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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:57

"L’accès à l’universel chez les unitariens" par Jean-Claude Barbier, sociologue, secrétaire général de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), communication au colloque international organisé par le Servetus International Society, à Barcelone les 20-21 octobre 2006 (lien). Ndlr - dans cette mise en ligne, les sous titres ont été modifiés.


michael servetus heartfeltJean-Claude Barbier, vignette, mai 2008Les derniers cris des mourants suppliciés nous interpellent. Ultimes messages lancés à la face de l’Humanité comme un défi au-delà de l’échec présent, cris d’espoir pour résonner tout au long de notre Histoire comme une utopie, dernier sursaut d’une identité luttant pour sa survie. Le cri des soldats au combat, des patriotes et des résistants, des martyrs pour leur foi. Le cri de Michel Servet fut l’un d’entre eux. Dans un dernier gémissement, il s’adressa à Jésus : « Jésus, fils du Dieu éternel, aie pitié de moi ! ».

Par son désir d’affronter Jean Calvin à Genève, par son refus de se rétracter, par sa mort courageuse, Michel Servet signe volontairement son destin, à l’imitation de Jésus-Christ qu’il vénère. Il résume aussi sa théologie anti-trinitaire dans un concentré dramatique qui tourne le dos à l’inquisiteur Guillaume Farel, lequel l’accompagne au bûcher en l’exhortant à confesser « Christ, Fils éternel de Dieu ». M. Servet va jusqu’au bout de ses convictions chrétiennes, mieux, il affirme sa relation personnelle à Jésus et reproduit la Passion dont celui-ci souffrit, ce qui fait dire à l’historien Albert Blanchard-Gaillard (2003 : 43) qu’il fut un personnage éminemment christique « en ce sens que, très jeune et doutant de ses capacités, il se sent investi d’une mission qui va l’amener, comme malgré lui, mais par amour de Jésus, au sacrifice suprême ».

Pourtant cette identité si profondément chrétienne de M. Servet n’est pas toujours relevée par les observateurs des siècles suivants. Edouard Herriot, libre-penseur et maire de Lyon, lors d’une conférence tenue le 10 mars 1907 pour l’inauguration de la statue de Michel Servet à Vienne, évoque seulement le cri du supplicié « qui fit courir l’épouvante » (1932 : 26) dans l’assistance lorsque s’enflamma la couronne soufrée que le bourreau lui avait mise sur la tête, puis ses gémissements durant la demi-heure que dura son agonie.

La plupart de nos contemporains voient dans M. Servet un homme de convictions qui, pour elles, alla jusqu’au bout. Face à Calvin, il devient le héros de la tolérance. Il est donc perçu bien au-delà de sa seule identité chrétienne. D’ailleurs, contrairement à la plupart des autres réformateurs, il n’est pas que théologien – E. Herriot avance qu’il est « moitié théologien, moitié philosophe » (1932 : 8).

Il fit des études de Droit à Toulouse, puis de médecine à Paris, exerça son métier de médecin à Charlieu, puis à Vienne, se consacra aux multiples sciences de son époque : la géographie (il annota celle de Claude Ptolémée) (1), l’exégèse biblique à partir des textes en hébreux et en grec, la médecine expérimentale allant jusqu’à disséquer les cadavres, les analyses de nos aliments (il se commit d’une étude sur les sirops), l’alchimie qui est elle aussi une science expérimentale. Enfin, il est laïc et non clerc et il n’a pas eu à fonder une Eglise, ni à se compromettre avec les pouvoirs séculiers de son époque. Homme seul, esprit libre, utopique et absolutiste mais sans violence, il devient finalement un héros de référence pour tous ceux qui, au nom de principes qu’ils estiment universels, rejettent les arrangements avec ce monde, veulent une société plus juste et plus égalitaire, basée sur des valeurs universelles. En cela le manifeste lu d’une seul voix par les participants le 22 octobre 2004 à Saragosse, puis le lendemain à Villanueva de Sijena, à l’occasion des cérémonies de clôture de l’ année commémorative des 450 ans de la mort de Michel Servet (1553-2003) (2), donne parfaitement le ton.

(1) le Dr. Joaquim Bosque Maurel souligne sa contribution à la géographie à l’heure de la Renaissance : « Miguel Servet (1551-1553) y la geograpfia de su tiempo », dans Estudios Geograficos (revue du Conseil supérieur de recherche scientifique), vol. LXVI, janvier-juin 2005, pp. 43-69.
(2) Le Manifeste servètien de Sixena, élaboré au sein de l’Instituto de Estudios Sijenenses Miguel Servet, fut proclamé au congrès international des Actes de clôture de l’année servètienne. Traduit en français par Jean-Claude Barbier, le texte a été mis en ligne sur le site de Profils de liberté, dans sa rubrique « Histoire » (lien).

Tout naturellement, par filiation historique et spirituelle, les chrétiens unitariens se situent parmi ses héritiers (Barbier 2003 : 49), mais ce qui est plus pertinent pour notre propos, c’est qu’il ont été rejoints par bien d’autres. Ceux-ci ont en commun de vouloir dépasser les particularismes confessionnels et religieux afin de mieux promouvoir un progrès et une civilisation moderne généralisée à l’ensemble de l’Humanité, sans nulle discrimination. En cela, le théisme constitue une étape importante puisqu’il considère que la connaissance de Dieu peut être acquise par notre seule raison. Les révélations particulières, l’exégèse des textes « inspirés », les exercices spirituelles ne sont donc plus nécessaires. On continue toutefois à s’adresser à Dieu car Il est considéré comme une personne dotée de volonté et de puissance et pouvant jouer un rôle providentiel en notre faveur ; toutefois, les prières se font plus collectives qu’individuelles car ce dieu est celui du maintien de l’ordre du monde, du cosmos, des lois stables de la Nature, le dieu horloger de Voltaire, le Grand architecte de l’univers (Gadlu) de la franc-maçonnerie. Avec le déisme, on laisse tomber le culte puisque, si l’on continue à admettre l’existence d’un dieu créateur de ce monde, on ne sait plus très bien où il est, qui il est, ni comment il agit.

à suivre ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans (hist) SERVET Miguel
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