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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 16:42

L'érudition scripturaire et patristique domine désormais le champ culturel. Les théologiens le partagent avec des médecins, dont Michel Servet reste le plus célèbre, et avec des juristes comme Grotius. Les disciplines que nous qualifions à présent de scientifiques, mettront un peu plus de temps à s'imposer dans le débat théologique. Bien sûr, on ne peut pas ignorer Pascal. Mais Isaac Newton représente l'Everest d'un Himalaya scientifique. Il est d'autant plus important pour notre objectif, limité à l'observation d'une filiation, que sa pensée religieuse ne nous est vraiment accessible dans son ensemble que depuis quarante ans. La faute en revient à Newton lui-même qui a dissimulé plus que quiconque son "nicodémisme". Mais la peur a fait partie du problème depuis le IV°siècle.


isaac_newton-copie-1.jpg

La pensée arienne de Newton n'est vraiment connue que depuis la mise à disposition des érudits du fonds manuscrit Yahuda, à la Bibliothèque nationale d'Israël, en 1969. On trouvera les détails dans  Richard Westfall, Never at Rest, A biography of Isaac Newton, Cambridge 1980. Nous n'insisterons pas sur les polémiques de divers ordres, liées à la carrière de Newton et à son héritage. En particulier sur les questions de priorité scientifique avec le philosophe mathématicien allemand Leibniz. Les grands hommes ont leurs petitesses, et, dit saint Paul, nous jugerons les anges (1 Cor. 6,3). Disons seulement que, pour démontrer la loi de la Gravitation universelle, il était indispensable d'avoir identifié comment représenter une force par le calcul. Cela, c'est Newton qui l'a réalisé. Que la pratique de ce calcul fût perfectible, c'est également indiscutable.


Mais le plus admirable est peut-être encore dans ces imperfections du calcul que les travaux de Leibniz et d'autres corrigeront. TOUT était à faire à la fois. Newton, tout comme Descartes, ignore le maniement des nombres négatifs. On admirera sans réserve la performance des savants qui ont travaillé sur les grands problèmes de la nature sans les outils appropriés dont nous disposons aujourd'hui. Et nous aurons aussi une pensée compréhensive pour ces disputes acharnées de priorité. Car il est bien vrai que tout progrès dans la réflexion mathématique amène son auteur à penser que son prédécesseur avait mal compris le problème.
 

 

Avec le mouvement intellectuel du XVII°siècle se produit un phénomène d'importance majeure. Newton, à la différence de Leibniz, explore la Nature physique plus que l'Entendement humain. Il est l'inventeur du télescope, et ses travaux sur la théorie de la lumière et des couleurs ont autant de place dans sa vie, sinon dans sa renommée : La nature, c'est-à-dire, dans l'esprit du temps, l'oeuvre de Dieu qui a créé toutes choses. Il est clair que nous venons d'oublier Dieu complètement. Toi-même, lecteur, t'en es tu aperçu. Or c'est par l'idée de Création que la théologie dominait l'ensemble du savoir. Dans les débats dogmatiques, aujourd'hui encore le début de la Genèse importe plus que les récits évangéliques !


A vrai dire, Isaac Newton ne semble pas avoir immédiatement ressenti la gravité du problème. De formation puritaine, il tient encore sur un carnet, en chiffre, le compte de ses péchés, quand en 1660, peu après la fin de la République de Cromwell, il arrive au Collège de la sainte et indivisible Trinité à Cambridge, le mieux coté de l'Université. Agé de 18 ans, étudiant serviteur (subsizar), il doit "réveiller les autres, vider leurs pots de chambre, et servir à table" (Westfall, p. 71). Sa passion pour les mathématiques l'isole, comme son caractère, mais n'attire ni la jalousie, ni le soupçon sur son orthodoxie. Ses premières découvertes marquantes concernent l'optique, et révèlent un physicien expérimentateur génial. Il décompose la lumière avec le prisme, puis la recompose avec une lentille, et en conclut au fait que la lumière blanche résulte d'un mélange de lumières de couleurs indépendantes.
En 1666, il obtient ses grades, devient fellow de son université, avec une chaire dite de Mathématiques, où il enseigne aussi l'astronomie, l'optique, la mécanique et la géographie. Alors les jalousies commencent. Surtout, règlement oblige, il doit dans les trois ans prendre les ordres ecclésiastiques et prêter serment à la sainte et indivisible Trinité. Il s'y préparera avec grand soin, deviendra un anti-trinitaire décidé, farouche ennemi d'Athanase … et s'en cachera soigneusement. C'est l'ensemble de ces études qui a été dévoilé avec le fonds Yahuda d'Israël vers 1970. Un autre fonds datant de la même époque serait celui de la Fondation Bodmer près de Genève. Mais il n'est pas ouvert au public. Apparemment, il doit concorder avec le précédent.


