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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 09:57

"Le prophète et l’évêque, entre vérité et institution", communication de Jean-Claude Barbier, sociologue, au colloque Georges Biandrata, Saluzzo 21-22 mai 2010

Les premières communautés chrétiennes étaient dirigées par des presbytres, à savoir des « anciens » en âge et en sagesse et des premiers organisateurs de celles-ci. Les assemblées se faisant chez des propriétaires de maison on peut penser que ceux-ci pouvaient se retrouver au sein de ces collèges. A Jérusalem, la communauté fut dirigée par les Douze, avec semble-t-il Pierre et Jean fils de Zébédée comme meneurs, puis par Jacques le frère du Seigneur (adôn = maître). Il y eut les diacres, qui étaient « consacrés aux tables » pour le service des veuves et des orphelins, dans le cadre d’une mise en commun de biens et leur répartition pour aider les plus pauvres de la communauté. Les Douze qui partirent en mission « aux quatre coins du monde » furent appelés des apôtres, auxquels s’adjoignit Paul – comme « avorton » dit-il – prétextant de son illumination de Damas comme preuve d’un contact direct avec Jésus. Les docteurs de la Loi expliquaient les Ecritures, des prêcheurs itinérants allaient de maison en maison, de communauté en communauté pour conforter les fidèles comme Jean l’Ancien auteur de deux épîtres ; et puis aussi des prophètes qui faisaient part de leurs visions, parfois apocalyptiques car la Fin des temps était imminente.

Avec l’ancrage de la nouvelle voie dans les petites villes et leurs campagnes, apparut au tournant du 2ème siècle, une figure urbaine, l’épiscope, le « surveillant », nos évêques d’aujourd’hui, chef d’une Eglise locale, chargé de veiller à l’orthodoxie, à la bonne transmission de la tradition, contre les premières déviations que furent la gnose, les emballements prophétiques, les dualismes, etc.

Au temps des Réformes protestantes du XVIème siècle, on retrouve les humanistes dans ces divers rôles. Jean Calvin comme docteur de la Loi avec son œuvre monumentale que fut l’Institution chrétienne, mais aussi comme épiscope, organisateur de la communauté genevoise et, au-delà, des Réformés en France, en Wallonie, etc., et comme chasseur d’hérétiques, d’abord par un pamphlet de jeunesse contre les anabaptistes, puis comme inquisiteur à charge contre l’anti-trinitaire Michel Servet. Celui-ci à la foi docteur de la Loi, mais confiné dans un rôle prophétique du fait de son isolement. Georges Biandrata dans le rôle de presbytre de la communauté des Italiens réfugiés en Suisse, puis prêcheur de la Réforme anti-trinitarienne dans les pays au nord et à l’est de l’Allemagne : Lituanie, Pologne, Transylvanie, Moldavie, et théologien écrivant des livres en collaboration avec le Hongrois Ferenc David. Celui-ci qui fut successivement baptisé catholique, évêque luthérien, surintendant réformé, puis premier évêque de l’Eglise unitarienne de Transylvanie, mais qui mourut en prophète et en martyr.

david-ferenc_3.jpgLe tandem Biandrata – David, qui débuta en étroite collaboration et s’acheva par le drame de 1579 que nous connaissons, est un mélange des genres. Etranger venu d’Italie à la cour des rois de Pologne et de Transylvanie, G. Biandrata est d’abord en position d’apôtre et collabore avec un autochtone qu’il convertit à l’anti-trinitarisme. Ce dernier se retrouve évêque en 1568 … et chapelain de roi Jean Sigismond II.

 

Ferenc David, premier évêque de l'Eglise unitarienen de Transylvanie 1568-1579

 

Mais le roi meurt d’un accident et son successeur est catholique. Lors de la deuxième Diète de Torda, en 1572, le nouveau régime confirma l'existence de la tolérance religieuse, mais interdit n'importe quelle nouvelle innovation religieuse. Or Ferenc David, à la fois dans un rôle d’évêque fondateur de son Eglise et de théologien, continue ses recherches personnelles et affirme que le pédo-baptême et le culte à Jésus ne sont pas conformes aux Ecritures. La situation dégénéra en conflit entre les deux hommes en 1578.

Dans un contexte de Contre-Réforme avec le retour des jésuites dans les sphères des pouvoirs royaux en Transylvanie et en Pologne, G. Biandrata se maintient comme médecin personnel du Prince et comme diplomate à son service. Paradoxalement, c’est lui qui porte le souci de la survie de la nouvelle Eglise, et non l’évêque en titre, Ferenc David. Elle survivra grâce à ses efforts, mais au prix douloureux du lâchage d’un évêque devenu prophète à contre temps de son époque. Il appelle à son secours le théologien italien Fausto Soccini, puis demande que les Eglises anti-trinitaires de Transylvanie, de Pologne et de Moldavie se concertent. F. David n’en a cure et continue ses méditations et ses proclamations. Bon orateur, c’est une voix qu’il faut faire taire. Il y a finalement interversion des rôles : l’évêque F. David se fait prophète et G. Biandrata devient le protecteur de la communauté par intermédiaire d’un nouvel évêque qui sera Démétrius Hunyadi,

