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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 11:12

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Faust Socin (42) est considéré aujourd'hui comme le principal leader de l'Eglise socinienne. Il était né à Sienne (Toscane), en Italie le 5 décembre 1539. Il a perdu très tôt ses parents et on ne sait rien de ses jeunes années. Il semble avoir acquis une éducation dans une école de Sienne, l’Accademia degli Intronati. Il a cultivé pendant toute sa vie l'amour de la littérature et a écrit de la poésie (43). Nous savons qu'il exprimait la plus profonde antipathie envers l'étude du Droit et des matières pratiques. Son oncle visita Sienne en 1552-1553 et éduqua son neveu dans les matières religieuses. En 1561 Faust quitta l'Italie pour Lyon, probablement pour acquérir quelque expérience comme marchand ; il y passa deux ans et eut des accointances avec le mouvement radical religieux qu'il rencontra là et spécialement avec la pensée de son oncle, Lelio Socin. Il écrivit plus tard, dans une lettre à un ami médecin, qu'il n'avait pas eu de professeur humain dans sa vie à part les écrits et les notes de son oncle (44). Après la mort de son oncle en 1562, Faust quitta Lyon pour Zurich où il hérita des manuscrits et notes de son oncle. Il rencontra là probablement un autre Siennois, Bernardino Ochino, et écrivit son traité Explicatio primae partis primi capiti Evangelii Joannis (Commentaire sur la Première Partie du Premier Chapitre de l'Evangile de Jean). Ce traité dérivait d'un travail analogue écrit par son oncle. En 1563 Socin revint en Italie. Sur le chemin de retour il traversa les Grisons, un centre actif de la Réforme, et probablement il a rencontré là un ami de ses années d'écoles, Castelvetro, et ils partagèrent leurs espoirs de changement dans l'Eglise telle qu'une réforme morale, l'accent mis sur la spontanéité dans les congrégations, la liberté individuelle de discussion des matières religieuses, et la profession de foi individuelle. Ces espoirs étaient associés à l'ouverture imminente de la troisième partie du Concile de Trente. Il alla d'abord à Sienne, puis à Florence où il rejoignit la cour du Grand Duc Cosmo I de Toscane, comme secrétaire d'un des dignitaires de la cour parent du Duc, Paolo Orsini. Il conserva cette position pendant douze ans et pendant ce temps il composa des poèmes et des sonnets sur des sujets aussi divers que la politique, l'amour et la morale. En même temps, il maintint des contacts rapprochés avec des Italiens hétérodoxes émigrant en Suisse, Pologne et Transylvanie. Il envisageait l'idée de se retirer de la cour et dévouer sa vie à des sujets d'intérêts pour lui. Sa décision fut hâtée par la mort du Grand Duc Cosmo I en 1574, quand Socin quitte l'Italie à nouveau pour ne jamais y revenir. Comme il l'a expliqué dans son introduction à son oeuvre De Jesu Christo Servatore (De Jésus Christ le Sauveur), il a quitté l'Italie pour pouvoir se dévouer à l'étude de l'Ecriture dans un endroit sûr.


