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la besace des unitariens
le site documentaire de la Correspondance unitarienne
La besace qui contient le pain du voyage, de l’exil, de l’itinérance – tel fut le destin des premiers unitariens aux XVIe et XVIIe siècles, chassés des villes catholiques, luthériennes et calvinistes à cause de leur anti-trinitarisme, quand ils n’étaient pas décapités ou brûlés vif sur place. Avec les cathares, les vaudois, les lollards, les hussites, les huguenots et bien d’autres, ils furent les hérétiques de la chrétienté, ne manquant jamais d’emporter dans leur besace de proscrits, à côté de la miche de pain, une bible et leurs écrits. Ce site est un hommage à eux rendu.
Vous y trouverez la littérature francophone concernant l’unitarisme : une bibliographie, le sommaire des bulletins internes des associations, la référence d’articles déjà publiés ou leur reproduction, etc. Voilà une bien grande et lourde besace ! mais vous pourrez, à votre tour, la transporter, grâce aux miracles de l’informatique, avec une clef USB !
Pour les unitariens, loin des dogmes et des " mystères " théologiques, la religion va de pair avec la raison, les connaissances scientifiques et l’expérience vécue et intime de chacun. La lecture des connaissances acquises, l’étude attentive des réflexions d’autrui, la communication des idées ont toute leur valeur.
contact : correspondance.unitarienne@wanadoo.fr
par Lawrence M. F. Sudbury, publié sur la page Facebook de l'International Council of Unitarians and Universalists le 22 juin, traduit en français par Jean-Claude Barbier.
Voir, sur ce même site, nos articles précédents sur cette personnalité : « Fernandino Bracciforti et le début de l’unitarisme en Italie » (4 octobre 2010, lien), « Les unitariens à Milan en
1875 » (7 mai 2007, lien).
Né à Fermo le 15 novembre 1827 de Earl Vincenzo et de Giulia Cioccolanti, Ferdinando Bracciforti termina ses premières études au collège des Barnabites de Parme et entra comme page à la cour de Maria Luisa.
En 1848, lors des premières manifestations patriotiques italiennes, il se porta volontaire et combattit à Pastrengo et à Novara, sans
oublier de poursuivre ses études et d’obtenir un diplôme en droit. Mais il ne voulut pas endosser la toge d’avocat et préféra se consacrer à l'étude des langues anciennes et modernes et en
particulier de l'anglais. Il enseigna l’anglais dans les principales écoles de Milan, y compris l'École polytechnique, durant plus de 40 ans, avec des interruptions seulement occasionnelles. Il
publia plusieurs livres qui devinrent immédiatement des jalons incontournables pour l’enseignement de l’anglais en Italie. C’est
précisément par cette étude de la langue et de l'histoire des Anglo-Saxons, qu’il a pu élargir ses idées politiques, sociales et religieuses : ce qui l'a éloigné de l'Eglise catholique, d’abord
afin d’adhérer à une évangélisation plus générale (et pas seulement catholique) dans un premier temps et, plus tard, à la foi unitarienne.
illustration : une réédition récente de l'oeuvre littéraire de F. Bracciforti
Généralisées en Europe, grâce aux travaux du pasteur américain William Channing Ellery pasteur, les idées unitariennes répondaient parfaitement à sa mentalité rationaliste et non conformiste. F. Bracciforti voyait en elles non seulement la base d'une foi permanente, mais aussi un élément clé pour une politique nationale unifiée contre le conformisme clérical, étriqué et dogmatique, de l'Église catholique. En ce sens, il n’est pas sans incidence de constater que la théorie unitarienne eut une influence sur une grande partie des patriotes italiens, auprès des savants les plus croyants et d’une façon plus générale, en cette période de turbulences, auprès de tous ceux qui étaient sensibles aux problèmes religieux, y compris quelques-uns des grands protagonistes démocrates du "Risorgimento" italien, tels que Garibaldi et Mazzini.
Dans les premières années de la décennie 1860, F. Bracciforti, après avoir répudié le culte catholique, a rejoint l'Eglise
évangélique italienne de Milan, dans laquelle il est resté pendant une dizaine d'années. Son approche de la thèse unitarienne est venue à une époque où la papauté préparait le concile œcuménique
Vatican I [ndlr - 8 décembre 1869 - 18 juillet 1870], lequel conduira à la proclamation de l'infaillibilité pontificale et à un resserrement du fossé qu’il y
avait entre l'État italien et l'Église romaine.
La prolifération des associations de dissidents catholiques et l'accentuation de la polémique contre la ligne de Rome
semblait préparer un environnement dans lequel la propagande chrétienne libérale, déjà commencée par Pietro Sbarbaro, pourrait aller plus loin et dans des voies nouvelles, et viser désormais des
objectifs concrets.
Le début de 1869, avec la publication de "La Réforme du dix-neuvième siècle", un bimensuel unitarien qu’il fonda à Milan et
qui malheureusement cessa de paraître en novembre 1872, correspond au point culminant de l'engagement religieux de F. Bracciforti. Récemment converti à l’unitarisme, ce dernier voulait non
seulement présenter l'unitarisme à un large public, mais aussi rassembler toutes les forces anti-trinitaires du pays. Compte tenue de la variété et de la divergence des points de vue de ceux qui
ont collaboré à la revue et aussi de la formation profondément libérale et tolérante de son directeur, la ligne de "La Réforme" était calme et réfléchie, et il n'y eut pas de polémiques sur des
sujets avec le ton agressif qui, au contraire, caractérisa le travail de son contemporain Sbarbaro.
Soit dit en passant, «La Réforme du XIXème siècle » faisait face aux grandes questions religieuses de l'époque, parfois en
les plaçant dans un contexte européen et mondial, et visait à introduire, parmi un public populaire, les principaux résultats de la critique biblique et historique de l’époque.
Le lien entre l'action de renouveau religieux et celle de l'unité nationale a été assurée par les dirigeants de la revue, y
compris quelques-uns des noms les plus importants de la scène patriotique d’alors, comme Giuseppe Garibaldi, Aurelio Saffi, Ausonio Franchi,
Aristide Gabelli, Terenzio Mamiani et Giulia Caracciolo. Avec eux, et en tant que correspondant officiel de "La Ligue internationale pour la
paix et la liberté", F . Bracciforti réussit à entreprendre une propagande incessante pour la paix, en soutenant l'idée futuriste d’une Constitution des États-Unis d'Europe.
L’activisme unitarien de F. Bracciforti fut également impressionnant en ce qui concerne l’organisation à Milan,
en 1875,d’une Eglise unitarienne qui a atteint le nombre de 80 membres, ce qui était proprement incroyable dans le contexte italien de l’époque. Malheureusement, son action, qu’il poursuivit par des traductions d’œuvres unitariennes anglaises et américaines, des brochures diverses et des discours
publics, n'a pas obtenu d’effets durables : le rationalisme religieux ne pouvait qu’égratigner superficiellement les murs de la forteresse catholique italienne ; au moins son travail
contribua-t-il à élargir l'horizon de la culture religieuse du pays.
F. Bracciforti mourut à Milan le 20 avril 1907. Après sa mort, l'Église unitarienne, qui avait des membres dans certaines des
grandes villes, disparut peu à peu, vivotant avec des hauts et des bas jusqu'au début de l'après-guerre. Elle fut absorbée, dans de nombreux cas, par les Libres croyants radicaux
italiens de Gaetano Conte.