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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 18:44

"Un homme de caractère libre : Emile Mihière" par Jean-Claude Barbier, paru dans le bulletin n° 116 de la Correspondance unitarienne, juin 2012 (Ndlr - La mention des pages renvoie à son livre autobiographique « Tous les chemins mènent à Rome », publié aux éditions L’Harmattan en 2011, lien)


Emile Mihière est né en 1922 dans une famille marseillaise de petits commerçants, catholiques et bien pensants, où le non respect des règles de bienséance faisait scandale : un grand cousin épousant une protestante (p. 10), un grand-père paternel ayant eu paraît-il une fille naturelle (p. 10), un grand-père maternel mécréant, n’allant jamais à la messe. Tout naturellement, et malgré les sacrifices que cela demande, il entre au pensionnat du Sacré-Cœur, et ses parents l’inscrivent en plus à l’ « Oeuvre Allemand », un mouvement de piété et de scoutisme fondé par l’abbé Allemand. Il aime le sport, la marche, l’escalade dans les calanques marseillaises (avec Gaston Rébuffat qui devint plus tard guide de Chamonix ; dans ses expéditions, il emmène ses jeunes scouts qui sont tout admiratifs de son énergie et ses hardiesses.


Après le bac il choisit la Faculté de Droit (p. 11), puis, à la surprise de ses amis et surtout au regret des étudiantes qui admirent sa sportivité, il entre au Séminaire car il a de la générosité à donner. Bien que ce soit un milieu préservé où l’on garde et sa virginité et sa naïveté des choses du monde, le jeune Emile n’en garde pas un souvenir trop négatif : il apprécie les cours donnés par des professeurs intelligents, notamment en ce qui concerne l’histoire et l’étude biblique d’une manière scientifique (p. 12). Il est également actif en tant qu’animateur au sein de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC).


Mais avec la guerre, le jeune séminariste va être plongé dans les dures réalités du monde puisque « la Classe 22 », celle qui correspond à son année de naissance, est réquisitionnée d’office par les autorités françaises de Vichy pour participer à l’effort de guerre du côté allemand dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO). Les séminaristes qui s’y retrouvent sont encouragés par leur évêque car ce sera pour eux un champ d’évangélisation (p. 13). Notre jeune héros se retrouve ainsi en Silésie, au sud de Breslau, dans une usine à métaux où l’on fabrique des obus. Il est travailleur en fonderie, maniant une lourde masse en fer et dont le manche lui-même est en fer ! Il s’enfuit avec ses copains à l’approche de l’armée russe en février 1945. L’évacuation est prévue en juin 45 par le port d’Odessa et la Mer Noire, mais, les bateaux étant réquisitionnés pour les armées, c’est finalement par Berlin et en chemin de fer (arrivée le 10 juillet 45) qu’il retrouvera la liberté.


Retour au séminaire, puis ordination et affectation dans une paroisse ouvrière « aux Crottes » dans le quartier nord de Marseille. Il y constate avec réalisme la pratique d’une religion de convenance, tout à fait éloignée de la foi : « … la plupart des gens ne demandaient rien au prêtre ni à l’Eglise, sinon des rites extérieurs qu’il fallait garder : baptême, communion, mariage et enterrement ». (p. 23). Avec de nombreux prêtres de son temps, il s’engage dans ces milieux populaires avec la volonté de rapprocher l’Eglise de ces gens. Il entre au mouvement de la Paix (p. 23), s’inscrit à la CGT, écrit dans le journal communiste du coin « La Marseillaise » sous le nom d’Emile Carvin, cite volontiers Péguy « Ils ont les mains pures, mais pas de main ! » ; et puis il travaille à temps partiel dans une entreprise de parpaings. Plongé dans ces réalités, les élucubrations théologiques ne l’intéressent plus : « Je ne croyais plus aux dogmes romains. Péché originel, infaillibilité papale, Immaculée conception, etc. » (p. 27).


La douche froide vient en 1954 avec la condamnation des prêtres-ouvriers par le pape. Il est affecté dans une paroisse dite « bourgeoise » ; puis il est nommé aumônier catholique du lycée (mixte) Marcel Pagnol à Marseille. Il sera dénoncé à Rome comme hérétique ! Finalement, il quitte l’Eglise en mars 1965 au désespoir de sa mère. Puis il se marie avec une catéchiste de Lyon qui l’avait aidé au Lycée Pagnol.


emile_mihiere_portrait2.JPGSur l’avis d’un ami pasteur protestant, il s’engage sans état d’âme dans le pastorat protestant. En septembre de la même année, il est à Genève pour trois ans et entreprend une thèse où se manifeste avec éloquence son esprit frondeur : « Mission et colonisation... Dieu et César... Les missionnaires serviteurs de Dieu ou valets de César ? » ; elle sera publié en 1968 par la Faculté de théologie de l’université de Genève (soit 84 p.). Durant ces trois ans, sa femme est infirmière à l’hôpital cantonal (Ndlr - tout près de la stèle élevée en souvenir de Michel Servet). Malgré le thème de sa thèse, les Missions étrangères protestantes de Paris boudent ses services car il est jugé trop à Gauche ! Il se retrouvera pasteur de l’Eglise réformée de France, dans une paroisse à dominante ouvrière, celle à Montrouge, de 1969 à 1972 ; puis à la Mission populaire de Saint-Nazaire : là, il prend la défense des ouvriers du Chantier de l’Atlantique, des objecteurs de conscience, des insoumis de la Guerre d’Algérie, voire même des naturistes !


Il quitte la Mission populaire en 1980 suite à une mésentente entre responsables de la Fraternité. Il retourne à Marseille, cette fois-ci dans le civil, avec un poste d’aide-soignant au centre de rééducation fonctionnelle de Valmante (il y restera deux ans, de 1980 à 1982) - mais il y dénonce (à la télévision française) la non titularisation des aides-soignants. Il a accepté en plus l’aumônerie protestante à la prison des Baumettes - mais se retrouve vite en conflit avec le directeur de cette prison dont il dénonce les méthodes musclées. Exclu de ces emplois, il se retrouve en 1982 au chômage à 60 ans. Finalement, il accepte un poste pastoral pour le secteur de Pau et d’Oléron (commune d’Oloron – Sainte-Marie). Il y restera 17 ans et vivra au hameau de Gan où il retape une vieille ferme.


Il écrit des articles entre 1970 et 1985 dans la revue protestante libérale Evangile & Liberté, et aussi, à partir de 1982 dans Ensemble, le journal protestant du Sud-Ouest ; mais il écrit aussi, entre 1990-1994, des articles qui vont dans le sens de ses convictions anarchistes, pour l’Union pacifiste de France et la Libre pensée Aquitaine.


A la mort de sa femme victime d’une tumeur au cerveau, il retourne à Marseille, précisément à Aubagne en banlieue Est. Il s’y fait des amis parmi les poètes du coin. Mais finalement, il quitte ce paradis provençal en 2012 pour s’installer à Gradignan en banlieue Sud de Bordeaux afin de se rapprocher de ses enfants (un fils et deux filles).

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Published by Jean-Claude Barbier - dans CU 2012 - articles
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