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la besace des unitariens
le site documentaire de la Correspondance unitarienne
La besace qui contient le pain du voyage, de l’exil, de l’itinérance – tel fut le destin des premiers unitariens aux XVIe et XVIIe siècles, chassés des villes catholiques, luthériennes et calvinistes à cause de leur anti-trinitarisme, quand ils n’étaient pas décapités ou brûlés vif sur place. Avec les cathares, les vaudois, les lollards, les hussites, les huguenots et bien d’autres, ils furent les hérétiques de la chrétienté, ne manquant jamais d’emporter dans leur besace de proscrits, à côté de la miche de pain, une bible et leurs écrits. Ce site est un hommage à eux rendu.
Vous y trouverez la littérature francophone concernant l’unitarisme : une bibliographie, le sommaire des bulletins internes des associations, la référence d’articles déjà publiés ou leur reproduction, etc. Voilà une bien grande et lourde besace ! mais vous pourrez, à votre tour, la transporter, grâce aux miracles de l’informatique, avec une clef USB !
Pour les unitariens, loin des dogmes et des " mystères " théologiques, la religion va de pair avec la raison, les connaissances scientifiques et l’expérience vécue et intime de chacun. La lecture des connaissances acquises, l’étude attentive des réflexions d’autrui, la communication des idées ont toute leur valeur.
contact : correspondance.unitarienne@wanadoo.fr
Croyances : quelles croyances ? par Jean-Claude Barbier, article à la Une de la Correspondance unitarienne n° 118, août 2012
Qu’est-ce que nos croyances ? Ne constituent-elles pas une nébuleuse de constats résultant de notre expérience subjective,
d’idées héritées ou encore déduites de nos raisonnements, d’opinions qui relèvent de notre libre arbitre, de nos choix. Elles peuvent venir de nous-mêmes, ou être empruntées à d’autres à qui ont
fait confiance, ou encore être transmises de génération en génération. On les tient pour véritables sans qu’elles soient passées pour autant au crible de la critique scientifique. On les défend
au nom de la liberté de penser, de telle ou telle tradition, de l’aura d’une personnalité réputée, voire gourou, qui, pour nous, fait autorité. Elles peuvent comporter un doute ou être un souhait
(je crois que mon équipe de football va gagner) ou bien se muer en certitudes inoxydables. Elles peuvent être partagées par son milieu de vie ou au contraire être rejetées, isolant de ce fait le
croyant concerné. A l’aune de la raison et de la science, certaines croyances passent pour anachroniques, d’un autre temps, pour des erreurs de compréhension et d’interprétation, ou encore pour
des naïvetés ou de la dépendance par rapport à une autorité ou à un milieu social.
On dit croire lorsque ce que l’on pense va au-delà des
connaissances expérimentales acquises par les sciences. On ne dit pas (ou plus) que l’on croit en l’existence de l’électricité, de l’oxygène, etc., mais on dira que l’on croit aux miracles, en
l’existence de Dieu, que Jésus est Fils de Dieu, etc. , c’est à dire chaque fois que l’on doit aller au-delà de ce qui est prouvé. Dès lors, faut-il croire sans preuve ? sauter en parachute en
fermant les yeux sur simple injonction d’un pilote ? prier pour croire enfin ?
Sans base objective, les croyances peuvent s’avérées fragiles. Ne risquent-elles pas d’être sujettes à bourrage de crâne,
manipulations mentales, délires personnels ou collectifs, communautarismes des plus sectaires ?
Faut-il encore croire aujourd’hui ?
La démarche scientifique nous offre une alternative. Par l’observation méticuleuse et objective, par l’expérimentation, par
l’accumulation des faits inventoriés sur l’ensemble de notre univers connu, nous arrivons à des connaissances fiables à partir desquelles nous pouvons progresser en observant les phénomènes
nouveaux et en faisant des hypothèses pour en rendre compte. Ces hypothèses ne sont pas des projections idéologiques ni des souhaits de notre part mais des propositions d’explication qui sont
émises afin d’être vérifiées par des enquêtes, des expérimentations, selon des méthodologies les plus rigoureuses possibles. Il suffit qu’elles s’avèrent non valables vis-à-vis de tel ou tel fait
particulier, pour qu’on doive les rectifier, les élargir, les remanier, sinon les abandonner et repartir sur d’autres bases.
A cette rigueur, maintes prétentions religieuses tombent rapidement : les miracles qui défient les lois naturelles (le soleil
qui s’arrête dans sa course, l’eau transformé en vin, la marche sur l’eau, les naissances miraculeuses, les résurrections, etc.), l’explication des catastrophes naturelles et des épidémies par
l’action providentielle d’un dieu qui punirait son peuple ou qui exterminerait les ennemis de son peuple, les Révélations ou autres messages divins que recevraient des médiums, des visionnaires,
des prophètes, etc. Qu’est-ce qu’il reste en fin de compte ? Est-ce la fin des croyances ?
Manifestement, il en résulte un tri dans nos croyances, une autre façon de traiter les faits historiques (d’où l’intérêt
actuel pour la vie historique de Siddhārtha Gautama, dit l’Eveillé - le Bouddha -, de Jésus, dit le Christ, de Muhammad, dit le Prophète, etc. ), un nouveau positionnement de Dieu à l’origine de
l’univers, au niveau du big-bang … ou avant ; en tout cas une façon plus prudente d’avancer des explications, une adhésion moins passionnelle aux idées, plus d’interrogations et un élargissement
plus universel par confrontation à d’autres analyses et interprétations.
Les scientifiques s’arrêteront aux hypothèses plausibles que l’on peut formuler sur la base des connaissances acquises et des
informations à notre disposition. Mais une personne pourra fort bien aller au-delà en s’appuyant sur son vécu subjectif, sur ce qu’il a découvert de lui-même comme important, ce qui fait sens
pour lui, sur son intuition aussi. Il en résultera des convictions intimes, une foi en telle ou telle chose, et pourquoi pas l’adhésion à une tradition porteuse d’une philosophie allant dans le
même sens. Ceci dans la prolongation des connaissances modernes et non pas comme un retour à l’irrationnel, ou une plongée exotique dans l’ésotérisme, ou encore une marche arrière dans
l’obscurantisme le plus éculé, ni un refuge par déni des réalités.
A ce prix, la croyance personnelle, devenue convictionnelle, peut être moderne, positive pour soutenir ses engagements,
dynamique pour rester ferme dans les tourbillons de la vie. Elle est un choix de vie, un cap pour avancer parmi les récifs, un regard porté sur l’horizon. Elle peut s’inscrire dans un contexte de
tolérance réciproque et se partager en toute convivialité …. en n’engageant bien entendu que les personnes qui y croient, sans s’imposer par la propagande apologétique et sans intégrisme.
Cet article a été traduit en italien le 17 août 2012, par Giacomo Tessaro sur
le site de la Communione Unitariana Italiana (CUI) (lien).