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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 19:50

Neuchâtel, ville suisse située au bord du lac de même nom, sur le flanc sud du massif du Jura, est citée pour la première fois en 1011. Elle fut gérée par des comtes jusqu'en 1458, qui y construisirent un château qui donna le nom à la ville « Nouveau château » , puis elle passa sous l'autorité de la famille française d'Orléans-Longueville. La Réforme du XVIe siècle, y fut introduite en 1530 par Guillaume Farel, et imposée à la comtesse catholique de Jehanne de Hochberg avec l’appui de Berne. La Vénérable Classe ou Compagnie des pasteurs fondée en 1535, demeura quasiment autonome, tant au point de vue doctrinal qu’au point de vue administratif et financier. En 1707, la ville passa sous l'autorité des rois de Prusse. En 1814, elle adhère à la Suisse en formant le canton de Neuchâtel. Le 1er mars 1848, c’est la Révolution et le canton devient une république.


Les premiers pasteurs réformés furent d'anciens curés, puis, dans la seconde moitié du XVIe siècle, des maîtres d'école que la Compagnie des pasteurs consacrait par imposition des mains. La Classe procurait en privé des leçons théologiques de base; ceux qui se proposaient pour le "saint ministère" (les "proposants") complétaient leur formation dans une Académie "étrangère" (Bâle, Strasbourg, puis Lausanne, Genève, Saumur entre autres et plus tard, quand Neuchâtel sera devenue principauté du roi de Prusse, Berlin, Marbourg, Tübingen, Greifswald, etc.). Cette double voie de formation, privée, ecclésiale et neuchâteloise d'une part, publique, académique et étrangère d'autre part, deviendra courante; même quand Neuchâtel disposera de sa propre Faculté de théologie (voire de deux facultés !), les étudiants iront fréquemment parfaire leur formation dans une faculté extérieure.


La Prusse, pour faire pencher en sa faveur le choix des Neuchâtelois, en 1707, promit une académie (= une université), celle ci se fera attendre jusqu’en 1838 et la première Académie de Neuchâtel est, enfin, inaugurée en 1841. Elle ne formait toutefois pas les futurs pasteurs car, jalouse de son monopole et de son indépendance, la Classe des pasteurs avait repoussé en 1838 les offres du Gouvernement désireux d'intégrer l'enseignement de la théologie et la formation des pasteurs dans la première Académie !


A une bourgeoisie enrichie par le commerce international au XIIIIè siècle, ce sont ajoutés, au siècle suivant, des milieux ouvriers avec l’horlogerie, la chocolaterie Suchard, les forges et scieries Martenet, la fabrication d'indiennes, puis l’arrivée du chemin de fer. Lorsque Ferdinand Buisson arrive en 1866, ces milieux sont déjà fortement déchristianisés et commencent à voter socialistes.


Avec l’institution de la République, une nouvelle loi ecclésiastique faisait passer l’administration suprême de l’Eglise de la Vénérable Classe à l’autorité civile, donc à l’Etat. Un synode formé de laïcs et d’ecclésiastiques est désormais chargé de s’occuper du domaine spirituel et remplace donc la Compagnie des Pasteurs. C’est ce synode qui continue la charge de former des pasteurs. La fondation de la seconde Académie en 1866 (elle deviendra l'Université de Neuchâtel en 1909) ne change pas la donne. C’est elle qui recrute Ferdinand Buisson.


Durant le séjour de ce dernier à Neuchâtel (1866-1870), l’idée de séparer Eglise et Etat semble avoir gagner du terrain. Félix Pécaut, un ami de F. Buisson, est installé comme premier pasteur libéral le 5 décembre 1869 à la Chaux-de-Fonds ; il rentre en France lui aussi l’année suivante après la défaite de Napoléon III à Sedan.


Une proposition est adoptée le 19 décembre 1872 par le Grand Conseil pour permettre à la minorité libérale d’avoir sa part dans les affaires de l’Eglise et pour abolir la consécration pastorale. Mais la situation se complique l’année suivante, en septembre 1873, avec la « Loi Numa Droz ». Celle-ci, proposée par Numa Droz  (1844-1899), un graveur puis instituteur, devenu conseiller d’Etat (et qui finalement sera conseiller fédéral de 1876 à 1892), vise à affirmer la laïcité de l’Etat … mais aussi à contrôler l’Eglise ! * Le même Numa Droz réforma également l'école primaire et rendit facultatif l'enseignement de la religion. L’initiative ne fait pas l’unanimité et la loi passe de justesse; l’Eglise se scinde alors en deux, une « Nationale » (l’Eglise nationale du canton de Neuchâtel) dont les ministres et les lieux de culte sont à la charge de l’Etat, et une « indépendante » (l'Eglise évangélique neuchâteloise indépendante de l'Etat)qui refuse cette collusion.

* par le salariat car, au niveau des principes, la loi affirme «  La liberté de conscience de l’ecclésiastique est inviolable ; elle ne peut être restreinte ni par des règlements, ni par des vœux ou engagements, ni par des formules ou un credo, ni par aucune mesure quelconque ».


Paradoxalement par rapport au manifeste de Ferdinand Buisson et de ses amis, la séparation de l’Etat et de l’Eglise qu’il demandait se fait ici contre l’Etat laïc et est à l’actif des éléments les plus conservateurs !


neuchatel_eglise_reforme_evangelique_du_canton.jpgOn se retrouve donc avec deux Eglises, deux écoles pastorales pour former les ministres du culte, mais ce n’est pas la guerre pour autant ! L’Eglise « nationale » s’avèrera plus ouverte (c'est la Faculté "nationale" qui accueillit en 1912 la première étudiante ; elle venait de... Pologne ! et s'appelait Lucie Schmidt), mais il n’y aura pas de différence de théologie (là aussi un désaveu du manifeste de F. Buisson), et une réunification (envisagée dès 1920) s’effectuera le 3 juin 1943 au sein de l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN).


Séparée de l'Etat, mais "reconnue d'intérêt public", l’EREN signa avec l'Etat un concordat dans lequel fut fixé le statut de la Faculté de théologie. Celle-ci fit désormais partie de l'Université; une commission des études, nommée par le Synode, assurait le lien entre elle et l'Eglise. Nommés par le Synode, les professeurs, agrégés au corps pastoral de l'EREN et donc pasteurs, faisaient partie du Sénat de l'Université. Leur traitement était à la charge de l'Eglise.


En 1980, la Faculté de théologie intègre juridiquement l'Université et retrouve un statut d'Etat. Le corps enseignant est nommé par le Conseil d'Etat, sur proposition du Conseil des Professeurs. La Faculté doit, au préalable, requérir l'avis du Conseil synodal. La Faculté peut assumer en toute indépendance sa tâche académique et l'Eglise reconnaît en elle l'instance universitaire dont elle a besoin pour la formation de ses futurs ministres.


Sources :
- message de Charles-Henri Matile du 2 avril 2012 faisant référence à des brochures éditées par le Canton pour célébrer, en 1948, le centenaire de la Révolution de 1848 (et où Ferdinand Buisson est cité). Voir aussi le témoignage de Charles-Henri Matile sur l'après Ferdinand Buisson (lien).
- article dans l’encyclopédie Wikipedia (lien).
- site de la Faculté de théologie de l’université de Neuchâtel (lien)
- site de l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) lien.

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Published by Jean-Claude Barbier et Charles-Henri Matile - dans sur le protestantisme libéral
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