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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 12:52

par Maurice Causse, suite des pages précédentes  ...

 

Les ariens étaient-ils vraiment "anti-trinitaires" ? Certains le furent, sans doute.

Il ne faut pas chercher dans l'histoire ecclésiastique plus d'équité que dans une campagne électorale victorieuse. On a cependant un document parfaitement objectif ; c'est un débat public entre saint Augustin et l'évêque arien Maximin, ou Maximinus, tenu à Hippone en 427, avec des secrétaires qui ont dressé le procès-verbal du débat, sténographié au cours des séances et contresigné par les protagonistes. Comment avait-ce été possible ? C'est qu'il y avait une exception aux lois répressives  de Théodose. En 410, Rome a été prise et saccagée par les Vandales d'Alaric, ariens ; humiliée. Après la guerre, Augustin eut à confesser nombre de nobles dames romaines qui avaient subi, de la part des beaux scandinaves, les pires outrages, où la confession sincère de leur péché les contraignait à dire qu'elles y avaient trouvé du plaisir. Et nous avons les lettres consolantes d'Augustin.

 

C'est dire que l'Empire romain n'est plus aussi puissant qu'autrefois. Ses armées sont formées de mercenaires étrangers, notamment scandinaves, qui sont souvent chrétiens ariens. Comment cela ? Eh bien, trente ans plus tôt, à Constantinople, le Goth Ulfilas (Wulfila, le loup) (lien) devenu militaire s'était converti, arien et même évêque, puis était reparti "évangéliser" son hérésie en Suède. Une des méthodes les plus dangereuses des ariens était de multiplier les études bibliques. Ils étaient ainsi très forts pour lancer leurs versets à la face des prédicateurs bons catholiques. D'où l'importance du principe suivant formulé par saint Augustin : Omnia quae leguntur de Scripturis sanctis, ad instructionem et salutem nostram, intente oportet audire. Maxime tamen memoriae commendanda sunt, quae adversus haereticos valent plurimum. (Tout ce qu'on lit dans les Ecritures saintes pour notre instruction et salut, il convient de l'écouter avec attention. Il faut cependant tenir en mémoire surtout ce qui peut le mieux servir contre les hérétiques. Ep. in Io. Ep. X, 2, 1).


On va voir que la mémoire biblique de Maximin était prodigieuse. Le gouverneur d'Afrique du Nord, Boniface, étant entré en rébellion contre l'empereur, avec à la clé le ravitaillement de Rome en blé, l'empereur envoie en médiateur l'aumônier général des Goths Maximin, évêque arien (toujours l'exception). Pour saint Augustin, c'était l'occasion de l'embarrasser. Car l'arianisme est interdit. Or Maximin accepte, malgré le danger à cause des lois de l'Empire, car, dit-il : La confession de bouche est nécessaire au salut (Rom 10, 10) ; car nous sommes disposés à répondre à quiconque nous demande raison de notre foi et de notre espérance (1 Pierre 3, 15) ; puisque le Seigneur Jésus  dit lui-même : Celui qui me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux; et celui qui m'aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux (Mat. 10, 32). Craignant, dis-je, ce péril, quoique je n'ignore pas les lois de l'empire, mais instruit en même temps de la loi du Sauveur qui nous a donné cet avertissement : Ne craignez point, dit-il, ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l'âme (Mat. 10, 28) ; par tous ces motifs, je réponds en termes clairs et positifs.

Confession de foi arienne de l'évêque Maximin - Je crois qu'il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, lequel n'a reçu la vie de personne. Je crois qu'il n'y a qu'un seul Fils, lequel a reçu du Père son existence, sa nature et sa vie. Je crois qu'il n'y a qu'un seul Saint-Esprit paraclet, lequel illumine et sanctifie nos âmes. Et j'affirme cela d'après les divines Ecritures.

J'ai montré bien des fois cette confession arienne à des amis, évidemment non familiers de l'escrime dogmatique ; aucun n'a trouvé l'hérésie. Si on demande à un professionnel de définir le dogme trinitaire, invoqué dans toutes les formulations actuelles de l'oecuménisme, personne n'ose plus invoquer sa définition officielle, donnée dans le symbole d'Athanase, le Quicumque. Les éléments de ce symbole se retrouvent dans les discours d'Augustin dans sa dispute avec Maximin. Le problème entre eux, contrairement à une idée répandue sur les ariens et qui s'avère ici être une calomnie, ne concerne pas directement la divinité de Jésus-Christ. Entre parenthèses, ne mélangeons pas nos façons de poser le problème avec celles du IV° ou du XVI° siècle. Les ariens du IV° siècle, et plus tard les "anti-trinitaires" du XVI°, affirment bel et bien la divinité du Christ, contrairement à la légende officielle. Le vrai problème, depuis le IV°, c'est l'égalité du Père et du Fils.

