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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 13:16

A vrai dire, Samuel Vincent n'avait aucune envie de livrer bataille. C'était un esprit que nous dirions aujourd'hui oecuménique. S'il parla, ce fut à la suite de sollicitations nombreuses, et non sans mainte précaution de langage, dans ses Observations sur l'unité religieuse (1820). «  En général, tous les raisonnements de M. de la Mennais se réduisent à ceci : il serait fort avantageux d'avoir une religion fondée sur une autorité permanente et infaillible » (préface, p. IV). Tout est dit, et s'annonce déjà tout le débat du siècle, aussi bien pour le protestantisme de France que pour l'Eglise catholique. Il s'achèvera avec Auguste Sabatier, que nous verrons plus loin. De même, il écrit : « En terminant cette préface, j'éprouve le besoin d'exprimer mon admiration pour l'ouvrage que j'ai combattu. Il y a des chapitres entiers que j'ai lus avec ravissement. Ah ! pourquoi faut-il qu'un talent si beau se consacre aussi souvent à diviser et à aigrir, au lieu de réunir, d'adoucir et d'instruire ! » (p. VIII).


Samuel-Vincent.jpgPortrait de Samuel Vincent (1787-1837). A lire : « Le Pasteur Samuel Vincent À L'aurore De La Modernité 1787-1837 : Actes du colloque Samuel Vincent, 21-22 septembre 2003 » publiés en 2003 par la Société d’histoire du protestantisme de Nîmes et du Gard, 355 p.


Après cette brochure à la dimension d'une controverse, on attendait l'oeuvre. Elle sera double. D'abord, lancement d'une revue théologique d'une étonnante modernité, dès 1820 : les Mélanges de religion, de morale et de critique sacrée. Le centre de la publication est Nîmes. Mais il y a des représentations en librairie à Paris, Genève, Lausanne, Neuchâtel, Londres, Strasbourg, Leipzig, Hambourg, Francfort, Montauban, Lyon, et Valence. Autrement dit, c'est une revue d'envergure européenne. A lire le programme, on se croirait - format d'impression à part - devant les actuelles revues de Strasbourg et de Montpellier. Et il faut saluer, en particulier, l'énorme et remarquable travail constitué par la revue des livres à chaque livraison. Toute la littérature théologique européenne, allemande en particulier, est offerte à la connaissance d'un peuple protestant français terriblement isolé jusqu'ici.


L'autre partie de l'oeuvre viendra en 1829. Du Protestantisme en France. Le ton est donné d'emblée. « Une ère nouvelle commence pour les protestants français. Solidement établis sur les bases mêmes de la constitution de l'Etat ; protégés par un roi religieux mais tolérant ; possédant déjà les principaux établissements nécessaires à leur culte ; pouvant légitimement espérer que les autres ne se feront pas longtemps attendre ; voyant des temples s'élever partout et de nouveaux pasteurs accordés à leurs églises, les protestants, rassurés sur leur avenir, peuvent et doivent reprendre cette vie intellectuelle et religieuse que tant de persécutions avaient arrêtée. Jamais, depuis l'édit de Nantes, époque ne parut plus favorable... » (p. 1 ; nous citons d'après la réédition de 1860).

 
Ainsi, dans le cadre des lois nouvelles, nous avons la liberté, et cette Loi, de par notre tradition même, signifie La liberté. Nous pouvons nous montrer publiquement tels que nous sommes dans le fond. Certes, nous n'avons pas l'égalité politique. Mais ce n'est plus l'arbitraire du pouvoir. Nous pouvons vivre et travailler, et la seule vraie difficulté sera de nous y habituer, d'avoir confiance. Cette difficulté est en nous-mêmes, (p. 2) et des ferments de discordes intérieures sont semés çà et là par le mouvement religieux, auquel nous devons d'être réveillés enfin de notre longue léthargie.


Les attaques de La Mennais ne seront pas oubliées, mais pour mesurer le retentissement de ce livre, rien n'atteint l'effet produit sur La Mennais lui-même. La Mennais a changé. En 1834, il publie les Paroles d'un croyant, qui seront condamnées par la Hiérarchie. Le talent reste, le succès de librairie également, et c'est par ce dernier livre, si "hérétique" soit-il, que toute une aile marchante et sympathique du catholicisme se réclamera de lui.