(42) Faustus Socinus, Listy, op. cit., Ep. III*, p. 37-40.
(43) "A letter to Marcelli Squarcialupi" dans Listy, op. cit., Ep. XII, p. 143.
(44) Francesco Pucci, un humaniste italien et réformateur, était né vers 1540, fils d'une noble famille de Florence ; à l'âge de 27 ans il se trouve à Lyon pour faire du commerce et il est pris dans le tourbillon des discussions idéologiques ce qui le pousse " à l'étude des choses célestes et éternelles". Il se rend de Lyon à Paris puis à Oxford pour étudier la théologie. En 1578 il distribue un manifeste dans lequel il invite chacun à débattre avec lui de l'innocence naturelle de l'homme. Sa thèse était que tous les hommes sont nés innocents parce que Christ a racheté tous les peuples par un acte cosmique, et l'éternelle condamnation s'applique seulement aux adultes, qui, quand ils atteignent l'âge de raison désobéissent à la loi morale. Ainsi le baptême, quoiqu'il ne le rejette pas, devient sans utilité pour le Salut. Le Salut, comme un retour à l'immortalité, est accessible à tous les hommes au travers de la foi naturelle en Dieu (religion) et à l'obéissance à ses règles morales. Pucci s'est opposé au concept protestant et calviniste de justice divine en affirmant que Dieu avait créé l'homme bon, et lui, seulement à cause de ses actes mauvais, incite la colère de Dieu et sa punition. De plus, l'homme est régénéré ou né de nouveau en esprit non dans quelque sens mystique mais dans un sens intellectuel et moral. L'essence de la vie religieuse et l'observance de la loi naturelle en accord avec la raison.. Donc dans ce but une bonne éducation est primordiale. Il a même écrit une lettre à De Bèze à Genève pour présenter ses thèses mais n'a pas reçu de réponse. Socinus correspondait avec Pucci et ils ont échangé des traités. Pucci poursuivit la discussion et alla même à Cracovie en 1582 pour rendre visite à Socinus. Pucci croyait aussi à la doctrine millénariste et s'attendait à un prochain retour de Christ, son règne et la convocation d'un conseil universel pour l'unification de tous les peuples. Pour la Trinité ses vues étaient proches de celle de Servet – Que le Dieu invisible s'est manifesté lui-même aux hommes au travers du logos ou de la divine sagesse qui a inspiré tous les hommes, mais aussi les prophètes et à la fin en la personne de Jésus Christ. Pucci, fatigué de ces discussions et frustré par l'incapacité de convaincre les réformateurs, retourna vers 1585 vers l'Eglise catholique. Il mourut en 1593 à Salzburg sur sa route pour aller à Rome. Lettres choisies et écrits de Pucci dans Cantimori et Feist, op. cit., pp. 113-170.
 

Il alla d'abord à Bâle, qui était à cette époque un lieu de rencontre pour de nombreux réformateurs religieux. Le clergé de la cité était plus tolérant sous l'autorité de Basilius Amerbach et Théodore Zwinger. Il passa trois ans là à étudier la Bible et spécialement le problème de la Rédemption. Les quelques écrits et les nombreuses notes laissées par son oncle lui furent d'un grand secours. Il écrivit deux traités qui n'ont pas été publié pendant de nombreuses années ; ils circulaient sous forme manuscrite : 1) le traité mentionné ci-dessus De Jesu Christo Servatore (De Jésus Christ le Sauveur) écrit en 1578 et imprimé finalement à Cracovie en 1594 ; 2) De statu primi hominis ante lapsum (De la Condition du Premier Homme avant sa Chute), aussi écrit en 1578 et publié seulement après sa mort en 1610. La première de ses œuvres, De Jésus Christ le Sauveur, est le principal traité de Socin qui comprend le cœur de sa doctrine. Il fut écrit comme le résultat de discussions avec Hieronimus Marliano, Jean Baptiste Rota (dernier pasteur de l'Eglise italienne à Genève), Manfred Balbanus, et Jacob Covet (ministre évangélique de Paris). Le deuxième traité est le résultat de sa correspondance avec Francesco Pucci de Zurich sur la question de l'immortalité de l'âme humaine. Pucci était un des réformateurs italiens qui a quitté l'Italie et a voyagé à travers l'Europe (45). Pucci affirmait que le premier homme était immortel et avait perdu son immortalité à cause du péché originel, mais tous les hommes étaient rachetés par le sacrifice de Jésus Christ. Ainsi il niait la validité du baptême pour le salut et insistait sur l'importance d'un bon comportement. Tous les hommes seront sauvés indépendamment de leur religion s'ils croient et obéissent aux commandements moraux de Dieu. Ce à quoi Socin a répondu par ce traité. 

 

(45) Faustus Socinus, De Jesu Christi invocatione disputatio, dans BFP, op. cit., vol. 1, pp. 709-766.

