Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

Rechercher

Archives

Articles Récents

23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 17:20

Au point où nous nous sommes arrêtés, le fil paraît coupé. Il l'a été non par la hiérarchie catholique, mais par le camp réformateur lui-même.

 

Il y a deux Luther bien différents. Avant la Guerre des paysans de 1525, et après. Qui voudra s'en rendre compte se reportera au Commentaire allemand du Notre Père, de 1519, puis au commentaire qui se trouve dans le Petit catéchisme de 1529. En 1519, c'est le Luther de l'histoire officielle et des films, celui qui risque sa vie devant la diète de Worms en 1521. En 1529, c'est le Luther de la caricature, où la vie du village est dominée par trois personnages, le maire, le commissaire de police et le pasteur. De la même manière, on pourra comparer la préface de Calvin (1535), dans la bible d'Olivétan, au Calvin qui a pris le pouvoir à Genève, après 1541. En 1535, il réclame pour tous le droit d'accéder directement à l'Ecriture. A Genève, les cultes privés seront interdits. Entre les deux, des évènements politiques majeurs ont joué un rôle contraignant, et nous devons éviter les anachronismes quand nous nous sentons contraints de les juger.

 

Il en est de même en Europe orientale, un peu plus loin sur le chemin de la Liberté. L'unitarisme lui-même s'est divisé, et l'on peut songer à comparer Ferencz Dàvid à Michel Servet. G. H. Williams, le grand historien de la Réforme radicale, ne va pas jusque là. Le point de vue de Dàvid aboutissait à créer une véritable société se réclamant du judaïsme [ndlr – allusion sans doute aux Sabbatariens de Transylvanie, mais ce mouvement judaïsant s'est développé distinctement de l'unitarisme. IL y a là confusion de la part de G. H. Williams]. Mais Williams reconnaît (p. 1 301) que son point de vue ne satisfait pas les successeurs actuels de Dàvid. N'entrons pas ici dans une comparaison d'échelle entre les cruautés que ces deux victimes ont subies, ni sur les contextes politiques. Je ne sais s'il y eut en Europe orientale, pour prendre la défense de Dàvid, des hommes tels que Sébastien Castellion pour Servet [ndlr - si, Georges Biandrata fut contesté de son vivant pour avoir été à charge contre F. David]. Il n'y avait pas, en Transylvanie, de société juive reliée à l'histoire, et je ne sais rien des échos que Dàvid et son mouvement purent soulever chez les juifs de Pologne.

Autrement dit, le problème est à reprendre, et nous y reviendrons.


David Flusser, historien juif reconnu, a écrit : « L'histoire du pharisaïsme depuis le commencement de ce mouvement jusqu'aux jours de Jésus est marquée par les progrès d'une humanisation progressive du Judaïsme, et la doctrine de Jésus est le couronnement de ce progrès » (Dossiers de l'Archéologie, mai-juin 1975).

Dans de telles conditions, il est clair qu'une réflexion où le penseur chrétien ne se pose pas en Verus Israel, l'Israël véritable - tel saint Augustin et d'autres - mais respecte la continuité historique du judaïsme, pourra s'appuyer sur des relations nouvelles, entre personnes et entre groupes sociaux.


Mais s'il a manqué à la vague unitarienne du XVI°siècle une grande puissance politique pour la soutenir, le temps ne lui était pas compté. Se retrouve ici le combat célèbre de la violence et de la vérité, illustré par la Douzième provinciale de Pascal dans sa conclusion. Il montre bien les ressources infinies d'un espoir que rien jamais n'éteindra, car « la vérité est éternelle et puissante comme Dieu même ». Du scandale Servet, va naître l'arme à longue portée de la Liberté, faite de science, de prudence, et de ténacité. Servet avait été condamné au motif de la responsabilité du pouvoir souverain sur le culte rendu à Dieu, allant jusqu'à légitimer les exécutions capitales pour crime de lèse-majesté divine. Le juriste François Baudoin démontra qu'il s'agissait là d'une glose ajoutée au code de Droit romain au VIème siècle. Autrement dit, l'exécution de Servet était illégale. Ce fut, à notre connaissance, le premier succès de l'exégèse critique. Le Fil d'Arius était là.  Comme dit le Jupiter de Jean-Paul Sartre dans Les Mouches, "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres". Quand les hommes le savent...

