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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 18:21

"Ralph et moi", par Adrian Abrahm, texte reproduit du site des unitariens-universalistes de La Corogne (La Coruña), Espagne (site fermé depuis). Traduit de l’espagnol en français par Jean-Claude Barbier.


" Le jour des jours, le grand jour de la fête de notre vie est celui où l'œil intérieur s'ouvre à l'unité des choses, à l'omniprésence de la Loi, et voit ce qui doit être ou ce qui est le mieux. Cette béatitude descend sur nous et nous voyons. Elle n’est pas en nous autant que nous sommes en elle. Si l'air emplit nos poumons, nous respirons et nous vivons, sinon, nous mourrons. Si la lumière arrive à nos yeux, nous voyons, mais pas d’une autre manière. Si la vérité vient à notre esprit, nous nous déploierons soudainement dans toutes ses dimensions, comme si nous nous accroissions à plusieurs mondes.

 

Nous sommes des législateurs, nous parlons par la Nature, nous prophétisons et nous divinisons (...). Un vent de volonté souffle sans cesse dans l'univers des âmes vers ce qui est juste et nécessaire. (...) La relation et la connexion ne s’établissent pas en des endroits particuliers ni à certains moments, mais toujours et partout. L'ordre divin ne s'arrête pas où il s'arrête la vue des hommes. Ce pouvoir de convivialité [ndlt = poder amistoso, amistar = rendre ami, réconcilier] fonctionne avec les mêmes règles à la ferme la plus proche que dans la plus proche planète. (...). La fortune d'un homme est le fruit de son caractère."


Commentaire personnel


La première fois que j'ai lu un extrait de Ralph Waldo Emerson, ce fut au travers de citations que le rabbin Chaim Stern avait sélectionné pour son livre de Day by Day ("De jour en jour") un répertoire des textes, de prières et de poèmes pour chaque jour de la semaine, en consacrant chaque semaine à un thème central tirée de la lecture de la Torah qui correspond. Ce furent les éditions Beacon Press Co., dont les presses sont au service de l’unitarisme, qui en assumèrent la publication vu qu’il était conçu pour un public très large [ndltr = donc au-delà du seul public juif]. Le plus curieux est que, dans un premier temps, mon intérêt pour Emerson en tant que penseur tarda à surgir et que, si je supportai plus ou moins sa poésie, ses discours me semblaient complexes et fastidieux


Lorsque j'ai terminé le livre de Chaim Stern, qui m'a accompagné durant toute cette année, j'ai décidé d'approfondir l'étude d’auteurs juifs contemporains, restant impressionné par le professeur Mordecai Kaplan. Son approche m'a semblé (et me semble toujours) tout simplement génial : Dieu n'est pas une personne ni un individu, mais un processus, traduit en prédicats. Dieu est cette force qui opère dans, à travers et au-delà de la Nature, non seulement dans un état physique mais aussi morale, et qui aide l'être humain à réaliser des progrès et une auto-réalisation personnelle et social. Son travail a été précurseur de toute une théologie, le transnaturel, à savoir la croyance en Dieu en tant qu’énergie inhérente à l'amélioration de l'activité humaine, comme agissante par l'intermédiaire de l'être humain et en harmonie avec la nature. C’était exactement ce que je pensais de Dieu. Kaplan m'a tant impressionné que j’ai dévoré son livre à plusieurs reprises.


Puis une autre année s’est passée. Dans la congrégation unitarienne avec laquelle je suis entrée en contact pour la première fois [ndlr. la Sociedad Unitaria Universalista de España  SUUE], on parlait beaucoup d’Emerson en le citant souvent. J'ai décidé de lire plus à son sujet, à partir de "La conduite de la vie" et "Platon". J’ai découvert un complice en Emerson, parce que j'ai vu que sa vision du monde ressemblait beaucoup à la mienne. De la lecture de ses livres, j'ai extrait un grand nombre de réflexions, non seulement sur la façon dont, lui, il a vu la nature, mais aussi sur la façon dont je la vois moi-même, ceci m’aidant aussi à mettre de l’ordre dans un certain nombre d’idées.


Le résultat est un tas de pages en vrac, en deux colonnes, dans lesquelles je marquai un extrait avec, en face, des annotations souvent d’ailleurs indéchiffrables, et que j’ai intercalées entre les pages du livre.


Je suppose que beaucoup d'entre vous qui êtes entrain de me lire s’attendent à une introduction sur la vie et l'œuvre de Ralph Waldo Emerson, ou sur le transcendantalisme. Il m’a semblé plus agréable (et peut-être plus approprié) de sauter les deux pour une conclusion directe, où vous pouvez peut-être répondre aux deux à la fois sans mon aide.


Pour comprendre l’œuvre d'Emerson nous devons partir d’une polarité non résolue : le destin face à la liberté. Le destin, tel qu’Emerson le décrit, est le « dictat irrésistible » ou « le poids de l’univers ». La liberté est l’autre face, comme « l’existence particulière de l’individu, la grandeur du devoir, la force du caractère ». Nous devons tenir compte l’époque à laquelle Emerson écrivit : la révolution agraire et industrielle était en pleine ébullition et le calvinisme s’affaiblissait – et avec celui-ci l'idée de la prédestination, c'est à dire la croyance que l'homme naît avec un destin marqué comme un signe indestructible, comme un " jour donné " auquel vous ne pouvez échapper.


Chez Emerson, la prédestination est conservée, mais transformée en prémisse. Non que l'homme soit décrit dans le livre de sa vie, sans pouvoir d’en déplacer une virgule ou un tildé, mais il est vrai que la personne est limitée par ses conditions physiques, son éducation, les circonstances de sa vie, sa nature ou, pour reprendre Emerson, par "ce que vous ne pouvez pas faire." Ainsi, "la population du monde est une population conditionnelle ; elle n’est pas la meilleure possible, mais la meilleure que nous puissions vivre maintenant". L'habitat, le climat, la culture, agissant en qualité de prémisses, contre lesquelles (surtout lorsqu’on est plus jeune), vous ne pouvez pas lutter.