On devine qu'avec son incroyable puissance de travail, Newton devient rapidement un érudit dans tous les domaines classiques de la théologie. L'analyse du Nouveau Testament l'amène à cette conclusion que les textes ont été modifiés par les Autorités pour leur donner un sens trinitaire qu'ils n'avaient pas jusqu'au concile de Nicée (325) [note de l’auteur : sans pouvoir entrer ici dans les détails, disons que certains exemples lui donnent raison, mais qu'il en existe d'autres en sens contraire]. Surtout, il a découvert l'interprétation historique des Apocalypses. Il s'agit de textes écrits de manière codée, dans un contexte historique précis qu'il convient d'identifier. C'est ainsi qu'il date l'Apocalypse de saint Jean de la fin du règne de Néron. Comme pour le Calcul différentiel et intégral, ses démonstrations seront corrigées et précisées. Il reviendra à Edouard Reuss, de Strasbourg, vers 1840, de reconnaître dans le chiffre de la Bête, 666 ou 616 suivant les manuscrits, la valeur du nom de l'empereur Néron dans ses transcriptions en hébreu (NeRON CeSaR ou NeRO CeSaR, N=50, R=200, O=6, C=100, S=60, On compte seulement les majuscules. 50+200+6+50+100+60+200= 666). Mais la méthode de lecture est moderne. Donnons in extenso un passage, central pour notre objet, de Westfall (p. 315), inspiré des manuscrits Yahuda :


Pour Newton, adorer Christ comme Dieu était de l'idolâtrie, le péché majeur à ses yeux. "Idolâtrie" apparaît dans les titres primitifs de son agenda théologique. Cette grande perversion du christianisme a pollué, au IV° siècle, le culte authentique du vrai Dieu établi dans l'Eglise primitive. S'il n'y a pas transsubstantiation, écrit-il vers 1670 [ndlr - il s'agit de Westfall], il n'y eut jamais pire idolâtrie que la romaine, ainsi que même des Jésuites l'avouent. Newton affirmait que le pape, à Rome, avait été le complice d'Athanase, et que l'Eglise romaine idolâtre était le direct sous-produit des corruptions d'Athanase.


Et finalement - une fin qui vint très vite - Newton se convainquit qu'une corruption totale de la chrétienté avait suivi la corruption de la doctrine : le fonctionnement de la primitive Eglise avait fait place à la concentration du pouvoir ecclésiastique entre les mains de la Hiérarchie. L'institution perverse du monachisme jaillit de la même source. Athanase avait favorisé saint Antoine, et les trinitariens avaient introduit les moines dans le gouvernement ecclésiastique. Au IV°siècle, le trinitarisme avait infecté toute la chrétienté. Sans le dire expressément, il pense que la Réformation protestante n'a pas touché le foyer même de l'infection. Dans la Cambridge des années 1670, c'eût été dur à faire avaler (a strong meat indeed). Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi Newton devint impatient de quitter des occupations mineures, telles que l'optique ou les mathématiques : Il s'était donné pour mission de réinterpréter la tradition centrale de toute la civilisation européenne.

 

Bien avant 1675, Newton était devenu un arien au sens original du terme. Il reconnaissait Christ comme un divin médiateur entre Dieu et l'homme, subordonné au Père qui l'avait créé. Christ avait mérité d'être adoré, mais non pas comme Dieu le Père, par le fait même qu'il était resté humble et obéissant jusqu'à la mort...


Bref, nous reconnaissons le langage d'un Maximin face à saint Augustin, voire celui du Patriarche Timothée en face du Calife de Bagdad. C'est nous qui avons souligné l'interprétation de R. Westfall sur le sens donné par Newton à sa mission religieuse. Elle est à mettre en face, et en opposition, à celle que Calvin s'était donnée en son temps. Car elle explique leurs comportements, même si elle ne les légitime peut-être pas. Pendant la peste de 1542 à Genève, ces Messieurs les Pasteurs s'étaient penchés sur un grave problème : fallait-il visiter les malades et aller au-devant de la contagion. La décision fut que oui, sauf pour Calvin dont la vie était trop importante pour la cause de Dieu. Après quoi les autres hésitèrent. Pourquoi lui et pas moi  ? C'est alors que Sébastien Castellion, professeur de grec au Collège, se proposa comme aumônier de l'hôpital ! Calvin ne le lui pardonna pas, et le fit chasser peu après de Genève.


Il y aura, dans le comportement de Newton, quand il parvient à la gloire scientifique, un questionnement comparable. Il faut comprendre que Newton était seul à comprendre l'importance de ses découvertes scientifiques et théologiques, et le lien qui s'établirait entre elles. Il fallait qu'il restât vivant, et reconnu. C'est pourquoi il n'a rien publié de ses réflexions hérétiques, et laissé tomber des disciples compromettants. Il est ainsi devenu autoritaire, voire tyrannique, riche, aimant les honneurs.


C'est le problème de toutes les grandes causes, entraînant des risques mortels. Les grands chefs politiques et militaires ont à prendre la décision où d'autres se feront tuer sous leurs ordres. On leur reprochera de ne pas s'être posé ce problème, mais on leur fera gloire de prendre, dans la nécessité, les grands risques eux-mêmes. L'Histoire nous dit que le reproche exista, pour Newton comme pour Calvin.

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Published by Maurice Causse - dans sur l'arianisme
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