Dès son origine, le christianisme a connu cette tension entre la vérité à proclamer d’urgence (car la fin des temps est proche !) et la protection de la communauté contre les répressions. Le Sanhédrin condamne Jésus car il met en danger le statut privilégié dont le Temple de Jérusalem et les Juifs bénéficiaient au sein de l’empire romain. Le diacre Etienne et les « hellénistes » à Jérusalem s’attirent par excès de zèle les foudres des populations locales ; Etienne est lapidé (hiver 36 ou 37 ). Paul est arrêté à la Pentecôte 58 à Jérusalem car il dispense les Gentils qui se convertissent au judaïsme (le christianisme est alors une voie juive) de certaines pratiques de la Thora (circoncision, interdits alimentaires, etc.). La communauté des nazoréens (disciples de Jésus) se maintient avec Jacques, mais en menant profil bas et en se montrant assidue au Temple.

Dans les communautés chrétiennes d’aujourd’hui, le dilemme est toujours présent car, si la répression des pouvoirs publics n’est plus à craindre dans les Etats laïcs et démocratiques, il reste le contrôle des hiérarchies ecclésiales et aussi le risque d’éclatement des communautés par l’adoption de nouveautés : l’accès des femmes au ministère, le célibat des prêtres dans l’Eglise catholique (longtemps resté tabou, mais les opinions publiques y sont aujourd’hui largement favorables), l’accès aux responsabilités (conseil presbytéral, pastorat, épiscopat) d’homosexuels déclarés, la liberté de penser du clergé pouvant aller jusqu’à l’agnosticisme ou au non-théisme.

Peut-on fonctionner avec tous les rôles que comporte la tradition chrétienne ? Le protestantisme a d’excellents exégètes, enseignants, théologiens, mais il n’a pas de prophètes. L’Eglise catholique a remplacé les prophètes par des saints comme l’abbé Pierre, la sœur Emmanuelle, la mère Teresa, etc. Le pentecôtisme et autres mouvements charismatiques ont réintroduit les visions … mais n’ont toutefois pas eu de grandes figures prophétiques. En Afrique noire, les prophétismes sont le fait de fondateurs de nouvelles Eglises, endogènes, mais si celles-ci sont luxuriantes dans leur liturgie et leurs modes d’expression, elles ne proposent pas d’innovation théologique proprement dite sinon mineures, histoire de se distinguer des autres ; et la plupart de leurs visionnaires se font guérisseurs. Les visions d’avenir seraient plutôt à rechercher du côté d’hommes politiques qui osent des réconciliations jugées impossibles : le Mahamat Gandhi libérateur de son pays par la non-violence, les pères de l’Europe communautaire (Maurice Schuman, le chancelier Adenauer, etc.), Anouar Al Sadat, président égyptien, Nelson Mandela, premier président Noir de l’Afrique du Sud, Baracq Obama, premier président Noir des Etats-Unis, etc.

Est-ce la fin des prophétismes ? En France, il convient de rappeler l’enseignement d’un Teilhard de Chardin, ceux des réformateurs catholiques qui, comme le père Congard, furent écartés par leur hiérarchie, mais rappelés à l’heure de Vatican II, les coups de butoir du dominicain « rouge » que fut le père Cardonnel, sans oublier le discret Marcel Légaut dans sa découverte d’un Jésus humain qui nous invite - par son humanité même - à nous hisser au divin en découvrant en nous même cette dimension. J’y ajouterai volontiers la voix de Michel Benoît, bénédictin défroqué, lui aussi très attaché à ce Jésus humain et seulement homme, non divinisé, et qui dénonce une chrétienté obsolète. Et puis, rejoignant Ferenc David, un autre évêque-prophète, Jacques Gaillot, connu pour ses engagements sociaux et politiques, qui fut, en 1995, déchargé par le Vatican de son diocèse d’Evreux pour non collégialité avec les autres évêques de la Conférence épiscopale de France.

Face aux évêques chargés du développement communautaire de leur diocèse ou autres patriarches, face aux responsables de mouvements ou d’associations chargés de décisions collectives, ne faut-il pas préserver des espaces de liberté pour des voix individuelles qui ont des choses à dire à leurs contemporains, fussent-elles radicales, voire excessives ? Les moyens modernes de communication en donnent d’ailleurs les moyens avec des sites ou blogs indépendants, des bulletins et des revues électroniques diffusées par messagerie, l’autoédition (lulu.com, etc.), voir même des Eglises ou des communautés fonctionnant sur la Toile (church on line). Mais les médias officiels des Eglises peuvent aussi aménager de tels espaces : le courrier des lecteurs, des textes d’auteur, des rubriques « coups de gueule », des débats contradictoires, etc. En cela, les éditeurs courageux sont importants : donner la parole aux prophètes qui dérangent, loin des communiqués officiels bien lissés, des discours langue de bois, du religieusement correct.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans (hist) BIANDRATA Giorgio
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