 
Avec des milliers d'imprimeurs dispersés dans toutes l'Europe, le latin et la correspondance, la science et les idées peuvent contourner les pouvoirs. Même pas besoin de peuple. Seulement de l'argent pour payer les livres et le train de vie indispensable, avec un établissement social assez solide, souvent dans la carrière juridique. La poste fait le reste. Dans ce cadre protégé, l'adversaire idéologique reste un vir doctissimus, et c'est le triomphe de la politesse XVII° siècle entre « très humbles et très dévoués serviteurs ». On se communique les titres des derniers livres parus chez tel imprimeur de Paris, Bâle, Francfort, Venise, Oxford, Anvers, etc. Bien entendu, catholiques érudits et calvinistes de la rigoureuse orthodoxie en sont partie intégrante. Mais l'essentiel est qu'ils n'y sont pas seuls. La grande tribu d'origine italienne Diodati y joue un rôle central, avec en particulier l'avocat Elie Diodati, citoyen de Genève, mais non-calviniste et donc plus tranquille à Paris sous le régime de l'Edit de Nantes. Son cousin Jean Diodati, traducteur de la bible en italien, puis en français, calviniste bon teint, est l'ami d'autres théologiens qui le sont beaucoup moins comme l'Ecossais John Cameron, pasteur à Bordeaux puis professeur à l'Académie protestante de Saumur. Le cousin Jean est pour Elie une bonne caution du côté de Genève. Et il met ses immenses relations et sa culture polyglotte au service de tous. Il représente à Paris les intérêts de la République de Genève, et défend utilement l'industrie textile suisse en France ; Richelieu lui confie une mission commerciale en Allemagne : moyennant quoi l'essentiel est que Diodati a compris l'importance scientifique de l'oeuvre de Galilée, reclus en Italie après sa condamnation, et il en assure la diffusion dans toute l'Europe, contournant l'Inquisition.


hugo_grotius.jpegOn devine que le Fil d'Arius est présent, et que l'érudition le sert aussi efficacement qu'il y a douze siècles, au débat entre saint Augustin et Maximin. Parmi les étoiles de première grandeur de cette République des Lettres, il faut une mention particulière pour Hugo Grotius [ndlr - 1583-1645 ; portrait joint], un disciple de Fausto Sozzini, unitarien du XVI°siècle selon André Rivet, membre notoire et calviniste rigoureux de la République des Lettres. Certes, cela ne se voyait pas directement dans le traité de Grotius De veritate Religionis Christianae (1627). Mais un bon calviniste savait y déceler ce qui manquait à son orthodoxie, masqué par une érudition impressionnante. La réalité historique de la Vie de Jésus y est, prouvée avec  TOUS les arguments, tirés de l'Histoire romaine, que nous avons trouvés dans les écrits du professeur Maurice Goguel trois siècles plus tard ; et ils y sont avec un déluge de notes érudites en latin et en grec, parfois en hébreu. Grotius n'attaque pas directement le dogme trinitaire ; mais il défend la vérité chrétienne contre des adversaires non-chrétiens, en soulignant les analogies qu'on trouve soit chez le Juif Philon d'Alexandrie, soit dans le Coran : Jésus, le Messie, est le Verbe de Dieu fait homme, avec l'Esprit de Dieu. L'expression est dans le Coran (III,40 ; IV, 169), et signifie pour nous * l'Incarnation [ndlr – point de vue de Maurice Goguel relayé par l’auteur, Maurice Causse]. C'est ainsi que, huit siècles avant Grotius, le patriarche nestorien Timothée Ier argumentait déjà, lui aussi, et en parfaite courtoisie, face au calife de Bagdad.

Partager cet article

Repost 0
Published by Maurice Causse - dans sur l'arianisme
commenter cet article

commentaires