En novembre 1578, Socin a voyagea jusqu'à Kolozsvar, en Transylvanie, aujourd'hui Cluj en Roumanie, invité par le médecin italien et réformateur religieux, Giorgio Biandrata, pour débattre des conséquences de la dignité et du pouvoir du Christ avec le ministre – ex calviniste devenu anti-trinitaire – Francis Dávid.. Francis Dávid venait d'une famille catholique de Transylvanie, avait étudié à Wittenberg et après son retour en Allemagne avait accepté le luthéranisme, était devenu le superintendant de l'Eglise locale, et à la fin avait opté pour le calvinisme. Au travers de la lecture de Servet et d'Erasmus, Dávid a développé des doutes au sujet du dogme de la Trinité. En 1562 Giorgio Biandrata vint de Pologne pour soigner la princesse Isabelle, veuve du prince Jean Zápolya ; Biandrata et Dávid se sont embarqués dans la propagation de l'unitarisme. Réjouis du support du prince Jean Sigismond, ils furent capable d'induire la Diète de 1571 à reconnaître l'unitarisme comme la troisième religion à droits égaux en Transylvanie. A la mort de prince tolérant en 1571, cependant, un catholique, Stefan Báthory, devint prince. Après avoir été élu roi de Pologne, Stefan laissa le titre princier à son frère Christophe. Les princes importèrent des jésuites pour contrecarrer la propagation de l'anti-trinitarisme et la situation avait changé. Dávid perdit sa position de superintendant de l'Eglise unitarienne [ndlr - plutôt sa fonction de chapelain à la cour] et Biandrata perdit son influence sur la cour. En dépit du danger croissant, Dávid devint plus radical en propageant ses idées, spécialement en réanimant la vieille querelle de la non-adoration du Christ. Biandrata, craignant la persécution, voulait diminuer le danger et ne pas s'aliéner plus loin les opposants et pressa Dávid d'en finir avec cette pratique et de changer ses vues. Il invita Socin à une discussion avec Dávid et il finança son voyage. Il demanda à chacun d'eux de soumettre leur opinions pour voir ce qui serait décidé par le synode. La christologie de Dávid le conduisait à dénier catégoriquement toute égalité entre le Père et le Fils. Socin écrivit ses arguments sous la forme d'un traité "De l'Invocation de Jésus Christ" (De Jesu Christi invocatione disputatio) qui devait être publié à Cracovie en 1579 (46). Son principal argument était que l'invocation de Jésus Christ dont dérive son adoration dérive nécessairement de la connaissance de son règne et de son pouvoir obtenu directement de Dieu. Juste comme le pouvoir donné à l'Homme sur la nature constitue sa ressemblance à Dieu, ainsi le pouvoir donné par Dieu à Jésus Christ constitue sa divinité. Pour cette raison Christ devrait être adoré bien qu'il demeure un homme véritable. Pour Socin la non adoration de Christ serait un équivalent du retour au judaïsme. Cependant, l'adoration n'est ni expressément prohibée ni ordonnée par l'Ecriture. C'est une matière pratique due à la faiblesse humaine, un résultat de la nécessité de prier pour notre confort et notre consolation.

 

(46) Defensio Francisci Davidis in negotio de non invocando Jesu Christo in precibus. Réimprimé conjointement avec l'oeuvre Francis Dávid, De dualitate tractatus Francisci Davidis (Cracoviae 1582), édité par Robert Dán et introduction de Mihály Balzás, (Utrecht : Bibliotheca Unitariorum, 1983).

