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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 10:15

Article à la Une de Richard Brodesky dans la Correspondance unitarienne (n° 109) de novembre 2011. L'auteur est membre de l'Unitarian Universalist Church of Tucson (UUCT) et du conseil de l'Eglise unitarienne francophone (EUfr).


Les colonisateurs anglais ne se sont pas du tout intéressés aux Amérindiens. Ils ne souhaitaient pas se mêler à eux et il n’y eut pas de relations matrimoniales. Durant cette période coloniale, on trouve dans le Sud, vers la Virginie, des chroniques de voyages mais, au Nord, on ne voit que des sermons ou des plans pour le gouvernement colonial. Une grande exception est bien entendu la poésie d’Anne Bradstreet (1612-1672) dans le Massachusetts.


Thomas Jefferson (1743-1826)* a écrit la Déclaration de l’Indépendance en 1776. Le brouillon était beaucoup plus radical que le document qu’on a ratifié. Ce texte peut être considéré comme progressiste pour son époque, pour satisfaire les Blancs riches, des propriétaires, des hommes souvent déistes qui connaissaient les philosophes français du XVIIIe siècle - mais on peut aussi le considérer comme une œuvre préromantique. En effet, quoique cette Déclaration ignore les droits des Noirs et des femmes, elle nous promet le droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur (« life, liberty, and the pursuit of happiness »). Cette idée qu’on a le droit en principe au bonheur est inédite et elle entraîne ipso facto une conception de progrès, un projet individuel du bonheur et l’espoir qu’on peut être heureux ici sur la terre durant sa vie.


* à noter que Jefferson avait des sentiments unitariens et il s’est même fait une bible « à l’unitarienne », mais il ne fut jamais membre d’une Eglise unitarienne. Sa « bible » - en fait un diatasseron des 4 évangiles – a été traduit en français par Luc Schneider et publié dans La Besace des unitariens à la rubrique « la bible de Jefferson » (lien).
 


Après l’Indépendance, nombre de ceux qui avaient été loyaux aux Anglais sont revenus en Angleterre ou ont émigrés dans d’autres territoires anglais comme l’Ontario, au Canada. Il en est résulté un peu d’espace pour développer la République. Les citoyens américains, devenus indépendants, voulaient vivre dans un nouveau monde, avec un autre système de gouvernement, avec des possibilités de développement liées à une réflexion optimiste sur l’être humain. La guerre contre les Anglais s’acheva en 1812. C’est à partir de cette époque que le romantisme se développa.


D’abord, on constata un continent quasiment vide. On sait aujourd’hui que les microbes européens mirent malheureusement fin à la plupart des sociétés indigènes, mais, à l’époque, les nouveaux citoyens crurent que l’Amérique été là, presque vide, à leur disposition, pour eux. On commença à sortir du littoral atlantique pour coloniser l’intérieur des terres… et on rencontra alors la nature sauvage. En témoigne l’Ecole des peintres du fleuve Hudson (la Hudson River School) qui trouve son inspiration dans la brutalité sauvage des paysages du nord-est des Etats-Unis. Ces peintres sont appelés « luministes » parce que leurs toiles reflètent la lumière à la fois douce et chahutée de ces régions. Le paysagiste Washington Allston (1779-1843) est l'un ces premiers peintres. Egalement dans le recueil de contes de Washington Irving (1782-1859) qui prennent pour cadre les montagnes Catskills dans l’Etat de New York (non loin du fleuve Hudson) : y sont évoqués des indigènes « sauvages », vivant en liberté, ainsi que des descendants des anciens « patrons » néerlandais (premiers colonisateurs de New-York). On commence à se demander comment on doit vivre dans la nature.


Sur le plan religieux, les nouveaux citoyens furent saisis de vagues d’excitation religieuses frénétiques, appelés des « réveils » (awakening). Il y en eut un premier, le « Great Awakening », dans les années 1810, puis un second entre 1820 et 1830. Ces mouvements de réveil réagissaient envers le calvinisme austère qui était le legs des puritains. Leur leitmotiv était que chaque personne fasse quelque chose pour elle-même. Pour ces chrétiens évangélistes, il s’agissait d’accepter Jésus comme son seigneur et son sauveur personnel ; ce qui est très différent d’une élection par prédestination comme chez les calvinistes.


Chez les unitariens, on commença à penser qu’il fallait faire croître son âme. On étudie et on médite ; on fait la charité ; on participe à la vie de la paroisse. On élève son âme en la perfectionnant, en l’enrichissant par de multiples activités durant notre existence terrestre, sans attendre la vie de l’au-delà. Chez les fidèles de l’Eglise universaliste, le pasteur Hosea Ballou (1796-1861) affirme que le sacrifice de Jésus sur la croix a été si rempli de l’amour divin pour l’Humanité que, dès lors, toute personne sans exception est sauvée (d’où la dénomination de cette Eglise puisque, pour elle, le salut est universel). Il s’agit pour nous de vivre de cet amour et de l’exprimer par nos œuvres. Le développement personnel de l’individu par l’élévation de son âme devient la première préoccupation.


Les prêcheurs de cette époque ont adopté un style très passionné ; ainsi en fut-il des pasteurs unitariens Jr. Henry Ware (1794-1843) et William Ellery Channing (1780-1842) ; leurs paroles s’adressaient autant au cœur qu’à l’esprit de leur auditeurs. Ralph Waldo Emerson (1803-1882), fondateur d’un mouvement philosophi-que idéaliste, mystique et panthéiste dénommé le transcendantalisme, formula ce changement dans ses essais, notamment « On Nature » (1836) et « Self-Reliance » (la Conduite de la vie, 1860). Dans ce dernier ouvrage, il avance que chacun est responsable de trouver sa propre voie dans la vie et qu’il faut vivre d’une manière naturelle. Mais c’est dans « Nature », qu’il nous dit que l’homme est capable de louer la Nature et de découvrir en elle ce qu’il appelle l’« Âme du monde » (the world soul). C’est un peu comme le Soi divin chez certains hindouistes. Henry Thoreau (1837-1861), l’un de ses amis, vécut ermite sur les terres d’Emerson, en pleine nature. Emerson encouragea aussi Walt Whitman (1819-1892), notre plus grand poète romantique et dévot. Il y eut aussi l’expérience utopique d’une ferme communautaire, Brook Farm, et les œuvres de la journaliste et activiste féministe Margaret Fuller (1810-1850).


Un autre aspect du romantisme américain chez les unitariens est l’idée qu’il faut protester contre l’injustice, contre la guerre d’agression (par exemple celle des Etats-Unis contre le Mexique 1846-1848), pour les droits de femme et contre l’esclavage.


Grâce au romantisme, les unitariens estiment que leur développement spirituel dépend d’eux-mêmes et non d’une quelconque autorité extérieure. Cela attira nombre d’intellectuels, mais par contre, ne promettant pas la guérison immédiate comme le firent les mouvements de Réveil, les unitariens ne reçurent pas l’appui des couches populaires.


A partir de la philosophie transcendantaliste de Ralph Waldo Emerson, qui invite à une vision d’ensemble de la Nature et de la Vie, l’unitarisme américain va tendre vers une méta religion, sortant ainsi du seul giron chrétien afin d’embrasser toutes les sagesses religieuses et spirituelles du monde entier, en quelque sorte une unité réunissant la diversité des cultures religieuses et spirituelles et exprimant la réalité fondamentale. C’est ce que vise précisément l’unitarisme-universalisme née de la fusion en 1961 des congrégations unitariennes et de l’Eglise universaliste d’Amérique.

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Published by Richard Brodesky - dans CU 2011 - articles et messages
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