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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 19:16

Quand Voltaire, qui fera plus que tout autre pour diffuser la pensée scientifique de Newton, publie en 1738 ses Eléments de la pensée de Newton, il mit à la portée de tout le monde, un modèle de vulgarisation scientifique. Il y a trois parties concernant les lois de la dynamique en astronomie, l'optique, et des planches contenant les figures associées aux sujets abordés. Rien sur la philosophie ni la religion. Nul ne pensera que Voltaire ait voulu ménager la théologie officielle. D'ailleurs la philosophie anti-trinitaire filtrera bien à partir des cercles ayant connu Newton au début du XVIII° siècle, Locke, et surtout l'Encyclopédie. Louis de Jaucourt, l'un de ses principaux rédacteurs, esprit aussi universel que discret, est membre de la Royal Society de Londres. Son article sur la Trinité est un modèle de diplomatie :


Chilperic_Ier.jpgTRINITE : Ce mot est reçu pour désigner le mystère de Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il me semble qu'il y aurait de la témérité d'entreprendre d'expliquer ce dogme, parce que, vu le silence des écrivains sacrés, les explications ne peuvent être qu'arbitraires et chacun a droit de forger la sienne. De là vient que saint Hilaire par son expression trina deitas trouva tout autant de censeurs que d'approbateurs qui disputèrent vainement sur un sujet dont ils ne pouvaient se former d'idée. Aussi Chilpéric Ier, monarque singulier si le portrait que nous en donne Grégoire de Tours est fidèle, voulut donner un édit pour défendre de se servir même à l'avenir du terme de trinité, et de celui de personne en parlant de Dieu. Il condamnait le premier terme [ndlr - Trinité] parce qu'il n'était pas dans l'Ecriture, et proscrivait le second [ndlr – personne], parce qu'étant d'usage pour distinguer parmi les hommes chaque individu, il prétendait qu'il ne pouvait en aucune manière convenir à la divinité.
Connaissais-tu Chilpéric Ier, ô lecteur ? Je t'avoue que je l'ignorais avant d'écrire ce feuilleton. C'est un petit-fils de Clovis. Voici l'original de Grégoire de Tours (Livre V, XCVIII; trad. F.Guizot, 1823) :

 

Chilpéric Ier, de la dynastie mérovingienne, fut roi de Soissons (561-584) et de Paris (567-584).


 L'ambassadeur Agatan du roi arien wisigoth espagnol Léovigilde est venu rencontrer Chilpéric pour le convertir à l'arianisme, vers 580. Chilpéric le met en débat avec Grégoire de Tours. Et ce débat tourne à l'avantage de l'arien, avec les arguments scripturaires habituels : Le Père est plus grand que moi, etc. Mais, tombé malade à son retour en Espagne, Agatan se convertit.

 
En ce même temps, le roi Chilpéric écrivit un petit traité portant qu'on ne devait pas désigner la sainte Trinité en faisant la distinction des personnes, mais seulement la nommer par le nom de Dieu, affirmant qu'il était indigne de Dieu qu'on lui attribuât la qualification de personne, comme à un homme fait de chair, soutenant aussi que le Père était le même que le Fils, et le Saint-Esprit le même que le Père et le Fils. C'est ainsi, disait-il, qu'il s'est montré aux prophètes (...) : Je veux que toi et les autres docteurs de l'Eglise le croyiez ainsi.
Grégoire s'indigna contre cet édit, et les pressions furent telles que Chilpéric renonça rapidement. Le roi n'était pas le plus fort. D'ailleurs il fut assassiné en 584. Et l'Espagne se convertit peu après la mort en 586 de Léovigilde.

 

Nous voyons que Jaucourt a cherché très loin dans l'Histoire ce qui convenait à son propos, indubitablement arien, mais difficilement attaquable. Ajoutons que Jaucourt était protestant, auteur de nombreux articles de religion de l'Encyclopédie. On doit à Jacques Proust, Diderot et l'Encyclopédie (1962, 1995), la justice rendue à Jaucourt, rédacteur du quart des 68 000 articles, dont la quasi-totalité des articles écrits dans la clandestinité après la mise à l'Index de ce monument culturel français, quand Voltaire, d'Alembert et tous les prudents se furent retirés du mouvement.


Il faut comprendre. La loi de la Gravitation universelle découverte par Newton porte en germe la révolution religieuse. Mais elle n'est encore accessible qu'à l'élite intellectuelle, qui a des raisons d'avoir peur. L'Histoire attendra. En 1780, deux découvertes majeures, de Coulomb et Kant : les lois de Coulomb sur l'électricité. Elles vérifient également une loi de même type que la Gravitation universelle. Plus encore Kant, à Koenigsberg ; professeur de mécanique et astronome, il trouve des différences entre ses calculs sur les mouvements des planètes et l'observation. Il en déduit l'existence d'une planète inconnue, dont il calcule la position. En 1781 Herschell annoncera sa découverte d'Uranus, dans la position prévue par Kant (ce lien entre prévision par le calcul et découverte sera plus connu pour le cas de Neptune, en 1846, avec Le Verrier). Pour Kant, il est connu par Madame de Staël. Peu après, il publie sa Critique de la raison pure. Désormais la place de Dieu n'est plus dans la gestion de la Nature, mais dans la Morale. A nous, bien sûr, de dire ce que nous entendons par la morale, selon le proverbe : Dis-moi qui est ton Dieu, et je te dirai qui tu es. Il faut aussi mesurer le poids philosophique de la fameuse Loi de conservation des éléments, telle que Lavoisier la formule en 1783 : Rien ne se perd, rien ne se crée dans la Nature. Il n'y a pas de Création !


Le terrain est prêt, désormais, pour les trois orientations que va prendre le mouvement initié par Newton et mûri par la diffusion érudite du Siècle des Lumières.
1 - le piétisme kantien, d'affinité unitarienne,
2 - la religion laïque autour de l' "Etre Suprême",
3 - Et enfin l'athéisme déclaré.

 

Quand le mathématicien Laplace présentera à l'empereur Napoléon son Système du Monde, l'Empereur lui demandera quelle est la place de Dieu dans son système : - Sire, répond-il, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. Entre temps, Napoléon aura fermement rétabli la religion de l'Autorité. La Trinité n'est pas vaincue.

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Published by Maurice Causse - dans sur l'arianisme
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