique. Ainsi Socin perdit ses revenus et ses moyens de subsistance, mais avec la mort du duc, il pouvait maintenant faire apparaître ses doctrines au grand jour car il avait promis au duc qu'il ne publierait rien en son nom propre qui s'oppose à la doctrine de l'Eglise catholique.

Il revient à Cracovie en 1588 et, pour la première fois commence à parler en public au synode de Brześć (en Lithuanie) de sujets comme la mort, l'offrande de Christ, la justification, la corruption de la nature humaine, et l'invocation de Jésus Christ. Cette année là, Piotr Stoiński Jr, fils de Pierre Statorius de Thionville, émigré de France en 1559, était nommé ministre de la congrégation de Lusławice près de Raków.

Les idées de Socin gagnaient de plus en plus de support parmi la noblesse polonaise comme Hieronimus Moskorzowski, Stanislaus et Christopher Lubieniecki, Elias Arciszewski, Piotr Stoiński, Valentinus Schmaltz, Jan Völkel, Christopher Ostorodt, Matthieu Radecke, et bien d'autres. Son importance chez les Frères polonais fut de plus en plus appréciée, à un point tel qu'en 1596 il devint le leader de l'Eglise. Là il se décide à publier une collection de ses conférences, qui furent probablement délivrées à Cracovie pendant son séjour là bas de 1579-1583.

A cause des attaques violentes contre les hétérodoxes organisées par les jésuites, la tolérance en Pologne se dégradait de manière significative et Socin fut sujet aux attaques. Les étudiants de l'Université, poussés et organisés par les jésuites envahirent son appartement en 1598 pendant qu'il était malade dans son lit. Ils l'ont traîné à moitié habillé jusqu'à l'Hôtel de ville où ses livres, ses papiers et sa correspondance furent brûlés. Socin lui même fut menacé de mort à moins qu'il en renie ses doctrines. Il refusa naturellement et les assaillants le traînèrent jusqu'à la Vistule pour le noyer. Il ne dût la vie qu'à l'intervention d'un professeur de l'université, Martin Wadowit, qui passait par là (52). 

 

(52) Publié dans BFP, op. cit., vol. 1, pp. 651-689.

Après cet incident, Socin, craignant pour sa vie, quitta Cracovie pour Lusławice, un petit village proche de Tarnów, et propriété d'Abraham Błoński, qui était un centre des Frères polonais. Il ne se rendrait à Cracovie que pour les synodes et les conférences.

 

Avec le temps l'Eglise unitarienne accepta les élaborations théoriques de Socin et elles devinrent leur doctrine officielle. Le rôle que Socin a joué dans l'Eglise unitarienne peut être comparé au rôle que Thomas d'Aquin a joué dans l'Eglise catholique. Les anti-trinitaires polonais, imitant les réformateurs protestants ont tenté de fixer les principaux points de leur religion sous la forme d'un catéchisme ou d'une confession. George Schomann écrivit le premier ses travaux ; ils furent publiés à Cracovie en 1574 par Alexander Turobińczyk : "Catéchisme ou confession de Foi de la Congrégation Assemblée en Pologne au Nom de Jésus Christ Notre Seigneur qui a été crucifié et est Ressuscité d'entre les Morts (Catechesis et Confessio Fidei Coetus per Poloniam Congregati in Nomine Jesu Christi, Domini Nostri Crucifixi et Resuscitati). Socin essaya d'écrire une œuvre similaire et laissa deux traités non finis : Christianae religionis brevissima institutio, per interrogationes et responsiones, quam catechismus vulgò vocant ; et Novum Fragmentum catechismi prioris (53).

 

(53) Listy, op. cit., Ep. CX, vol. 2., p. 292-293

Il existe des indications que la communauté racovienne lui a demandé en 1592 d'écrire le catéchisme conjointement avec Piotr Stoiński, Jr. (54). Il ne pouvait pas cependant, continuer son oeuvre en étant occupé à d'autres publications. Il y revient en 1603, mais sa mort l'empêche de finir le travail. Le catéchisme fut terminé par Piotr Stoiński, Hieronimus Moskorzowski, Jan Völkel et publié d'abord en polonais en 1605. Il a été ensuite traduit en allemand par Valentinus Smalcius (Schmaltz) et publié en 1608, puis traduit en 1609 en latin par Moskorzowski, publié sous le titre Catechesis Ecclesiarum quae in Regno Poloniae et magna Ducatu Lithuaniae, et aliis ad istud Regnum pertinentibus Provinciis, affirmant, neminem alium, praeter Patrem Domini nostri Jesu Christi, esse illum unum Deum Israelis : Hominem autem illum Jesum Nazarenum, qui ex Virgine natus est, nec alium, praeter aut ante ipsum, Dei Filium unigenitum, et agnoscunt et confitentur. Ante annos quatuor Polinicè, nunc verò etiam Latinè edita. (Catéchisme des Eglises, qui dans le Royaume de Pologne et dans le grand Duché de Lithuanie, et dans d'autres provinces de ce Royaume, affirment qu'il n'y a pas d'autre Etre, en plus que le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, qui est le Dieu Un d'Israël ; et reconnaissent et confessent  que l'homme, Jésus de Nazareth, qui est né d'une Vierge ; et reconnaissent et confessent qu'il n'y en a pas d'autre avant ou à coté de lui, est le Fils Unique et Engendré de Dieu. Il y a quatre ans publié en polonais, et à présent publié en latin). A cette publication était jointe une dédicace au roi Jacques Ier d'Angleterre. Cette œuvre fut réimprimée en 1651 à Londres et l'année suivante elle fut brûlée les 6 et 8 avril sur ordre du parlement britannique. La première traduction anglaise, probablement exécutée par John Biddle, fut publiée à Amsterdam en 1652 avait pour titre "Le Catéchisme racovien" et a été connu depuis sous ce nom.


(54) Faustus Socinus, De statu primi hominis ante lapsum disputatio, dans BFP, op. cit., vol. 2, p 296.

Socin mourut à Lusławice le 3 mars 1604. L'éloge funèbre fut préparé par Piotr Stoiński, son fidèle collaborateur. Il fut enterré au bord d'une rivière de montagne, Dunajec, et une simple pierre posée sur sa tombe portait l'inscription Chi semina virtù, raccoglie la fama, e vera fama supera la morte (Celui qui sème la vertu récolte la gloire et la vraie gloire vainc la mort).

Avec le temps le cours d'eau changea de cours sur quelques centaines de mètres. A la fin, sa pierre tombale était située sur le bord d'une route de campagne. En 1936 la communauté unitarienne internationale (International Council of Unitarians and Universalists, ICUU) décida d'ériger un mausolée à Socin sur une propriété du voisinage sur laquelle la pierre tombales fut transférée.

Socin était une personne qui possédait une sagesse et des qualités de cœur inhabituelles, humble et modeste, bienveillant envers les autres, toujours critique envers lui-même. Le principal principe de vie que Socin suivait était de nourrir l'espoir de l'immortalité de l'âme au moyen d'une conduite moralement bonne et juste.

 

Lelio et Faust, selon Przypkowski, étaient caractérisés par une profonde foi à laquelle ils sacrifièrent les richesses et les dignités terrestres, furent exposés à l'injustice et aux insultes. Leur sacrifice peut être comparé à ceux des premiers martyrs chrétiens qui perdirent tous leurs espoirs terrestres, et comparés avec les saints et les héros de l'Eglise romaine qui sacrifièrent les richesses et même leurs vies pour gagner la reconnaissance de leur Eglise.

à suivre ...

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Published by Marian Hillar - dans sur le socinianisme
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