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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 17:09

Après le martyre du prêtre de Bohème Jan Huss sur un bûcher en 1415 à Constance, lors du concile réuni en cette ville, ses partisans, les hussites, durent faire face à 5 croisades lancées contre eux à l’initiative du pape et avec le soutien de l’empereur Sigismond de Luxembourg (empereur de l’empire romain germanique de 1410 à sa mort en 1437 ; roi de Bohème à partir de 1419) *; il y eut également une guerre civile entre hussites, les modérés (les Utraquistes) et les hussites plus radicaux (les Taborites). Cette période de guerres dura de 1420 à 1434 et se termina par un compromis entre les Utraquistes et Rome. Ce furent les premiers combats en Europe où des armes portatives à poudre comme les mousquets eurent une contribution décisive : les hussites résistèrent victorieusement aux troupes militaires en se retranchant derrière des chariots de paysans et en fabriquant artisanalement ces nouvelles armes.
* voir « Croisades contre les hussites » sur Wikipedia ( lien)
 
chelcicky_petr1.jpgPierre Chelčický (1380- vers 1460), hobereau, originaire de la Bohême méridionale, est influencé par l’anglais John Wyclif * et son compatriote Jean Huss **, mais aussi par Tomáš Štítný *** . Il écrit plusieurs ouvrages entre 1420 et 1440 (« Postilla », « Sur la lutte spirituelle », et le « Filet de la vraie foi ») où il se place dans la tradition hussite, condamnant la seigneurie et le servage au nom de l'égalité et de la justice sociale, exigeant une application rigoureuse des lois évangéliques ; mais, à la différence des hussites, il n'est pas un révolté : tout recours à la force et à la violence est pour lui péché. Il est résigné à l'opposition irréductible avec le monde ; il prêche un pacifisme absolu au nom de l’Evangile.

 

* Il recevra dans le village où il est né, Chelčice, l’anglais Peter Payne, continuateur de John Wycliff.

** voir notre dossier sur « Les réformateurs d’avant le XVIème siècle » dans La Besace des unitariens ( lien)
*** écrivain et théologien tchèque et parmi les premiers disciples de Jan Huss 1333 – mort à Prague en 1401 ou 1409.


Grande figure du pacifisme chrétien, il influencera le russe Léon Tolstoï et sera appelé le Gandhi tchèque !
 
En 1457, le moine Grégoire (Gregor) de Prague, frère de J. Rokycana, le chef des utraquistes, s'étant enthousiasmé par ces thèses, persuadera des hussites à le suivre à Kunvald, au nord - nord-est de Žamberk, sur le domaine des Poděbrad, en Bohème méridionale. Des vaudois tchèques et allemands s’agrègent également à la nouvelle mouvance, laquelle se constituera en " Unité des frères (Unitatis Fratrum) de la loi du Christ ". L’inspirateur spirituel de ce nouveau mouvement, mais non présent au sein de cette communauté, Petr Chelčický, meurt vers 1460.

 

La communauté de Kunvald établit une règle de vie très austère : les frères renoncent à la propriété personnelle et, selon l'enseignement de Chelčický, ils prennent soin de « s'abstenir du serment, de s'écarter de tout office public, de tout commerce » et autres « occupations pécheresses ». Le travail manuel seul est pur et noble à leurs yeux. S'éloignant des dogmes et des rites catholiques, ils inquiètent les utraquistes qui n'ont pas renoncé à désarmer l'hostilité de Rome. En 1467, lors du synode de Lhotka (26 mars), la rupture est consommée : la communauté élit ses prêtres et son premier évêque, Mathias Červenka, qu'un Vaudois ordonne. L'Unité constitue désormais une Église indépendante. Elle profite de la rapide décadence de l'utraquisme après la mort de son meneur, J. Rokycana, en 1471.


Dans un second temps, la communauté assouplit un peu ses règles. Grégoire de Prague décède en 1474. L'adhésion de nombreux bourgeois et d'une partie de la noblesse lui impose une certaine ouverture au monde. Grâce à Luc de Prague (Lukas Prazsky 1458-1528), qui est son principal théologien, le synode de Chlumec (1496) admet le serment, le négoce et l'exercice des fonctions publiques ; il tolère la propriété. Devenu évêque de l'Unité, Luc de Prague la préserve à la fois de la tentation luthérienne et, par sa modération, de l’adversité des catholiques et des hussites.


Mais tous les Frères ne suivent pas cette nouvelle orientation. En 1494, un schisme éclate entre un parti majeur et un parti mineur ; ce dernier se radicalise encore plus et  adopte résolument des idées anabaptistes (1), anti-trinitaires (2) et anti-cléricales (3). Rédigées par des dirigeants du parti mineur, s’adressant principalement au parti majeur : 
 

(1) à l’encontre des Eglises, le parti majeur inclus, le parti mineur écrira : « Vous enseignez qu’il faut baptiser les petits enfants qui n’ont pas leur propre foi, a-t-il écrit, et en cela vous suivez ce qu’a institué un évêque appelé Dionysius, qui a encouragé le baptême des nouveau-nés à l’instigation d’insensés (...). Presque tous les enseignants et les docteurs font de même, Luther, Melanchthon, Bucer, Korvín, Jiles, Bullinger, (...) le parti majeur, qui tous trafiquent ensemble. »
« Le Seigneur Christ a dit à ses apôtres : Allez dans le monde, prêchez l’Évangile à toute la création, à ceux qui croiront (Marc, chapitre 16). Et seulement après ces paroles : et en étant baptisés, ils seront sauvés. Or, vous enseignez qu’il faut baptiser les petits enfants qui n’ont pas leur propre foi. »

(2) sur la Trinité   « Si vous regardez la Bible d’un bout à l’autre, vous ne trouverez nulle part que Dieu est divisé en une sorte de Trinité, trois personnes au nom différent, croyance que des gens ont imaginée de toutes pièces. »
sur le Esprit saint : « Le saint esprit est le doigt de Dieu et un don de Dieu, un consolateur, la Puissance de Dieu, que le Père donne aux croyants sur la base des mérites du Christ. On ne lit nulle part dans les Saintes Écritures qu’il faut qualifier le saint esprit de Dieu ou de Personne ; cela ne figure pas non plus dans les écrits apostoliques. »

 

(3) sur la prêtrise, le parti mineur opte pour des ministres laïcs : « Ils vous donnent à tort le titre de ‘ prêtre ’ ; si vous enlevez votre tonsure et votre onction du doigt, vous n’avez rien de plus que le plus ordinaire des laïcs. Saint Pierre invite tous les chrétiens à être prêtres en disant : Vous êtes la sainte prêtrise qui offre des sacrifices spirituels (1 Pierre 2). »
« Nous savons pertinemment qu’au départ les femmes ont amené davantage de personnes à la repentance que tout un groupe de prêtres avec un évêque. Et maintenant les prêtres se sont installés dans leur village et dans la résidence qui leur est allouée. Quelle erreur ! Allez dans le monde entier. Prêchez [...] à toute la création. »

 

L'un des dirigeants du parti mineur, Jan Kalenec, fut flagellé et torturé au moyen du feu par l'Inquisition catholique en 1524 et trois autres finirent sur un bûcher. Après 1550, on n’a plus de traces du parti mineur.


A noter que, en Pologne, une Eglise anti-trinitaire, l'Ecclesia minor, s’organisera dans les années 1565, et en Transylvanie, ce qui deviendra l’Eglise unitarienne de Transylvanie, en 1568.

à suivre

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Published by Jean-Claude Barbier - dans sur les Réformateurs
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