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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 03:51

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Impact sur le développement futur


La doctrine de Socin est devenue au début du dix septième siècle la doctrine officielle des Frères de Pologne – appelé sociniens. Dans la génération qui suivit, le socinianisme entrepris des modifications. Plus d'accent fut mis sur les éléments rationnels de la doctrine ; il était acquis que le socinianisme était une "religion rationnelle".


La position de Socin qu'il n'y avait pas de religion naturelle fut abandonnée – il était patent que cette thèse dévaluait le rôle et la fonction de la raison. A la fin de la deuxième décennie du dix septième siècle les sociniens proclamaient une vue opposée. Plus tard, comme les attaques contre le socinianisme en Pologne et en Europe occidentale et que les catholiques comme les protestants étiquetaient le socinianisme comme la plus dangereuse des hérésies, les théologiens sociniens commencèrent à modifier les autres aspects de leur doctrine, probablement pour la rendre moins choquante et plus acceptable à l'opinion chrétienne.


Dans la seconde moitié du dix septième siècle la position des sociniens sur Jésus et sur l'Expiation évolua vers une forme plus modérée.

En 1658 la Diète de la communauté de Pologne introduisit une résolution interdisant l'anti-trinitarisme sous peine de mort. Ils devaient se convertir ou partir avant trois ans. C'était un acte de fanatisme, mais la Pologne était encore officiellement tolérante envers les autres Eglises protestantes après cette résolution. En 1648, le parlement anglais adopta une ordonnance punissant l'anti-trinitarisme de mort (l'Ordonnance draconienne). En 1658 une résolution de la Diète de la communauté de Pologne signifiait la fin de l'Eglise antitrinitaire de Pologne. La majorité des sociniens adoptèrent le catholicisme, une minorité émigra, principalement en Transylvanie. L'élite intellectuelle s'installa en Hollande où ils trouvèrent des sympathisants, principalement les Remonstrants. Ils continuèrent leurs activités de publications à Amsterdam entre 1665 et 1668, ce dont il résulte une œuvre monumentale en de nombreux volumes in-folio Bibliotheca Fratrum Polonorum quos Unitarios Vocant (La Bibliothèque des Frères polonais appelés unitariens). La Bibliotheca incluait les écrits de quelques théologiens et théoriciens majeurs du mouvement socinien et commençait avec les œuvres complètes de Socin.

La propagande vigoureuse conduite par les Frères polonais et leurs sympathisants en Europe occidentale pendant le dix-septième siècle, qui continua même après leur exil de Pologne, exerça un grand effet, spécialement en Hollande ou en Grande Bretagne. De plus, les sévères édits anti-sociniens et les nombreux tracts théologiques désignant cette doctrine comme la plus pernicieuse des hérésies excitaient la curiosité et l'intérêt à propos de la secte. Le socinianisme, une fois expulsé de Pologne n'a jamais pu renaître en tant que grande Eglise et ses doctrines n'ont jamais été adoptées dans leur intégralité ; néanmoins, beaucoup des idées qu'il proclamait ont été adoptées par des sympathisants parmi des théologiens de tendance libérale, comme celles qui suivent :


La conception  unitarienne de Dieu ;
L'idée irénique reliée à la doctrine de la vérité essentielle ;
L'idée que le salut est possible dans toutes les Eglises chrétiennes à condition d'accomplir les commandements moraux de l'évangile ;
Le principe de la tolérance religieuse et de séparation de l'Eglise et de l'Etat auquel les successeurs de Socin, en commençant avec John Crell, ont porté une grande attention (89).

 

(89) Z. Ogonowski, “Tolerance and Religion” dans Z zagadnień tolerancji w Polsce XVII wieku, (Warsaw: Państwowe Wydwanictwo Naukowe, 1958), Part 2. Marian Hillar, “From the Polish Socinians to the American Constitution,” dans A Journal from the Radical Reformation. A Testimony to Biblical Unitarianism. vol. 3, n°. 2, Winter 1994. pp. 22-57.


Ces idées et des idées similaires furent partagées par des penseurs des centres religieux, et les théologiens orthodoxes attribuèrent la source principale de toutes ces idées au socinianisme. Dès la fin du dix-septième siècle et au cours du dix-huitième siècle, ils dénoncèrent comme socinianisme toutes les opinions religieuses qui gravitaient autour des tendances libérales et rationalistes. D'autre part, le socinianisme (si compromettant pour les théologiens orthodoxes) eut un effet positif sur les idéologues des Lumières. On y insistait sur le fait que la doctrine socinienne avait embrassé des concepts de grande valeur pour la tradition humaniste et rationaliste. Donc, presque tous les principaux représentants du mouvement intellectuel qui se proclamaient eux mêmes comme des vecteurs de cette tradition considéraient le socinianisme comme la première avancée des Lumières.

La rationalité de Socin était très limitée. Elle n'était pas autonome comme dans chaque système religieux qui suppose l'existence d'une révélation divine et l'accepte comme une base de foi.  Néanmoins il fut une avancée spécialement si on le compare avec la "rationalité" de Thomas d'Aquin ou avec le protestantisme orthodoxe. Il avait émancipé la raison de la domination des autorités de l'institution de l'Eglise et de la Tradition. La raison dans le système socinien devient le seul juge qui décide de la "véracité du mot divin". Dans le système de Thomas d'Aquin chaque spéculation religieuse devait d'abord être soumise à l'autorité décisive de l'Institution et à la tradition de l'Eglise. Socin n'admet pas cette doctrine aussi bien que l'attitude de spiritualité hétérodoxe et les systèmes mystiques qui rejetaient l'autorité de l'Eglise. Dans ce sens, le socinianisme primitif fut un précurseur des doctrines ultérieures, plus rationalistes, celle de la génération suivante de sociniens et des Lumières (90).

(90) Marian Hillar, “The Philosophical Legacy of the XVIth and XVIIth Century Socinians : Their Rationality.” dans The Philosophy of Humanism and the Issues of Today. Anthology of Essays. (Essays in the Philosophy of Humanism, vol. 4). (Houston : American Humanist Association, 1995), pp. 117-126. Marian Hillar, “The XVIIth and XVIIth Century Socinians : Precursors of Freedom of Conscience, of Separation of Church and State, and of the Enlightenment.” dans The Essays in the Philosophy of Humanism, (Houston: American Humanist Association, 2001), vol. 9, pp. 35-60.

 

L'auteur souhaite exprimer ses remerciements et sa gratitude à Claire S. Allen pour la lecture du manuscrit et ses commentaires.

Note de la traduction (Ndt) : Les noms de personnes ou de lieu ont été conservés dans l'orthographe initiale de leur langue d'origine ou dans leur version latinisée.

FIN

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Published by Marian Hillar - dans sur le socinianisme
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