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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 15:05

"Giorgio Biandrata (1515-1588), de l'Italie de la Renaissance à la Transylvanie unitarienne", source : site italien sur les hérésies ; traduit de l'italien par Alain Bourdy et publié dans le "Cahiers Michel Servet", n° 4, avril 2004 "Chrétiens de base en Italie", pp. 3-4

La jeunesse et les débuts en Pologne et en Transylvanie

biandrata.JPGLe médecin anti-trinitaire Giorgio Brandata, fils aîné de Bernardino Biandrata, naquit vers 1515 à Saluces [Saluzzo en italien], de l'ancienne et noble famille De Blandrate. Il passa son diplôme en arts libéraux et devint docteur en médecine à Montpellier en 1533 [ndlr. François Rabelais y était du 17 septembre 1530 au printemps 1532], puis se spécialisa dans les troubles fonctionnels et nerveux chez les femmes.

Vers 1540-1544 Biandrata devint médecin de la cour de la reine de Pologne, Bona Sforza, femme de Sigismond II Iagellone, dit Auguste (1543-1572), et en 1544 il effectua son premier voyage en Transylvanie, à la cour d'Isabelle, fille de Bona et de Sigismond, et veuve récente du vovoïde de Transylvanie et roi de Hongrie orientale Jean Ier Zapolya (1529-1540). A Jean Ier, avait succédé son fils alors mineur Jean II Sigismond Zapolya (1541-1571) mais en 1551 Isabelle et son très jeune fils avaient été contraints de renoncer à la couronne en échange d'un fief en Silésie par Ferdinand de Habsbourg (empereur de 1558 à 1564), l'autre prétendant au trône hongrois. Néanmoins ils rentrèrent triomphalement en 1556 à Alba Julia (Gyulafehérvar), appuyés par leurs partisans et par le tuteur Peter Petrovics qui prit le pouvoir en même temps que la reine mère Isabelle jusqu'en 1559. Durant cette période critique, jusqu'en 1551, Biandrata fut médecin de cour et conseiller d'Isabelle.

Biandrata en Italie et en Suisse

Au cours de cette même année il rentra en Italie, à Pavie, et c'est à cette époque, vraisemblablement, que remonte son adhésion à la Réforme. Toutefois, en 1553, suite à cette conversion, Biandrata décida de quitter l'Italie, avec Giovanni Paolo Alciati della Motta et Camillo Renato, s'enfuyant d'abord dans le canton des Grisons et s'établissant ensuite à Genève en 1557, où il résida pendant un an, même si son rapport avec Calvin fut quelque peu difficile en raison de la méfiance que le réformateur genevois nourrissait à son égard.

A Genève Biandrata intervint en tant que médecin pour soigner Jane Stafford, la femme anglaise du comte Celso Massimiliano Martinengo, prédicateur de l'Eglise italienne à Genève, et, au sein de cette Eglise, il eut la possibilité d'exprimer librement ses opinions anti-trinitaires. Cependant, celles-ci, potentiellement déstabilisatrices pour la Réforme calviniste, furent dénoncées par Martinengo à son propre protecteur, le réformateur de Zürich, Heinrich Bullinger, bien que le comte bergamasque ait eu au départ des sympathies pour les idées anabaptistes et anti-trinitaires, surtout durant son séjour en Valteline.

Toutefois l'épisode décisif qui motiva le départ de Biandrata de la Suisse eut lieu le 18 mai 1558, lorsque Calvin demanda à tous les Italiens exilés à Genève de signer un acte de foi trinitaire. Le document fut contesté par Giovanni Valentino Gentile, Alciati della Motta et Biandrata, qui refusèrent de le signer. Pour Gentile et Biandrata, la décision était en particulier motivée par le fait qu'ils avaient, entre temps, épousé la cause trithéiste, basée sur la séparation des trois personnes divines : Père, Fils et Saint-Esprit en trois dieux distincts parmi lesquels, pourtant, seul le Père était vraiment source de divinité, tandis que les deux autres lui étaient subordonnés.

A nouveau en Pologne

Biandrata considéra donc plus prudent de s’exiler en Pologne, où il rencontra l'anti-trinitaire Lelio Socin. L'action des unitariens locaux comme Pietro Genesio et Grzegorz Pawel fut renforcée par son arrivée et il les aida à former une communauté, composée surtout de ses compatriotes exilés, à Pinczow, près de Cracovie.

Le courant anti-trinitaire polonais (dénommé Ecclesia Minor, en opposition à l'Ecclesia Major calviniste) retrouva par conséquent en Biandrata un vrai leader qui réussit, au cours des synodes de Pinczow en 1558, de Wlodzislaw en 1559 [convoqué par le collaborateur de Biandrata, Francesco Lismanini (1504-1566)], et de Ksionz en 1560 et 1562, à mettre d'accord les factions rivales, grâce à une confession de foi tirée à la lettre des Ecritures saintes. Cela, surtout après les polémiques suscitées par l'hébraïste mantouan Francesco Stancaro, taxé de mondialisme, pour sa doctrine basée sur Jésus-Christ en tant que médiateur avec Dieu le Père uniquement dans sa nature humaine, hérésie qu'il fut repoussée par le synode de Wlodislaw, où les exemplaires de son livre furent brûlés publiquement.