Comme un résultat inattendu de cette discussion, Dávid fut accusé de blasphème [ndlr - plutôt d'innovation théologique, ce qui avait été interdit par la Diète] par Biandrata et quelques membres de l'Eglise en avril 1579, mais les procédures préliminaires de le Diète de Torda furent reportés au 1 juin 1579. Dans le même temps Socin quitta la Transylvanie pour la Pologne en mai, et – en juin 1579 – la Diète princière de Gyulafehervar condamna Dávid à la prison à vie comme innovateur. Il existe des rapports contradictoires concernant les détails de cette affaire et la chronologie de la requête aux Frères de Pologne pour demander leur opinion. Probablement leur avis a été demandé en novembre 1578. Néanmoins les documents préservés indiquent que la lettre de Biandrata est datée du 17 juin 1579 et la réponse des Frères du 27 août 1579 ne mentionne pas le procès de Dávid mais lui demande de rétracter ses vues, rappeler ses ministres et de régler l'affaire sans faire intervenir les magistrats. Dávid mourut en prison à Deva le 15 novembre 1579. On ne s'attendait pas à un tel événement dans la Transylvanie du seizième siècle et il produisit une réaction parmi les Transylvaniens et les unitariens polonais. En conséquence de cette polémique, la collection de matériaux relatifs au débat Dávid-Biandrata-Socin, la réponse des ministres polonais, la réfutation polémique des ministres polonais par Palaeologus, et la dénonciation des méthodes de Biandrata par les Transylvaniens fut publiée sous le titre : Defensio Francisci Davidis in negotio de non invocando Jesu Christo in precibus (Défense de Francis David Concernant la question de la  non-invocation de Jésus  Christ dans les prières) (47). Cette collection fut publiée en plusieurs éditions. Probablement une à Francfort (sur Main) en 1580, dont aucune copie n'a été préservée, la seconde portant l'empreinte de l'imprimeur “In Aula Basiliensi 1581,” pour des copies trouvées à Cluj, et la troisième, amplifiée, sans date ni lieu, probablement imprimées en 1582, copies retrouvées dans les bibliothèques de Cluj, Sibiu, Budapest et Oxford. Les deux dernières éditions étaient certainement imprimées à Cracovie sur les presses Rodecki.

 

(47) La réponse de Socin, Responsio fratrum qui in Poloniae et Lithuaniae de uno Deo Patre unoque Dei Filio consentiunt (publiée en 1588) (cf. BFP, op. cit., vol. II. 375-422), à un pamphlet d'un ministre calviniste en Lithuanie, Andrew Wolan, Paraenesis ad omnes in Regno Poloniae et MDL Samosatinianae vel Ebioniticae doctrinae professores et autres écrits. Socinus eut une autre discussion avec Jan Niemojewski, un noble polonais et réformateur religieux qui avait des vues sociales radicales, sur les conséquences du septième chapitre de l'Epître aux Romains. Socinus expliqua sa position en un court écrit : Scriptum, in quo breviter ostenditur, Paulum Apostolum in Ep. ad Rom. cap. 7 sub sua ipsius persona de seipso ut renato non loqui (cf. BFP, op. cit., Vol. I, 89-90). Socinus a maintenu une correspondance avec lui : De loco Pauli Apostoli in Ep. ad Rom. cap. septimo (BFP, op. cit., vol. 1, 89-113) et une défense, Defensio disputationis suae de loco septimi capitis Ep. ad Rom. (BFP, op. cit., vol. I, 115-137).

Sur son chemin vers Kolozsvar, Socin visita brièvement Cracovie et décidant probablement que la Pologne était un bon endroit pour s'installer, l'année suivante il vint en Pologne où il résida jusqu'à sa mort en 1604. Il trouva là une large colonie italienne de marchands et d'artisans d'orientation anabaptiste qui offrirent de l'aide à leur compatriote. Il trouva aussi un mouvement religieux cohérent avec ses propres idées religieuses et qui était déjà préparé par son oncle Lelio, par Giorgio Biandrata, Gianpaolo Alciati, et Valentino Gentile. Il avait pour caractéristique par une tendance générale à privilégier l'élément moral sur l'élément doctrinal et dans la partie historique du christianisme, l'exégèse rationnelle et intellectuelle régnait ce qui conduisait à l'humanisation et à l'élévation morale de l'Eglise. A Cracovie, Socin demanda au ministre Szymon Ronemberg son admission dans l'Eglise unitarienne. Mais parce qu'il refusait d'accepter le second baptême par immersion, il ne fut pas officiellement admis. Il pensait que le baptême ne devait être requis que pour les convertis d'autres religions au christianisme. Pas découragé par ce rejet, Socin resta associé avec cette Eglise toute sa vie, participa aux synodes et devint à la fin son principal érudit et théoricien. Ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il fut admis à la célébration commune de l'eucharistie. Il pouvait alors déclarer qu'il n'était le chef d'aucune secte et ne pouvait être appelé un hérésiarque.

à suivre ...

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Published by Marian Hillar - dans sur le socinianisme
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