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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 17:29

"Trinité" par Michel Théron *, article à la Une dans le bulletin de la Correspondance unitarienne, n° 108, octobre 2010.

* écrivain, membre du comité de rédaction du journal Golias Hebdo, dans lequel est parue une première version allégée de cet article (numéro 137, semaine du 17 au 23 juin 2010)

Les catholiques l’ont célébrée le dimanche 30 mai dernier. L’encyclopédie Wikipédia en garantit l’ancienneté, en affirmant que même si le nom n’en apparaît pas dans le Nouveau Testament, « les notions qui constituent la doctrine trinitaire sont contenues dans les Écritures ».

Je me demande cependant où elle a pris cette idée de l’ancienneté scripturaire d’un seul Dieu en trois personnes, ou hypostases, égales en dignité. Il suffit de lire l’évangile de Jean, où pourtant Jésus a la plus haute stature, relevant de ce qu’on appelle une « haute christologie » : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père ; car le Père est  plus grand que moi. » (14/28) Même la fin de son Prologue, où l’on voit souvent les prémisses de la doctrine trinitaire, montre dans le Fils un simple interprète ou exégète du Père : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, dirigé vers le sein du Père, nous l’expliqua (grec : exègèsato). » (1/18) Un exégète ne s’identifie pas à ce qu’il explique. Tout au plus peut-on dire qu’il se range de son côté, que sa cause et la sienne sont les mêmes.

Certes, certains continuent de voir dans le texte johannique lui-même des formulations pré-trinitaires. Mais c’est à tort il me semble. Ainsi une phrase comme : « Moi et le Père nous sommes un » (Jean 10/30) peut signifier simplement : « Notre cause est la même ». Ce n’est pas encore la consubstantialité Fils/Père telle qu’elle sera affirmée plus tard, au concile de Nicée, en 325. Et de même un énoncé comme : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14/9), peut vouloir dire simplement : « Celui qui m’a vu a vu tout ce qu’il peut voir du Père » ... car si on admet ce que dit littéralement la fin du Prologue, le Père est définitivement invisible : « Dieu, c’est un fait que personne ne l’a jamais vu ... » (le verbe grec est au parfait, temps qui marque le résultat présent d’une expérience passée).

Quant à l’Esprit, il ne vient à l’origine que du Père seul, malgré ce qu’affirme l’Occident latin par l’ajout qu’il fait au Credo de Nicée, en disant qu’il procède aussi du Fils (Filioque) : « Quand sera venu le consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il rendra témoignage de moi. » (Jean 15/26) On sait que christianisme occidental et christianisme oriental se sont séparés sur ce point, au XIe siècle. Dans la formulation scripturaire initiale, le Fils est donc, relativement à l’Esprit, encore subordonné au Père. On pourrait donc parler ici d’une double subordination.

Ce sont les différents conciles qui ont au fil des siècles élaboré la notion de Trinité. Cette constatation ne déstabilisera aucun catholique, car on lui a enseigné que la réception de la révélation est progressive, et que ces conciles ont été inspirés par le Saint Esprit. Pareillement aussi pour les orthodoxes, qui ne mettent pas en question leur propre vision de la Trinité. Mais les protestants, qui s’en tiennent à la Seule Écriture (Sola Scriptura) ont de quoi ici être perplexes. Aussi y a-t-il dans leurs rangs des partisans d’une christologie arienne, ou adoptienne, ou des unitariens, partisans de la seule monarchie divine, et donc négateurs de la Trinité.

Cependant, un bref regard sur l’histoire montre que beaucoup de ces conciles se sont anathématisés entre eux, et que le consensus ne s’est pas toujours fait. L’esprit souffle où il veut, certes : mais aussi dans tous les sens. On peut admettre aussi que l’interprétation de ce que nous révèle l’Écriture soit progressive. Mais pourquoi, au mépris de ce principe sans doute fort louable, l’Église nous dit-elle maintenant que cette interprétation est définitivement close ? Sauf à penser évidemment qu’elle en est seule dépositaire, et que l’enjeu ici est celui de son pouvoir.

 

Une traduction de ce texte en italien est disponible sur le site des chrétiens unitariens italiens (lien).

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Published by Michel Théron - dans CU 2010 - articles
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