L'amitié avec David en Transylvanie

Mais en 1562 survint un nouveau changement de programme : ayant laissé la barre de l'anti-trinitarisme polonais entre les mains de son ami Pawel et sa propre bibliothèque à Propspero Provana, Biandrata décida de retourner en Transylvanie, à Gjulafehérvar (Alba Julia), où il devint le médecin de cour de prince Jean II Sigismond Zapolya et où il connut l'évêque de l'Eglise réformée de Transylvanie Ferenc David, auquel il fit lire un exemplaire de la célèbre Christianismi Restitutio (la Restauration du christianisme) de Michel Servet, le convertissant à l'anti-trinitarisme (ou unitarisme).

La conversion de David à la nouvelle foi fut évidente en 1566, lorsque celui-ci fit renvoyer un professeur de l'école de Kolozsvar pour avoir osé enseigner la doctrine de la Sainte Trinité : ce dernier, avec le calviniste Melius, demanda et obtint du roi la convocation d'un synode national à Gyulafehérvar, qui se tint dans la même année 1566 pour être ensuite ajourné en un nouveau lieu, à Torda (toujours en Transylvanie), et qui se révéla ensuite être un triomphe pour les unitariens David et Biandrata.

Entre-temps Biandrata collabora longuement avec David faisant même publier son livre "De vera et falsa unino Dei, Filii et Spiritus Sancti cognitione" (de la fausse et de la vraie connaissance de l'unité de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit), dans lequel le réformateur transylvain ridiculisait la doctrine de la Trinité et plaidait la cause de la tolérance religieuse pour toutes les formes de foi. Ce discours fut ensuite repris durant la Diète de Torda en janvier 1568, où Jean II Sigismond reconnut la pleine liberté à toutes les confessions religieuses ; ce fut la première déclaration, au monde, de tolérance religieuse jamais prononcée par un souverain.

En Transylvanie Biandrata fut toujours une référence pour des exilés religieux italiens, comme par exemple ses collègues médecins Niccolo Paruta, qui en 1573 s'était exilé en Transylvanie, dans le Collège unitarien de Kolozsvar, et qui mourut (probablement en 1581) dans la maison de Biandrata à Nagyenyed ; et Niccolo Buccela, qui fut ensuite, grâce à sa renommée de valeureux médecin, recruté par Etienne Bathory en juillet 1574 avec un salaire de 600 talents par an. Il maintint en outre des liens épistolaires durables avec le diplomate italo-hongrois André Dudith Sbardellati.

Toutefois, en 1571, avec la mort à 31 ans seulement de Jean II Sigismond et l'arrivée au trône du catholique Etienne Ier Bathory (1571-1586), devenu par la suite aussi roi de Pologne de 1576 à 1586, la situation de la faction anti-trinitaire de David tomba en déchéance, surtout à partir de 1578, lorsque ce dernier, en pleine polémique entre adorants et non-adorants, mit fin à sa collaboration avec Biandrata, lequel fit venir inutilement de Bâle Faust Socin pour chercher en vain à convaincre David d'abandonner ses positions de non-adorant. Selon la pensée de Faust Socin, à laquelle adhéra Biandrata, Jésus-Christ était en vérité un homme crucifié dont le but fut de révéler Dieu aux hommes qui pouvaient ainsi atteindre le salut, en suivant son exemple. David, en revanche, suivant la pensée de l'italo-grec Giacomo Paleologo, auteur du traité universaliste "De discrimine Veteris et Novi Testamenti", niait le rôle de guide pour les fidèles en rapport au salut du Christ et réfutait, par conséquent, toute forme d'adoration de Jésus-Christ.

Certaines branches de l'unitarisme polonais accusèrent violemment Biandrata d'avoir changé de route sur cette doctrine et d'avoir trahi son ami David, en le livrant à ses opposants politiques, lesquels en 1579 le firent arrêter et emprisonner dans la forteresse de Déva, où, en raison du climat rigoureux et de son affaiblissement physique, il mourut le 15 novembre de cette même année. D'ailleurs la décision d'abandonner David à son destin pesa sur l'avenir de Biandrata, lequel fut isolé et méprisé tel un nouveau Judas Iscariote par les partisans de l'infortuné Transylvain.

Pour la troisième fois en Pologne

Biandrata suivit Bathory en Pologne en 1576, lorsque celui-ci fut couronné roi de Pologne, tout en maintenant de bonnes relations avec Christophe Bathory, le frère et successeur d'Etienne en Transylvanie, bien que celui-ci eut permis, en 1579, la diffusion de l'ordre des Jésuites en Transylvanie.

Un autre ami (et un autre médecin !) de l'époque de Biandrata fut Marcello Squarcialupi, qui ne participa pas aux disputes doctrinales du Salucesain mais s'aligna sur sa pensée en 1581, lorsqu'il écrivit une lettre à Faust Socin pour l'inviter à baisser le ton de la polémique, qui en outre ternissait l'image des exilés italiens.

Dans les dernières années de sa vie, solitaire et isolé, comme il a été dit, à cause de ses positions dans la polémique avec David, Biandrata fut pris de nostalgie pour sa patrie, mais pour pouvoir y retourner en sécurité il avait entamé des pourparlers secrets avec les jésuites, leur promettant de ne plus s'occuper de problèmes théologiques. Cependant comme ces derniers avaient exigé une abjuration totale, Biandrata refusa d'accepter. Quoiqu'il en soit, dans la propagande catholique le bruit circula que Biandrata s'était enfin reconverti à la religion catholique. De même, toujours selon des sources jésuites, en particulier du religieux Jacob Wujek, on supposa que la mort de Biandrata, survenue le 5 mai 1588, était due à un acte criminel : il aurait été en fait étranglé par son neveu Giorgio, le fils de son frère Alphonse, mais cette information n'est pas confirmée par d'autres sources.

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Published by traduction d'Alain Bourdy - dans (hist) BIANDRATA Giorgio
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