 
Où sont les unitariens ? Samuel Vincent en est un sans le savoir, ou sans le dire. Mais ce serait, dans un peuple forgé sous la persécution, une parole de scission. Tout est dit dans la formule adressée à La Mennais : « réunir, adoucir, instruire ». Les mots arien, ou unitarien, viendront de l'autre camp, celui qui réclame les confessions de foi du XVI°siècle. Mais laissons parler Vincent lui-même : (p. 13) C'est notre amour pour l'Eglise protestante qui seul est notre mobile. Nous allons exprimer nos vues, avec franchise et simplicité. D'autres sont mieux placés que nous pour bien voir. S'ils avaient parlé, nous nous serions tu. Et maintenant encore nous sommes prêt à redresser nos opinions sur les avis qui nous seront donnés avec bonne intention et sincérité (...) (p.14) Pour moi, et pour beaucoup d'autres, le fond du protestantisme, c'est l'Evangile ; sa forme, c'est la liberté d'examen. (...) On a violemment reproché au protestantisme d'être ce que je viens de dire : et quelquefois ses amis ont la faiblesse de l'en défendre. Pour moi, j'accepte le reproche, et j'avoue qu'il m'est difficile de concevoir autrement le protestantisme. Et non-seulement, j'ai peine à le concevoir autrement, mais encore, c'est parce que je le conçois ainsi que je l'aime.(...)

 

(p. 15-16) Le protestantisme excite aujourd'hui un haut degré d'intérêt dans tous les pays de l'Europe et de l'Amérique. De grands talents s'y rattachent. Ceux qui ne passent pas dans son sein le respectent ; beaucoup l'aiment et voudraient l'embrasser. Mais d'où viennent cette considération et cet intérêt ? Quelle en est la véritable source ? Est-ce la confession d'Augsbourg ? Est-ce la formule de Concorde ?* Est-ce la confession de foi de La Rochelle ? Personne n'y songe ; et les protestants eux-mêmes connaissent à peine ces pièces dès longtemps oubliées. C'est comme  les défenseurs et souvent les martyrs de la liberté de conscience et d'examen que l'on aime et que l'on respecte les protestants. C'est quand ils se sont montrés tels, qu'ils sont honorés aux yeux des hommes, dont ils ont accru les lumières, relevé la dignité et préparé le bonheur. S'il prenait fantaisie aux protestants de n'être plus que les champions de la confession d'Augsbourg, de celle de La Rochelle, et de tant d'autres qu'ils ont faites, tout le monde leur tournerait le dos, et eux-mêmes ne seraient plus qu'un corps imperceptible, privé de chaleur et de vie.(...)
* Note de Samuel Vincent : la formule de Concorde (1580) est l'expression la plus scolastique du luthéranisme le plus étroit.


(p. 20) ; à propos des discussions dogmatiques [ndlr – entre autres sur le nestorianisme lors du concile d’Ephèse de 431 et sur le monophysisme lors du concile de Chalcédoine de 451] : On commence par disputer sur la nature divine du Sauveur des hommes, sujet bien légitime d'une généreuse curiosité ; mais quand il est décidé qu'il est Dieu, l'on songe qu'il a paru sur la terre avec la forme humaine, et l'on se demande si cette forme n'était qu'un corps habité par la divinité, ou si c'était un homme tout entier auquel Dieu s'était joint. Quand il est statué que les deux natures étaient complètes en Jésus, et quand les partisans de l'autre système sont exclus à leur tour, on se met à réfléchir encore, et l'on commence à craindre que ces décisions ne fassent de Jésus deux êtres distincts. Entraînés par ces craintes bien naturelles, quelques uns pensent et disent qu'en Jésus se trouvent bien en effet les deux natures, mais qu'entre elles deux, elles n'ont qu'une volonté. Nouveaux débats terminés par une nouvelle décision qui amène une scission nouvelle, et par laquelle il reste réglé qu'en Jésus les deux natures étaient complètes, et qu'il avait par conséquent deux natures et deux volontés ... Arrêtons ici. Le lecteur peut savourer la spirituelle ironie de l'auteur, qui n'ira pas plus loin dans ce sens.

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Published by Maurice Causse - dans sur l'arianisme
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