Ndlr - Contrairement aux anti-trinitaires Georges Biandrata et Faust Socin qui maintiennent une divinisation de Jésus après sa mort et résurrection (divinisation car ayant été élevé par Dieu), l'évêque transylvain Ferenc David veut cesser tout culte à Jésus, celui-ci étant simplement homme, ce qui lui vaudra sa captivité dans la forteresse de Deva où il décèdera rapidement en novembre 1579. Aujourd'hui, les unitariens suivent l'exemple de Ferenc David.


Pour l'orthodoxie, c'est une question de logique. Puisque, d'après Deut. 6, 4, Le Seigneur ton Dieu est un Dieu unique,  il y a identité de nature divine entre Dieu et Christ, définie avec précision par le symbole d'Athanase. Une illustration de cette vision se voit dans des représentations de Dieu dans l'Ancien Testament, quand il parle à Moïse ou Abraham : on le voit avec le nimbe et portant la croix, par exemple dans les fresques de Saint-Savin (XII° siècle) : autrement dit, c'est déjà le Christ.


Pour l'évêque arien, l'argumentation est purement scripturaire. Puisqu'on trouve dans l'Ecriture des textes permettant de dire que Christ est Dieu, il est Dieu et même "grand" Dieu. Mais quand Jésus parle de Dieu, c'est de Dieu le Père qu'il s'agit, plus grand que lui-même le Christ. Quant à la déduction logique d'Augustin, elle n'a pas de poids contre l'évidence des textes.


On comprendra mieux le problème avec un peu d'histoire de la pensée. Pour les Grecs anciens, la déduction logique existe bien, et elle est dans la Logique d'Aristote, mais elle ne vaut pas l'évidence directe en tant que preuve de vérité. C'est pourquoi il leur faut une représentation géométrique pour illustrer un théorème d'algèbre. Même échelle de valeur, qui se traduit dans le vocabulaire, en latin. Avec cette explication, nous pouvons dire que les deux adversaires ont la même base, qui est l'Ecriture ;  Augustin en balaye les affirmations contradictoires au bénéfice d'une dogmatique logiquement cohérente. Maximin met en évidence que cette cohérence est artificielle, par la profusion de ses citations scripturaires. Sa cohérence à lui, c'est l'unité morale du Père et du Fils, qui ne signifie pas unité de nature, tant qu'un texte ne le précisera pas. Il est insaisissable, et Augustin publiera plusieurs traités contre lui – preuve de son embarras.


Maximin a même visiblement marqué un point. Augustin (XIV) : Pourquoi (Christ) est-il le vrai Dieu ? Parce qu'il est le vrai Fils de Dieu. En effet, il a été donné aux animaux d'engendrer exclusivement des êtres semblables à eux-mêmes ; et tandis qu'un homme engendre un homme, qu'un chien engendre un chien, Dieu n'engendrerait pas un Dieu ? Augustin  a parlé trop vite. La volée de retour ne se fera pas attendre : Maximin (XX) Quand il s'agit de Dieu, on ne doit employer que des comparaisons dignes. Ce qui me déplaît, ce qui m'a causé une douleur profonde, c'est de vous avoir entendu dire qu'un homme engendre un homme, et qu'un chien engendre un chien : une comparaison si ignoble ne devait pas être employée à l'égard d'une si haute majesté.

Le Fil d'Arius va désormais se diviser en deux torons, à l'Occident et en Orient. En Occident, suivons les Scandinaves, les Wisigoths dans le Sud-Ouest de la Gaule et en Espagne, et les Vandales en Espagne du Sud, la "Wandalousie", et l'Afrique du Nord. Il y eut d'autres implantations ; mais le catholicisme finira par triompher.

 

Clovis-et-Aleric.gif
Ndlr - la bataille de Vouillé en 507 (c-dessus illustrée). Clovis, roi des Francs, fut appelé par les habitants de Poitiers pour les délivrer de la domination d’Alaric II, roi des Visigoths ; une sanglante bataille eut lieu à Vouillé, à 17 km à l'O.- N.-O. de Poitiers. Les Visigoths furent vaincus, et leur roi tué de la main de Clovis. Tous les biens qui, dans le Poitou, avaient appartenu aux temples du paganisme, aux juifs et aux ariens, furent alors donnés par le vainqueur à l’évêque et à l’église de Poitiers.

En Orient, la destinée arienne aura plus d'avenir, avec l'islam. 

à suivre ...

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Published by Maurice Causse - dans sur l'arianisme
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