Mais la liberté est un fait fondamental et qui peut être prouvé. Ensuite, ou c’est un contrepoids et, par conséquent, elle est aussi forte que la contrainte ou l’aspect de la nature que nous devons compenser, à la recherche de l'équilibre, ou bien elle fait partie de la Nature elle-même, est le fruit de la même nécessité, et alors les êtres humains peuvent "confronter destin contre destin". Et puis, "dans l'âme jaillit toujours l’impulsion de choisir et d'agir."


La relation entre les circonstances et la liberté de l'homme n'est pas posée comme un conflit, mais comme une tension. Nous ne pouvons même pas dire que l'approche de Emerson serait dualiste, mais une défense absolue de l’unité et de l’interrelation des choses. C'est la raison pour laquelle il existe à la fois un lien entre l'homme et l'univers et une possibilité de relâcher cette relation. " Les limitations de toute sorte nous affinent tandis que l'âme est purifiée, mais l'anneau de la nécessité englobe tout ", dit Emerson.


Comme le disait Emerson, je crois que l'être humain est immergé dans la Nature, et je crois que, en dépit de ne pas pouvoir clairement percevoir ces relations, tout l'univers est régi par un déterminisme atroce.

 

Toutefois, peut-être que l’incapacité toute humaine à comprendre les causes et les effets des événements qui nous entourent, génère dans notre espèce cette capacité à explorer et à créer, et que à la fin, c’est ce qui nous fit sortir de nos cavernes et éclaire nos esprits . Quand l'espèce développe le langage jusqu’au dedans de nous, en notre intérieur, elle en gagne une vision de ce qui est particulier. Sa façon de voir le monde, se convertit alors en vision unique, et les signes, naguère automatiques, dépendent désormais de sa volonté idiolecte, enchantée (ndlt : « maravillosa ») et transformatrice.


Le monde intérieur nous amène à la réflexion. C'est pourquoi je pense que l'approche émersonienne est vraie : la nécessité, pour l'espèce humaine, de transformer la nature, le "destin" ; notre indescriptible capacité à croître dans la liberté. La pensée agit comme une turbine libératrice. Dans les mots du philosophe américain, " la révélation de la pensée sort l’homme de la servitude et l’entraîne dans la liberté ". Mais nous n’en cessons pas pour autant de rester attachés à la nature, de dépendre d’elle.  Ou peut-être à cause de tout cela, précisément, notre liberté est-elle possible, et à l'intérieur précisément de ces limites invisibles que marque la nature.


L'idée qui attire le plus mon attention chez Emerson est la croyance en la nature comme une source de morale et d'éthique, comme indiqué dans les travaux de Kaplan. L'univers n'a pas seulement laissé des lois physiques bien établies, mais aussi des lois sociales. Ces lois élèvent la Nature au niveau de l'éthique qu’elles nous révèlent : une source d'expériences et de leçons de morale. La nature veut la justice, la création humaine, la paix et l'ordre, pas la guerre, la dévastation des ressources ou ce qui est préjudiciable, " réclamant justice à l'homme et le frappant, avant ou après, lorsqu’il ne pratique pas la justice ( ... ). Lorsqu’un chemin est bon, le héros le voit et avance avec cette intention (de justice), pendant que le monde lui sert de racine et de soutien. »

 
Nous devons agir dans le monde, mais ne pas le dévaster. Cela permet sa transformation, mais aussi pose la limite de nos activités.


Ce n'est pas l'obsession de la vérité, mais par notre caractère, il s'agit de trouver ce qui caractérise la vie bonne. Bien sûr, la vérité est inaccessible, comme le soleil de Platon dans le mythe de la cave : tout au plus, nous pouvons la contempler et la montrer, mais non pas la toucher ni l’atteindre, ni la comprendre profondément. La vérité se comporte comme un oiseau qui est sorti de sa cage. Vous être perdu, ne sachant quoi faire ; vous pouvez essayer de l’attraper, le reprendre dans vos mains, mais d’un saut, il a repris la fuite.

 

Ainsi, la mémoire ou la pensée en collision avec un univers perpétuel, mais qui est aussi en transformation continue, et qui en un millionième de seconde, est tout à fait un nouvel univers, comme s’il n’y avait pas eu un avant ni un après qui adviendra. La pensée et la nature rompent [le cours des choses] par un choc constructif : la pensée se met en forme, et la nature se laisse comprendre. Les œuvres humaines comprennent l'âme humaine de l'individu, l'individu dynamique, en action, l'expression de son caractère. « L'événement, c'est l'impression de votre marque », a déclaré Emerson.


Mais si nous sommes assujettis à la nécessité, notre vie concrète en est-elle pour autant prédéterminée ? Bien sûr que non. La liberté nous permet de transcender les contraintes ; elle nous permet de surmonter ou de contourner la nature (ce qui ne permet pas d'éliminer ses limites, parfois même de les transformer en possibilités nouvelles de nous améliorer). […] Votre héritage dépend, en grande partie, de vos actions, et donc votre caractère. Votre salut dépend, dans une large mesure de votre caractère [ndlt : volonté]. Cela signifie : travaillez avec ce qui vous a été donné, et essayez d’en sortir le mieux possible, agissant librement et de façon responsable, en respectant aussi les autres. Une grande partie dépend de vous, et non seulement des circonstances, de la force physique, ni la chance.


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Published by Adrian Abraham - dans (hist) EMERSON Ralph Waldo
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